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Hommage aux zarboutan du PCR

Lancement de l’année préparatoire du 60e anniversaire du Parti communiste réunionnais

Manuel Marchal / 17 mai 2018

Le PCR lancera samedi l’’année préparatoire de la célébration de son 60e anniversaire. Il organise le rassemblement « Zarboutan nout parti » samedi au Bocage à Sainte-Suzanne. Cette première initiative rendra hommage à ceux qui ont marqué par leur engagement et leur fidélité la vie du Parti.

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Johnny Bacary-Lagrange, Maurice Gironcel, Yvan Dejean, Ary Yée Chong Tchi Kan, Gilles Leperlier et Ginette Sinapin.

Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR, rappelle que la création du PCR à l’initiative de Paul Vergès, a permis de s’émanciper du PCF avec son accord. Cela a permis aux communistes réunionnais d’avoir leur propre analyse, et leur propre projet.
Ces 60 ans sont l’occasion de tirer les leçons, mais aussi pour dire que 70 ans après la loi de décolonisation de 1946, en 1959, cette loi n’apportait pas les solutions à mettre en œuvre pour le pays. Cette loi avait été portée par les communistes, mais elle n’a pas été respectée. Mais un système néo-colonial avait été mis en place, avec la poursuite de l’économie de comptoir, et le recyclage des fonds publics en profits privés repartant en France.
Pour les communistes réunionnais, un parti politique part de l’analyse d’une situation, d’où découle un projet puis une organisation.
Samedi, le PCR mettra à l’honneur ses zarboutan. Ils ont fait l’histoire de La Réunion, ils ont mené des combats. Leur famille est également invitée. Ce sera l’occasion de faire le passage à d’autres générations. D’autres initiatives seront prises après celle de samedi.
« Etre communiste réunionnais c’est moderne », ce qui se traduit par le combat pour la création d’un train, le développement des énergies renouvelables, la lutte contre les inégalités. C’est aussi penser en Réunionnais, précise Johnny Bacary-Lagrange, c’est réfléchir à comment penser l’intégration de La Réunion dans un monde en pleine évolution. C’est aussi se poser la question du bien vivre-ensemble à La Réunion et dans l’océan Indien. « Les thèses de 1959 n’ont jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui », affirme Gilles Leperlier, membre du Comité central.

« Ils nous donnent raison »

Notre analyse, c’est le bout d’un système, l’intégration-assimilation. Beaucoup ont dit qu’il faut le revoir. C’est ce que disait déjà Raymond Barre en tant que Premier ministre.
Le secrétaire général du PCR souligne que l’intégration a montré qu’elle ne marche pas, « nous ne sommes pas les seuls à le dire ». Si la loi de 1946 a amené des avancées sociales obtenues par la lutte. La situation est marquée par le chômage, plus de la moitié des jeunes de moins de 25 ans au chômage, 116.000 illettrés, plus de 40 % de la population sous le seuil de pauvreté, des inégalités qui s’aggrave.
Maurice Gironcel souligne que beaucoup de responsables politiques admettent qu’il faut changer. « Ils nous donnent raison, ils admettent que l’analyse de 1959 était juste ». Nassimah Dindar parle de changement de logiciel, Didier Robert évoque l’autonomie fiscale et énergétique, Ericka Bareigts de l’émancipation.
Le secrétaire général du PCR souligne les propos de Bernard Pons, ancien ministre des Outre-mer, qui indique dans le « Journal de l’île », qu’« une large autonomie est la formule la plus intelligente ». « On croirait entendre le PCR », note Maurice Gironcel, qui constate les hommages à Paul Vergès contenus dans cette interview dans le domaine de l’énergie notamment. « Ils sont en train de faire l’enterrement de première classe de l’intégration-assimilation », constate Maurice Gironcel. Pour le PCR, son mot d’ordre de « Rassemblement pour la responsabilité » prend tout son sens.

Pour la responsabilité

Le PCR appelle à instaurer une collectivité territoriale élue à la proportionnelle, avec des pouvoirs accrus, disposant d’un fonds de développement, et capable de voter des lois permettant de construire un projet de développement durable et solidaire permettant d’utiliser les atouts de La Réunion. Cette collectivité doit aussi avoir les moyens pour favoriser son insertion dans son environnement géographique.
Or actuellement, les accords commerciaux avec les pays de la région se font dans le dos des Réunionnais, alors qu’ils risquent de remettre en cause la totalité de la production. Ce qui s’est passé pour la filière canne institue un précédent inquiétant.
Le pouvoir central a toujours mis en œuvre une politique au service de ses intérêts, au détriment de La Réunion.

Le nouveau cadre : l’Accord de Paris

Ces 60 ans permettent aussi d’aborder les perspectives. Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire aux Relations internationales, met en avant l’analyse des forces qui structurent le monde et modifient leur rapport. Le changement climatique déstabilise tout, c’est la conséquence des activités humaines. Le moment décisif est le 4 novembre 2016, date de ratification de l’Accord de Paris par au moins 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le traité sur le climat est donc entré en vigueur ce jour-là. Il est devenu un document contraignant à l’échelle du monde, opposable à tous. « L’urgence commande d’agir ensemble et sans délai pour que l’élévation de la température ne dépasse pas 2 degrés. 2018 et 2019 sont les années où les États doivent déposer leurs engagements chiffrés, compréhensibles et mesurables. Lors de l’évaluation globale en 2020, sera alors jugé si la trajectoire est positive. C’est dans ces deux années que l’effort le plus important doit être mené.

« Une nouvelle ère »

« Nous avons toutes les données », précise-t-il.
La Chine qui a 1,4 milliard d’habitants a déjà fait expertiser toute sa législation pour la rendre compatible avec l’Accord de Paris. À La Réunion, le PCR appelle de ses vœux une prise de conscience des acteurs pour le développement durable et solidaire, « pour une responsabilité, pour une autonomie ». Cela passe par la lutte contre le réchauffement climatique. C’est ce que rappelle la loi proposée par Paul Vergès votée à l’unanimité en 1002. Elle crée l’ONERC, présidé par Paul Vergès.
« De La Réunion, Paul Vergès a fait la démonstration que les partis de France n’avaient pas du tout le niveau de préoccupation du PCR ».
La contradiction principale, c’est d’imaginer le traitement des problèmes dans le nouveau cadre qui s’impose, l’Accord de Paris.
« Nous sommes rentrés dans une nouvelle ère, qui amènera une nouvelle civilisation qui reposera sur l’égalité entre les peuples, les citoyens, sur la base du traité ratifié le 4 novembre 2016.
D’où l’importance pour le PCR de préparer une nouvelle génération qui évoluera dans ce nouveau cadre.

M.M.