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La jeunesse ne doit pas être le bouc émissaire de la faillite du système

L’appel à la responsabilité de tous

Témoignages.re / 9 février 2013

Depuis jeudi, un jeune est en prison parce qu’il est au chômage et qu’il s’est révolté contre cette injustice en coupant un arbre. Il est condamné à 10 mois de prison ferme, avec écrou à l’audience, pour bien l’humilier. La répression va-t-elle faire de lui un des principaux organisateurs de la lutte des jeunes Réunionnais, à sa sortie ? Dans un système en pleine faillite, la jeunesse ne doit pas être le bouc-émissaire. Au contraire, la solidarité doit s’exercer pour que la répression ne soit pas la réponse du pouvoir à la demande d’un travail. Etait-ce prévisible ? Qu’ont-ils fait les détracteurs de la jeunesse pour anticiper ces évènements ?

Les événements de Saint-Louis mercredi dernier ont débouché sur la première condamnation à la prison de cette année de la révolte. Tous les jours, plus de 130.000 Réunionnais subissent une violence insoutenable : ils sont privés de travail. Au total, la situation de 162.000 Réunionnais est tellement précaire qu’ils sont inscrits à Pôle emploi dans l’espoir d’obtenir ou d’avoir un autre travail. Environ 40.000 Réunionnais sont tellement découragés par le chômage qu’ils ne vont même plus à Pôle emploi.

C’est la conséquence de la faillite d’un système. La crise est tellement grave que toutes les mesures décidées depuis que le traitement social du chômage existe n’ont pas permis d’inverser la progression de la pénurie d’emploi. C’est la démonstration que la structure même du modèle nous amène à l’impasse.

L’année de la révolte

Dans ces conditions, le dépassement de la crise ne peut se situer que dans le rassemblement. C’est ainsi que nos aînés ont réussi à sortir de la misère du statut colonial. L’intérêt réunionnais a pu transcender l’appartenance aux classes sociales. Fonctionnaires, médecins, planteurs, ouvriers d’usine, employés, journaliers agricoles, tous ensemble pour faire changer la structure du modèle. C’est la grande victoire du 19 mars 1946. Mais depuis, le contenu progressiste de la départementalisation s’est trouvé dévoyé, et les inégalités entre les classes sociales sont toujours là. L’assimilation a créé de nouvelles divisions, faisant émerger de nouveaux conservateurs.

Pendant 50 ans, il a fallu lutter pour que le volet social de la loi soit appliqué. Pendant ce temps, l’économie périclitait avec l’intégration de La Réunion à la France puis à l’Europe. Le chômage n’existait pas à La Réunion, il devint massif à partir du début des années 1970 avec la ruine de la plupart des petits planteurs des cultures traditionnelles : canne à sucre, géranium, vétiver.

Depuis lors, toutes les mesures décidées par Paris n’ont pas permis de redresser la barre. La Réunion s’est enfoncée dans la crise. Aujourd’hui, la réalité s’impose, le système n’est plus tenable, les jeunes se lèvent et lancent l’année de la révolte.

Un système impossible à réformer

C’est en effet la jeunesse qui paie un lourd tribut. Le taux de chômage des jeunes avoisine les 60%. Sachant que la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, force est de constater que nombreux sont les jeunes qui vivent dans des familles qui n’ont plus rien à partir du 20 du mois. Rejetés par le système, la majorité des jeunes ne peuvent pas espérer soutenir leur famille, et encore moins prendre leur particulier. Ils sont condamnés au chômage. Et ils sont sommés de se taire et d’accepter leur sort sous peine de répression. Car quand ils se révoltent, ce sont aussitôt les condamnations. Ils sont jugés responsables de violence. Le système les traite comme des boucs émissaires, les désignant à la vindicte populaire, tentant de faire croire que tout irait mieux si les jeunes restaient sagement chez eux.

Or c’est dans la jeunesse que se situe l’issue de la crise, c’est elle qui aura la responsabilité d’assurer le développement de La Réunion du million d’habitants. Tout doit donc être fait pour qu’elle puisse avoir des perspectives, et il est clair que cela n’est pas possible dans la structure actuelle de la société. Cette remise à plat pour une réforme de fond en comble de la société afin d’aller vers un autre système, c’est le devoir de solidarité envers la jeunesse et c’est la responsabilité de tous.

M.M.

La mobilisation paie : 900 contrats aidés obtenus !

Au lendemain de la manifestation de Saint-Louis, des travailleurs soutenus par l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté sont passés à l’action jeudi à Saint-Benoît. Ils ont occupé le Pôle emploi et entamé une grève de la faim. Au terme des négociations, ils ont obtenu l’assurance que 900 contrats aidés seront débloqués. Voilà qui rappelle que si les travailleurs ne luttent pas, ils n’auront rien.