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Orientations budgétaires de la Région Réunion : une incertitude sur 30 millions d’euros !

Les promesses de Didier Robert rattrapées par la réalité

Manuel Marchal / 29 novembre 2019

Hier, la Région Réunion a débattu des orientations budgétaires pour 2020, où persiste une incertitude qu’elle estime à 30 millions d’euros sur les recettes. Cette somme ne dépend pas de la Région, mais d’arbitrages au niveau de l’Union européenne et de la France. S’ils ne sont pas favorables à Didier Robert, président de la collectivité, cela risque de placer la collectivité dans une situation financière extrêmement difficile. L’État interviendra-t-il pour remettre de l’ordre ?

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La réalité continue de rattraper Didier Robert, président de la Région Réunion, et ses promesses. Le mois dernier lors de la visite du président de la République, aucune séquence n’était prévue sur le chantier de la route en mer alors que ce projet représente le plus important investissement de l’État. L’intervention de l’État s’était en effet limitée à déminer le terrain avant la visite présidentielle, afin d’éviter le blocage des routes par les transporteurs qui ont cru aux promesses de Didier Robert et qui sont très inquiets de la menace du maître d’œuvre de stopper le chantier au mois de mars.
Plusieurs années après la pose de la première pierre, le problème de l’approvisionnement en matériaux du projet pharaonique de Didier Robert n’a toujours pas été résolu. Les multinationales qui bénéficient du marché de la route en mer ne sont pas des philanthropes, elles ne vont pas continuer à payer des salariés si le chantier reste à l’arrêt, malgré tout, Didier Robert annonce que le chantier sera terminé en 2022 ou 2023 ! Qui peut croire à une telle promesse alors que selon le « JIR » d’aujourd’hui, la Région a résilié depuis un mois le marché de la digue toujours pas réalisée faute de matériaux. Il faudra donc relancer toute la procédure depuis le début pour la partie entre la Grande Chaloupe et La Possession, en sachant que les bénéficiaires du marché résilié demandent des centaines de millions d’euros de dédommagement.

70% de 57 millions pour aider des riches à voyager

Hier en assemblée plénière du Conseil régional, la réalité s’est de nouveau manifestée. Didier Robert ne peut pas dissimuler l’explosion de l’endettement de la collectivité, qui dépasse désormais son budget. La Région Réunion a même dépassé le seuil légal de désendettement avec une durée estimée à 9 ans et 7 mois, alors que la loi prévoit qu’une collectivité de ce type ne doit pas dépasser 9 ans.
De quoi s’interroger sur l’utilisation de tout cet argent public géré par la Région. En effet, il a été englouti dans le chantier de la route en mer qui s’avère impossible à terminer dans les conditions actuelles. Il a également financé des bons de réduction pour les billets d’avion. Ce dispositif bénéficie à 70 % aux personnes se situant dans la tranche la plus élevée, selon un rapport de la Cour des Comptes, ce qui signifie que ces personnes peuvent se payer un billet d’avion sans aide. Autrement dit, l’argent est donné à des riches qui n’en ont pas besoin.
En se substituant à l’État dans ce domaine, Didier Robert comptait utiliser l’argent pour se construire une popularité. Mais cela coûte maintenant 57 millions par an, de quoi construire deux lycées par an ! Il se retourne maintenant vers l’État pour aider la Région. Et Didier Robert continue la fuite en avant, en promettant 10 millions d’euros supplémentaires pour subventionner les importations. La production locale va sans doute apprécier.

Effondrement de l’investissement

Pendant ce temps, l’équipe au pouvoir à la Région a été bien en peine de construire et d’inaugurer un seul lycée en près de 10 ans, alors que sous les présidences de ses prédécesseurs, le rythme était d’un lycée livré tous les 18 mois. Quant aux constructions de route, chacun peut constater qu’à part l’inauguration du pont de la rivière Saint-Etienne mis en œuvre sous la présidence de Paul Vergès, aucun kilomètre de route nouvelle n’a été mis en service. Ce bilan tranche avec les prédécesseurs de Didier Robert, qui avaient fait de la Région Réunion une collectivité reconnue sur le plan de la réalisation des investissements. Sous Paul Vergès, la part des investissements dans le budget était de 70 %, elle est désormais de seulement 54 %.
La cerise sur le gâteau est le budget prévisionnel pour 2020, où la majorité régionale avoue qu’une incertitude persiste sur un montant de 30 millions d’euros, en raison d’arbitrages pas encore fait au niveau de l’Union européenne et de la France. Autant dire que si ces arbitrages ne sont pas favorables à Didier Robert, le budget voté serait donc en déséquilibre. La Région Réunion nage donc en plein amateurisme. L’État compte-t-il agir pour y remettre de l’ordre ?

M.M.