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Quand le PCR appelle à rédiger le projet réunionnais

Après les élections européennes

Manuel Marchal / 29 mai 2019

Le succès sans précédent de l’extrême droite aux Européennes à La Réunion suscite des commentaires bien franco-français : la digue a cédé ou alors ce sont les électeurs qui sont accablés. Pourtant, ce résultat n’est que la conséquence d’une stratégie qui a pour but d’affaiblir le PCR car il est le seul parti réunionnais avec une ligne anti-coloniale clairement argumentée. Mais ces pourfendeurs du PCR ont joué avec le feu car les élections du passé ont montré que seul le PCR pouvait à La Réunion être un rempart contre les dérives parisiennes.

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A La Réunion, la liste d’extrême droite est arrivée en tête avec plus de 30 % des suffrages. C’est un score supérieur de 10 points à celui de la France et qui plus est, cette liste est en tête dans toutes les communes de La Réunion. C’est un contraste saisissant avec les scores anecdotiques de l’extrême droite dans notre île, alors qu’en France elle plaçait un candidat au second tour de la présidentielle en 2002, et arrivait en tête aux Européennes de 2014.
Suite à ses résultats, des commentaires s’en sont pris aux personnes qui ont voté pour cette liste à La Réunion, sacrifiant selon eux la fin du modèle social Réunionnais.

Stratégie au service du pouvoir

Il semble pourtant évident que ce vote ne peut être une adhésion aux thèses racistes de l’extrême droite, qui vont à l’évidence à l’encontre de ce qui fait le peuple réunionnais. C’est une nouvelle forme de protestation qui s’est exprimée, après l’expérience lourdement réprimée des Gilets Jaunes. D’une ampleur inouïe, celle-ci s’est transformée à cette occasion.

En effet, tous les jours les Réunionnais peuvent suivre en direct ce qui se passe en France. Ils sont donc sous l’influence d’une propagande qui simplifie les rapports politiques sous cet angle : un gouvernement et une force d’opposition qui a l’apparence de vouloir combattre le système. Cette présentation donne le beau rôle au gouvernement au moment décisif du vote, car il table sur le rejet des thèses de l’extrême droite plutôt que sur le programme de son candidat. C’est cette stratégie qui avait été mise en œuvre lors de la présidentielle et elle a réussi. Après les Européennes, le pouvoir compte de nouveau arriver à ses fins de cette manière lors de la présidentielle de 2022 : qualifier son candidat pour le second tour face à l’extrême droite, son adversaire idéal.
Le traitement de l’information politique sur les grands médias français ne s’attarde pas sur les programmes des partis, mais se concentre sur les personnes. Ainsi, la cheffe de l’extrême droite est mise en scène comme étant une contestataire. Comme des millions de Français, de nombreux Réunionnais croient trouver refuge dans un vote d’extrême droite pour manifester leur mécontentement de l’incapacité du pouvoir à répondre à leurs préoccupations. Aussi c’est donc ce piège qu’il faut d’abord décrypter avant d’accabler les victimes.

Le rempart PCR

Les commentateurs qui fustigent le vote des Réunionnais oublient également de rappeler que le vote protestataire n’est pas nouveau à La Réunion. Depuis des décennies, les Réunionnais subissent les injustices et sont tentés par le vote sanction. Jusqu’à une époque récente, le PCR arrivait à être le rempart à la progression de l’extrême droite en orientant la bataille sur l’essentiel : utiliser le vote pour exiger le respect des Réunionnais par Paris. Il suffit de constater que l’affaiblissement du PCR coïncide avec la montée en puissance du vote d’extrême droite à La Réunion. L’expertise du parlementaire sortant Younous Omarjee ne pouvait pas remplacer le rôle historique et symbolique du PCR.

On se rappelle qu’au référendum constitutionnel européen, en 2005, le PCR avait fait voter NON. Cette décision l’a remporté par 60% (59,95%). Le peuple Réunionnais était aussi en phase avec le peuple de France (55%). La Réunion était le seul Rup à faire voter NON. Le peuple Réunionnais était aussi en phase avec ses dirigeants. L’appel de Paul Vergès a été décisif alors qu’il était à la présidence de la Région. Il n’a pas sacrifié les intérêts stratégiques de La Reunion par une posture de court terme. A l’époque, elles étaient nombreuses les personnes politiques et morales qui exhortaient le Président de Région à ne pas « donner un coup pied dans son bol manzé ».

Il y a 2 ans, à la présidentielle, l’engagement du PCR en faveur du candidat Jean Luc Mélenchon a été décisif pour le placer en tête du premier tour : 24, 53% contre 23,46 pour l’extrême droite, soit une avance de 1,07%. Au lieu de consolider cet avantage stratégique, on lui substitue une posture qui a conduit à un suicide collectif. Cette fois, tout en tenant compte du contexte, la liste de Mélenchon est réduite à 19,03% et laisse filer la première place à 31,24 %. Un exemple de confusion : dimanche soir, la mairie du Tampon a exprimé son désarroi devant le score du RN et fustige le pouvoir parisien alors qu’elle avait accueilli en grande pompe Marine Le Pen. L’absence de vision stratégique est à la base de la victoire du RN.

Tout au contraire était la réaction responsable de Julie Pontalba, la candidate du PCR : « il (le peuple) nous urge de rédiger le projet Réunionnais ».

M.M.



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  • les résultats de l’élection européenne auraient été certainement très différents si le taux de participation était plus élevé . Il faut garder l’esprit que Plus de 70% des électeurs réunionnais ne sont pas allés voter .

    Par ailleurs , il faut aussi tenir compte du fait que les choses ont un peu changé du côté du parti de Marine Le Pen . Elle a corrigé un peu ses positions sur l’Union européenne et ne remet plus en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne mais veut surtout privilégier les intérêts nationaux avant ceux de L’union tout en préservant la cohésion et l’identité européenne qui existent déjà et qui se renforcent à chaque élection européenne sauf peut être pour les anglais qui ont déjà décidé de se retirer de l’Europe et qui ont confirmé leur choix à l’occasion de cette consultation électorale .

    Mélenchon ou un autre communiste fera probablement un meilleur score à l’occasion des prochaines élections présidentielles ou européennes mais je suis prêt parier que même si la participation électorale augmente le Rassemblement national restera sur sa lancée et améliorera probablement son score non en prenant des voix aux communistes mais en prenant des voix à droite et ou au centre .

    Les électeurs réunionnais de droite et du centre préfèreront sûrement voter Marine le Pen Plutôt que de voter communiste ou socialiste s’ils sont déçus par le président macron , surtout si les communistes ressortent le drapeau de l’indépendance que Paul Vergés a mis dans un placard depuis les années 1990 en tout cas depuis l’institution de la décentralisation qui adonné plus de pouvoir aux collectivités locales .

    Mais en politique Rien n’est joué d’avance et il faut se garder de tirer des plans sur la Comète .Les électeurs gardent leur liberté de décision jusqu’à la dernière minute .

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