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Propositions de La Réunion pour un projet de développement

Restitution du travail des États généraux

Manuel Marchal / 11 juillet 2009

Hier au Tampon, les présidents des ateliers des États généraux ont présenté au Premier ministre un point d’étape sur les travaux à La Réunion. Pour sa part, François Fillon a lancé quelques pistes, tout en disant en indiquant que ce qui sortira des États généraux n’est pas écrit à l’avance. Comme la veille à Saint-Pierre, c’est un discours de responsabilisation qui a été tenu. Ce sont tout d’abord les présidents des ateliers qui ont présenté des propositions réunionnaises.

Après la visite d’une école, François Fillon avait rendez-vous avec les présidents des huit ateliers des États généraux. De nombreux invités étaient présent dans la salle. Parmi eux, une délégation du Parti communiste réunionnais comprenant des membres qui étaient intervenus lors du dernier Comité central pour présenter les propositions du PCR dans les huit ateliers.
Responsable local de l’organisation des États généraux, le préfet Paul Girot de Langlade a tout d’abord rappeler le calendrier de cette concertation. Il a donc expliquér que les collectivités devront délibérer d’ici le 30 août sur les conclusions des États généraux, et que le Conseil interministériel qui suivra prendra les premières décisions. Concluant son intervention, Paul Girot de Langlade a noté un bon dossier, « La Réunion est terre de projets ». La suite des interventions allait le confirmer.

Ce que nous apportons

Rapportant les travaux de l’atelier sur les production locales et les conditions du développement endogène, Jean-Pierre Avril a cité plusieurs priorités : sécurité alimentaire, autonomie énergétique et cohésion territoriale notamment. Il a plaidé pour passer d’une politique agricole à une politique alimentaire, pour une régulation des importations et l’exploitation du potentiel de l’océan. En conclusion, il a relevé l’importance de se focaliser autour de grands projets structurants pour l’activité et l’emploi.
Abdéali Goulamaly, rapporteur de l’atelier sur l’insertion des DOM dans leur environnement régional a quant à lui soulevé la nécessité d’une ligne maritime régionale afin que nous puissions maîtriser notre désenclavement. Il a également rappelé que grâce à l’Outre-mer, la France est la deuxième puissance maritime du globe. Ceci illustre une partie de tout ce que l’Outre-mer peut apporter.
Sur la question des grands projets structurants, Philippe Berne a rappelé les grandes étapes du développement des énergies renouvelables à La Réunion : le mot d’ordre d’autonomie énergétique, la création de l’ARER, et la « lisibilité sur ce qu’il faut faire pour atteindre l’autonomie énergétique en 2025 ». Il a avancé une proposition relative aux investissements pour améliorer cette lisibilité (voir encadré).
Intervenant au titre de l’atelier sur la formation des prix, le pouvoir d’achat et les circuits de distribution, Jean-Yves Rochoux a rappelé que « le vrai problème, c’est apprendre à produire et distribuer différemment ». Alix Séry se fait pour sa part l’echo d’un fort besoin de gestion prévisionnelle des emplois à La Réunion. Il s’agit de créer des conditions favorables pour qu’un plus grand nombre de Réunionnais occupe des postes à responsabilité. Alix Séry souligne qu’il est logique de s’investir et aussi de subir les conséquences des décisions que l’on prend.

Un enseignement bilingue

Rapporteur des travaux dans l’égalité des chances et la diversité, Mohamed Rochdi appelle à « sortir du discours du rattrapage, nous avons des projets ». Et de citer la labellisation de trois titres d’ingénieurs dont les formations pourront avoir lieu à La Réunion : dans les TIC, le développement durable et l’agro-alimentaire.
De l’atelier gouvernance, Eric Magamootoo a notamment cité une demande de davantage de déconcentration des services de l’État, la fin des enchevêtrement des compétences des collectivités territoriales, le droit à l’expérimentation, la fin du cumul des mandats et la création d’un Institut régional d’administration.
Carpanin Marimoutou, rapporteur de l’atelier sur l’identité culturelle a mis en avant plusieurs propositions relatives au système éducatif : enseignement de l’Histoire de l’océan Indien, développement d’un enseignement bilingue donnant sa place au créole. Il a également exprimé l’importance d’un accès plus facile aux archives, ainsi que celle de la prise en compte et de la valorisation des savoirs faire.
Après la présentation des propositions réunionnaises décrites à l’occasion de cette séance de restitution des travaux des États généraux, le Premier ministre a donné quelques pistes et perspectives.

Manuel Marchal


François Fillon : « La Réunion ne manque pas de projets »

L’intervention du Premier ministre a débuté par le rappel du contexte dans lequel a été pris la décision de lancer les États généraux. C’est la crise mondiale et la nécessité d’apporter des réponses nouvelles et différentes pour les DOM. Il a rappelé que le scenario des Etats généraux n’est pas écrit à l’avance. Il a dit aussi qu’il souhaite que le comité d’organisation des États généraux puisse se transformer en comité de suivi des décisions qui seront prises.
Sur le volet institutionnel, le Premier ministre a déclaré que La Réunion allait « pleinement s’inscrire dans la modernisation de l’organisation du territoire », car est émis le vœu d’institutions locales correspondant à celle de la France. Une loi-cadre est prévue avant la fin de l’année. François Fillon a noté « des spécificités évidentes » à La Réunion. Il propose d’« explorer toutes les possibilités offertes par la Constitution » dans le domaine de l’expérimentation, et d’utiliser pleinement les possibilités de l’article 299-2 du Traité d’Amsterdam. Une évaluation de ces expérimentations pourrait être conduite par Marie-Luce Penchard, secrétaire d’État à l’Outre-mer.
Concernant l’emploi, le Premier ministre a affiché sa préférence pour la création d’emplois dans le secteur privé.
François Fillon a salué « une grande avance de La Réunion » dans le développement durable, une « vision à long terme qui transparaît dans les États généraux ». Approuvant le souhait de mieux mettre en valeur le créole au sein du système éducatif, le Premier ministre a souligné le modèle réunionnais d’intégration dans la société, « un phare qui doit nous guider et nous conduire ».
François Fillon a conclu en appelant à avoir confiance : « La Réunion ne manque pas de projet ».


Favoriser les énergies renouvelables

Jean-Pierre Avril a rappelé que pour atteindre l’autonomie énergétique, La Réunion a élaboré un plan, le PRERURE. Mais à côté du PRERURE existe un plan pluriannuel d’investissement (PPI) piloté par EDF. C’est ce PPI qui planifie la construction de nouvelles centrales ou le renouvellement du parc. Philippe Berne constate que cette programmation ne fonctionne pas très bien car la hausse de la consommation est compensée par l’installation de centrales fonctionnant avec des énergies fossiles (houille, fuel).
Une proposition réunionnaise pour aller vers davantage de cohérence et d’efficacité est une PPI locale, avec « une orientation générale autour de l’autonomie énergétique ». Ce qui pourrait se traduire par un investissement équivalent obligatoire dans les énergies renouvelables, en cas d’installation de puissances supplémentaires en énergies fossiles. Un tel projet pourrait être expérimenté.
Soulignant une situation exceptionnelle pour les énergies renouvelables à La Réunion, le Premier ministre a souhaité que l’on aille au jusqu’au bout de la démarche qui consiste à rechercher des modes de production d’énergie compatibles avec le développement durable.