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Rendez l’argent des Réunionnais

Plusieurs milliards d’euros confisqués par l’arrêt des grands chantiers

Manuel Marchal / 14 septembre 2010

Devant la faillite de l’État concernant la construction de logement, il existait pour les Réunionnais la possibilité d’atténuer la crise en lançant de grands chantiers. Le Protocole signé à Matignon par le Premier ministre et Paul Vergès prévoit la construction de deux grands équipements, le tram-train et la route du littoral. Ce sont deux chantiers que Didier Robert s’est empressé de stopper dès son élection à la présidence de la Région, et cela sans que le gouvernement ne s’y oppose au nom de l’État coresponsable de ces chantiers. Cela a accéléré la crise du BTP, et précipite la faillite de 1.500 entreprises d’ici la fin de l’année. L’urgence est donc de lancer les chantiers prévus. Didier Robert et François Fillon doivent rendre les milliards des Réunionnais.

L’installation du Conseil supérieur de la commande publique se tient quelques jours après que tout le secteur du BTP ait manifesté. L’annonce de la création de cette instance n’a pas suffi à désamorcer le mécontentement, tout comme la prestation de sa présidente mercredi dernier.
Une série de décisions politiques a entrainé ce secteur dans la crise. Cela a été notamment le cas dans le logement (voir "Témoignages" d’hier). Car force est de constater qu’à 15 mois de la pleine application du droit au logement opposable, l’État a toujours 30.000 logements sociaux de retard dans notre pays. Les atermoiements sur le devenir de la défiscalisation et l’adoption de nouvelles règles visant à faire financer une partie du logement social par ce biais ont amplifié la crise. Car pour le moment, aucune opération de logement social financée en partie par la défiscalisation n’est sortie de terre. Autrement dit, la production de logements a connu une baisse significative dans notre île, entrainant la suppression de milliers d’emplois. Or, le logement est la compétence de l’État.

1.500 entreprises menacées de liquidation

D’autres facteurs se sont conjugués à cette carence. Ce sont les décisions d’élus visant à arrêter des chantiers programmés. Le chantier de la Route des Tamarins était le point de départ de la construction d’une série d’équipements structurants pour La Réunion du million d’habitants. Devaient suivre dès l’inauguration de cette route, le chantier du tram-train, puis celui de la nouvelle route du littoral.
Plusieurs recours ont alors retardé le lancement du chantier du tram-train, créant un décalage avec la fin de celui de la route des Tamarins. Mais d’autres projets étaient en cours, susceptibles de faire la transition entre ces deux grands chantiers. Il s’agissait notamment de la rocade du Tampon, du Pôle océan, du Zénith. Le refus de Didier Robert de lancer le chantier de la rocade alors que tout était financé, et celui de la nouvelle municipalité de Saint-Denis de poursuivre les travaux du Pôle Océan et du Zénith intercommunal allait créer le trou d’air qui a ensuite amené 10.000 travailleurs du BTP au chômage.
C’est au moment où l’on apprend que 1.500 entreprises risquent d’être liquidées avant la fin de l’année que la Région annonce le 31 mai un plan de relance, le jour de la parution dans le "JIR" d’une interview de Didier Robert.
Ces initiatives ne rassurent pas les acteurs concernés, puisqu’ils décident le jour même de lancer une manifestation unitaire le 10 septembre.

Un accord signé depuis plus de trois ans

La situation est en effet dramatique. Car la décision de la nouvelle direction de la Région d’arrêter le tram-train coupe toute perspective à la filière BTP, et signifie que dans les mois à venir, tous les travailleurs licenciés seront en fin de droit.
La présence des cabinets d’architectes dans la manifestation du 10 septembre a montré que le bout du tunnel n’est pas pour demain. Cette profession connaît une chute de son activité, donc les chantiers ne sont pas près de repartir.
Où est donc « l’effort sans précédent en matière économique » vanté par le membre du bureau politique de l’UMP qui préside la Région ? Au lieu de cela, tout le monde constate que l’argent épargné par les prédécesseurs de Didier Robert est dépensé dans des dépenses de consommation et non d’investissement. Ainsi, la Région a fait un chèque de 9 millions d’euros au gouvernement pour financer une compétence qui relève de l’État, la continuité territoriale.
L’urgence pour notre pays, c’est la relance des grands chantiers. Le tram-train est prêt à être démarré, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise aussi, quant à la nouvelle route du littoral prévue dans le Protocole de Matignon, elle aurait dû être soumise à l’enquête publique d’ici la fin de l’année. Les projets sont là, l’accord de financement est signé depuis plus de trois ans, les milliards auxquels ont droit les Réunionnais peuvent être utilisés immédiatement. Didier Robert et François Fillon doivent donc rendre cet argent aux Réunionnais pour qu’il soit investi tout de suite dans les projets prévus.

M.M.