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Pour un 20 décembre férié et chômé à La Réunion

Continuer le combat mené depuis des décennies par les progressistes

Manuel Marchal / 21 décembre 2017

Le 20 décembre est un jour férié. C’est pourquoi les salariés devraient avoir le droit de se reposer ce jour-là. Mais à quelques jours de Noël, ce jour de repos est sans doute une des périodes où les commerçants réalisent leurs plus importants bénéfices. L’humain, l’histoire et le droit du travail ne doivent pas passer après les profits, d’où une action de la CGTR hier à la ZAC Canabady à Saint-Pierre.

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Ce 20 décembre, les automobilistes tournent longtemps à la recherche d’une place de parking dans la ZAC Canabady. À cinq jours de Noël, cela doit être un des pics d’affluence pour ce centre commercial. C’est en effet un jour férié qui tombe bien pour les vendeurs de marchandises. Mais qui dit jour férié dit respect du droit des travailleurs. D’autant plus que si le 20 décembre est un jour férié, c’est tout d’abord parce qu’il commémore l’abolition de l’esclavage à La Réunion le 20 décembre 1848. C’est ensuite parce qu’il a fallu le combat des syndicalistes et des communistes pour que la France soit contrainte de reconnaître cette date.

En effet, les autorités qui dirigeaient la colonie puis le département ont œuvré pour empêcher les Réunionnais de connaître leur histoire. En 1945, à la suite des premières élections au suffrage universel dans la République, La Réunion soutient un mouvement de libération issu des luttes syndicales d’avant-guerre. Ces progressistes constituent le CRADS qui remporte la majorité des municipalités aux municipales de 1945. Le 20 décembre 1945 voit donc la plantation d’arbres de la liberté dans les communes dirigées par le CRADS. Un arbre fut notamment planté au Barachois à Saint-Denis.

La lutte des progressistes

Mais un coup de force du pouvoir a tout remis en cause. À la suite de la mort d’Alexis de Villeneuve en 1946, le pouvoir parisien a dissous la municipalité de Saint-Denis dirigée par Raymond Vergès. Les réactionnaires se sont aussitôt empressés d’arracher l’arbre de la liberté. Malgré ce climat de répression, une grande manifestation eut lieu le 20 décembre 1948 à Saint-Denis. Des dizaines de milliers de Réunionnais arrivés par trains entiers ont convergé dans la capitale et ont défilé pendant des heures avant de se rassembler au Barachois. La CGT et les communistes ont permis ainsi aux Réunionnais de commémorer de manière grandiose le centenaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion.

La répression reprit ensuite le dessus. Elle élimina progressivement les communistes des institutions et accompagna cette reprise en main d’une chape de plomb sur l’histoire de La Réunion. Les communistes et les syndicats ont alors réussi le tour de force de faire survivre le 20 décembre. Cela s’appuyait notamment sur la Fête de Témoignages qui était organisée en fin d’année. À partir de 1971, des communistes ont de nouveau dirigé des municipalités. Ainsi le 20 décembre a recommencé à avoir droit de cité dans les institutions, tandis qu’ailleurs dans l’île, les sections communistes organisaient des mobilisations à cette occasion. Tous ces mouvements ont contraint le pouvoir à céder. Le gouvernement de l’alternance a dû prendre une décision reconnaissant comme jour férié et célébré les dates des abolitions de l’esclavage dans les anciennes colonies devenues départements. Depuis 1982, l’État participe donc aux commémorations.

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Parking bondé d’un centre commercial ce 20 décembre, il devrait être vide sir les droits des travailleurs réunionnais étaient respectés. La recherche du profit maximum continue à dicter sa loi.

Amplifier une victoire du mouvement social

La date du 20 décembre est donc le résultat d’un combat victorieux du mouvement social à La Réunion. Elle constitue un jour férié, ce qui doit donc permettre aux travailleurs de se reposer. Mais les intérêts du commerce font que de nombreux salariés ne peuvent bénéficier de cette conquête sociale. C’est ce que rappelle la forte affluence dans le centre commercial de la ZAC Canabady ce 20 décembre 2018.

La CGTR-Sud et la CGTR-commerce ont donc mené hier une action pour rappeler ce droit au repos. Elle a commencé par une distribution de tracts au rond-point à l’entrée de la zone commerciale. La distribution s’est poursuivie devant Decathlon, pour rappeler que dans cette entreprise, le respect du droit du travail est un difficile combat.

Au-delà de cette action, Max Banon et Ary Caro, dirigeants de la CGTR-Sud et de la CGTR-Commerce, veulent inscrire cette mobilisation dans le temps. Tous les 20 décembre, cette action se reproduira au rond-point de la ZAC Canabady. En effet, rappelle Max Banon, ce 20 décembre doit être un jour durant lequel il est important de réfléchir à la société dans laquelle les Réunionnais veulent vivre. D’où l’annonce de la création d’un Collectif pour concilier ce travail de mémoire et de réflexion sur l’avenir.

M.M.