APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Les transporteurs annoncent qu’ils prennent aujourd’hui 800.000 personnes en otage
10 novembre 2008, par

Aujourd’hui doit se dérouler à la Chambre de Commerce et d’Industrie une rencontre entre les transporteurs, la Région et les acteurs économiques. Dès hier soir, les patrons des transporteurs ont mis la pression en annonçant le blocage de toute l’économie, tout en maintenant le siège de l’hôtel de Région sans que le représentant de l’Etat n’intervienne pour empêcher tout cela.
Gageons que le respect mutuel et la volonté commune d’aboutir à une solution pour l’intérêt général permettra de sortir de la crise.
Hier, les représentants des transporteurs ont annoncé la couleur. Pour le cinquième jour consécutif, tout le pays sera bloqué par une manifestation de patrons. Ces derniers demandent une baisse des prix pour eux, et veulent que les Réunionnais leur donnent 20 centimes par litre de carburant. Résultat : risque de pénurie d’électricité, de carburant et de gaz ; plus de transport collectif interurbain ; risque de pénurie de kérosène ; des écoles fermées. Pendant ce temps, le blocus de la Région se poursuit, dans l’impunité. C’est donc à nouveau la prise d’otage d’un pays de 800.000 habitants, sans opposition de la part de la force publique.
Aujourd’hui doit se tenir une rencontre à la CCIR rassemblant les transporteurs, la Région et les acteurs économiques. Quelle est l’ambiance à quelques heures de cette réunion ? Elle est pour le moins tendue, avec l’annonce par les patrons transporteurs d’un durcissement du mouvement, alors que les forces de police interviendront éventuellement pour faire la circulation, mais pas pour dégager les barrages qui mettent tout un pays à genou.
Pierre Vergès, vice-président de la Région, a noté qu’il est tout d’abord nécessaire que toutes les parties se respectent mutuellement. Il indique qu’il est possible pour un partenaire de faire respecter ses intérêts, tout en faisant avancer l’intérêt général.
Maurice Cérisola, président de La Réunion économique, a quant à lui déclaré que l’on doit arrêter de « marcher sur la tête ». Au moment où la crise financière rend plus difficile les investissements, où le financement des investissements par la défiscalisation est incertain, « on se permet de se mettre dans une situation où on perd des centaines de milliers d’euros par jour ». « Il faut que l’on soit logique », estime-t-il, confiant dans la conclusion aujourd’hui d’un accord, résultat d’un « effort collectif ».
Jeu trouble de l’Etat
Dans ce contexte, les déclarations d’Yves Jégo ne manquent pas de surprendre. Pourquoi affirmer que l’Etat a fait un effort en diminuant le prix de tous les carburants de 5 centimes ? Ce sont les groupes pétroliers qui ont dû céder cette somme sur leurs énormes profits. Or, jusqu’à preuve du contraire, les importateurs et les distributeurs d’hydrocarbures ne sont pas des entreprises qui appartiennent à l’Etat. Donc l’Etat ne fait aucun effort. Alors pourquoi faire la confusion entre les caisses de l’Etat et celles des pétroliers ?
Par ailleurs, le secrétaire d’Etat demande à la Région de faire un effort en suggérant de diminuer de 5 centimes les taxes. Rappelons que depuis 2000, la Région fait les efforts demandés par le ministre. En effet, depuis cette date, la taxe perçue sur les carburants n’a pas augmenté en valeurs absolue, et donc sa part dans le prix à la pompe a diminué en pourcentage, ce qui n’est pas le cas des profits des pétroliers.
Contrairement aux objectifs annoncés de transparence, ces déclarations du ministre font l’affaire de celui qui est le seul à détenir toutes les informations sur la formation des prix : le pétrolier.
A Mayotte, où c’est également le préfet qui décide du prix, ce dernier a répercuté intégralement la baisse des prix du pétrole au bénéfice des consommateurs. Pour faire baisser le prix du gazole de 30 centimes, il a mis à contribution les pétroliers, et uniquement ces derniers.
Alors d’où vient cette idée de demander aux Réunionnais de payer pour augmenter les bénéfices des compagnies pétrolières ?
Manuel Marchal
Un encouragement à barrer les routes pour se faire entendre ?
L’attitude des autorités responsables de la sécurité publique est également troublante. Hier, les actualités télévisées d’Antenne Réunion ont montré des images sorties tout droit d’une fiction.
On a vu un transporteur annoncer au téléphone un plan pour rendre plus efficaces les barrages d’aujourd’hui en présence d’un gendarme. Ce dernier a ensuite déclaré que sa mission était de maintenir une voie ouverte pour les automobiles, un « cordon ombilical ». Comme l’explique le journaliste, « les forces de l’ordre sont à pied d’oeuvre ». Tout le monde pourrait s’attendre pourtant à ce que la mission des autorités chargées de la sécurité publique soit de garantir la liberté de circuler pour empêcher l’économie réunionnaise d’être à genou.
Mais apparemment, cela n’est pas le cas à La Réunion. Cette attitude des autorités publiques est-elle un encouragement pour toutes les victimes de la crise à barrer les routes ?
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