Actualités

Zaboutan nout parti : merci pour vos luttes

Lancement de l’année préparatoire du 60e anniversaire du Parti communiste réunionnais

Témoignages.re / 19 mai 2018

Ce samedi, le Parti communiste lance la première initiative de l’année préparatoire de son 60e anniversaire. Le rassemblement Zarboutans nout parti est organisé ce matin au Bocage à Sainte-Suzanne. Le PCR tient à honorer le combat de celles et ceux qui sont restés fidèles à leur engagement pour le peuple réunionnais et le développement de son pays, La Réunion.

JPEG - 48.3 ko
Réunion clandestine du Parti avec Paul Vergès dans les années 1960.

Cela 59 ans que le Parti communiste réunionnais a été créé. C’est aussi la date du lancement de l’année préparatoire du 60e anniversaire du PCR. Les 17 et 18 mai 1959, la Fédération communiste de La Réunion tenait sa conférence fédérale au Port. Elle fut un tournant. Les communistes décidèrent en effet de transformer cette assemblée en congrès constitutif du Parti communiste réunionnais. Cet événement eut lieu en présence de Léon Feix, membre de la direction du Parti communiste français. Le PCF soulignait alors son soutien à cette initiative qui venait après les créations du Parti communiste guadeloupéen et du Parti communiste martiniquais.
La création du PCR fut un acte politique d’émancipation. Car pour la première fois, les Réunionnais disposaient d’un parti politique réunionnais. Qui plus est, sa raison d’être était celle d’un outil au service de la libération du peuple réunionnais du joug colonial.
Cela se passait en 1959, 13 ans après le vote de la loi abolissant le statut colonial. La loi du 19 mars 1946 devait beaucoup au combat des communistes. C’était une revendication née dans la lutte des syndicats avant la guerre. C’était pour les progressistes le moyen le plus rapide d’en finir avec un système injuste, dans une situation amplifiée par la misère causée par le blocus de l’île pendant la guerre et ses conséquences.
L’urgence des urgences, c’était l’application de la Sécurité sociale à La Réunion, à laquelle s’ajoutait une revendication d’égalité. Les Réunionnais aspiraient à être des citoyens de la République à part entière et non plus les habitants d’une colonie.

L’espoir du 19 mars 1946

Plusieurs outils furent alors créés pour mener ce combat. Il y eut tout d’abord le journal Témoignages le 5 mai 1944, puis le Comité républicain d’action démocratique et sociale l’année suivante. Le CRADS était la traduction politique du mouvement social, avec le soutien de membres de différentes classes sociales qui avaient comme point commun la volonté de sortir du statut colonial. La population a montré son adhésion à cette revendication en faisant confiance au CRADS. Lors des premières élections organisées au suffrage universel à La Réunion, le CRADS remportant la plupart des municipalités en 1945, dont Saint-Denis et toutes les grandes villes. Dans l’élan de cette dynamique, le CRADS obtint la présidence du Conseil général, ainsi que l’élections des deux députés devant siéger à l’Assemblée constituante. Le 17 octobre 1945, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche étaient élus avec une feuille de route très claire : abolition du statut colonial et La Réunion département français. Ils s’acquittèrent de cette mission en moins de 6 mois, en joignant leur revendication avec celle des représentants de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique. Le 19 mars 1946, la loi abolissant le statut colonial adoptée à l’unanimité était promulguée. Elle prévoyait dans son deuxième article l’égalité avec la France au 1er janvier 1947.
C’est cela que les gouvernements qui se succédaient à Paris ne voulaient pas appliquer. Les conséquences pour les Réunionnais étaient désastreuses. En tant que département français, son économie était soumise à la concurrence de celle de la France, et les seules avancées étaient l’assistance médicale gratuite, et la retraite des vieux travailleurs. Tous les autres droits prévus par le loi du 19 mars étaient bafoués.

L’égalité refusée

Plus grave encore, le gouvernement a voulu diviser le mouvement social en créant une société d’apartheid. La direction des syndicats était animée par les fonctionnaires, et mise à part une centaine de hauts cadres qui avaient un supplément colonial, les agents des services publics touchaient une solde intérieure à celle de leurs homologues de France. La revendication de la CGT était l’égalité de traitement « franc pour franc ». Mais le gouvernement n’octroya pas l’égalité, il décida d’étendre aux 2.000 fonctionnaires le supplément colonial ce qui leur donnait le double du traitement qu’ils auraient touché en France, tandis qu’il maintenait l’écrasante majorité de la population dans les bas-salaires.
Paris cherchait à faire émerger une classe sociale lui étant totalement dévouée, avec un pouvoir d’achat suffisant pour consommer des produits fabriqués en France et importés à La Réunion.
Cette politique faisait que la situation s’aggravait. En 1958, la ration de calories journalière disponible par Réunionnais était de 1.900, alors qu’elle était de 2.200 à Madagascar ou 2.000 en Corée, et 3.000 en France. C’était l’indice de la sous-alimentation, et à cette époque La Réunion faisait partie des pays les plus touchés par la malnutrition dans le monde. C’était plus de 10 ans après la transformation de la colonie en département.
La population avait trouvé dans les communistes les plus ardents défenseurs de sa cause. D’importantes municipalités étaient alors dirigées par des listes d’union avec à leurs têtes des communistes. Lors des législatives du 2 janvier 1956, la liste communiste obtint la majorité des voix en un seul tour, et l’élection de deux députés de La Réunion sur trois : Paul Vergès et Raymond Mondon. Le pouvoir ne pouvait tolérer pareille résistance. Il décida donc de mettre fin au droit de vote en organisant la fraude électorale pour chasser les communistes des mairies. C’était aussi le début de la répression contre les militants communistes.

L’affirmation du peuple réunionnais

Cette période était aussi celle de l’arrivée à la direction de la fédération de jeunes cadres enrichis par leurs expériences en France aux côtés des acteurs du mouvement de décolonisation qui touchait toutes les régions du monde. Cela a abouti à une analyse démontrant que la départementalisation était impossible, et que La Réunion avait besoin d’un autre cadre pour régler les problèmes de la population. L’analyse affirmait aussi que La Réunion avait un peuple, le peuple réunionnais, issu de l’apport de différentes civilisations, toutes égales entre elles. Ce peuple reconnu en tant que tel avait donc vocation à gerer les affaires qui le concernait directement.
Les communistes ont alors adopté un programme où ils demandaient la création d’une Assemblée responsable devant les Réunionnais afin de gérer les affaires des Réunionnais, et d’un exécutif responsable devant cette Assemblée. Pour faire aboutir cette revendication fut créé le Parti communiste réunionnais.
Malgré la répression, le PCR continua de se renforcer et il contribua par les luttes de ses militants à faire aboutir la revendication d’égalité. Le combat pour la responsabilité continue, et il unit les générations. C’est à sa base la plus fidèle que le PCR rend hommage aujourd’hui, avec l’engagement de poursuivre son combat jusqu’au bout.

M.M.