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Un million de Réunionnais dans 20 ans

Les projections de l’INSEE confirment celles du PCR

Manuel Marchal / 29 novembre 2017

Depuis de nombreuses années, le Parti communiste réunionnais appelle les responsables politiques à tenir compte d’une échéance inéluctable : La Réunion comptera plus d’un million d’habitants en 2037, ce sera dans 20 ans. Hier, l’INSEE a présenté ces projections démographiques pour 2050. À cette date, le million de Réunionnais sera dépassé. La société du million d’habitants dépend bien des décisions qui seront prises aujourd’hui, faute de quoi La Réunion comptera au moins 400.000 pauvres dans 20 ans. Comment parler de développement si la crise actuelle continue ?

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Ces jeunes vivront-ils dans une île peuplée de plus de 400.000 pauvres ?

Cela fait déjà de nombreuses années que le PCR alerte sur les effets d’un phénomène inéluctable : la croissance démographique. Pour La Réunion, cela se traduit par une échéance inévitable : le million d’habitants. Les projections de l’INSEE se basent sur la poursuite de la tendance actuelle. En prenant en compte la même situation, la perspective sociale annonce des lendemains très difficiles si rien ne change.

Le million d’habitants sera dépassé en 2037, au moment où la majorité des Réunionnais actuels seront encore vivants et donc connaîtront cette période. Selon les projections de l’INSEE, notre île sera peuplée de 1,071 million de personnes en 2050. 25 % des Réunionnais auraient alors plus de 60 ans, ils seraient aussi nombreux que les moins de 20 ans. Ces plus de 60 ans ont aujourd’hui au moins 25 ans. Arrivé à plus de 60 ans, leur revenu dépendra de leur retraite. Or, les conditions pour avoir droit à une retraite décente ne cessent de se durcir. La durée de cotisation toujours plus longue est en effet en total décalage avec la pénurie d’emploi qui existe dans notre île. Dans ces conditions, comment réunir la durée minimale d’assurance prévue par les textes actuels. Autant dire que si rien ne change se prépare l’avénement d’une génération de retraités majoritairement sous le seuil de pauvreté.

Que produire à La Réunion ?

En 2050, les Accords de partenariat économique auront été signés depuis bien longtemps entre les pays voisins et l’Union européenne. Dans l’état actuel, ils prévoient la mise en concurrence de tout ce qui est produit à La Réunion avec ce qui vient d’à côté. Aujourd’hui, le libre-échange entre La Réunion et l’Europe met en concurrence les travailleurs de notre île avec ceux d’une industrie faisant partie des plus développées au monde. Comme La Réunion est un marché intéressant, des groupes extérieurs achètent des industries réunionnaises. Puis une fois le marché acquis, ils cherchent à délocaliser en Europe où le coût de production est moindre, pour vendre les mêmes produits ici. C’est ce qui s’est passé avec la fermeture de la Société industrielle de Bourbon par Colgate-Palmolive, c’est ce qui se prépare avec le plan de licenciements préparé par ArcelorMittal dans sa filiale Profilage. Avec les APE, le risque de délocalisation sera encore plus fort, car il sera possible de produire encore moins cher chez nos voisins qu’en Europe. De plus, l’industrie ne sera pas la seule concernée, cela visera aussi l’agriculture et les services. La protection offerte par le Traité européen est une illusion. Car elle n’a pas empêché que soit supprimé le quota sucrier réunionnais et donc la mise en concurrence des planteurs de notre île avec ceux du monde entier. Pourtant, les 200.000 tonnes de sucre produites à La Réunion représentent à peine 1 % du marché européen, et leur protection n’est pas de nature à déséquilibrer ce même marché.

Si rien ne change, c’est à se demander ce qui sera encore produit à La Réunion en 2050, d’où la crainte d’une explosion du chômage avec plus de travailleurs privés d’emploi qu’en activité.

50.000 solutions d’emploi possibles maintenant

Aujourd’hui, plus de 40 % des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Si la tendance ne change pas, ils seront donc au moins 400.000 dans 20 ans. De quelle démocratie sera-t-il possible de parler si 400.000 compatriotes sont confrontés à l’urgence sociale quotidienne, terreau favorable aux abus de toutes sortes et notamment à la corruption exercée par de personnes peu scrupuleuses prêtes à tout pour se obtenir le pouvoir ou le garder ? Et plus largement, quel développement durable avec 400.000 pauvres à La Réunion ?

Le maintien du système actuel conduit bien à l’impasse, aggravée par la croissance de la population. Il importe donc de mettre en œuvre dès maintenant des mesures pour que le million d’habitants ne tourne pas à la catastrophe.

Pour sa part, le PCR propose 50.000 solutions d’emplois grâce à la création de deux grands services dans l’environnement et l’aide à la personne. L’intérêt du second est conforté par le résultat de l’étude présentée hier par l’INSEE.

Les tendances démographiques soulignent un accroissement très important du nombre de personnes âgées. Il appartient aux responsables politiques actuels de mettre en œuvre dès maintenant les services qui permettront à ces aînés de mieux vivre. Ceci est en effet un gisement d’emplois durable.

La bombe à retardement NRL

Un autre grand chantier est celui de l’autonomie énergétique. Avec la poursuite de la croissance automobile au rythme actuel, notre île comptera plusieurs centaines de milliers de voitures et camions supplémentaires dans 20 ans. Ce sont autant de sources de bénéfices pour les groupes qui prospèrent sur l’importation de carburants, sans oublier la pollution avec les particules cancerigènes produites par ces véhicules. Le coût payé par les Réunionnais va exploser avec la raréfaction du pétrole. La réflexion doit amener vers une rupture avec la politique actuelle des transports. Il semble évident que cela passera par la reconstruction du train, fer de lance de l’autonomie énergétique.

En 2037, les Réunionnais seront encore en train de payer la facture de la NRL si jamais le chantier se poursuit. Et avec l’élévation du niveau de la mer et donc de l’intensité de la houle, ils auront également commencé à mettre la main à la poche pour payer l’entretien de la route en mer. La conjonction du coût de ce chantier et de la hausse de la facture pétrolière montre bien que la génération actuelle se prépare à laisser un cadeau empoisonné à La Réunion du million d’habitants.

M.M.



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  • Dans 20 ans combien y aura t-il de malgaches , de mauriciens et de comoriens ? La Réunion est une région française d’outre mer , mais elle est aussi dans un environnement géopolitique bien spécifique .Quelle sera son rôle dans cette environnement ? comment vivra t-elle son appartenance aux Mascareignes d’un côté et à la France et l’union européenne de l’autre ? Quel sera l’impact économique social et culturel de ses voisins sur elle et vice versa ? quelle sera son image dans le monde entier ? quel sera son message à tous les habitants de la planète ?
    Dans 20 ans la notion de citoyenneté planétaire et de solidarité entre les hommes aura sans doute évolué vers quelque chose de bien plus concret . Comment les réunionnais se positionneront -ils face à cette évolution inéluctable ? Ce sont des questions qui méritent également réflexion. Chaque chose en son temps , mais c’est aujourd’hui que nous construisons les fondations et les murs de la maison dans laquelle vivront nos enfants et petits enfants .Le monde de demain sera celui que nous sommes en train de construire aujourd’hui .

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  • Avec des transports comme le train électrique, un TER-PEI roulant à 150 km/h, électrique, de St Joseph à St Benoît, climatisé, permettant aux vieux, aux élèves, aux prolétaires, aux touristes de voyager propre, permettant de converser, manger, dormir, écouter de la musique, lire, choses interdites en conduisant bien évidemment. Puis une indépendance énergétique (avec les énergies renouvelables, comme la géothermie, comme depuis longtemps déjà en N-Zélande, Islande, Japon) et alimentaire (en remplacement de la canne suventionnée jadis, polluante car non bio), je pense qu’on devrait s’en sortir.
    Les jeunes sont en train de se former aux nouvelles technologies, les nouvelles élergies, façons de se déplacer, de travailler la terre, un futur lycée de la mer, pour former des marins pêcheurs, des poissonniers (chose qui n’existe pas pour le moment, ce qui est à la fois incroyable et bien injuste). Je pense qu’il faut les encourager à se former, à voyager surtout qu’ici, 65% d’entre eux sont sans emploi, même diplômés. Voilà mes idées, mes utopies me disent certains, mais pas tous, ouf ! Arthur.

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