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Un système incapable de faire reculer le chômage à La Réunion

Malgré une croissance de l’emploi quatre fois plus importante qu’en France

Manuel Marchal / 22 octobre 2016

Alors que La Réunion connaît un dynamisme important en termes de créations d’emploi, la courbe du chômage ne s’inverse pas. C’est la conséquence d’un système arrivé au bout de ses possibilités.

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La suppression des quotas sucriers l’année prochaine concerne 18.000 emplois.

Le dernier numéro d’INSEE Flash décrit une économie dynamique en termes de créations d’emploi. Il s’agit de l’étude sur l’emploi salarié marchand à La Réunion au deuxième trimestre 2016. Ce document indique que sur 12 mois, la croissance de l’emploi dans ce secteur a été de 3,4 % à La Réunion contre 0,9 % en France.

Cette donnée confirme que chaque année, de nombreux emplois sont créés à La Réunion. Car du côté du secteur public, l’augmentation de la population s’accompagne d’un nombre toujours plus important d’agents.

Dans le même temps, les chiffres du chômage ne répercutent pas un tel dynamisme. Au second trimestre 2016, le nombre d’inscrits à Pôle emploi est resté stable. En glissement annuel, le nombre de travailleurs totalement privés d’emploi en juin était en légère baisse (-1,6-%), alors que le nombre total de demandeurs d’emploi était en hausse (+0,7 %). Cette croissance de la précarité était notamment tirée par l’augmentation du nombre de Réunionnais au chômage ayant pu travailler quelques heures en juin dernier.

Impact de la mondialisation

Le dynamisme de l’économie réunionnais dans le secteur privé est quatre fois plus important qu’en France. Malgré cela, le chômage ne recule pas. Cela veut donc dire que le nombre d’emplois créés ne suffit pas à répondre à la hausse de la population active qui est liée à la démographie. La croissance de la population de La Réunion va encore durer entre 15 et 20 ans, pour se stabiliser aux alentours d’un million d’habitants.

Au cours de cette période, La Réunion connaîtra plusieurs phénomènes qui pèseront sur la situation sociale. Le premier est la fin des quotas sucriers l’année prochaine. Cela signifie que le débouché n’est plus assuré pour le principal produit de transformation de la canne à sucre. Si le sucre réunionnais n’est pas assuré d’être vendu l’année prochaine, les industriels vont-ils acheter de la canne ? La filière canne représente 18.000 emplois à La Réunion.

Le secteur de la canne à sucre ne sera pas le seul à connaître l’impact de la mondialisation ultra-libérale. L’Union européenne négocie en effet un accord de libre-échange avec les États d’Afrique orientale et australe. Il doit notamment permettre à ces pays d’exporter leur production sans quota ni droit de douane vers l’Union européenne, donc La Réunion. Comme cet accord concerne les pays voisins de notre île, qui ont les mêmes productions qu’à La Réunion, l’inquiétude est grande pour la survie de notre économie. En effet, ce qui se passe actuellement pour le sucre rappelle que les spécificités de La Réunion inscrites dans le traité européen ne pèsent pas lourd face aux injonctions de l’Organisation mondiale du commerce.

Si ces deux menaces se concrétisent, alors la situation sociale sera encore plus tendue car l’économie sera toujours dans l’incapacité de créer suffisamment d’emplois.

Quelles propositions ?

Le projet de loi sur l’égalité réelle était l’occasion de réfléchir à des solutions pour que l’économie réunionnaise puisse augmenter le rythme de ses créations d’emploi. Mais le projet voté par les députés ne remet pas en cause la structure qui existe dans notre île. Comme cette structure ne change pas, il ne sera pas possible d’arriver au plein emploi au terme des 20 années prévues pour l’application de l’égalité réelle. L’impact de la mondialisation pourrait même encore accentuer la crise de l’emploi.

À l’heure où l’égalité réelle montre bien que la départementalisation arrive au bout de ses possibilités après 70 ans d’existence, les rendez-vous qui attendent La Réunion amènent à imaginer d’autres solutions. C’est le sens de l’appel au débat lancé par le PCR, pour que les Réunionnais puissent arriver à s’entendre sur un projet et puissent avoir les moyens de l’appliquer.

M.M.