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Un Front réunionnais pour gagner la bataille du développement

L’égalité réelle ferme les dernières marges de manœuvre des tenants du statu quo

Manuel Marchal / 26 octobre 2016

Au terme de 70 ans de départementalisation, la moitié des Réunionnais vit sous le seuil de pauvreté. Ils sont condamnés au chômage ou aux emplois précaires. C’est l’échec monumental des partis politiques qui ont dirigé la France durant trois quarts de siècle. Cela donne raison au PCR : on ne gouverne pas La Reunion à distance. Le Parti appelle à la constitution d’un Front réunionnais capable de redresser la situation.

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Dans le système actuel, plus d’un jeune sur deux sorti de l’école est au chômage.

En 1959, à leur Congrès constitutif, les communistes avaient pris plusieurs décisions sur la base d’une analyse de la situation réelle. 13 ans après le vote de la loi du 19 mars 1946, le gouvernement refusait d’appliquer la part progressiste de la départementalisation voulue par les peuples d’outre-mer. L’égalité sociale devait s’appliquer le 1er janvier 1947, cela n’a pas été le cas. C’est pourquoi La Réunion restait sous un régime qui n’avait que peu évolué depuis l’abolition du statut colonial, mis à part dans le domaine de la santé et la sur-rémunération des fonctionnaires de l’Etat.

La création du Parti communiste réunionnais visait donc à donner un nouvel outil pour faire avancer la lutte contre la misère subie par la majorité de la population et dénoncer la supercherie de la France généreuse. Les communistes militaient alors pour la création d’une assemblée qui aurait eu pour tâche de gérer les affaires concernant les Réunionnais. Le concept de l’autonomie de La Réunion était né.

Les adversaires combattirent le mot d’ordre et fit diversion au lieu de débattre du contenu : le programme de l’Autonomie. Ils sont même allés chercher Michel Debré, ancien Premier ministre, pour devenir député de La Réunion, à l’époque des fraudes électorales massives. La répression, la casse du chemin de fer, les emprisonnements de militants, l’organisation de l’exil d’une grande partie de la jeunesse et tous les moyens du pouvoir n’ont pas réussi à faire céder les communistes. Au contraire, c’est dans cette lutte que s’est créé un lien très fort entre le PCR et la population.

Les sacrifices de plusieurs générations n’ont pas été vains. Il a fallu la démission des deux premiers députés du PCR, Paul Vergès et Elie Hoarau, pour qu’enfin, au bout de 50 ans de luttes, Paris soit obligé d’appliquer enfin les lois sociales prévues en 1946 ! Que de temps perdu pour les pauvres et les travailleurs.

L’aboutissement de l’égalité

Le projet de loi sur l’égalité réelle outre-mer matérialise la dernière partie de cette dette vieille de 70 ans. Rien de plus. Ces avancées ne permettront pas faire mieux qu’avant. En tout cas, elles ne pourront pas remédier à la grave crise qui touche La Réunion depuis plusieurs décennies.
Le diagnostic est en effet largement partagé. La Réunion est le département français le plus inégalitaire. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, plus de la moitié des jeunes sont au chômage, il reste encore plus de 120.000 illettrés et plus de 30.000 familles attendent un logement social.

Ces indicateurs vont s’aggraver avec l’arrivée inévitable du million d’habitants. Cela explique pourquoi les héritiers des adversaires historiques de l’autonomie parlent d’émancipation, de développement endogène ou d’expérimentation. Ce sont autant de termes pour essayer de sortir du droit commun français.

Les décisions prises par ce courant d’opinion qui détient tous les leviers de pouvoir à La Réunion entrent pourtant en contradiction avec l’ambition affichée. Un seul exemple : l’arrêt du tram-train et du plan d’autonomie énergétique rendent La Réunion toujours plus dépendante d’importation de matières premières et de produits, ce qui est totalement contraire à une économie responsable. De surcroît, la pollution générée mettra la santé de la population en danger.

Dans le même temps, La Réunion est confrontée à son intégration dans la mondialisation des échanges. La première mesure concrète est la suppression du quota sucrier l’année prochaine, 18.000 emplois sont menacés. La seconde alerte est la prochaine signature de l’accord de partenariat économique entre nos voisins et l’Union européenne. Apres le pillage de l’économie Réunionnaise par les monopoles français, le reste de notre production risque la concurrence de produits à bas-coûts venant d’un ensemble économique de plus de 600 millions d’habitants.
Face à ces alertes, et compte-tenu de la situation sociale déjà dramatique, l’urgence est de définir rapidement un système capable de rompre avec les errements de ces 70 dernières années. C’est le sens de l’appel au Front réunionnais lancé depuis plusieurs semaines par le Parti communiste réunionnais.

C’est un appel à toutes les bonnes volontés, sans exclusive, afin de faire émerger un projet réunionnais issu du débat le plus large. À charge ensuite pour les responsables politiques Réunionnais de défendre ce projet avec leurs interlocuteurs à Paris. L’expérience de nos aînés peut nous guider.
En 1945, pour sortir de la misère coloniale et des conséquences dramatiques de la guerre, les Réunionnais ont été capables d’une telle attitude. Elle a permis d’épargner des dizaines de milliers de vies et d’élever le niveau de formation. Reste maintenant à franchir l’étape du développement dans un contexte totalement changé, sans frontière. Agir pour que La Réunion puisse défendre ses intérêts et permettre à chacun d’avoir pleinement sa place, un emploi et un logement. C’est vraiment le minimum.

M.M.