Actualités

L’urgence d’une autre politique pour l’emploi des Réunionnais

Augmentation continue du chômage à La Réunion

Manuel Marchal / 26 novembre 2016

Les derniers chiffres du chômage du mois d’octobre indique que contrairement à la tendance observée dans une seule catégorie de demandeurs d’emploi dans les statistiques officielles en France, la courbe du chômage ne s’inverse pas à La Réunion.

JPEG - 66.7 ko

En France, les chiffres du chômage ont été accueillis favorablement par le pouvoir. Au mois d’octobre, les statistiques officielles indiquent une diminution de 0,3 % des demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A, c’est-à-dire les personnes qui sont totalement privées d’emploi depuis un mois, et qui sont recensées dans le fichier de Pôle emploi. Sur un an, dans la catégorie A en France, la baisse du nombre d’inscrits approche 3 %. Cette donnée est relativisée par l’évolution du nombre total de demandeurs d’emploi. C’est une hausse de 1,3 % sur un an. Au mois d’octobre 2016, plus de 6,5 millions de personnes étaient inscrites à Pôle emploi.

Près de 180.000 demandeurs d’emploi

À La Réunion le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A a augmenté de 0,3 % en octobre. 136.030 Réunionnais recensés par Pôle emploi étaient donc totalement privés d’emploi au mois d’octobre. Sur un an, la baisse est de 0,6 %. Là aussi, ces chiffres sont à mettre en rapport avec l’évolution du nombre total de personnes inscrites à Pôle emploi. En octobre 2015, 179.600 Réunionnais étaient dans ce cas, ils étaient 179.960 le mois dernier, soit une augmentation.

La Réunion a pourtant une croissance économique plus importante qu’en France. Les moyens de l’État suivent cette tendance. Lors de son passage à La Réunion en août 2014, le président de la République avait annoncé la création de 40.000 emplois d’avenir, financés à 90 % et cela de manière rétroactive pour les contrats déjà signés.

De plus, les entreprises réunionnaises bénéficient de mesures de défiscalisation qui n’existent pas en France. Elles paient moins de cotisations sociales.

Mais toutes ces mesures ne suffisent pas à enrayer la hausse du chômage. De plus, se dessine une nouvelle crise avec l’arrivée en fin de contrat des premiers bénéficiaires d’emplois d’avenir à La Réunion. Cette année, 1.463 jeunes sont ou seront dans cette situation. Pour eux, le gouvernement n’a aucune solution à proposer. Au Sénat, Paul Vergès avait proposé une prolongation de trois ans du dispositif. Cela n’a pas été retenu. Au total, plus de 4.000 jeunes ont signé pour un emploi d’avenir. Au bout de trois ans de travail, ils n’ont d’autre horizon que de retourner au chômage.

Échéance 2017 : 18.000 emplois en jeu

À cela s’ajoute une échéance décisive l’année prochaine, c’est la fin du quota sucrier attribué à La Réunion. Ce quota est la pierre angulaire de la filière canne-sucre. Il garantit à l’industriel que tout le sucre produit sera écoulé à un prix supérieur au cours mondial. Il est la base du calcul du prix de la canne à sucre payé aux planteurs.

Mais avec la fin de cette protection s’ouvre une période de grande incertitude. Lors de son intervention mardi soir au Sénat, Gélita Hoarau avait défendu les intérêts de ce secteur qui fournit du travail à 18.000 Réunionnais :

« C’est un secteur clé de l’économie réunionnaise. Mais a-t-il encore un avenir après 2017 ? En septembre prochain, c’est la fin des quotas sucriers et du prix garanti. Comment les producteurs réunionnais et antillais pourront-ils aborder cette échéance ? À La Réunion, 18.000 emplois sont en jeu. Le gouvernement a mis en place des structures pour aider les betteraviers à traverser cette étape, mais il a purement et simplement oublié les producteurs de canne. La filière canne/sucre/rhum/bagasse de La Réunion va-t-elle connaître le sort du géranium et du vétiver ? Cela avait été un gros choc social et économique. Là, pour la canne, les conséquences seront infiniment plus grandes. Il est donc indispensable que, du côté du gouvernement, l’on se saisisse de toutes les opportunités pour préserver les intérêts agricoles des outre-mer. Nous n’avons pas le sentiment que ce soit le cas ».

Au même moment, une étude de l’IEDOM a montré combien la fin du quota annonce des lendemains difficile. Le sucre réunionnais sera en concurrence avec le sucre de betterave qui a un prix de revient 40 % inférieur d’une part, et avec les pays en développement producteurs de sucre de canne qui ont un coût de production nettement inférieur d’autre part.

Le bilan de 70 ans

Depuis 70 ans, le système en place n’a pas réussi à régler le problème du chômage. Les lois de programme, lois d’orientation, mesures de défiscalisation et emplois aidés se sont succédé sans inverser la tendance. Si la France avait le même taux de chômage que La Réunion, elle aurait 10 millions de chômeurs. Face à un tel défi, mènerait-elle la même politique que celle qui est appliquée dans notre île ?

Face à la situation actuelle et à la crise annoncée de la filière canne-sucre, le Parti communiste réunionnais appelle à s’organiser. Le bilan de ces 70 dernières années appelle à changer de politique. C’est pourquoi le PCR a publié ses propositions et invité toutes les personnes de bonne volonté à faire de même. L’objectif est d’arriver à un programme partagé par le plus grand nombre, susceptible d’être porté par une voix qui défendra les intérêts de La Réunion auprès de Paris. C’est l’appel au Front réunionnais.

M.M.