Co-développement

Une diplomatie des peuples fondée sur le bon voisinage

Premier forum politique des îles de l’océan Indien : introduction politique

Manuel Marchal / 6 août 2018

Les 2 et 3 juin derniers, le premier Forum politique des îles de l’océan Indien s’est tenu à Antananarivo. Il était placé sous le thème : le bon voisinage et la diplomatie des peuples. Il a rassemblé une centaine de participants venus de Madagascar, de La Réunion, des Comores et des Chagos. Ce forum est le résultat d’une initiative de l’association REAGIES, de l’AKFM et du PCR. Il a également permis à Olivier Bancoult de présenter pour la première fois à Madagascar la lutte du peuple chagossien. Aujourd’hui, il est question de l’introduction politique du forum faite par les dirigeants de l’AKFM et du PCR.

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40 ans après la dernière rencontre des organisations progressistes à Mahé aux Seychelles, a été constitué un nouvel espace de dialogue entre les peuples : le Forum politique des îles de l’océan Indien. Il a tenu sa première réunion fondatrice les 2 et 3 août dernier à l’hôtel Motel d’Antananarivo. Il a vu le jour grâce à l’action de l’association REAGIES, qui œuvre depuis de nombreuses années dans la solidarité avec Madagascar, de l’AKFM et du PCR.
Ses membres fondateurs sont une centaine de personnes venues de Madagascar, de La Réunion, des Comores et des Chagos. Le PCR était représenté par une délégation conduite par son secrétaire général, Maurice Gironcel. Pendant deux jours, ils ont pu échanger sur les questions de la démographie, du changement climatique, de l’innovation au service de la lutte contre la pauvreté, des échanges dans la région, de la problématique des Îles éparses. L’événement s’est déroulé à l’hôtel Motel d’Antananarivo. Pendant deux journées, les participants ont pu bénéficier du soutien d’une équipe d’étudiants malgaches chargée de l’organisation, et qui a participé aux débats. Plusieurs d’entre eux ont été rapporteurs des ateliers du forum, car cet événement vise aussi à préparer l’avenir.

Solidarité avec les Chagossiens

Simone Yée Chong Tchi Kan, présidente de REAGIES, a ouvert le forum par un mot de bienvenue. C’est ensuite Eric Rakotomanga, président de l’AKFM, qui a souligné l’importance pour les peuples de l’océan Indien de trouver des solutions propres par le bon voisinage. Ce bon voisinage s’appuie sur des racines historiques et culturelles communes. La diplomatie des peuples découle du bon voisinage, dit-il, appelant à renforcer la solidarité entre les peuples notamment pour faire respecter la résolution de l’ONU sur les Îles Éparses qui appartiennent au peuple malgache mais que le gouvernement français continue d’occuper, pour que le peuple chagossien revienne dans le pays natal d’où il a été expulsé.
Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire du PCR aux relations internationales, a expliqué que l’apprentissage de la responsabilité se heurte au modèle dominant qui rejette un tiers de la société. L’échange d’expériences est l’antidote pour rompre avec les effets de siècles de colonisation.
Pour le dirigeant communiste, ce forum doit identifier des forces pour sortir de la crise, ce sera « notre contribution à l’avenir de l’humanité ». Il précise que le bon voisinage ce sont « des relations d’amitiés et de partage. Si un problème survient, il doit être réglé par les voisins ».
Ces problèmes restent considérables. Depuis la rencontre de Mahé voici 40 ans, le retour des Chagossiens dans leur pays n’a toujours pas été résolu, des milliers de personnes sont mortes dans la mer comorienne, la sécheresse touche le Sud de Madagascar, tandis que Maurice et les Seychelles veulent louer des îles pour que de grandes puissances les utilisent comme bases militaires, enfin, La Réunion est absente de discussions qui la concernent au sujet de l’Accord de partenariat économique.

Régler nos problèmes entre voisins

Maurice Gironcel a tout d’abord rappelé l’importance de quatre phénomènes qui font l’objet d’ateliers lors de ce forum : la démographie, le changement climatique, la mondialisation capitaliste et l’innovation technologique. Le secrétaire général du PCR appelle à affirmer notre identité commune, à la concrétiser par la solidarité entre les peuples. Cela suppose de « définir nous-mêmes les termes de nos échanges dans un rapport gagnant-gagnant ».
Maurice Gironcel cible également la dépendance de nos îles aux énergies fossiles. Il présente une initiative du SIDELEC, collectivité qu’il préside, à Mafate. Grâce au branchement de panneaux solaires sur des batteries à hydrogène, les écoles, l’ONF et des logements peuvent avoir une autonomie de 10 jours s’il n’y a pas de soleil.
Pour un océan Indien zone de paix, le secrétaire général du PCR appelle à apporter « toute notre solidarité aux Chagossiens, et à une prise de conscience pour être au rendez-vous de l’histoire ».

(à suivre)

M.M.



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  • Article re-publié dans le Groupe "Creoles cultures / Kiltir Kreol / Cultures créoles" que je gère sur LinkedIN. En effet, ce Groupe
    "concerne les cultures créoles, dans la perspective d’une candidature commune de la CULTURE CREOLE au Patrimoine immatériel de l’UNESCO, dans le cadre de la décennie internationale pour les peuples d’ascendance africaine de l’ONU (2015-2024)."
    Cette initiative s’inscrit dans un cadre de réflexion sur "La Kreolitude" :
    En cette époque troublée, la contribution des « Cultures créoles » est essentielle pour la constitution d’une humanité mondiale.
    Elles constituent l’exemple de ce que devrait être la « mondialisation », actuellement limitée aux ambitions des marchands. Venues des 4 coins du monde, les populations créoles ont réussi à établir une société de paix, respectueuse des ses composantes culturelles, harmonieusement métissée, même si imparfaite parce qu’en devenir quotidiennement. Une construction plutôt qu’une soumission, comme à l’époque de l’esclavage, quand les marrons s’en allèrent créer leur nouveau monde.
    Si le concept de la « négritude », courant littéraire et politique, créé durant l’entre-deux-guerres , rassemblant des écrivains francophones noirs, comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Birago Diop et René Depestre est lié à l’anticolonialisme et à l’esclavage, la « kreolitude » se doit d’être résolument tournée vers le futur et de contribuer de par son expérience à la construction d’un monde meilleur.
    D’ores et déjà les réalisations des artistes créoles ont essaimé de par le monde.

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    Marc LINTS

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