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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>L'&#233;ducation positive, lecture d'une controverse</title>
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		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; L'homme n'est homme que par l'&#233;ducation &#187; Emmanuel Kant &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'heure o&#249;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, six enfants &#226;g&#233;s de moins de cinq ans sur dix, subissent r&#233;guli&#232;rement des ch&#226;timents corporels et/ou des violences psychologiques de la part de leurs parents et des personnes qui s'occupent d'eux, il para&#238;t, pour le moins, inconvenant, de pol&#233;miquer d'embl&#233;e sur l'&#233;ducation positive, souvent reli&#233;e &#224; la bienveillance. Et pourtant, la controverse enclench&#233;e dans les ann&#233;es 2014/2018 s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'homme n'est homme que par l'&#233;ducation &#187; Emmanuel Kant&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249;, &#224; l'&#233;chelle mondiale, six enfants &#226;g&#233;s de moins de cinq ans sur dix, subissent r&#233;guli&#232;rement des ch&#226;timents corporels et/ou des violences psychologiques de la part de leurs parents et des personnes qui s'occupent d'eux, il para&#238;t, pour le moins, inconvenant, de pol&#233;miquer d'embl&#233;e sur l'&#233;ducation positive, souvent reli&#233;e &#224; la bienveillance. Et pourtant, la controverse enclench&#233;e dans les ann&#233;es 2014/2018 s'est install&#233;e dans la dur&#233;e et dans un profond d&#233;saccord entre les &#171; r&#233;solument pour &#187; (Isabelle Fillozat, Catherine Gueguen, Olivier Maurel&#8230;) et les &#171; compl&#232;tement contre &#187; (Caroline Goldman, Didier Pleux, Patrick Ben Soussan, Isabelle Roskam&#8230;). Pour comprendre les enjeux de cette controverse, il convient de bien cerner notre sujet. Il s'agit d'&#233;ducation, de bienveillance, de parentalit&#233; (parents et enfants) et de positivit&#233;, bref d'&#233;ducation bienveillante et/ou de parentalit&#233; positive. Mais au fait : qu'est-ce que l'&#233;ducation positive ? Qu'est-ce que la parentalit&#233; positive et bienveillante ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;volution tranquille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un contexte d'un processus d'autonomisation de l'enfant &lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; que le Conseil de l'Europe (46 pays membres) publie, en mai 2006, une Recommandation destin&#233;e &#224; fixer des objectifs communautaires pour la parentalit&#233; du 21e si&#232;cle. C'est l&#224; qu'appara&#238;t officiellement pour la premi&#232;re fois le concept de parentalit&#233; positive ((positive parenting), d&#233;fini comme un comportement &#171; fond&#233; sur l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant, qui vise &#224; l'&#233;lever et &#224; le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance en &#233;tablissement un ensemble de rep&#232;res favorisant son plein d&#233;veloppement &#187; (cit&#233; par B&#233;atrice Kammerer, Sciences Humaines (S.H), n&#176; 361, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition de la parentalit&#233; positive (Recommandation du Conseil de l'Europe du 13 d&#233;cembre 2006) comme une parentalit&#233; qui respecte et soutient les droits de l'enfant tels qu'&#233;nonc&#233;s dans la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant (CNDE), adopt&#233;e en 1989, part du principe que la capacit&#233; &#233;ducative des parents peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e par une politique de soutien. Quatre piliers sont mis en avant pour d&#233;finir la mission des parents : la n&#233;cessit&#233; d'&#233;duquer dans le respect des besoins affectifs de l'enfant, celle de tenir compte de son opinion et de son v&#233;cu, celle de renforcer son pouvoir d'agir, mais aussi celle de lui fixer des limites et des r&#232;gles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'origine du terme &#171; parentalit&#233; &#187; provient d'un programme de soutien &#233;ducatif datant de la fin des ann&#233;es 1990 en Australie, le Triple P (Positive Parenting Program), qui vise la promotion du bien-&#234;tre et du bonheur de l'enfant en s'appuyant sur les apports de la psychologie positive. &#192; l'&#233;poque, la Recommandation du 13 d&#233;cembre 2006 et le rapport scientifique qui l'accompagne ne suscitent aucun d&#233;bat dans le champ acad&#233;mique. Du c&#244;t&#233; du grand public, la parentalit&#233; positive et ses variantes &#8212; &#233;ducation positive, parentalit&#233; bienveillante, p&#233;dagogie positive&#8230;&#8211; sont pl&#233;biscit&#233;es. Les livres de la p&#233;diatre Catherine Gueguen et de la psychoth&#233;rapeute Isabelle Filliozat sur l'&#233;ducation positive sont des succ&#232;s de librairie. Entre 2010 et 2015, on passe en France d'&#224; peine quelques dizaines d'articles de presse par an &#224; pr&#232;s d'un millier, dont plus de 90 % sont &#233;logieux &#224; l'&#233;gard de l'&#233;ducation positive, selon les donn&#233;es Europresse (cf. Sciences Humaines. ibid).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;ducation positive fait aujourd'hui d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'&#233;ducation positive n'a plus le vent en poupe. C'est le moins qu'on puisse dire. &#171; L'&#233;ducation bienveillante, &#231;a suffit ! est le titre d'un essai de Didier Pleux, psychologue clinicien et psychoth&#233;rapeute, paru chez Odile Jabob en 20023. &#171; Stop &#224; l'infiltration de l'id&#233;ologie positive &#187; dans le secteur de la petite enfance, d&#233;noncent la psychologue et docteure en psychopathologie Catherine Goldman, la philosophe et femme de lettres &#201;lisabeth Babinter et plus de 200 professionnels, dans une tribune publi&#233;e par Le Point le 20 ao&#251;t 2025.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais que peut-on bien reprocher &#224; une &#233;ducation qui se veut bienveillante et positive centr&#233;e sur l'enfant, qui respecte sa dignit&#233; et favorise son d&#233;veloppement ? Qui peut &#234;tre contre une parentalit&#233; qui favorise l'autonomie, la confiance et l'estime de soi de l'enfant dans un contexte de s&#233;curit&#233; affective, tout en fixant des limites ? Est-ce qu'on peut critiquer &#224; juste titre une p&#233;dagogie qui repose sur l'&#233;coute, la communication et la compr&#233;hension mutuelle ? Est-ce qu'on peut discr&#233;diter sciemment une philosophie de vie qui met l'accent sur le respect des enfants et leur d&#233;veloppement harmonieux, tout en privil&#233;giant l'empathie et l'encouragement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur quoi porte donc les critiques sur l'&#233;ducation positive ? M&#234;me celles et ceux qui m&#232;nent la croisade contre l'&#233;ducation positive, comme Catherine Goldman, Didier Pleux ou Patrick Ben Soussan commencent par souscrire pleinement &#224; l'&#233;ducation positive telle qu'elle a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;e au d&#233;part et conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition du Conseil de l'Europe (voir ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une approche trop permissive et culpabilisante ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les auteurs que nous venons de citer, il faut ajouter du n&#233;gatif dans l'&#233;ducation positive. Et ce, par la mise en place des limites et en augmentant le seuil de frustration des enfants. &#171; Nos enfants ont le droit de b&#233;n&#233;ficier d'une parentalit&#233; ferme et bienveillante qui leur donne la possibilit&#233; de bien grandir. Et cela par la mise en place des limites &#187;, d&#233;clare Catherine Goldman, auteure de &#171; File dans ta chambre ! Offrez des limites &#233;ducatives &#224; vos enfants &#187; (Inter-&#233;dition, 2020). Pour le psychoth&#233;rapeute Didier Pleux, l'&#233;ducation positive &#224; la fran&#231;aise est un grand leurre qui &#233;puise les parents et fabrique des enfants tyrans : &#171; Avec de la bienveillance, on est arriv&#233; &#224; affaiblir l'autorit&#233; parentale et on a des enfants de plus en plus tyranniques qui manquent de tol&#233;rance &#224; la frustration &#187; (Le Figaro, 18 avril 2023). &#171; Ras le bol de ces discours bienveillants, de cette parentalit&#233; positive qui vous fait croire qu'on peut tout g&#233;rer&#8230; &#187;, &#233;crit de son c&#244;t&#233; le p&#233;dopsychiatre et psychanalyste Patrick Ben Soussan, auteur de : &#171; Parents, on vous prend pour des cons ! &#187;, paru chez &#201;r&#232;s en d&#233;cembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai qu'au-del&#224; de tous ses avantages et bienfaits, l'&#233;ducation positive peut &#234;tre re&#231;ue comme une injonction au risque de culpabiliser les parents. Par ailleurs, les parents, dans un souci de bienveillance constante risquent de tomber dans l'hyper-parentalit&#233;, au risque d'&#233;puisement et de burn-out (cf. Isabelle Rosakam, R&#233;seau Parentalit&#233;, 12 mars 2021). De plus, les cons&#233;quences de la surprotection de l'enfant sont connues : manque d'autonomie et d'estime de soi, difficult&#233; &#224; g&#233;rer ses &#233;motions et les &#233;preuves de la vie r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a enfin celles et ceux qui acceptent mal le basculement historique profond qui a donn&#233; une nouvelle place &#224; l'enfant dans la famille, le consid&#233;rant comme une personne &#224; part enti&#232;re. L'enfant est une personne, tout en &#233;tant &#171; petit &#187;, &#171; d&#233;pendant &#187;. Comme &#234;tre petit, il a besoin de protection, de s&#233;curit&#233;, d'affection, mais aussi d'&#234;tre &#233;duqu&#233;, structur&#233; et cadr&#233; par des limites et l'apprentissage &#224; la n&#233;cessaire frustration. Comme une personne, il m&#233;rite d'&#234;tre trait&#233; avec le respect propre &#224; toute personne. Donc, ne pas confondre le fait d'&#234;tre une personne et le fait d'&#234;tre un adulte (cf. Fran&#231;ois de Singly, S.H, Grands Dossiers, n&#176; 8, 2007).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ni trop, ni trop peu / Bienveillance et fermet&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que conclure ? Le grand bienfait de l'&#233;ducation positive, c'est, sans doute, une meilleure prise en compte des besoins de l'enfant. Et ce, en se renseignant sur leurs enfants, &#224; mieux les comprendre, &#224; mieux les conna&#238;tre et &#224; mieux les accompagner, tout en favorisant aussi leur cr&#233;ativit&#233;, pas seulement leur ob&#233;issance (H&#233;lo&#239;se Lh&#233;r&#233;t&#233;, Que penser de l'&#233;ducation positive, France-Inter, 22/06/2022). L'am&#233;lioration de la qualit&#233; relationnelle entre l'enfant et ses parents a entra&#238;n&#233; et entra&#238;ne de facto une r&#233;duction de la violence &#233;ducative ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;viter certains dangers, la mise en place d'un cadre clair, coh&#233;rent et contenant est indispensable, car l'&#233;ducative positive ne signifie pas absence de cadre structur&#233;. Les jeunes ont besoins de rep&#232;re et des limites. En cherchant un environnement s&#233;curisant et propice &#224; l'&#233;panouissement de leur enfant, les parents pour conserver leur &#233;quilibre doivent &#233;viter un double &#233;cueil : ni trop, ni trop peu, juste ce qu'il faut dans la bienveillance et la bientraitance &#233;ducatives. L'&#233;ducation positive repose sur un &#233;quilibre entre fermet&#233; et bienveillance dans une &#233;coute active qui respecte la dignit&#233; de l'enfant et favorise son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; MICHEL Reynolds, Janusz Korszak (1878-1942), une vie pour les droits de l'enfant, 18 novembre 2025 ; Promouvoir et respecter les droits des enfants, 20 novembre 2025, dans Les M&#233;dias locaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Accueillir les valeurs de la modernit&#233; dans le respect mutuel de notre commune humanit&#233;</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/accueillir-les-valeurs-de-la-modernite-dans-le-respect-mutuel-de-notre-commune-humanite</link>
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		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour les personnes de ma g&#233;n&#233;ration, le respect &#233;tait au commencement : respect des parents, des grands-parents, des voisins, des ma&#238;tres d'&#233;cole, des autorit&#233;s civiles et religieuses. Tout cela allait de soi. Le cadre de la soci&#233;t&#233; avec sa diff&#233;renciation des r&#244;les sur le mod&#232;le de la pyramide (soci&#233;t&#233; dite pyramidale ou verticale) avait la reconnaissance de la collectivit&#233; aussi bien que par chacun de ses membres. Ce cadre encore pr&#233;gnant dans les ann&#233;es 60 ne fait plus aujourd'hui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour les personnes de ma g&#233;n&#233;ration, le respect &#233;tait au commencement : respect des parents, des grands-parents, des voisins, des ma&#238;tres d'&#233;cole, des autorit&#233;s civiles et religieuses. Tout cela allait de soi. Le cadre de la soci&#233;t&#233; avec sa diff&#233;renciation des r&#244;les sur le mod&#232;le de la pyramide (soci&#233;t&#233; dite pyramidale ou verticale) avait la reconnaissance de la collectivit&#233; aussi bien que par chacun de ses membres. Ce cadre encore pr&#233;gnant dans les ann&#233;es 60 ne fait plus aujourd'hui autorit&#233; (auctoritas, ce qui va de soi).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous c&#244;toyons depuis quelques ann&#233;es des jeunes de 12 &#224; 18 ans, et nous sommes affol&#233;s de l'irrespect de ces jeunes envers leurs parents, grands-parents et autres proches d&#233;tenteurs de l'autorit&#233;. Ils ou elles n'ont aucun respect des r&#232;gles de bienveillance et de la biens&#233;ance. C'est plut&#244;t la m&#233;fiance, &#224; l'&#233;gard de quiconque exerce une fonction d'autorit&#233; ou occupe une place diff&#233;rente, qui l'emporte. &#171; Ses justifications &#8212; le statut, l'&#226;ge, le genre, l'expertise et l'exp&#233;rience &#8212; ont toutes &#233;t&#233; remises en cause, renvoy&#233;es &#224; des formes de domination ill&#233;gitimes &#187;, &#233;crit H&#233;lo&#239;se Lh&#233;r&#233;t&#233;, directrice de la r&#233;daction de Sciences Humaines (&#201;dito, mars 2025).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dissolution des vieilles hi&#233;rarchies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'adolescents qui manifestent l'envie d'inverser les rapports hi&#233;rarchiques et d'avoir l'ascendant sur leurs a&#238;n&#233;s pour tester de la solidit&#233; de leur cadre de vie, voire de s'assurer de l'asym&#233;trie des liens qui les unissent aux adultes, mais d'une question bien plus grave : d'une perte de rep&#232;res due &#224; une forte individualisation de la soci&#233;t&#233; : le glissement d'une soci&#233;t&#233; verticale &#224; une soci&#233;t&#233; horizontale, &#171; d'une soci&#233;t&#233; centr&#233;e sur l'avenir &#224; une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par les sollicitations du pr&#233;sent &#187; (Gilles Lipovetsky, 2018), &#8220;de la loi du P&#232;re &#224; la loi des Fr&#232;res&#8221; (Michel Maffesoli, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance de l'individualisation de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'&#233;mergence de l'individu &lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; comme figure centrale de nos soci&#233;t&#233;s, s'est faite progressivement. La Renaissance (XIVe et XVe si&#232;cles) et la p&#233;riode moderne (1492 &#224; 1789) forment un premier grand moment suivi de sa concr&#233;tisation politique par la R&#233;volution fran&#231;aise et sa D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 &#8212; &#171; Tous les &#234;tres humains naissent et demeurent libres et &#233;gaux en droits&#8230; &#187; (art. 1). La reconnaissance de l'individu comme sujet autonome, &#224; &#233;galit&#233; avec tous les autres, dot&#233; de la Raison &#8212; bien pr&#233;cieux universel de tous les individus au-del&#224; de leurs caract&#233;ristiques particuli&#232;res &#8212; est abondamment th&#233;oris&#233; par les penseurs des Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre moment fort de ce processus d'individualisation, apr&#232;s un ralentissement de la dynamique, se situe dans les ann&#233;es 1960 avec l'avanc&#233;e des valeurs de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;. La logique affective devient dominante dans la relation conjugale et entre parents et enfants, avec une centration sur ces derniers (F. de Singly, Science Humaines, juillet 2023). La place accord&#233;e aux femmes change consid&#233;rablement : elles cessent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es comme socialement mineures (l'&#233;mancipation bancaire avec l'acc&#232;s &#224; l'emploi salari&#233; (loi du 13/07/1965) ; l'acc&#232;s &#224; la contraception (loi Neuwirth en 1967), etc. C'est le passage &#224; la &#171; famille moderne 2 &#187;, selon le sociologue fran&#231;ais Fran&#231;ois de Singly (2023). Ce mouvement d'&#233;mancipation de l'individu n'a cess&#233; depuis de s'amplifier avec des cons&#233;quences sur la famille, l'&#233;cole et autres institutions, notamment un affaiblissement des rapports d'autorit&#233;&lt;strong&gt; (2)&lt;/strong&gt; et une &#233;rosion des rep&#232;res collectifs, entra&#238;nant le non-respect de la n&#233;cessaire dissym&#233;trie des places (parents/enfants, enseignants/&#233;l&#232;ves&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les enjeux &#224; prendre en compte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution soci&#233;tale, voire mutation, qui n'a rien d'un accident de l'histoire (ci-dessus), m&#233;rite d'&#234;tre correctement identifi&#233;e, sous peine de mettre en cause les parents, les enseignants et autres &#233;ducateurs, alors qu'ils sont tous emport&#233;s par elle, comme le souligne justement le psychiatre et psychanalyste namurois Jean-Pierre Lebrun (2004) qui d&#233;fend la th&#232;se d'une mutation in&#233;dite du lien social. Nous sommes pass&#233;s, redisons-le, d'une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique o&#249; l'autorit&#233; &#8212; de celui ou celle qui occupait cette place, et lui assurant d'embl&#233;e la l&#233;gitimit&#233; &#8212; allait de soi &#224; une soci&#233;t&#233; horizontale o&#249; l'individu est la valeur centrale et le lien entre eux de moins en moins fond&#233; sur l'imposition mais de plus en plus fond&#233; sur la communication et la n&#233;gociation permanente (Marcel Gauchet, 2016). De ce fait, la diff&#233;rence de places &#8212; &#171; la n&#233;cessaire dissym&#233;trie statutaire et fonctionnelle qui pr&#233;side &#224; toute t&#226;che &#233;ducative &#187; (Erick Prairat, S.H, mars 2025) &#8212; est devenue d&#233;plac&#233;e, obsol&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce mod&#232;le de fonctionnement o&#249; l'l'horizontalit&#233; a pris la succession de la verticalit&#233;, c'est le pr&#233;sent qui compte, c'est le pr&#233;sent qui &#171; domine et se soumet &#224; la loi de l'urgence &#187; en &#171; d&#233;vorant tout pass&#233; et tout avenir &#187;, &#233;crit l'historien Fran&#231;ois Hartog. Ce que notre sp&#233;cialiste du rapport des civilisations appelle le pr&#233;sentisme. Ce &#171; pr&#233;sentisme &#187; lorsqu'il est centr&#233; autour de la consommation et de la satisfaction imm&#233;diate ne peut que nourrir une intol&#233;rance &#224; la frustration. Le principe du plaisir prend alors le pas sur le principe de la r&#233;alit&#233;. &#171; On veut jouir &#224; tout prix et sans entrave, sans se soucier des autres et de l'avenir &#187;, &#233;crit le psychiatre Jean-Pierre Lebrun (2022). Une telle norme sociale ne peut que fragiliser nos jeunes, en particulier les ados, et met en danger les plus vuln&#233;rables. C'est le moins qu'on puisse dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assistons-nous &#224; un processus sans fin d'individualisation qui alimente une qu&#234;te perp&#233;tuelle d'identit&#233; et une &#233;rosion des rep&#232;res collectifs et de l'espace public ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fragilit&#233; du lien social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la fragilit&#233; du lien social est pos&#233;e. Certains sp&#233;cialistes de la question pensent que cette extr&#234;me individualisation de nos soci&#233;t&#233;s transforme le lien social en pure utilit&#233; et de moins en moins en exigence morale. Nous sommes de moins en moins ensemble et de plus en plus c&#244;te &#224; c&#244;te, d&#233;clare l'anthropologue et sociologue David Le Breton, tout en pointant les conduites &#224; risques chez les jeunes ; comportements qui rel&#232;vent, souligne-t-il, &#171; d'une d&#233;liaison sociale, une mise &#224; part pour son propre int&#233;r&#234;t dans laquelle les personnes sont dans la soci&#233;t&#233; mais ne font plus soci&#233;t&#233; &#187; (Le Monde, octobre 2020 et avril 2024). Pour le psychiatre Jean-Pierre Lebrun, lorsque l'autorit&#233; l&#233;gitime n'est plus reconnue et que la soci&#233;t&#233; n'offre plus de rep&#232;res, le psychisme est fragilis&#233; et g&#233;n&#232;re davantage de troubles d&#233;pressifs, car les limites n'existent plus (2022).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Penser ce mouvement principalement sous le signe n&#233;gatif m&#232;ne &#224; une impasse &#187;, d&#233;clare, un peu &#224; l'oppos&#233;, le sociologue Fran&#231;ois de Singly (Pluriel, 2003). Comme le lien social aujourd'hui ne peut, en aucun cas, reprendre la forme du lien social traditionnel parce que les individus, aujourd'hui ne ressemblent en rien aux individus des soci&#233;t&#233;s d'hier, &#171; la question centrale consiste &#224; articuler l'individualisation et le monde commun &#187;, d'apr&#232;s notre sociologue de la famille (Sciences Humaines, juillet 2023). Ce &#224; quoi on assiste, en r&#233;alit&#233;, dans la famille, au travail ou dans le domaine politique, c'est au remodelage des rapports sociaux en fonction du principe de consentement &#187;, souligne pour sa part le philosophe et historien Marcel Gauchet, (Sciences Humaines, 2016).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la sociologue Sandra Hoibian, l'individualisation ne remet pas en cause le lien social, puisque l'individu peut choisir de s'identifier &#224; des collectifs, qu'il peut chercher sa r&#233;alisation personnelle dans les liens sociaux (F&#233;vrier 2025, dans ICADE).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Respect de notre commune humanit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans nos soci&#233;t&#233;s d'individus individualis&#233;s, chaque individu, veut &#234;tre d'abord d&#233;fini par sa libert&#233; et reconnu dans ses singularit&#233;s et ses diff&#233;rences. De ce fait, le seul lien incontestable qu'il a avec les autres est, &#224; ce niveau, leur commune humanit&#233; (Francois de Singly (2003), leur Magnifique Humanit&#233;, dit L&#233;on XIV &lt;strong&gt;(3)&lt;/strong&gt;. Autrement dit, notre lien social repose sur la reconnaissance de notre humanit&#233; commune, sur la dignit&#233; qui appartient &#224; chacun, du simple fait qu'il existe, comme en la totalit&#233; des &#234;tres humains. Car &#171; la dignit&#233; de l'homme tient &#224; son humanit&#233; m&#234;me &#187; &lt;strong&gt;(4)&lt;/strong&gt;. D'o&#249; le respect que nous devons les uns aux autres selon ce principe d'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le respect qui permet &#224; la relation d'exister dans la dignit&#233;. Il implique la reconnaissance de l'alt&#233;rit&#233; en supposant l'empathie et l'accueil. Cela s'apprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt;L'individu &#8216;individu&#233;' est une donn&#233;e universelle. Vous le trouverez o&#249; que vous aller dans l'espace et dans le temps humain (Marcel Gauchet, 2016). L'individualisation est un processus d'autonomisation, de prise de distance par rapport &#224; toutes les appartenances assign&#233;es. Le slogan qui pourrait le mieux r&#233;sumer ce mouvement serait &#171; &#224; chacun son choix &#187; (Pierre Brechon et Olivier Galland, 2025).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt;La notion d'autorit&#233;, au sens de la politologue et philosophe allemande Hannah Arendt 1906-1975), pour qui l'autorit&#233; n'est ni le r&#233;sultat d'un rapport de force, ni l'aboutissement d'un effort de persuasion ; elle proc&#232;de de la reconnaissance de quelqu'un comme fond&#233; &#224; s'exprimer &#224; partir d'une certaine place (1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3)&lt;/strong&gt;Magnifica Humanitas (&#171; Magnifique humanit&#233; &#187;), la premi&#232;re encyclique du Pape L&#233;on XIV. 15 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(4)&lt;/strong&gt;D&#233;finition du Comit&#233; consultatif national s'&#233;thique (CCNE), de 1991, cit&#233; par Jacques Ricot, 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on XIV, une voix morale dans un monde en proie &#224; une crise de conscience</title>
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		<dc:date>2026-05-05T20:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Assez avec l'idol&#226;trie de soi-m&#234;me et de l'argent ! Assez avec la d&#233;monstration de force ! Assez avec la guerre ! La v&#233;ritable force se manifeste dans le service de la vie. &#187; L&#233;on XIV &lt;br class='autobr' /&gt; Cette exclamation du pape L&#233;on XIV contre les hyperpuissances sans bornes, exprim&#233;e lors d'une Veill&#233;e de pri&#232;re &#224; la Basilique Saint-Pierre &#224; Rome, le samedi 11 avril 2026, a suscit&#233; la col&#232;re de Donald Trump en des termes d'une rare violence, dont la perle est certainement : &#171; Je ne veux pas d'un pape (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/pape-4-fb6e1.jpg?1787478391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Assez avec l'idol&#226;trie de soi-m&#234;me et de l'argent ! Assez avec la d&#233;monstration de force ! Assez avec la guerre ! La v&#233;ritable force se manifeste dans le service de la vie. &#187; L&#233;on XIV&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette exclamation du pape L&#233;on XIV contre les hyperpuissances sans bornes, exprim&#233;e lors d'une Veill&#233;e de pri&#232;re &#224; la Basilique Saint-Pierre &#224; Rome, le samedi 11 avril 2026, a suscit&#233; la col&#232;re de Donald Trump en des termes d'une rare violence, dont la perle est certainement : &#171; Je ne veux pas d'un pape qui se permette de critiquer le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#187;. Sauf que Trump n'a aucun pouvoir sur le pape et que ce dernier a r&#233;pondu dans l'avion qui l'amenait &#224; Alger par des paroles qui ont fait mouche dans le monde entier : &#171; Je n'ai peur ni de l'administration Trump ni de dire le message de l'&#201;vangile (&#8230;) C'est ce que je crois &#234;tre appel&#233; &#224; faire et ce que l'&#201;glise est appel&#233;e &#224; faire &#187; (13avril 2026). Par contraste, est point&#233; du doigt le silence des dirigeants du monde qui ont &#171; peur &#187; de Trump, mais qui n'osent pas le dire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Construire la paix est possible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ouvrant cette Veill&#233;e de pri&#232;re, L&#233;on XIV, dans une parole improvis&#233;e, a d&#233;clar&#233; sans d&#233;tour : &#171; Nous voulons dire au monde entier qu'il est possible de construire la paix, une paix nouvelle : qu'il est possible de vivre ensemble avec tous les peuples de toutes les religions, de toutes les &#8216;races' ; que nous voulons &#234;tre disciples de J&#233;sus-Christ unis comme fr&#232;res et s&#339;urs, tous unis dans un monde de paix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;flexion plus profonde, il a ensuite affirm&#233; : &#171; La guerre divise, l'esp&#233;rance unit. La tyrannie pi&#233;tine, l'amour &#233;l&#232;ve. L'idol&#226;trie aveugle, le Dieu vivant &#233;claire. Il suffit d'un peu de foi, d'une miette de foi, tr&#232;s chers amis, pour affronter ensemble, comme humanit&#233; et avec humanit&#233;, cette heure dramatique de l'histoire &#187;. La pri&#232;re, poursuit le pape, plus particuli&#232;rement dans ce contexte, loin d'&#234;tre un refuge pour nous soustraire &#224; nos responsabilit&#233;s ou un anesth&#233;siant pour &#233;viter la douleur que tant d'injustice d&#233;clenche, nous &#233;duque &#224; agir. Nous avons l&#224;, dit le pape &#171; un rempart contre ce d&#233;lire de toute-puissance qui, autour de nous, devient de plus en plus impr&#233;visible et agressif. Les &#233;quilibres au sein de la famille humaine sont gravement d&#233;stabilis&#233;s. M&#234;me le Nom Saint de Dieu, le Dieu de la vie, est entra&#238;n&#233; dans les discours de mort. Dispara&#238;t alors un monde de fr&#232;res et de s&#339;urs ayant un seul P&#232;re dans les cieux et, comme dans un cauchemar nocturne, la r&#233;alit&#233; se peuple d'ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? L&#233;on XIV s'adresse d'abord aux dirigeants de ce monde, qui, souligne-t-il, ont des responsabilit&#233;s inali&#233;nables, en leur disant : &#171; Arr&#234;tez-vous ! C'est le temps de la paix ! Asseyez -vous aux tables du dialogue et de la m&#233;diation, pas aux tables o&#249; l'on planifie le r&#233;armement et o&#249; l'on d&#233;lib&#232;re des actes de mort ! &#187;. &#192; toutes et &#224; tous, le pape nous prie d'agir : &#171; Convertissons-nous &#224; un Royaume de paix qui se construit chaque jour, dans les maisons, dans les &#233;coles, dans les quartiers, dans les communaut&#233;s civiles et religieuses &#187; et construisons ensemble la paix, patiemment &#171; mot apr&#232;s mot, geste apr&#232;s geste &#187; &#224; l'image d'un tissage minutieux. Il conclut en reprenant le souhait qu'il exprimait le 1er janvier 2026 &#224; l'occasion de la 59e Journ&#233;e mondiale de la Paix : &#171; Partout dans le monde, il est &#224; souhaiter que &#8216;chaque communaut&#233;' devienne une &#8216;maison de paix' o&#249; l'on apprend &#224; d&#233;samorcer l'hostilit&#233; par le dialogue, o&#249; l'on pratique la justice et cultive le pardon &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour une nouvelle culture de justice et du partage &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de son pontificat, L&#233;on XIV a plac&#233; la paix au c&#339;ur de ses priorit&#233;s. Lors de sa premi&#232;re b&#233;n&#233;diction Urbi et Orbi, il &#233;voquait d&#233;j&#224; une paix &#171; d&#233;sarm&#233;e et d&#233;sarmante &#187;, appelant &#224; remplacer les logiques de confrontation par des chemins de r&#233;conciliation et de fraternit&#233; entre les peuples. Cette paix d&#233;sarm&#233;e et d&#233;sarmante &#171; se fonde sur la justice &#187;, affirme le pape L&#233;on XIV. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce message de paix s'arc-boutant sur la justice que Leon XIV a proclam&#233; tout au long de son voyage de onze jours en Afrique qui l'a conduit en Alg&#233;rie, au Cameroun, en Angola et en Guin&#233;e &#233;quatoriale du 13 au 23 avril 2026 ; un continent o&#249; plus de 400 millions de personnes vivent dans la pauvret&#233;, o&#249; pas moins de 25 conflits ouverts font rage et o&#249; la parole publique est souvent verrouill&#233;e. Le message proclam&#233; lors de ce voyage est tr&#232;s clair : &#171; Pour que la paix et la justice s'affirment, il faut en effet briser les cha&#238;nes de la corruption qui d&#233;figurent l'autorit&#233; en la vidant de sa cr&#233;dibilit&#233;. Il faut lib&#233;rer le c&#339;ur de cette soif de gain qui est une idol&#226;trie &#187; (Yaound&#233;, le mercredi 15 avril 2026).&lt;br class='autobr' /&gt;
En Alg&#233;rie, le lundi 13 avril, devant le monument des martyrs &#224; Alger, aux victimes de la sanglante guerre d'ind&#233;pendance contre la France (1954-1962), le pape L&#233;on XIV pr&#244;ne le pardon et &#224; la r&#233;conciliation : La &#171; paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit r&#233;concili&#233; n'est possible que par le pardon &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; en anglais, appelant &#224; &#171; multiplier les oasis de paix &#187; et &#171; d&#233;velopper de nouvelles visions de la r&#233;alit&#233; o&#249; celui qui est diff&#233;rent peut devenir &#171; un compagnon de route, et non une menace &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Cameroun, la deuxi&#232;me &#233;tape de sa tourn&#233;e, L&#233;on XIV, &#224; son arriv&#233;e dans le pays, le mercredi 15 avril, a appel&#233; les dirigeants camerounais &#224; faire leur &#034;examen de conscience&#034; et &#224; s'attaquer &#224; la corruption et aux violations des droits, dans un discours sans d&#233;tour prononc&#233; au palais pr&#233;sidentiel en pr&#233;sence du pr&#233;sident Paul Biya. Au Cameroun anglophone, &#224; Bamenda, la capitale de la r&#233;gion du Nord-Ouest en proie &#224; la guerre depuis 2016, L&#233;on XIV a d&#233;livr&#233; un message de paix en condamnant les entreprises guerri&#232;res et les dirigeants qui d&#233;pensent des milliards dans la guerre. &#171; Le monde est ravag&#233; par une poign&#233;e de tyrans, mais il est soud&#233; par une multitude de fr&#232;res et de s&#339;urs qui le soutiennent &#187;, a-t-il &#233;galement averti dans le m&#234;me discours solennel prononc&#233; &#224; la cath&#233;drale Saint-Joseph de Bamenda.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quittant la cath&#233;drale, le souverain pontife a l&#226;ch&#233; des colombes blanches, symbole de paix. &#171; Ceux qui d&#233;pouillent votre terre de ses ressources investissent g&#233;n&#233;ralement une grande partie des b&#233;n&#233;fices dans les armes, perp&#233;tuant ainsi un cycle sans fin de d&#233;stabilisation et de mort &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;. En Angola, dans l'ancienne colonie portugaise, dans ce pays encore fragilis&#233; par les s&#233;quelles de la guerre civile et min&#233; par les in&#233;galit&#233;s, mais o&#249; l'&#201;glise reste un pilier de la soci&#233;t&#233;, le pape L&#233;on XIV a lanc&#233; un appel &#224; la r&#233;conciliation et &#224; la paix. &#171; C'est l'amour qui doit triompher et non la guerre &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; au Sanctuaire marial &#8216;Mama Muxima'. &#192; la messe sur l'esplanade de Kilamba, toujours en Angola, il a lanc&#233; &#224; la foule un : &#171; N'ayez pas peur, soyez les acteurs d'une nouvelle humanit&#233; &#187;. Il a &#233;galement enjoint les autorit&#233;s du pays de faire confiance &#224; la jeunesse, dont les moins de 24 ans composent les deux-tiers de la population : &#171; N'ayez pas peur de la dissidence, n'&#233;touffez pas les visions des jeunes et les r&#234;ves des anciens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Guin&#233;e &#233;quatoriale, la quatri&#232;me et derni&#232;re &#233;tape de son voyage apostolique, le pape L&#233;on XIV, dans ce pays tr&#232;s autoritaire d'Afrique centrale, a appel&#233; &#8212; en pr&#233;sence du pr&#233;sident Teodoro Obiang Nguema, 83 ans, qui dirige le pays depuis 1979 &#8212; &#224; ce que &#171; les espaces de libert&#233; s'accroissent, que la dignit&#233; de la personne humaine soit toujours pr&#233;serv&#233;e &#187;. Au Stade de Malabo, pour terminer sa tourn&#233;e pastorale africaine, L&#233;on XIV a lanc&#233; un appel vibrant &#224; la dignit&#233; humaine et au respect des droits de chaque citoyen. Et ce, tout en soulignant le r&#244;le d&#233;terminant du continent africain pour l'avenir de l'Eglise universelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de ces 11 jours pass&#233;s en Afrique, L&#233;on XIV a multipli&#233; les rencontres et les paroles fortes contre la corruption, pour la promotion de la justice et une culture de la paix, face &#224; des r&#233;gimes autoritaires. Quel impact aura son message sur les dirigeants et les catholiques africains ? Quoi qu'il en soit, L&#233;on XIV laisse derri&#232;re lui une le&#231;on de puissance d&#233;sarm&#233;e, exhortant les dirigeants &#224; &#233;couter le cri de leur peuple. C'est d&#233;sormais une voix morale qui compte sur la sc&#232;ne internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque l'injustice corrompt les c&#339;urs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns &#187; (L&#233;on XIV en Angola, le lundi 20 avril 2026).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'autonomie, la vuln&#233;rabilit&#233; et l'&#233;thique du care</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/l-autonomie-la-vulnerabilite-et-l-ethique-du-care</link>
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		<dc:date>2026-04-28T20:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec le Cogito (je pense) de Descartes et le Sapere aude ! (Ose penser par toi !) de Kant, le concept d'autonomie, comme nous l'avons appris, c&#233;l&#232;bre la gloire de l'humain devenu majeur, sorti de l'&#226;ge de minorit&#233; o&#249; il se trouvait jusque-l&#224;. Autrement dit, un humain capable d'user de sa raison &#8212; &#233;galement distribu&#233;e &#224; chacun &#8212; et qui n'a plus besoin d'un tuteur, d'un autre pour le conduire (Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? 1784). &lt;br class='autobr' /&gt; Cet homme capable de choisir, de d&#233;cider du sens qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec le Cogito (je pense) de Descartes et le Sapere aude ! (Ose penser par toi !) de Kant, le concept d'autonomie, comme nous l'avons appris, c&#233;l&#232;bre la gloire de l'humain devenu majeur, sorti de l'&#226;ge de minorit&#233; o&#249; il se trouvait jusque-l&#224;. Autrement dit, un humain capable d'user de sa raison &#8212; &#233;galement distribu&#233;e &#224; chacun &#8212; et qui n'a plus besoin d'un tuteur, d'un autre pour le conduire (Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? 1784).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet homme capable de choisir, de d&#233;cider du sens qu'il donnera &#224; sa vie et des choix qui s'ensuivent afin de se diriger librement dans le monde, est aussi un homme vuln&#233;rable, susceptible d'&#234;tre bless&#233;, atteint par les al&#233;as de la maladie, du climat, de la guerre, du d&#233;placement, de la famine ou tout simplement de la violence de ses fr&#232;res humains. C'est le m&#234;me homme qui est l'un et l'autre sous des points de vue diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet homme qui s'identifie par ses capacit&#233;s humaines &#224; dire, &#224; faire, &#224; raconter sa vie et &#224; &#234;tre responsable (Paul Ric&#339;ur, 2005) est un &#234;tre vuln&#233;rable parce qu'il est un &#234;tre de chair vivant dans la rencontre d'autrui et dans un certain environnement, donc apte &#224; &#234;tre affect&#233;, touch&#233;, par des &#233;v&#233;nements qui peuvent tomber sur lui &#224; l'improviste. De ce fait, l'acceptation de notre vuln&#233;rabilit&#233; et de notre fragilit&#233; &#8212; notre condition humaine avec ses limites et ses imperfections &#8212; fait appel &#224; la question du soin et la sollicitude port&#233;e par autrui pour nous soutenir, et r&#233;ciproquement. Autrement dit, fait intervenir une &#233;thique du Care &#8212; terme emprunt&#233; &#224; la langue anglaise et pas toujours traduit au regard de sa richesse s&#233;mantique &#8212; pose comme fondamentale la sollicitude envers l'autre consid&#233;r&#233; dans sa singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Care, une nouvelle fa&#231;on de prendre soin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique ou la pens&#233;e du Care, c'est-&#224;-dire du &#171; souci des autres &#187; est fond&#233;e sur l'attention port&#233;e &#224; un sujet singulier et relationnel constitutivement vuln&#233;rable. Elle est issue de la pens&#233;e f&#233;ministe, notamment dans une &#233;tude publi&#233;e en 1982, aux &#201;tats-Unis, par la psychologue Carol Gilligan, intitul&#233;e &#171; In a Different Voice &#187; (D'une voix diff&#233;rente). &#192; travers une enqu&#234;te de psychologie morale, elle met en &#233;vidence que les crit&#232;res de d&#233;cision morale ne sont pas les m&#234;mes chez les hommes et chez les femmes. De cette observation, elle &#233;tablit le nouveau paradigme (mod&#232;le) moral du Care comme &#171; capacit&#233; &#224; prendre soin d'autrui &#187;. Cette pens&#233;e s'est affranchie par la suite de ses origines f&#233;ministes pour &#233;clairer d'une lumi&#232;re nouvelle l'anthropologie morale et l'&#233;thique contemporaines (Agata Zielinski, 2010).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Care est &#224; la fois une attitude et une action de prendre soin : une attitude du prendre soin qui fait appel &#224; une responsabilit&#233; pleine et enti&#232;re empreinte de sollicitude et du souci des autres ; une action de prendre soin qui rel&#232;ve de pratiques ou d'activit&#233;s multiples d'importance vitale &#8212; situation de soins, discernement de la nature des besoins, leur compr&#233;hension et leur r&#233;ponse. D'o&#249; la d&#233;finition du care que nous propose la politologue f&#233;ministe am&#233;ricaine Joan Tront&#233; (n&#233;e en1952) comme socle commun d'une vision renouvel&#233;e de la soci&#233;t&#233; : &#171; une activit&#233; g&#233;n&#233;rique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perp&#233;tuer et r&#233;parer notre &#8220;monde&#8221;, de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-m&#234;mes et notre environnement, tous &#233;l&#233;ments que nous cherchons &#224; relier en un r&#233;seau complexe, en soutien &#224; la vie &#187; (Moral Boundaries. A political argument for an ethic of care, 1993).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite et dans la ligne de Joan Tronto, les auteurs des &#233;thiques du care entendent associer &#233;troitement &#224; l'&#233;thique, le social et le politique. Il est alors question du prendre soin de la soci&#233;t&#233; et du monde dans lequel nous vivons, &#171; un monde o&#249; la sollicitude des personnes les unes pour les autres serait un principe valoris&#233; de l'existence humaine &#187; (Joan Tronto, 1993)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une conception plus r&#233;aliste de l'autonomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mettant la vuln&#233;rabilit&#233; et les relations humaines au c&#339;ur des pratiques et des d&#233;cisions morales et politiques, les &#233;thiques ou philosophies (des &#201;tats-Unis, de France et d'ailleurs) repr&#233;sentent ou traduisent une critique s&#233;v&#232;re de l'autonomie con&#231;ue comme une vis&#233;e d'autod&#233;termination et d'autosuffisance : se donner ses propres lois. Cette notion moderne qui est au fondement de toute d&#233;mocratie lib&#233;rale trouve l'une de ses sources dans la philosophie des Lumi&#232;res. Selon Kant, l'autonomie s'oppose &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire de toute d&#233;pendance ext&#233;rieure. Elle co&#239;ncide avec la raison et permet de s'&#233;manciper de la tradition, de la religion et de toutes les autorit&#233;s ext&#233;rieures &#224; soi qui s'imposent et dirigent notre vie &lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le vocabulaire de l'autonomie &#8212; &#171; se donner &#224; soi-m&#234;me (autos) ses propres r&#232;gles (nomos) &#187; &#8212; porte en lui l'id&#233;e, la t&#226;che, que chacun a pour devoir de devenir souverain de son existence, le risque est de s'enfermer dans une conception totalement individualiste de l'autonomie mettant le rapport &#224; l'autre au second plan, l'important restant de r&#233;ussir par soi-m&#234;me. D'o&#249; cet avertissement du philosophe et &#233;crivain fran&#231;ais Guillaume Le Blanc : &#171; Se constituer comme souverain est se constituer dans un r&#233;gime de fermeture anthropologique, d'identit&#233; &#224; soi qui implique d'effacer toutes les relations dans lesquelles nous sommes situ&#233;es et qui font que pr&#233;cis&#233;ment nous ne sommes pas souverains (S&#233;minaire 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
Se donner ses propres r&#232;gles d'action, de fonctionnement, de vie, c'est facile &#224; dire ! Mais, il ne suffit pas de le vouloir. Car, nous sommes toujours situ&#233;s dans un contexte, fa&#231;onn&#233;s par une culture, soumis &#224; un ensemble de contraintes sociales. Nous ne vivons pas sur une &#238;le d&#233;serte. M&#234;me &#171; l'individu &#233;mancip&#233; n'est pas un individu &#8220;d&#233;tach&#233;&#8221; de tout lien et du social, heureux sur une &#238;le d&#233;serte &#187;, &#233;crit le sociologue Fran&#231;ois de Singly. Et d'ajouter : &#171; L'individu n'existe que par les liens sociaux&#8230; La reconnaissance interpersonnelle est centrale &#187; (Fran&#231;ois de Singly, dans L'individualisme est un humanisme, 2007, pp 10 et.21). En outre, l'autonomie est aussi une question de ressources, de capacit&#233; et d'environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, avant m&#234;me de parler de vuln&#233;rabilit&#233; comme marque de notre existence &lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt;, il convient d'abord de dire qu'on n'est jamais autonome tout seul. La relation est premi&#232;re. Pour le philosophe &#201;ric Delassus qui a d&#233;velopp&#233; le concept d'autonomie solidaire &#224; l'inverse de l'autonomie solitaire, &#171; L'autonomie, &#231;a n'est pas : &#733;on vous donne tous les choix possibles, et d&#233;brouillez-vous &#733; (&#201;ric Delassus, 2026). Au fait, ce qui est critiqu&#233; &#224; partir du care, ce n'est pas l'autonomie en soi, un id&#233;al ou id&#233;e &#8212; projet, mais le mythe d'une autonomie confondue avec une qualit&#233; intrins&#232;que ou une valeur de l'individu. Ce mythe qui voudrait que pour s'en sortir, on ne doit compter que sur soi-m&#234;me (Pascale Molinier, 2019).&lt;br class='autobr' /&gt;
Au commencement &#233;tait la relation&lt;br class='autobr' /&gt;
En mettant au commencement la relation et les interd&#233;pendances, c'est-&#224;-dire en posant l'individu comme &#234;tre social, marqu&#233; par les relations qu'il vit avec autrui, la question de l'apparente contradiction entre autonomie et vuln&#233;rabilit&#233; est lev&#233;e. Du moins, la question de l'autonomie est plus correctement situ&#233;e, &#224; savoir depuis notre situation de vuln&#233;rabilit&#233;, de d&#233;pendance et d'interd&#233;pendance. C'est le m&#234;me homme qui est &#224; la fois autonome et vuln&#233;rable, d&#233;clare le philosophe Paul Ric&#339;ur. &#171; L'autonomie est celle d'un &#234;tre fragile et vuln&#233;rable. Et la fragilit&#233; ne serait qu'une pathologie si elle n'&#233;tait pas la fragilit&#233; d'un &#234;tre appel&#233; &#224; devenir autonome, parce qu'il l'est d&#232;s toujours et d'une certaine fa&#231;on &#187;, insiste Paul Ric&#339;ur sur ce paradoxe (2001). Ainsi, selon Ric&#339;ur, l'autonomie est le point de d&#233;part et le point d'arriv&#233;e d'une analyse qui porte sur la condition de fragilit&#233; de la vie humaine. Elle est &#171; un appel &#187;, &#171; un projet &#187;, &#171; une capacit&#233; &#224; conqu&#233;rir &#187;, toujours selon Paul Ric&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept d'autonomie demeure incontournable. Outre qu'il reste indispensable pour analyser et lutter contre diverses formes d'oppression, toute pens&#233;e du care digne de ce nom se donne pour objectif un accroissement de l'autonomie de celui ou celle dont on prend soin. &#171; Le soin, c'est ce qui fonde notre humanisme &#187; (Cynthia Fleury, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1) &lt;/strong&gt; Voir notre texte intitul&#233; : Autonomie et Socialisation, pas l'une sans l'autre, In M&#233;dias locaux, Janvier 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; MICHEL Reynolds, P&#226;ques, une invitation &#224; l'accueil de nos vuln&#233;rabilit&#233;s, In M&#233;dias locaux, avril 2026&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>P&#226;ques, une invitation &#224; l'accueil de nos vuln&#233;rabilit&#233;s</title>
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		<dc:date>2026-04-02T20:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Personne peut rester en soi : l'humanit&#233; de l'homme, la subjectivit&#233;, est une responsabilit&#233; pour les autres, une vuln&#233;rabilit&#233; extr&#234;me &#187; Emmanuel Levinas. &lt;br class='autobr' /&gt; L'exp&#233;rience de la vuln&#233;rabilit&#233; est tr&#232;s largement partag&#233;e. Elle rel&#232;ve pour ainsi dire du v&#233;cu de chacun, comme &#234;tre de chair susceptible d'&#234;tre affect&#233;, bless&#233; par des &#233;v&#233;nements qui nous touchent &#224; l'improviste. Bref, la vuln&#233;rabilit&#233;, l'exposition aux blessures selon l'&#233;tymologie, fait partie de notre condition humaine. Elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Personne peut rester en soi : l'humanit&#233; de l'homme, la subjectivit&#233;, est une responsabilit&#233; pour les autres, une vuln&#233;rabilit&#233; extr&#234;me &#187; Emmanuel Levinas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la vuln&#233;rabilit&#233; est tr&#232;s largement partag&#233;e. Elle rel&#232;ve pour ainsi dire du v&#233;cu de chacun, comme &#234;tre de chair susceptible d'&#234;tre affect&#233;, bless&#233; par des &#233;v&#233;nements qui nous touchent &#224; l'improviste. Bref, la vuln&#233;rabilit&#233;, l'exposition aux blessures selon l'&#233;tymologie, fait partie de notre condition humaine. Elle nous arrive de mani&#232;re inattendue, comme quelque chose que nous subissons, et qui suscitent en nous, dans notre chair, des r&#233;actions que nous ne pouvons pas toujours et totalement ma&#238;triser ou contr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La reconnaissance d'une commune condition de vuln&#233;rabilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vuln&#233;rabilit&#233; n'est donc pas une affaire d'&#226;ge, de sexe, de condition sociale, de richesse ou de pauvret&#233;, m&#234;me si nous sommes plus sensibles aux blessures et aux coups du sort &#224; certaine p&#233;riode de la vie, comme la vieillesse ou l'adolescence qui est devenue aujourd'hui, compte tenu de la mont&#233;e en force des troubles anxieux, un probl&#232;me de sant&#233; publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En France, les pens&#233;es suicidaires chez les 11-18 ans ont doubl&#233; depuis 2014 ; les passages &#224; l'acte ont augment&#233; de 60 %. Un jeune sur cinq pr&#233;sente une d&#233;tresse psychologique &#233;lev&#233;e. Les troubles anxieux explosent au lyc&#233;e, notamment chez les filles, mettant au d&#233;fi l'ensemble du corps &#233;ducatif. &#187; (H&#233;lo&#239;se Lh&#233;r&#233;t&#233;, &#201;dito Science Humaines, juin 2005). Certes, la pand&#233;mie de Covid-19 (1920-1923) n'est pas pour rien dans cette situation, mais elle n'explique pas tout, car l'augmentation des suicides pr&#233;c&#232;de le covid.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague de mal-&#234;tre vient de plus loin : elle ne se r&#233;sume pas &#224; des troubles anxieux tels que la phobie sociale (crainte excessive d'&#234;tre observ&#233; ou jug&#233; par autrui), le refus scolaire anxieux ou le d&#233;crochage scolaire, le trouble panique ou la d&#233;pression. Elle t&#233;moigne d'&#171; une hausse de la d&#233;pressivit&#233; dans la population g&#233;n&#233;rale : un mal-&#234;tre diffus, fait d'insomnies, de perte d'&#233;lan, d'irritabilit&#233;&#8230; &#187;, comme l'explique le psychiatre Bruno Falissard (Bruno Falissard, ibid.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette vague de mal-&#234;tre, cette d&#233;tresse d'un tr&#232;s grand nombre de nos adolescents et adolescentes, affecte douloureusement les parents, les grands-parents et autres proches de ces ados. Comme grands-parents, nous nous sentons profond&#233;ment touch&#233;s, boulevers&#233;s, d&#233;stabilis&#233;s par la souffrance de nos petits-enfants. Et, de surcro&#238;t, nous devons regarder la violence de la guerre au Moyen-Orient, en Ukraine&#8230; ; une transition socio-&#233;cologique qui peine &#224; progresser (&#233;co-anxi&#233;t&#233;) ; les conflits de pouvoir, les violences intrafamiliales et une soci&#233;t&#233; qui valorise la performance jusqu'&#224; l'&#233;puisement, etc. Tous ces &#233;v&#233;nements nous touchent de plein fouet, touchent de front tous les artisans de paix. La vuln&#233;rabilit&#233; est devenue la compagne de notre soif de vivre, notre soif de libert&#233; et de notre de justice et de paix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;J&#233;sus, l'ic&#244;ne de Dieu vuln&#233;rable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces souffrances et &#233;preuves qui impactent de nombreux domaines de notre vie et celle de notre soci&#233;t&#233; peuvent &#234;tre regard&#233;es comme des exp&#233;riences de vuln&#233;rabilit&#233; ; exp&#233;riences et postures &#233;troitement li&#233;es aux &#233;v&#233;nements que nous comm&#233;morons et c&#233;l&#233;brons en ces jours de P&#226;ques. Voyons ce que nous dit les quatre &#201;vangiles (Matthieu, Marc, Luc et Jean).&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la fin de sa mission de pr&#233;dicateur itin&#233;rant, J&#233;sus d&#233;cide de monter &#224; J&#233;rusalem pour c&#233;l&#233;brer la P&#226;que avec ses disciples. Il marche devant ses disciples. Les foules qui se sont rassembl&#233;es pour la f&#234;te l'acclament &#224; son entr&#233;e dans la ville sur un &#226;ne, avec des chants de joie et le cri des Hosanna avec de branches de palmiers (Jean 12, 18). J&#233;sus est acclam&#233; comme le Messie, le Roi-Serviteur d'un royaume en marche, celui des B&#233;atitudes (Matthieu 5, 3-12). Mais la joie est de courte dur&#233;e, car les ennemis sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Ils cherchent le moyen d'arr&#234;ter J&#233;sus &#171; en douce &#187;, sans provoquer d'agitation parmi le peuple (Marc14 1-2).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; B&#233;thanie, J&#233;sus comprend le geste de la femme au parfum (Mc 14, 3-9), autrement que ses disciples, comme une annonce de sa mort : &#171; d'avance elle a parfum&#233; mon corps pour l'ensevelissement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la derni&#232;re C&#232;ne, lors de ce dernier repas d'adieu (Mc 14, 12-31), J&#233;sus manifeste une pleine conscience de ce qui se trame : &#171; J'ai d&#233;sir&#233; d'un grand d&#233;sir manger cette p&#226;que avec vous avant de souffrir &#187; (Luc 22, 15) ou encore : &#171; Le Fils de l'Homme s'en va selon qu'il est &#233;crit de lui &#187; (Mc, 14, 21).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Geths&#233;mani, la pri&#232;re de J&#233;sus a ceci de particulier qu'elle est la pri&#232;re du combat : celle de la lutte, non contre la mort, mais contre l'angoisse de la mort et de la solitude. Solitude de J&#233;sus, mais aussi solitude des disciples. &#171; Entr&#233;e en agonie, il priait de fa&#231;on plus instante, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient &#224; terre &#187; (Luc 22, 46). Et il commen&#231;a &#224; ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : &#171; Mon &#226;me est triste &#224; en mourir &#187; (Luc 22, 33-34)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ensuite l'arrestation, les proc&#232;s, le reniement de Pierre, la condamnation &#224; mort, la crucifixion, l'ensevelissement, les femmes au tombeau et les r&#233;cits de la r&#233;surrection : &#171; Ressuscit&#233; le matin du premier jour de la semaine, J&#233;sus apparut d'abord &#224; Marie de Magdala&#8230; &#187; (cf. Marc, 14,53-16,20). Dans l'&#201;vangile selon saint Luc, les anges disent aux femmes : &#171; Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? &#187; (Luc 24,5) &#8212;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis son arrestation et dans sa passion, J&#233;sus est seul. Il a perdu tous ses disciples, il a d&#233;&#231;u toutes les esp&#233;rances qu'il avait suscit&#233;es. Il est &#233;cras&#233; par la solitude et la douleur p&#233;n&#232;tre tout son &#234;tre. Il est d&#233;sarm&#233; contre la peur et l'angoisse, vuln&#233;rable contre toutes les trahisons et les cruaut&#233;s. M&#234;me s'il garde jusqu'au bout sa fermet&#233; de jugement et de d&#233;cision &#8212; il meurt en toute lucidit&#233; &#8212; il n'est pas un mot de lui dans les &#233;vangiles qui porte la trace d'une d&#233;tente, d'un instant de r&#233;mission ; le fardeau est toujours l&#224;, Toujours aussi pesant et accablant. &#171; &#192; trois heures, J&#233;sus cria d'une voix forte : &#8220;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonn&#233; ?&#8221; (Matthieu 27, 46). Il se r&#233;v&#232;le comme une vraie personne dans toute sa fragilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vivre la grande travers&#233;e pascale&lt;br class='autobr' /&gt;
La foi chr&#233;tienne professe un Dieu vuln&#233;rable en J&#233;sus, le Verbe fait chair (Jean 1, 1-18), sensible &#224; la souffrance, apte &#224; &#234;tre bless&#233;, bafou&#233; et mis en croix.&lt;br class='autobr' /&gt;
La foi chr&#233;tienne confesse que J&#233;sus est vraiment ressuscit&#233;. Mais lorsque le Ressuscit&#233; appara&#238;t, c'est avec les stigmates de la Passion sur les mains et sur son c&#244;t&#233; (Jean 20, 27). Il se fait reconna&#238;tre par les marques des clous sur ses mains et ses pieds et son c&#244;t&#233; transperc&#233; (Luc 24, 36-39 ; Jean 20, 24-29).&lt;br class='autobr' /&gt;
Que nous dit donc P&#226;ques sinon d'abord que la souffrance, la d&#233;tresse, l'angoisse, le d&#233;sespoir, ne sont pas des accidents qu'il faudrait &#233;viter &#224; tout prix, comme si la vuln&#233;rabilit&#233; n'est pas constitutive de notre condition humaine, notre &#171; marque d'existence &#187;, comme l'&#233;crit la philosophe Simone Weil (1947). P&#226;ques nous dit plut&#244;t qu'il convient d'accueillir nos vuln&#233;rabilit&#233;s pour les transformer en forces de vie ; que c'est &#224; travers nos d&#233;ficiences, nos vuln&#233;rabilit&#233;s et nos fragilit&#233;s que nous sommes &#224; l'image de J&#233;sus ressuscit&#233;. La croix est bien le symbole de la vuln&#233;rabilit&#233; chr&#233;tienne, d'o&#249; jaillit la vie ? P&#226;ques nous dit que la force de l'amour se d&#233;ploie dans notre faiblesse. &#171; Ma gr&#226;ce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse &#187; (cf. Paul/2 corinthiens 12, 9).&lt;br class='autobr' /&gt;
Vivre P&#226;ques, c'est vivre la grande travers&#233;e de nos vuln&#233;rabilit&#233;s, c'est se rendre au tombeau pour voir qu'il est non seulement vide mais ouvert et qu'il ouvre un avenir &#224; tous les possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme l'oiseau, nous avons &#233;chapp&#233; au filet des chasseurs ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le filet s'est rompu, nous avons &#233;chapp&#233; &#187; (Psaume 124).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une joyeuse f&#234;te de P&#226;ques remplie d'amour et de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Huda Sharawi, ic&#244;ne f&#233;ministe et nationaliste &#233;gyptienne</title>
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		<dc:date>2026-03-08T20:01:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>


		<dc:subject>Journ&#233;e internationale des droits des femmes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Huda Sharawi (1879-1947) est une f&#233;ministe et nationaliste &#233;gyptienne pr&#233;sente dans tous les &#233;v&#233;nements et les d&#233;bats essentiels de son temps. F&#233;ministe d'avant-garde, elle fonde et dirige le mouvement f&#233;ministe &#233;gyptien de 1923 jusqu'&#224; son d&#233;c&#232;s en 1947, marquant ainsi de son empreinte, &#733;non seulement sur l'&#233;volution du f&#233;minisme en &#201;gypte, mais &#233;galement les prises de positions des femmes dans cette r&#233;gion du monde&#733; (Sonia Dayan-Herzbrun, 1998). Militante nationaliste, elle joue &#8212; via le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/huda_sharawi-f7264.jpg?1787478391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Huda Sharawi (1879-1947) est une f&#233;ministe et nationaliste &#233;gyptienne pr&#233;sente dans tous les &#233;v&#233;nements et les d&#233;bats essentiels de son temps. F&#233;ministe d'avant-garde, elle fonde et dirige le mouvement f&#233;ministe &#233;gyptien de 1923 jusqu'&#224; son d&#233;c&#232;s en 1947, marquant ainsi de son empreinte, &#733;non seulement sur l'&#233;volution du f&#233;minisme en &#201;gypte, mais &#233;galement les prises de positions des femmes dans cette r&#233;gion du monde&#733; (Sonia Dayan-Herzbrun, 1998). Militante nationaliste, elle joue &#8212; via le Comit&#233; central des femmes du parti Wafd, dont elle est &#233;lue pr&#233;sidente en 1920 &#8212; un r&#244;le de premier plan pendant la r&#233;volution &#233;gyptienne de 1919 contre l'occupant anglais. Elle est la fondatrice de &#171; L'&#201;gytienne &#187;, mensuel explicitement f&#233;ministe et nationaliste, r&#233;dig&#233; en fran&#231;ais et publi&#233; par l'Union f&#233;ministe &#233;gyptienne (EFU), dont elle est &#233;galement la fondatrice. Nombreuses et reconnues sont ses actions en faveur des droits des femmes, mais son action d'&#233;clat, celle qui d&#233;fraya la chronique, est le retrait de son voile devant une foule qui l'attendait dans une gare du Caire, lors de son retour d'un congr&#232;s de l'Alliance Internationale pour le Suffrage des Femmes &#224; Rome, en 1923.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une enfance et une jeunesse dans le harem&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Huda Sharawi est n&#233;e &#224; Minya, au sud du Caire en Haute &#201;gypte. Son p&#232;re Muhammad Sulta Basha est un homme politique et propri&#233;taire-foncier &#224; la carri&#232;re brillante : de chef de village, il est devenu le pr&#233;sident de la chambre des d&#233;put&#233;s. Sa m&#232;re, pr&#233;nomm&#233;e Iqbal, est une esclave circassienne (Caucase du Nord/Russie). &#171; L'alliance d'un &#201;gyptien et d'une Circassienne &#233;tait un signe de r&#233;ussite sociale, puisqu'il favorisait l'acc&#232;s &#224; la cour domin&#233;e par les turco-circassiens. &#192; l'int&#233;rieur du harem, les femmes turco-circassiennes, qu'elles aient &#233;t&#233; libres ou non, avaient pr&#233;s&#233;ance sur les &#201;gyptiennes &#187;, &#233;crit la sociologue et philosophe fran&#231;aise Sonia Dayan-Herzbrun (Pers&#233;e, 1998).&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite Nur al-Huda Sultan (nom et pr&#233;nom de naissance de Huda Sharawi) a grandi dans un harem dirig&#233; par sa m&#232;re et la co-&#233;pouse de cette derni&#232;re. Dans ses m&#233;moires, traduits et abr&#233;g&#233;s en anglais en 1987 sous le titre : &#171; Harem Years, Memoirs of an Egyptian Feministe &#187;, Huda Sharawi relate son enfance et sa jeunesse au sein d'une famille &#233;gyptienne ais&#233;e. Comme la plupart des filles de l'&#233;lite, dont elle faisait partie, elle a re&#231;u une &#233;ducation solide et prolong&#233;e au foyer familial au sein du harem : notamment l'enseignement du fran&#231;ais, du piano&#8230;, mais priv&#233;e de l'enseignement fondamental de la langue arabe. Proche de son fr&#232;re cadet, c'est &#224; ses c&#244;t&#233;s qu'elle a pu apprendre les rudiments de l'arabe et suivre un enseignement sur &#171; le Coran, le turc et la calligraphie &#187; gr&#226;ce aux &#171; cours de son fr&#232;re &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la mort de son p&#232;re, elle n'a que 5 ans. La petite Huda et son fr&#232;re se voient alors attribuer un tuteur en la personne d'un cousin germain et homme politique : Ali Sharawi. &#192; 13 ans, elle se voit, pour pr&#233;server le patrimoine familial, dans l'obligation de l'&#233;pouser. Malgr&#233; ses r&#233;ticentes &#224; cette union, elle c&#232;de n&#233;anmoins aux pressions de sa m&#232;re et de son entourage et accepte ce mariage ; le mariage avec ce cousin, d&#233;j&#224; mari&#233; et p&#232;re de trois filles, mais ce avec un contrat (exigence de sa m&#232;re) qui oblige l'&#233;poux &#224; la monogamie. C'est le non-respect de cette clause qui entra&#238;nera le retour de Huda chez ses parents apr&#232;s 15 mois de mariage. Et, de ce fait, de jouir d'une autonomisation bienveillante et responsabilisante. Elle reprend les &#233;tudes, noue des amiti&#233;s f&#233;ministes, fr&#233;quente les salons o&#249; les de nombreux sujets sont d&#233;battus, notamment le salon d'Eug&#233;nie Le Brun (1873-1908), intellectuelle et f&#233;ministe fran&#231;aise mari&#233;e &#224; un &#201;gyptien, avec qui elle se lie d'amiti&#233; (cf. Margot Lef&#232;bre, Les cl&#233;s du Moyen-Orient, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une f&#233;ministe et nationaliste &#233;gyptienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1900, &#224; l'&#226;ge de 21 ans, Huda Sharawi, pour des raisons familiales, se remarie avec Ali Sharawi, avec qui elle aura deux enfants. Cela ne les emp&#234;che pas d'effectuer de nombreux voyages &#224; Paris o&#249; ils s'ouvrent &#224; un autre mode de vie et de culture. En cette fin du XIXe et d&#233;but XXe, les femmes &#233;gyptiennes de la classe moyenne et sup&#233;rieure s'impliquaient davantage dans la soci&#233;t&#233;, notamment dans les &#339;uvres caritatives et culturelles, tout en faisant une entr&#233;e remarqu&#233;e dans la sph&#232;re politique (&#201;lizabeth Brownson, 2007). En 1909, Huda Sharawi fonde un dispensaire destin&#233; aux femmes des milieux pauvres, ainsi qu'une &#233;cole o&#249; sont prodigu&#233;s des cours d'hygi&#232;ne et de pu&#233;riculture. En 1910, elle ouvre &#233;galement une &#233;cole pour filles o&#249; l'on enseigne des mati&#232;res acad&#233;miques plut&#244;t que des comp&#233;tences pratiques (cf. Unesco, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, Huda Sharawi d&#233;cide de cr&#233;er l'Association intellectuelle des &#201;gyptiennes. Le but est d'ouvrir l'esprit des grandes dames de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne aux id&#233;es nouvelles sur la culture et sur la place des femmes dans la soci&#233;t&#233;. Pour ce faire, elle invite Margu&#233;rite Cl&#233;ment (1886-1979), une femme politique luxembourgeoise, &#224; participer &#224; des conf&#233;rences. Une des tentatives est d'expliquer que &#171; l'on peut trouver dans l'Islam la source des droits des femmes &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, en 1919, elle fonde la Soci&#233;t&#233; de la femme nouvelle au Caire pour alphab&#233;tiser les jeunes filles pauvres, leur enseigner l'hygi&#232;ne et leur donner les bases d'une culture g&#233;n&#233;rale. Les droits des femmes sont sa grande cause, tout en investissant dans la lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huda Sharawi est &#233;galement une militante nationaliste. Elle participe, aux c&#244;t&#233;s de son &#233;poux Ali Sharawi, homme politique engag&#233; et nationaliste, &#224; la cr&#233;ation du Wafd, parti la&#239;c et nationaliste men&#233; par Saad Zaghloul (1858-1927). Le Wafd, dont son &#233;poux est le vice-pr&#233;sident, est n&#233; d'une d&#233;l&#233;gation nationaliste &#233;gyptienne cr&#233;&#233;e en 1918 dans le but de n&#233;gocier l'ind&#233;pendance de l'&#201;gypte lors de la Conf&#233;rence de Versailles. Lorsqu'&#233;clate, le 9 mars 1919, la r&#233;volution &#233;gyptienne contre les Britanniques qui occupent le pays depuis 1882, Huda Sharawi mobilise son r&#233;seau de femmes qui prend le relai des contestations. Suite &#224; l'arrestation et l'envoi en exil &#224; Malte de Saad Zaghloul et les principaux membres de la d&#233;l&#233;gation, le 8 mars 1919, c'&#233;tait devenu une imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; pour Huda et les femmes de Wafd de s'engager &#224; fond dans le mouvement r&#233;volutionnaire en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huda Sharawi est alors sur tous les fronts. Elle ne se contente pas d'appeler et de participer aux manifestations qui se succ&#232;dent. Aux c&#244;t&#233;s de l'&#233;pouse de Saad Zaghloul et d'autres femmes, elle s'occupe des familles de bless&#233;s et des morts (800 &#201;gyptiens tu&#233;s), visite des &#233;coles de jeunes filles en les encourageant &#224; militer. Le 12 janvier 1920, elle fonde le Comit&#233; central des femmes du Wafd, dont elle est &#233;lue pr&#233;sidente. Lorsque Saad Zaghloul est d&#233;port&#233; aux Seychelles en 1921, ce sont les femmes de ce Comit&#233; central qui vont g&#233;rer les actions de lutte pour l'ind&#233;pendance, qu'il s'agisse de collecte de fonds, d'organisation de boycotts, de soutien aux gr&#232;ves, etc. La contribution de Huda Sharawi au cours cette p&#233;riode est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'un f&#233;minisme &#233;gyptien &#224; un f&#233;minisme arabe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, compte tenu de la non int&#233;gration du droit de vote promis aux femmes lors des n&#233;gociations avec les Britanniques, Huda Sharawi va rapidement prendre ses distances avec le parti. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son &#233;poux en 1922 et son d&#233;part du parti en 1923, elle fonde en 1923 l'Union f&#233;ministe &#233;gyptienne (EFU) dont elle demeure la pr&#233;sidente jusqu'&#224; sa mort. L'Union plaide pour l'ouverture du droit de vote aux femmes, leur acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, la restriction de la polygamie et des lois plus restrictives sur le divorce pour les hommes&#8230; C'est &#224; cette &#233;poque qu'elle d&#233;cide de d&#233;voiler publiquement son visage pour marquer la rupture avec son pass&#233; et la culture du harem (voir ci-dessus). Durant cette m&#234;me ann&#233;e, elle obtient de la part du roi Fouad 1er l'&#233;l&#233;vation de l'&#226;ge minimum du mariage des femmes &#224; 16 ans (cf. Amel Ait Hamouda, in Middle East Eye, mars 2024, sur Huda Sharawi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, elle lance le mensuel l'Egyptienne, dont sa collaboratrice et amie Saiza Nabarawi (1897-1985) est la r&#233;dactrice en chef. C'est une revue f&#233;ministe, r&#233;dig&#233;e en langue fran&#231;aise et publi&#233;e par l'EFU, et dont le but est d'articuler les revendications des femmes d'&#201;gypte au &#171; mouvement f&#233;ministe international &#187; en vue de la r&#233;alisation d'une &#171; &#232;re de justice et de paix (cf. Sonia Dayan-Herzbrun, 1998). Critique des positions occidentales, notamment sur la Palestine, elle organise le premier Congr&#232;s des f&#233;ministes arabes, mettant en avant une v&#233;ritable citoyennet&#233; pour toutes et tous dans la r&#233;gion. Tout en d&#233;fendant une position panarabe, elle repr&#233;sente son pays lors de congr&#232;s f&#233;minins internationaux : &#224; Graz, Paris, Amsterdam, Berlin, Marseille, Istanbul, Bruxelles, et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;c&#232;de, au Caire, le 12 d&#233;cembre 1947, &#224; l'&#226;ge de 68 ans. Femme d'exception, combattante obstin&#233;e de la cause des femmes qu'elle lie &#233;troitement &#224; la cause nationale et &#224; l'unit&#233; arabe, elle laisse derri&#232;re elle un h&#233;ritage incontournable, source d'inspiration pour les f&#233;ministes du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Autonomie et socialisation, pas l'une sans l'autre</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/autonomie-et-socialisation-pas-l-une-sans-l-autre</link>
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		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre humain doit &#234;tre reconnu dans sa capacit&#233; &#224; diriger sa vie par lui-m&#234;me, le r&#244;le de l'&#233;ducateur, de l'&#233;ducation, &#233;tant de lui en r&#233;v&#233;ler les moyens [&#8230;] ; diriger sa vie, c'est faire preuve d'autonomie &#187; Antoine de la Garanderie (1991). &lt;br class='autobr' /&gt; Diriger sa vie selon des r&#232;gles (nomos) &#233;tablies par soi (auto) et non par une force ext&#233;rieure, du dehors, c'est faire preuve d'autonomie, du grec autonomia. C'est le sens premier de la notion d'Autonomie. Elle se posait autrefois qu'au niveau de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre humain doit &#234;tre reconnu dans sa capacit&#233; &#224; diriger sa vie par lui-m&#234;me, le r&#244;le de l'&#233;ducateur, de l'&#233;ducation, &#233;tant de lui en r&#233;v&#233;ler les moyens [&#8230;] ; diriger sa vie, c'est faire preuve d'autonomie &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Antoine de la Garanderie (1991).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Diriger sa vie selon des r&#232;gles (nomos) &#233;tablies par soi (auto) et non par une force ext&#233;rieure, du dehors, c'est faire preuve d'autonomie, du grec autonomia. C'est le sens premier de la notion d'Autonomie. Elle se posait autrefois qu'au niveau de la cit&#233;, lorsqu'elle &#233;tait g&#233;r&#233;e selon des lois qu'elle avait d&#233;cid&#233;es. Aristote, le philosophe grec, est le premier &#224; introduire la question de l'autonomie au sujet humain, en s'appuyant sur deux propositions : le refus de se soumettre &#224; la contrainte ou &#224; une loi ext&#233;rieure et la possibilit&#233; de satisfaire ses besoins sans d&#233;pendre enti&#232;rement des autres (Reynald Brizais, Trem'site, mai 2009). &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec les philosophes des Lumi&#232;res et Emmanuel Kant (1724-1804) que l'autonomie devient la t&#226;che de sujets humains appel&#233;s &#224; sortir de l'&#233;tat de soumission, de &#171; minorit&#233; &#187;, sous le cri de ralliement : Sapere Aude (Ose penser par toi). &#171; Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voil&#224; la devise des lumi&#232;res &#187;, &#233;crit Emmanuel Kant dans R&#233;ponse &#224; la question : qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? (1784). Pour le philosophe allemand Emmanuel Kant, l'autonomie est une propri&#233;t&#233; de notre esprit en lien avec notre raison et notre volont&#233;. C'est la capacit&#233; &#224; &#234;tre soi-m&#234;me la source de ses obligations, la raison de ses actes, &#224; justifier par la loi propre de la raison, c'est-&#224;-dire libre de toute h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire de toute d&#233;pendance ext&#233;rieure ou vis-&#224;-vis d'autrui&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie, de l'id&#233;al &#224; la norme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette conception de l'autonomie &#8211; utilis&#233;e dans un sens radical ou de mani&#232;re plus souple en lien &#233;troit avec la socialisation (voir ci-dessous) &#8211; marquera les soci&#233;t&#233;s modernes. Cet individu autonome, dot&#233; d'une volont&#233; et d'une raison l&#233;gislatrices, constitue aujourd'hui le socle des r&#233;gimes d&#233;mocratiques. &#171; On a assist&#233; au cours des cinq ou six derni&#232;res d&#233;cennies &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des valeurs de l'autonomie &#224; l'ensemble de la vie sociale. L'autonomie, c'est-&#224;-dire en gros les valeurs de choix, de propri&#233;t&#233; de soi et d'initiative individuelle. L'un des changements majeurs est le d&#233;placement de toutes nos valeurs vers l'activit&#233; et l'entr&#233;e dans un type de socialit&#233; o&#249; chacun doit &#234;tre l'agent de son propre changement &#187; (Alain Ehrenberg, Entretien, in Sciences Humaines, novembre 2010).&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'autonomie est pass&#233;e en quelques d&#233;cennies d'un id&#233;al d'&#233;mancipation &#224; l'injonction. Dans le mouvement qui suit la Seconde Guerre mondiale et les mouvements sociaux des ann&#233;es 60, voire de l'apr&#232;s-Mai 68, c'est &#8211; on s'en souvient &#8211; l'id&#233;al d'autonomie qui motivait la contestation et la lib&#233;ration vis-&#224;-vis des formes traditionnelles, autoritaires et disciplinaires du contr&#244;le social. Qu'il s'agisse des luttes f&#233;ministes, r&#233;gionalistes, &#233;cologistes, syndicalistes ou de la volont&#233; de changer le travail, l'aspiration collective &#233;tait l'autonomie. Et elle &#233;tait revendiqu&#233;e comme un droit face &#224; des institutions et &#224; un ordre traditionnel &#233;touffant, comme soulign&#233; plus haut (cf. Xavier Mol&#233;nat, Sciences Humaines, novembre 2010 ; Genevi&#232;ve Ruiz, Hes.so, juin 2024). C'est la p&#233;riode, pr&#233;cise Alain Ehrenberg, o&#249; on commence &#224; s'occuper de l'enfant d'une fa&#231;on qui n'est plus disciplinaire ; un changement de regard qui se cristallise dans la psychanalyse o&#249; Fran&#231;oise Dolto, toujours selon Alain Ehrenberg, en sera la star (Alain Ehrenberg, Sciences Humaines, D&#233;cembre 2025/janvier 2026).&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, du statut d'un id&#233;al &#224; conqu&#233;rir, l'autonomie est pass&#233;e &#224; celui de la convocation et de l'injonction. On attend de chacun qu'il t&#233;moigne d'une capacit&#233; &#224; l'autonomie. Et ce sont d&#233;sormais les institutions qui parlent le langage de l'autonomie, souligne Xavier Mol&#233;nat (op.cit). C'est l'&#233;cole qui encourage les &#233;l&#232;ves &#224; prendre en charge leur activit&#233; intellectuelle. Dans le monde de l'insertion et de l'accompagnement, les b&#233;n&#233;ficiaires ou accompagn&#233;s font face &#224; une v&#233;ritable injonction &#224; l'autonomie via la formulation un projet personnalis&#233;. Bref l'autonomie, d'aiguillon de la critique des normes sociales, est devenue &#224; son tour la norme &#224; partir de laquelle l'individu est &#233;valu&#233; quel que soit son statut, son &#226;ge ou son &#233;tat de sant&#233;. Mais, de quelle autonomie parle-t-on ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autonomie, une affaire de vivre en soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion d'autonomie est caract&#233;ris&#233;e par une large vari&#233;t&#233; de significations, non seulement en fonction des diff&#233;rentes disciplines des sciences sociales, mais au sein m&#234;me de ces disciplines. C'est cette mall&#233;abilit&#233; qui l'a permis de devenir une valeur quasi consensuelle. Cependant, contre une certaine approche, il convient, &#224; la suite du philosophe allemand Hegel (1770-1831), de replacer l'autonomie dans la r&#233;alit&#233; sociale. Car depuis sa naissance, tout &#234;tre humain est plac&#233; dans une relation d'interd&#233;pendance avec les autres. Il n'y a pas d'autonomie sans socialisation. Il y a toujours le fait social, la rencontre de l'Autre, le tissage de liens, le r&#233;seau des &#233;changes (Agn&#232;s Hoffmans-Gosset, 1987). &#171; Tout acteur est pris dans des rapports sociaux, une culture, des coutumes, des attentes. Il est assujetti &#224; une l&#233;gislation et, d&#232;s qu'il adh&#232;re &#224; une organisation, &#224; des r&#232;gles internes &#187;, &#233;crit justement le sociologue Philippe Perrenoud (L'autonomie, une question de comp&#233;tence, Gen&#232;ve, 2002).&lt;br class='autobr' /&gt;
La socialisation&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; se fait donc par rapport aux autres, &#224; l'environnement social. &#171; Tant qu'il n'aura pas conquis les instruments sociaux d'&#233;change et de compr&#233;hension mutuelle, et la discipline qui soumet aux r&#232;gles de la r&#233;ciprocit&#233;, l'enfant ne peut que se croire au centre du monde&#8230; &#187; (Jean Piaget, Psychologie et p&#233;dagogie, 1969). C'est en se d&#233;faisant de son &#233;gocentrisme, en se d&#233;centrant, que l'enfant se construit et s'adapte. On ne peut plus clairement poser la construction conjointe de l'autonomie et de la socialisation, conclut Agn&#232;s Hoffmans-Gosset (op.cit).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc dans le cadre de la vie en soci&#233;t&#233;, dans cette dimension collective, que l'autonomie se d&#233;veloppe. Elle gagne en prenant appui, naissance ou racine, sur tout ce qui autour de l'&#234;tre tisse le r&#233;seau social (ibidem). D'o&#249; la r&#233;f&#233;rence de plus en plus pressante &#224; la notion d'autonomie relationnelle qui permet de visibiliser les contextes sociaux qui favorisent ou emp&#234;chent l'autonomie. L'autonomie relationnelle est une conception qui consid&#232;re l'autonomie comme un processus r&#233;alisable uniquement &#224; l'int&#233;rieur d'un r&#233;seau de relations dans lequel nous sommes tous et toutes imbriqu&#233;-e-s, voire d&#233;pendants les uns des autres pour devenir et rester autonomes (cf. Miranda Boldrini, 200-22 ; Marl&#232;ne Jouan, cit&#233; par Geneni&#232;ve Ruiz, 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autonomie, une conqu&#234;te qui passe par l'autre&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autonomie n'est pas inn&#233;e ; elle n'est ni un don, ni un d&#233;veloppement naturel. Et on ne devient pas autonome tout seul. C'est une question de socialisation, des ressources, de capacit&#233;s&#8230; Elle se construit avec l'environnement, dans une relation d'interd&#233;pendance avec les autres et dans l'accompagnement. C'est un processus relationnel continu ; un processus d'apprentissage individuel et collectif au cours duquel &#233;voluent les comp&#233;tences. Elle ne s'impose pas ; elle s'apprend. C'est une conqu&#234;te. Elle a toujours besoin, comme le souligne Agn&#232;s Hoffmans-Gosset (auteure d&#233;j&#224; cit&#233;), d'&#234;tre agie, d'&#234;tre continuellement travaill&#233;e et ind&#233;finiment reconquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) L'autonomie, comme on le constate, rel&#232;ve de cat&#233;gories subjectives (capacit&#233; &#224;&#8230;), alors que l'ind&#233;pendance se d&#233;finit &#224; partir de cat&#233;gories objectives. C'est un &#233;tat dans lequel se trouve l'individu lorsqu'il dispose de ressources suffisantes pour g&#233;rer sa vie (cf. Elsa Ramos,2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) &#171; Au cours de son d&#233;veloppement, l'individu rencontre n&#233;cessairement autrui, tisse avec lui des liens, au gr&#233; des groupes sociaux et des situations travers&#233;es. On appelle socialisation les modifications qui se produisent &#224; cette occasion dans les rapports de chacun et avec son environnement et avec soi-m&#234;me &#187; (Genevi&#232;ve Vinsonneau, Sciences-Humaines, 2000).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>No&#235;l, un appel &#224; la r&#233;conciliation</title>
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		<dc:date>2025-12-23T20:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si tu n'esp&#232;res pas, tu ne rencontreras pas l'inesp&#233;r&#233; &#187; H&#233;raclite d'Eph&#232;se &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; No&#235;l 1914, en pleine Premi&#232;re Guerre mondiale, la magie particuli&#232;re de cette nuit a engendr&#233; de l'inesp&#233;r&#233; : des tr&#234;ves spontan&#233;es se sont d&#233;clar&#233;es &#224; plusieurs endroits du front. Certains soldats allemands, britanniques et fran&#231;ais en ont m&#234;me profit&#233; pour se rencontrer, &#233;changer des cadeaux et jouer au football. Nous avons du mal, en particulier, &#224; imaginer les soldats jouant au football au milieu d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Si tu n'esp&#232;res pas, tu ne rencontreras pas l'inesp&#233;r&#233; &#187; H&#233;raclite d'Eph&#232;se&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; No&#235;l 1914, en pleine Premi&#232;re Guerre mondiale, la magie particuli&#232;re de cette nuit a engendr&#233; de l'inesp&#233;r&#233; : des tr&#234;ves spontan&#233;es se sont d&#233;clar&#233;es &#224; plusieurs endroits du front. Certains soldats allemands, britanniques et fran&#231;ais en ont m&#234;me profit&#233; pour se rencontrer, &#233;changer des cadeaux et jouer au football. Nous avons du mal, en particulier, &#224; imaginer les soldats jouant au football au milieu d'un champ de bataille. Et pourtant, ce moment de paix spontan&#233; a bien eu lieu &#224; un certain endroit (Fran&#231;ois Maekelberg, Ouest-France, 23/12/2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soldats de la Grande guerre ont &#233;prouv&#233; cet app&#233;tit d'amour. Dans leurs tranch&#233;es, loin des leurs, sur le nerf de l'horreur, ils se sont souvenus de la tr&#234;ve de No&#235;l que respectaient autrefois leurs anc&#234;tres. Ils ont d&#233;pos&#233; leurs armes pour c&#233;l&#233;brer ensemble le &#171; R&#233;veillon &#187;, au nom si r&#233;v&#233;lateur. Leur geste nous rappelle combien No&#235;l pose un baume sur nos d&#233;chirures, et que l'avenir na&#238;t de notre volont&#233; de perp&#233;tuer la r&#233;conciliation &#187;, &#233;crit la romanci&#232;re et journaliste Christiane Ranc&#233; (La Croix, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;No&#235;l sonne l'heure de la r&#233;conciliation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le myst&#232;re de la Nativit&#233; nous propose, par-del&#224; la naissance de J&#233;sus, de r&#233;fl&#233;chir &#224; la pr&#233;sente tragique r&#233;alit&#233; de notre monde. Une r&#233;alit&#233; terrestre marqu&#233;e par : les guerres ; les divisions entre les peuples, les communaut&#233;s et les familles et &#224; l'int&#233;rieur de chaque sph&#232;re ; les violences conjugales et la violence &#224; l'encontre des enfants avec de graves cons&#233;quences sur leur sant&#233; &#224; tous les niveaux. Les enfants sont souvent les premi&#232;res victimes de cette lourde r&#233;alit&#233;. Selon l'UNICEF, plus de 14 500 enfants ont &#233;t&#233; tu&#233;s &#224; Gaza depuis le d&#233;but de la guerre. Au Soudan, en Ukraine, en Ha&#239;ti&#8230; des enfants victimes par milliers en violations graves de leurs droits et du droit international humanitaire. Que dire de la sant&#233; mentale des jeunes d&#233;grad&#233;e depuis le Covid-19 en France ? Un sur trois souffre d'un trouble psychique et des hospitalisations pour tentatives de suicide et d'automutilation ont explos&#233; chez les filles. De plus en plus d'adolescents et de jeunes adultes souffrent de d&#233;pression, de troubles anxieux et alimentaires (cf. France 24, 02/12/2025).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la dure r&#233;alit&#233; de notre monde. C'est elle que nous devons affronter. Mais en l'absence de tout horizon, le d&#233;sespoir nous &#233;treint : c'est comme entrer dans une nuit noire. Mais c'est de la nuit que na&#238;t l'esp&#233;rance d'un jour nouveau. C'est aux heures sombres, qu'il faut &#171; rallumer les &#233;toiles &#187; (Guillaume Apollinaire). Les chr&#233;tiens se souviennent de &#171; ce Minuit unique dans l'histoire de l'humanit&#233;, cette heure qui est &#224; la fois fin d'un jour et commencement d'un jour nouveau. J&#233;sus naissant &#224; Minuit, c'est la fin d'un monde ancien et la promesse d'une &#232;re nouvelle sans que l'une n'abolisse l'autre : l'&#232;re de l'Amour qu'initie No&#235;l accomplit le monde qui l'a pr&#233;par&#233;e. La Nativit&#233; les accorde. La joie irradiante qui jaillit de la Cr&#232;che revient vers nous. Elle r&#233;sonne dans nos m&#233;moires, tambourin&#233;e par les Trois Mages que Rimbaud appelait le C&#339;ur, l'&#194;me et l'Esprit. L'all&#233;gresse singuli&#232;re de cette f&#234;te unique instille dans nos vies une soif et une faim de paix, de douceur et de tendresse &#187;, comme le dit si justement Christiane Ranc&#233; (La Croix, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;No&#235;l, f&#234;te de la r&#233;conciliation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une faim de paix, de douceur et de tendresse qui passe par la r&#233;conciliation pour reconstruire les liens abim&#233;s par les tensions, les incompr&#233;hensions et les divisions. Ce sont nos rigidit&#233;s qui nous rendent souvent malades &#171; Elles nous fixent sur des points particuliers et toute notre &#233;nergie s'y trouve concentr&#233;e, provoquant ce qui se passe sur la route&#8230; : des embouteillages des bouchons, des apoplexies. Gu&#233;rir, c'est entre autres choses r&#233;tablir la circulation &#187; (Fran&#231;ois Roustang, philosophe et psychanalyse). Le temps de No&#235;l est un temps de r&#233;conciliation, le temps de la communication bienveillante, le moment opportun pour surmonter nos oppositions, nos rivalit&#233;s et nos divisions, pour re-&#233;tablir l'unit&#233; rompue. No&#235;l est le temps de la paix retrouv&#233;e. Comme la paix, la r&#233;conciliation commence &#224; l'int&#233;rieur de soi, de chacun de nous, pour ensuite &#233;merger en un dialogue paisible avec nos proches et une reconstruction de la famille et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque tu vas pr&#233;senter ton offrande ton offrande &#224; l'autel, si, l&#224;, tu te souviens que ton fr&#232;re a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, l&#224;, devant l'autel, va d'abord te r&#233;concilier avec ton fr&#232;re &#187;, dit J&#233;sus &#224; ses disciples (Matthieu 5, 23-24). La r&#233;conciliation d'abord. C'est clair et direct. C'est m&#234;me un pr&#233;alable &#224; la louange que nous offrons &#224; Dieu. La r&#233;conciliation n'est donc pas seulement une bonne id&#233;e, elle est une n&#233;cessit&#233; absolue. Elle est la cl&#233; pour vivre en communion avec ses fr&#232;res et avec Dieu. Pour les chr&#233;tiens, &#171; le Christ est notre paix : de deux mondes, il a fait un seul peuple &#187;, &#233;crit l'ap&#244;tre Paul (Eph&#233;siens, 2, 14). &#192; No&#235;l, les chr&#233;tiens f&#234;tent la naissance de l'Emmanuel, &#171; Dieu-avec-nous &#187;, venu r&#233;concilier l'humanit&#233; bless&#233;e par les forces du mal : un nouveau-n&#233; sans d&#233;fense dans l'humilit&#233; d'une grotte rend sa dignit&#233; &#224; toute vie qui na&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette paix par la r&#233;conciliation en faisant tomber &#171; le mur de s&#233;paration : la haine &#187; (Eph&#233;siens 2,14), nous devons la construire en nous et autour de nous en mettant nos efforts en commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et par-dessus tout, rev&#234;tez l'amour : c'est le lien parfait &#187; (Ep&#238;tre aux Colossiens, 3,14).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Une &#233;toile a brill&#233; sur la terre, Une &#233;toile a montr&#233; le chemin. Elle annonce un matin Et transforme un destin. Cette &#233;toile est au creux de nos mains &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; Jean Claude Gianadda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Joyeux No&#235;l&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mary Prince, premi&#232;re femme noire &#224; briser les cha&#238;nes de l'esclavage dans les colonies britanniques</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/mary-prince-premiere-femme-noire-a-briser-les-chaines-de-l-esclavage-dans-les-colonies-britanniques</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/mary-prince-premiere-femme-noire-a-briser-les-chaines-de-l-esclavage-dans-les-colonies-britanniques</guid>
		<dc:date>2025-12-17T20:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>


		<dc:subject>20 d&#233;cembre</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; esclave. J'ai ressenti ce que ressent un esclave et je sais ce qu'un esclave sait &#187; Mary Prince &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1831, en pleine campagne pour l'abolition imm&#233;diate de l'esclavage men&#233;e par Elisabeth Heyrick(1) et autres militantes, para&#238;t en Angleterre le r&#233;cit de vie de Mary Price, The History of Mary Prince. C'est un v&#233;ritable choc dans l'opinion publique anglaise sensible au probl&#232;me de l'esclavage dans les colonies. Ce n'est pas tant que c'est le premier t&#233;moignage ou r&#233;cit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; esclave. J'ai ressenti ce que ressent un esclave et je sais ce qu'un esclave sait &#187; Mary Prince&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_110444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;126&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/mary-prince.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/mary-prince-63765.jpg?1787478391' width='500' height='333' alt='Mary Prince Plaque, Universit&#233; de Londres, Malet Street, Londres, Photographie de Peter Hughes [CC BY-NC-SA 2.0&#160;via&#160;Flickr]' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Mary Prince Plaque, Universit&#233; de Londres, Malet Street, Londres, Photographie&lt;br class='autobr' /&gt;
de Peter Hughes [CC BY-NC-SA 2.0 via Flickr]
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1831, en pleine campagne pour l'abolition imm&#233;diate de l'esclavage men&#233;e par Elisabeth Heyrick&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; et autres militantes, para&#238;t en Angleterre le r&#233;cit de vie de Mary Price, The History of Mary Prince. C'est un v&#233;ritable choc dans l'opinion publique anglaise sensible au probl&#232;me de l'esclavage dans les colonies. Ce n'est pas tant que c'est le premier t&#233;moignage ou r&#233;cit autobiographique d'une femme noire esclavis&#233;e sur sa condition, que la dure r&#233;alit&#233; de la vie des esclavages dans les colonies anglaises que l'ouvrage r&#233;v&#232;le au public. &#171; La v&#233;rit&#233; doit &#234;tre dite (&#8230;) car peu de gens savent ce que c'est l'esclavage &#187;, &#233;crit Mary Prince. Et de d&#233;noncer dans la foul&#233;e ses terribles conditions de vie d'esclave entre les mains de cruels planteurs britanniques. En soulevant l'indignation du public anglais, le r&#233;cit puissamment r&#233;aliste de Mary Prince &#8212; qui se pr&#233;sente comme une succession de sc&#232;nes de tortures, inflig&#233;s soit &#224; Prince elle-m&#234;me, soit &#224; ses compagnons d'infortune (Fr&#233;d&#233;ric Regard, 2010) &#8212; a eu un impact d&#233;terminant sur l'abolition de l'esclavage en Angleterre (ao&#251;t 1933).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire et le combat de Mary Prince&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mary Prince est n&#233;e en servitude dans une ferme de Brackist Pond dans la Paroisse de Devonshire aux Bermudes&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; aux environs de 1788, dans une famille esclavis&#233;e d'ascendance africaine. Son p&#232;re &#233;tait b&#251;cheron et sa m&#232;re servante, tous deux d&#233;tenus par deux ma&#238;tres diff&#233;rents. Mary vivait avec sa m&#232;re et ses trois fr&#232;res et deux s&#339;urs chez le capitaine Williams, apr&#232;s un passage dans les familles Myners et Darrell. Au d&#233;c&#232;s de Mme Williams, Mary (elle a alors 12 ans) et ses petites s&#339;urs sont vendues le m&#234;me jour, chacune &#224; un ma&#238;tre diff&#233;rent. Mary est achet&#233;e par le capitaine John Ingham et sa femme, qui se r&#233;v&#232;lent rapidement &#234;tre des ma&#238;tres s&#233;v&#232;res et cruels. Les esclaves sont souvent fouett&#233;s pour des broutilles et Mary, bless&#233;e, finit par prendre la fuite. Sa m&#232;re la cache et soigne ses plaies, mais son p&#232;re finit par la retrouver et la ramener chez son ma&#238;tre (cf. Mary Prince, t&#233;moin de l'esclavage, in L'histoire par les Femmes).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mary n'a jamais accept&#233; facilement les indignit&#233;s de son asservissement et a souvent &#233;t&#233; fouett&#233;e. En guise de punition, elle est vendue &#224; un autre ma&#238;tre qui l'envoie travailler dans les marais salants aux &#238;les Turques. Travailler dans l'eau sal&#233;e jusqu'aux genoux pendant de longues heures &#224; extraire le sel sous le soleil, poussant ensuite la brouette de sel assez vite pour &#233;viter les coups de fouet, est un travail &#233;prouvant et cruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans plus tard, en 1810, elle suit son ma&#238;tre aux Bermudes et travaille pour sa fille. En 1815, Mary est &#224; nouveau vendue pour la quatri&#232;me fois. Son nouveau ma&#238;tre, John Adams Wood, l'emm&#232;ne &#224; Antigua &#8212; nom donn&#233; par Christophe Colomb (1451-1506) qui d&#233;couvre l'&#238;le 1493 &#8212; en tant qu'esclave domestique pour s'occuper d'un jeune enfant, de la maison et du linge. C'est pendant un s&#233;jour &#224; Date Hill &#8212; o&#249; se trouve l'une des grandes plantations sucri&#232;res de la r&#233;gion &#8212; avec ses ma&#238;tres au moment de No&#235;l que Mary rencontre les M&#233;thodistes (un courant du protestantisme), puis fr&#233;quente l'&#201;glise morave (une d&#233;nomination protestante non-conformiste.) qui cherche &#224; t&#233;moigner de l'amour chr&#233;tien aux esclaves dans les plantations. Elle apprend &#224; lire et se fait baptiser en 1817 (Eric Mesnard, 2025 ; Yvette Boissarie, 2001).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1826, elle rencontre le charpentier-tonnelier Daniel James, qui avait rachet&#233; sa libert&#233; gr&#226;ce &#224; l'argent r&#233;colt&#233; par son travail., et l'&#233;pousa. Ses ma&#238;tres, les Wood, lui reproch&#232;rent ce mariage avec un homme noir libre, mais finirent pas accepter que Daniel James puisse vivre &#224; proximit&#233;. En 1828, elle accompagne, toujours comme domestique, les Wood pour un s&#233;jour &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mary d&#233;voile l'horreur de la condition faite aux esclaves&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Londres, Mary ne se trouve pas dans le m&#234;me contexte qu'&#224; Antigua. Elle a entendu dire qu'un esclave foulant le sol anglais ne pouvait plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme esclave, mais qu'elle serait de nouveau en situation de servitude &#224; son retour &#224; Antigua, sans un acte d'affranchissement. D'o&#249; ses demandes r&#233;p&#233;t&#233;es aux Wood de l'affranchir. De guerre lasse, elle quitte les Wood en novembre 1828 et finit par frapper &#224; la porte de la Soci&#233;t&#233; contre l'esclavage, &#779;The Anti-Slavery Society&#733; (fond&#233;e en 1823), en novembre 1829, o&#249; elle trouve un emploi, apr&#232;s un passage chez les Fr&#232;res moraves (voir ci-dessus) &#224; Hatton Garden. Plus pr&#233;cis&#233;ment, un emploi chez Thomas Pringle (1789-1834), militant abolitionniste, alors r&#233;dacteur en chef de l'Anti-Slavery Monthly Reporter et secr&#233;taire de la Soci&#233;t&#233; contre l'esclavage, o&#249; elle est prise en charge par les abolitionnistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour que les gens en Angleterre &#8216;entendent d'un esclave ce qu'un esclave avait ressenti et souffert', Mary Prince souhaite raconter son histoire. Son h&#244;te, Thomas Pringle l'encourage vivement &#224; le faire. Et c'est l'&#233;crivaine Susanna Strickland, qui s&#233;journait alors chez les Pringle, qui a l'honneur de recueillir les paroles de Mary (sous sa dict&#233;e) pour les transcrire en un r&#233;cit, mis en forme et &#233;dit&#233; par Thomas Pringle en 1831, &#224; Londres. De par son caract&#232;re in&#233;dit et son authenticit&#233; &#171; L'Histoire de Mary Prince &#187; eut un impact ou effet important sur l'opinion publique et le r&#233;cit connait trois &#233;ditions la premi&#232;re ann&#233;e. C'est en effet la premi&#232;re fois qu'une femme ayant connu l'esclavage prend la parole et d&#233;nonce les s&#233;vices endur&#233;s aux mains de ses anciens ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
The History of Mary Prince, a West Indian Slave est salu&#233; par les abolitionnistes, mais le r&#233;cit est contest&#233; par les Wood et James Macqueen, un &#233;minent militant pro-esclavagiste. Deux proc&#232;s en diffamation ont suivi la publication de l'Histoire de Mary Prince, donnant ainsi l'occasion &#224; Mary de confirmer qu'elle avait &#233;t&#233; victime d'abus sexuels, entre autres. Mary ne s'est pas content&#233; de raconter sa propre histoire de brutalit&#233;, elle a &#233;galement racont&#233; les exp&#233;riences d'autres esclaves. Le r&#233;cit fait &#233;clater l'horreur de la condition faite aux esclaves aux Antilles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les triomphes de l'esprit humain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la trajectoire mouvement&#233;e de l'Histoire de Mary, la violence est omnipr&#233;sente. Elle est ins&#233;parablement physique et morale. Elle &#233;mane des r&#233;cits de coups et torture, des sc&#232;nes de ventes aux ench&#232;res et des s&#233;parations incessantes. Mais, comme le souligne Ziggi Alexander, &#171; Son histoire est int&#233;ressante parce qu'elle a soulign&#233; non seulement la souffrance et les indignit&#233;s de l'esclavage, mais aussi les triomphes de l'esprit humain. Elle a d&#233;montr&#233; comment une femme peut &#234;tre r&#233;duite en esclavage et pourtant ne pas &#234;tre un esclave &#187; (cf. pr&#233;face de l'&#233;dition 1987, Pandora Press &#8212; Londres et New York, 1987).&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la publication de son r&#233;cit, on sait tr&#232;s peu de choses sur la vie de Mary Prince. On sait qu'elle &#233;tait toujours &#224; Londres en 1833, &#224; la fin de l'esclavage. Mais on ignore si elle a pu ensuite retourner dans les cara&#239;bes pour rejoindre son &#233;poux ou si elle est rest&#233;e en Angleterre. On ne conna&#238;t ni la date de sa mort, ni l'endroit o&#249; elle est d&#233;c&#233;d&#233;e et inhum&#233;e. Son histoire est m&#234;me tomb&#233;e, un moment, dans l'oubli, retrouvant par la suite un regain d'int&#233;r&#234;t. En 2007, la contribution de Mary Prince &#224; l'abolition de l'esclave a &#233;t&#233; reconnue par la localisation d'une plaque en son honneur au S&#233;nat de l'Universit&#233; de Londres et sur le site de la maison o&#249; elle a v&#233;cu en 1829. En 2012, elle a &#233;t&#233; intronis&#233;e h&#233;ro&#239;ne nationale des Bermudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par son t&#233;moignage Mary Prince a donn&#233; une voix &#224; toutes les femmes et &#224; tous les hommes qui refusent de se laisser enfermer dans une vie de servitude. Et son combat nous rappelle que l'esclavage est un crime contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Port, d&#233;cembre 2025&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1)MICHEL Reynolds, Elisabeth Heyrick, une quakeresse pour l'abolition imm&#233;diate de l'esclavage dans les ann&#233;es 1820, In M&#233;dias locaux, d&#233;cembre 2022&lt;br class='autobr' /&gt;
(2)Archipel, situ&#233; dans l'oc&#233;an Atlantique au large est des &#201;tats-Unis, appartenant &#224; la Couronne britannique depuis 1612.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Promouvoir et respecter les droits des enfants</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/promouvoir-et-respecter-les-droits-des-enfants</link>
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		<dc:date>2025-11-19T20:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reynolds Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;20 novembre, Journ&#233;e mondiale des droits de l'enfant&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La protection de l'enfance est l'affaire de tous, et c'est collectivement que nous devrions nous mobiliser sur ce sujet. &#187; Claire H&#201;DON la D&#233;fenseure des droits, 30/01/2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme chaque ann&#233;e, &#224; l'occasion de la Journ&#233;e mondiale des droits de l'enfant, le 20 novembre, les acteurs du monde de l'enfance organisent de par le monde des actions &#233;ducatives pour sensibiliser tout un chacun sur la Convention Internationale des Droits de l'enfant. Le 20 novembre marque le jour de l'adoption de la D&#233;claration des droits de l'enfant par l'Assembl&#233;e des Nations Unies, en 1959, et de la Convention relative aux droits de l'enfant, sign&#233;e en 1989. &#192; l'&#233;chelle internationale, &#224; l'occasion de cette Journ&#233;e mondiale de l'enfance, cr&#233;&#233;e en 1954, les Nations Unies et l'Unicef organisent chaque 20 novembre des actions conjointes pour promouvoir le respect et les droits des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle conception de l'enfant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le droit de l'enfant est un concept r&#233;cent. Les enfants n'ont pas toujours occup&#233; la place qu'ils occupent actuellement. L'infans du droit romain est celui qui ne parle pas, qui n'existe pas comme sujet de droit. Il est la propri&#233;t&#233; de son p&#232;re, garant de l'ordre familial. Bref, autrefois consid&#233;r&#233;s comme des biens, des actifs &#233;conomiques ou comme des petits adultes sans droits individuels, les enfants, &#224; travers une longue marche et prise de conscience, sont d&#233;sormais reconnus comme des individus autonomes avec des besoins et des protections distinctes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XXe si&#232;cle, trois dates marquent l'acc&#233;l&#233;ration de la prise de conscience relative aux droits des enfants. En 1924, la Soci&#233;t&#233; des Nations (SDN) adopte la D&#233;claration de Gen&#232;ve, un texte pr&#233;sent&#233; et &#233;labor&#233; par Eglantine Jebb (1876-1928) qui reconna&#238;t pour la premi&#232;re fois l'existence des droits sp&#233;cifiques aux enfants. En 1959, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies adopte, le 20 novembre, la D&#233;claration des droits de l'enfant, qui reconna&#238;t notamment le droit de l'enfant &#224; l'&#233;ducation, au jeu, &#224; un milieu favorable et &#224; des soins de sant&#233;. Une d&#233;claration sans valeur juridique contraignante, mais elle constitue un premier texte de principe, &#233;nonc&#233; en dix points. Et le 20 novembre 1989, un texte plus complet, qui doit beaucoup &#224; la pens&#233;e de Janusz Korczak &lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; sur les droits des enfants, est adopt&#233; par l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies. C'est la naissance de la Convention Internationale des Droits de l'enfant (CIDE) ou Convention relative aux droits de l'enfant, ratifi&#233;e par 197 &#201;tats. C'est le trait&#233; international le plus largement adopt&#233; de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus qu'un texte symbolique, la CIDE &#233;nonce les droits fondamentaux des enfants en contraignants les &#201;tats signataires &#224; respecter chacun de ses articles. De ce fait, elle accorde une nouvelle place &#224; l'enfant dans sa famille. Mieux, elle formule une nouvelle conception de l'enfant &lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; qui devient un &#234;tre &#224; part enti&#232;re. Per&#231;u dans sa globalit&#233; et &#224; travers tous les aspects de sa vie, l'enfant n'est plus seulement &#171; le fils de&#8230; &#187;, c'est-&#224;-dire la possession de ses parents ou de l'&#201;tat, ou encore un &#234;tre &#224; prot&#233;ger, mais un Sujet de droit &#224; part enti&#232;re, le sujet de ses propres droits (cf. Zeljka Mazinjanin, septembre 2024, in Humanium ; Unicef/France, 2009 et 2024).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour chaque enfant ou adolescent, le respect de tous ses droits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Convention Internationale des Droits de l'Enfants &#233;nonce, comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, des droits fondamentaux que les &#201;tats signataires s'engagent &#224; respecter. &#192; travers ses 54 articles, la Convention met en avant quatre principes fondamentaux concernant les enfants : la non-discrimination, l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant, le droit de vivre, survivre et se d&#233;velopper et &#224; la fin, le respect des opinions de l'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arr&#234;tons-nous un instant sur le droit de l'enfant d'exprimer son opinion et sur le principe dit de son int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur. La Convention reconna&#238;t aux enfants le droit d'expression, le droit d'opinion et le droit de participer &#224; toutes les d&#233;cisions qui les concernent (art. 12.1). Certes, ce droit &#224; la participation est li&#233; &#224; la maturit&#233; des enfants, mais il convient de leur donner l'information adapt&#233;e &#224; leur &#226;ge, les &#233;couter et les associer aux prises de d&#233;cisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La protection de l'enfant passe donc par la prise en compte de la parole de l'enfant et de son opinion, notamment lorsque des mesures doivent &#234;tre prises pour fixer sa r&#233;sidence et maintenir des liens avec les parents et les proches3. De plus, pour &#234;tre &#224; m&#234;me de d&#233;terminer quel est son int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur, il est essentiel d'entendre l'enfant lui-m&#234;me. Nous rejoignons ici le principe de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant (art.3). Ce principe de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant (art.3) ne peut s'appliquer que si les enfants sont consid&#233;r&#233;s comme titulaires de droits individuels. C'est un principe cl&#233;. La Convention relative au droit des enfants l'&#233;tend &#224; &#171; toutes &#187; les d&#233;cisions les int&#233;ressant (art.3).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est, par exemple, dans l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant de recevoir une &#233;ducation (art. 28), d'avoir des relations familiales (art.8), de conna&#238;tre ses parents et d'&#234;tre &#233;lev&#233; par eux (art. 7), d'&#234;tre entendu sur toute question le concernant (art.12), et d'&#234;tre respect&#233; et consid&#233;r&#233; comme un individu &#224; part enti&#232;re (art.10). Dans les questions touchant &#224; la famille, telles que les visites parentales, le placement en foyer ou en famille d'accueil, l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant sera la consid&#233;ration primordiale dans toutes les mesures le concernant (Thomas Hammarberg, Le principe de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant, 2011)&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que disposition &#171; g&#233;n&#233;rale &#187;, l'article 3 devra &#234;tre lu en liaison avec d'autres articles de la Convention et en interaction avec l'article 12 (ci-dessus) qui dispose que l'enfant capable de discernement a le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'int&#233;ressant et que les opinions de l'enfant doivent &#234;tre d&#251;ment prises en consid&#233;ration eu &#233;gard &#224; son &#226;ge et &#224; son degr&#233; de maturit&#233;. Et ce, en tenant compte de la constante &#233;volution de ses capacit&#233;s. En fonction de son &#233;volution et de sa maturit&#233; il est &#224; m&#234;me d'influencer sur les d&#233;cisions le concernant et d'y participer davantage. &#171; C'est &#233;vident, c'est ind&#233;niable, mais on l'oublie souvent. Les adultes ont tendance &#224; discuter de ce qui est le mieux pour les enfants sans se soucier de leur point de vue, voire m&#234;me sans les discuter &#187;, s'exclame Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, lors d'une conf&#233;rence sur Le principe de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant, &#224; Varsovie, le 30 mai 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une responsabilit&#233; collective&lt;br class='autobr' /&gt;
La Convention internationale des droits de l'enfant est un texte fondateur. Sa connaissance participe &#224; la construction d'une soci&#233;t&#233; bienveillante o&#249; chaque citoyen.ne &#224; un r&#244;le &#224; jouer pour assurer le bien-&#234;tre des enfants. Mais force est de constater qu'on est encore loin de cette soci&#233;t&#233; bienveillante o&#249; tous les droits de l'enfant sont respect&#233;s. Certes, des progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s dans diff&#233;rents domaines, mais, globalement, les droits de l'enfant continuent d'&#234;tre mal compris et ignor&#233;s, quand ils ne sont pas simplement ni&#233;s et bafou&#233;s. Profitons de cette journ&#233;e du jeudi 20 novembre, Journ&#233;e mondiale des droits de l'enfant, pour sensibiliser le public sur cette Convention internationale et le respect de son application en actes concrets en faveur des enfants de par le monde.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Reynolds Michel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1)Cf. notre texte intitul&#233; :&lt;a href='https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/janusz-korczak-1878-1942-une-vie-pour-les-droits-de-l-enfant' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Janusz Korczak, une vie pour des droits de l'enfant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La CIDE le d&#233;finit comme tout individu de moins de 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) &#192; ce propos, il convient de mieux former les professionnels appel&#233;s &#224; entendre les mineurs et &#224; les accompagner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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