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Mort de Mikis Théodorakis : Le sens de l’Histoire et la solidarité internationaliste

Ary Yée Chong Tchi Kan / 3 septembre 2021

La mort de Mikis Théodorakis, à l’âge de 94 ans, me donne l’opportunité d’écrire ce qui suit.

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Mikis Théodorakis.

Au mois de mai 2021, j’étais chargé de rédiger et de transmettre le message du PCR au Congrès du KKE, dans le contexte du centenaire de la fondation du Parti Communiste Grec.

Dans cette tâche, nous devons toujours donner du sens à l’action pour éviter l’écueil d’un acte purement bureaucratique. Forcément, il faut réfléchir à ce qui a pu lier les 2 partis et les 2 peuples et comment nous pouvons nous retrouver, dans l’espoir que de nouvelles générations de cadres politiques assureront la continuité. Il s’agit de rendre concret l’histoire et la lutte des peuples pour leur libération.

Voici un extrait du message réunionnais qui a été publié dans les actes du Congrès du KKE.

« Signe des temps, nous avons un stade qui porte le nom de Lambrakis, un de vos députés les plus populaires, assassinés en 1963. Il était âgé de 51 ans ; rendre service et faire le bien pour la population étaient subversifs aux yeux des commanditaires. Ce fut un assassinat politique et un crime d’État. Il nous serait agréable de garder en éveil la conscience internationaliste en commémorant le 60e anniversaire de cet évènement. Fondé en 1959, le PCR n’avait que 4 ans à cette époque. »

Mais que vient faire Mikis Théodorakis dans cette histoire ? Il a été compagnon de lutte de Lambrakis. Il a été emprisonné et torturé. Une campagne de solidarité internationale a permis sa libération. L’assassinat de Lambrakis par le pouvoir grec a été porté à l’écran et Théodorakis a réalisé la musique du film « Z » de Costa-Gavras. J’ai pensé à lui dans l’esprit des activités de 2023. Il sera toujours vivant à ce moment-là, et pas seulement en musique. J’espère que vous y serez aussi intéressé.

Les jeunes Réunionnais doivent savoir le rôle important de Témoignages dans la solidarité internationale et les efforts constants que nous y consacrons. La disparition de Théodorakis a fait rappeler à Geoffroy Géraud-Legros (sur Facebook) que lorsqu’il était journaliste à Témoignages il lui avait consacré un article. Sa fierté non dissimulée jusqu’à l’émotion est que l’article a été repris sur le blog personnel de l’intéressé. Sur le plan personnel, il aurait souhaité le contacter. Trop tard.

Mais nos lecteurs apprécieront encore plus nos efforts de recherche et de partage d’informations quand ils liront dans l’édition du 17 mai 2010, un courrier signé de Mikis Théodorakis : « Qui veut détruire la Grèce ? ». Il ne croit pas que son pays soit responsable du malheur financier qui l’accable. Il décèle derrière cette crise la main de Washington et dénonce le rôle du FMI.

Comme pour la crise grecque, il est faux de répéter « la crise afghane ». J’ai produit plusieurs articles pour vous expliquer le rôle principal des États-Unis en Afghanistan. Les médias montrent certaines conséquences mais cachent les enjeux. En particulier, l’ennemi chinois. Le 31 août, dans son communiqué, le PCR avait titré : « Les États-Unis ont besoin de guerres pour exister ». Sur le site Sputnik, l’ancien ambassadeur français, Eugène Berg, note que « l’Amérique a toujours besoin d’un ennemi, comme elle avait l’URSS, pour exister ». Nos articles ont fait réagir Hervé Boismery, économiste. Nous avons convenu d’un échange sous forme de complément d’informations. Il nous reste à trouver une date et le format. Ce sera un samedi après-midi. Vous serez présent, j’espère.

Voilà pourquoi parler de la disparition de l’artiste Théodorakis, sans la part politique, n’est pas suffisant. Le PCR ne peut exister sans les relations internationales qui sont essentielles dans la compréhension du sens de l’histoire.

Ary Yee Chong Tchi Kan



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  • Votre article, rédigé pour évoquer la mémoire du regretté THEODORAKIS, m’inspire quelques réflexions.

    A) La Grèce est désormais un pays paupérisé pour de longues années, voire pour une génération au moins, conséquence des thérapies de choc administrées par l’Europe et le FMI durant la précédente décennie. Ces politiques dites "d’ajustement structurel" ont ruiné les services publics et le système de protection sociale d’un pays déjà fortement fragilisé.
    De nombreux auteurs ont analysé la "tragédie grecque" et alerté sur les résultats désastreux de ces mesures dans la zone euro. : Citons notamment l’ex-ministre Yànis VAROUFAKIS (à présent professeur aux Etats-Unis) et surtout Robert MUNDELL et Joseph STIGLITZ, tous les deux Prix Nobel d’économie et de nationalité américaine...
    On ne peut mettre en cause les Etats-Unis dans les thérapies de choc administrées à la Grèce.
    Et pour cause...Certains faits doivent être rappelés :
    1) Le FMI au début des années 2010 était dirigé par un Français, Dominique STRAUSS-KAHN, candidat socialiste présomptif à la Présidence de la République (on connaît la suite...!), et auquel succéda une Française, Christine LAGARDE, à la tête de cette haute instance internationale.
    2) L’ajustement structurel en Grèce a été principalement imposé par les instances européennes dominées par l’Allemagne et la France. La responsabilité des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates allemands, avec le vice-chancelier et ministre de l’économie Sigmar GABRIEL est à cet égard avérée.
    3) Mais au demeurant, il ne faut en aucun cas oublier les responsabilités des socialistes français dès l’élection de Hollande, avec Pierre MOSCOVICI, ministre de l’économie qui cautionna, avec cynisme, les mesures dites de rigueur appliquées à la Grèce, parfois même en allant au-delà des exigences du FMI.

    B) Concernant, la suite de votre article relative à la propension belliciste des Etats-Unis, il faut se référer au concept de "complexe militaro-industriel" analysé par de nombreux auteurs, notamment GALBRAITH, un autre Prix Nobel américain...
    Mais surtout, il faut citer le Président Dwight EISONHOWER qui dans son discours d’adieu, le 17 janvier 1961, dénonça pour la première fois la réalité de ce complexe militaro-industriel, une expression originale qui a fait florès mais dont il est l’auteur.
    Citons EISONHOWER : "Prenons garde à l’influence illégitime et périlleuse d’un complexe militaro-industriel. Le risque d’un développement désastreux d’un pouvoir usurpé existe et persistera dans notre pays" (Voir sur internet, notamment sur Wikipédia le texte de son discours).
    Ce faisant, ce prestigieux général, qui contribua d’une manière historique à l’écrasement de l’Allemagne nazie, entendait mettre en garde son successeur, le présomptueux KENNEDY, lequel engagea pourtant, dès sa prise de pouvoir, la tragi-comique expédition de la Baie des Cochons à Cuba et surtout l’épouvantable guerre du Vietnam (58.000 militaires américains tués, des dizaines de milliers de blessés et mutilés, plus de trois millions de victimes vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes...).
    Rappelons qu’EISENHOWER fut un grand homme de guerre, mais aussi un homme de paix lucide qui sut conclure, avec l’aide de NEHRU, l’armistice de Pan-Mun-Jon qui mit fin en 1953 aux hostilités en Corée.

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