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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>Kr&#233;ol noute bien-d-fon</title>
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		<dc:date>2014-05-05T21:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Honor&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Langue cr&#233;ole &#224; l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

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&lt;p&gt;On a toujours dit que pour qu'une langue vive et se d&#233;veloppe, il est n&#233;cessaire que trois conditions soient remplies : &lt;br class='autobr' /&gt;
1)	Un engagement des intellectuels pratiquant cette langue. 2)	Une volont&#233; de participation des responsables politiques. 3)	Et surtout une pratique populaire consciente et constante. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour ma part, j'ai toujours voulu croire que ces conditions devaient &#234;tre soutenues, &#224; ces trois niveaux, par un sentiment de fiert&#233; &#224; l'&#233;gard de la dite langue. A mon avis la pr&#233;sence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a toujours dit que pour qu'une langue vive et se d&#233;veloppe, il est n&#233;cessaire que trois conditions soient remplies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)	Un engagement des intellectuels pratiquant cette langue.&lt;br class='autobr' /&gt;
2)	Une volont&#233; de participation des responsables politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
3)	Et surtout une pratique populaire consciente et constante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'ai toujours voulu croire que ces conditions devaient &#234;tre soutenues, &#224; ces trois niveaux, par un sentiment de fiert&#233; &#224; l'&#233;gard de la dite langue. A mon avis la pr&#233;sence de ce sentiment conditionne la volont&#233;, l'&#233;nergie et l'efficacit&#233; de la participation de ceux que l'on pourra alors qualifier de militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela &#233;tant dit, que penser des conditions dans lesquelles baigne le cr&#233;ole de La R&#233;union ? Mais avant de d&#233;velopper ce point, rappelons la situation de diglossie que nous connaissons, avec la pr&#233;sence sur le m&#234;me territoire de deux langues, le fran&#231;ais et le cr&#233;ole, au prestige social et culturel diff&#233;rent et avec une pression de la premi&#232;re dans tous les domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour commencer donc, qu'en est-il de ce sentiment de fiert&#233; que j'ai &#233;voqu&#233; plus haut ? Est-il partag&#233; par toute la population r&#233;unionnaise ? Notre langue r&#233;gionale m&#233;rite-t-elle d'en &#234;tre b&#233;n&#233;ficiaire ? Cette derni&#232;re question m'interpelle si vivement que j'ai envie d'y r&#233;pondre imm&#233;diatement par l'affirmative. En effet, je pense que notre langue maternelle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le plus important h&#233;ritage que nous aient l&#233;gu&#233; nos anc&#234;tres. C'est en tout cas leur premi&#232;re cr&#233;ation, une cr&#233;ation vitale qui a permis le partage, la mise en commun et surtout le futur vivre ensemble dont le peuple r&#233;unionnais para&#238;t si fier aujourd'hui et qui fait qu'on le cite souvent en exemple ici et l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cr&#233;ole, &#224; l'instar du m&#233;tissage sanguin, est le r&#233;sultat d'un m&#233;lange cr&#233;&#233; par la n&#233;cessit&#233; et impos&#233; par l'Histoire bien s&#251;r et donc n&#233; dans la violence, une violence multiple mais qui sera plus tard ressenti par beaucoup d'entre nous comme fondateur de bienfaits et partant, accept&#233;, revendiqu&#233; sans d&#233;sir de vengeance. Alors que la langue de chaque ethnie (&#224; l'arriv&#233;e dans l'&#238;le) condamn&#233;e &#224; vivre avec les autres ne pouvait pas permettre la communication, ni le partage, alors que cette langue &#233;tait manifestement une barri&#232;re, ou comme j'aime &#224; le dire &#171; in baro tak&#233; &#187;,&#171; in porte baskil&#233; &#187;, le cr&#233;ole a &#233;t&#233;, lui, d&#232;s ses premiers balbutiements &#171; in baro gran rouv&#232;r &#187;, une porte ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;El&#233;ment d&#233;terminant d'un peuple
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on imaginer &#233;l&#233;ment plus d&#233;terminant pour la naissance et le d&#233;veloppement d'un peuple ? Une langue est la base indispensable pour que des &#234;tres humains se rencontrent, essayent de mettre des choses en commun, &#233;prouvent le besoin de cr&#233;er ensemble. &#192; l'image du fran&#231;ais, qui est vraiment devenu la langue de la France pendant la premi&#232;re guerre mondiale &#8212; car il &#233;tait alors le seul langage permettant &#224; tous les combattants fran&#231;ais, de quelque r&#233;gion qu'ils fussent, de se comprendre &#8212;, le cr&#233;ole a permis &#224; tous les habitants de l'&#238;le de communiquer entre eux et donc de partager une vie solidaire. Actuellement encore, il nous lie, nous R&#233;unionnais utilisateurs d'un h&#233;ritage linguistique, &#224; nos anc&#234;tres, &#224; nos racines, &#224; nos tr&#233;sors g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il m&#233;rite donc d'&#234;tre l'objet de notre fiert&#233; &#224; tous. En sommes-nous conscients les uns et les autres ? Je n'en suis pas s&#251;r car depuis ces derni&#232;res d&#233;cennies, ceux qui osent se r&#233;clamer d'essence cr&#233;ole, de la culture et du parler de La R&#233;union &#8212; comme cela se faisait tout naturellement autrefois &#8212; sont, me semble-t-il, de moins en moins nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pour une bonne partie de notre peuple, l'on recherche cette fiert&#233; dans la ma&#238;trise d'autres langues, le fran&#231;ais en particulier. Le mot &#171; ma&#238;trise &#187; n'est pas toujours &#224; prendre, d'ailleurs, dans son sens plein : bien souvent l'on se laisse aller &#224; parler un fran&#231;ais qui n'est pas pleinement respectueux de la r&#232;gle acad&#233;mique&#8230; et cette remarque est valable pour toutes les couches de notre soci&#233;t&#233; et m&#234;me parfois pour ceux-l&#224; dont le m&#233;tier est d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;laissement qui frappe le cr&#233;ole se voit surtout dans les familles de la classe moyenne et particuli&#232;rement dans le domaine de l'enseignement alors que des chercheurs en linguistique n'h&#233;sitent pas &#224; affirmer que l'alphab&#233;tisation dans une langue vernaculaire est un &#233;l&#233;ment crucial pour l'&#233;ducation des enfants et que cette derni&#232;re se fait plus facilement que dans une langue non famili&#232;re &#224; l'enfant. Le professeur de linguistique Derek Bickerton (professeur &#233;m&#233;rite de l'universit&#233; d'Hawa&#239; et d'Aix en Provence) soutient que &#171; les exp&#233;riences montrent que l'enfant alphab&#233;tis&#233; dans sa langue maternelle a plus de facilit&#233; pour d&#233;velopper sa capacit&#233; langagi&#232;re en m&#234;me temps qu'une plus grande aptitude &#224; apprendre d'autres langues en g&#233;n&#233;ral &#187; (traduit de l'anglais).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La barri&#232;re de la langue d'enseignement qui n'est pas langue maternelle
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, Tove Skutnabb-Kangas, professeure, chercheuse et examinatrice en linguistique, affirme, elle : &#171; l'usage d'une langue d'enseignement dans laquelle l'enfant n'a pas de comp&#233;tence suffisante est la plus grande barri&#232;re oppos&#233;e &#224; la r&#233;ussite de l'apprentissage scolaire &#187; (traduit de l'anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc ne pas comprendre que certains responsables de l'&#233;ducation des petits R&#233;unionnais, dont la majorit&#233; a la chance d'avoir &#224; sa disposition une langue vernaculaire tr&#232;s vivante, ne sautent pas sur l'occasion d'en faire b&#233;n&#233;ficier nos enfants. Fiers de notre langue cr&#233;ole, nous aurions, dans notre &#238;le, la possibilit&#233; de profiter d'un bilinguisme r&#233;el, &#233;quilibr&#233; et, partant, enrichissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, je pense pouvoir dire que le sentiment de fiert&#233; du R&#233;unionnais vis-&#224;-vis de sa langue n'est pas ce qu'il y a de plus &#233;vident et qu'il m&#233;riterait d'&#234;tre plus cons&#233;quent et davantage partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel engagement des intellectuels ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, qu'en est-il de l'engagement des intellectuels cr&#233;olophones ? Je crois que l'on peut accepter l'id&#233;e que le nombre d'enseignants, d'&#233;crivains, de journalistes, de com&#233;diens, d'artistes, de militants culturels qui s'engagent dans la lutte pour la valorisation du cr&#233;ole ou tout au moins qui apportent leur sympathie &#224; cette lutte est en l&#233;g&#232;re augmentation depuis quelques ann&#233;es par rapport &#224; la moiti&#233; du 20&#232;me si&#232;cle. Dans le domaine de l'enseignement, la &#171; loi Haby &#187; (11 juillet 1975) avait d&#233;j&#224; ouvert certaines portes par son article 12 qui disait : &#171; un enseignement des langues et des cultures r&#233;gionales peut &#234;tre dispens&#233; tout au long de la scolarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la cr&#233;ation de dipl&#244;mes universitaires concernant le cr&#233;ole (licence, CAPES&#8230;) a ouvert la porte &#224; la reconnaissance de notre langue maternelle dans le milieu de ceux qui repr&#233;sentent nos intellectuels. L'ouverture d'un certain nombre de classes primaires et secondaires anim&#233;es par des professeurs convaincus de l'efficacit&#233; d'un enseignement de la langue et de la culture r&#233;gionales (LCR) et soutenus par des parents d'&#233;l&#232;ves non moins convaincus, a permis une majoration dans nos &#233;tablissements scolaires, d'intervenants en faveur du cr&#233;ole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, je me garderai d'affirmer que le corps enseignant, dans sa totalit&#233;, se retrouve sur le m&#234;me terrain. Car dans ce milieu l'on rencontre aussi des personnalit&#233;s qui comptent parmi les plus r&#233;calcitrantes &#224; la promotion du cr&#233;ole. Donc l'engagement des intellectuels pour notre langue maternelle n'est pas total mais il reste tout de m&#234;me un des &#171; zarboutan &#187; porteurs d'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quid maintenant des &#233;lus politiques ? On n'ignorera pas que certains d'entre eux, ces derniers temps, ont fait un pas vers une certaine estime pour le cr&#233;ole. Ce sont ceux qui ont pris conscience qu'user du cr&#233;ole c'est se faire mieux comprendre par une bonne partie de la population r&#233;unionnaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que lors des campagnes &#233;lectorales beaucoup de candidats &#224; tel ou tel poste de responsabilit&#233; ont souvent recours, pour leurs discours, &#224; la langue du peuple. Il est &#224; noter quand m&#234;me que le pourcentage d'&#233;lus politiques oppos&#233;s &#224; la promotion de la langue vernaculaire semble sup&#233;rieur &#224; celui de leurs coll&#232;gues gagn&#233;s &#224; cette cause. Ces derniers sont &#224; chercher surtout parmi les sympathisants des groupes progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le peuple r&#233;unionnais lui-m&#234;me, un sondage men&#233; &#224; l'initiative de l'Office de la Langue Cr&#233;ole permet d'&#233;valuer &#224; plus de 70% de notre population le nombre de gens qui parlent cr&#233;ole. C'est une proportion tr&#232;s int&#233;ressante d'adeptes de notre langue maternelle, plus &#233;lev&#233;e par exemple que dans le cas des Bretons, des Alsaciens ou encore des Basques. Mais cet aspect des choses peut amener les militants cr&#233;olistes &#224; estimer que notre langue, vivante comme elle est, n'a aucun souci &#224; se faire sur son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pratiquer ne veut pas dire prot&#233;ger
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de voir pourrait s'av&#233;rer dangereuse. Car, pratiquer une langue en concurrence avec une autre au statut sup&#233;rieur &#8211; ici le fran&#231;ais &#8211; ne veut pas dire obligatoirement participer &#224; la protection et &#224; la promotion de cette langue. Encore faut-il que les pratiquants de la langue au statut r&#233;gional soient conscients des dangers qui guettent celle-ci. Encore faut-il aussi qu'existe au sein de la population cr&#233;olophone une certaine unit&#233; d'analyse et de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or un simple regard, une simple &#233;coute suffisent parfois pour se rendre compte qu'entre la g&#233;n&#233;ration ancienne des R&#233;unionnais et la nouvelle g&#233;n&#233;ration, un foss&#233; est en train de se creuser en ce qui concerne le parler cr&#233;ole. Cela s'entend sur divers plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine lexical par exemple, l'influence du fran&#231;ais se fait de plus en plus forte. L'&#233;volution du vocabulaire d'une langue est quelque chose de tout &#224; fait naturel ; mais &#224; La R&#233;union on constate facilement que cette &#233;volution se r&#233;sume simplement au remplacement des mots cr&#233;oles par des mots fran&#231;ais sans que ces derniers passent par leur cr&#233;olisation (aph&#233;r&#232;se, proth&#232;se, d&#233;formation des mots, apocope, changement de r&#233;f&#233;rent&#8230;). D'ailleurs le sondage plus haut &#233;voqu&#233;, r&#233;v&#232;le que plus de 70% des R&#233;unionnais estiment que des mots cr&#233;oles se perdent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des mots fran&#231;ais remplacent les mots cr&#233;oles
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques exemples de mots cr&#233;oles remplac&#233;s trop souvent par des mots fran&#231;ais : &#171; baro &#187; est de plus en plus remplac&#233; par &#171; portail &#187; ; &#171; dou &#187; par &#171; sucr&#233; &#187; ; &#171; &#232;g &#187; par &#171; acide &#187; ; &#171; karo &#187; par &#171; fer &#224; repasser &#187; ; &#171; karo &#187; par &#171; champ &#187; ; &#171; volay &#187; par &#171; poulet &#187; ; &#171; fig &#187; par &#171; banane &#187; ; &#171; kofor &#187; par &#171; coffre- fort &#187; ; &#171; lopr&#233;sion &#187; par &#171; asthme &#187; ; &#171; bonbon &#187; par &#171; g&#226;teau &#187; ; &#171; granp&#232;r &#187; par &#171; p&#233;p&#233; , papy &#187; ; &#171; granm&#232;r &#187; par &#171; m&#233;m&#233;, mamy &#187; ; &#171; tibaba &#187; par &#171; b&#233;b&#233; &#187; ; &#171; kaz &#187; par &#171; maison &#187; ; &#171; gr&#233;nadine &#187; par &#171; fruit de la passion &#187; ; &#171; pi&#233;dboi &#187; par &#171; arbre &#187; ; &#171; boubou &#187; par &#171; bobo &#187; ; &#171; pak&#233; (br&#232;d) &#187; par &#171; botte &#187; ; &#171; boukan&#233; &#187; par &#171; viande fum&#233;e &#187; ; &#171; la poin p&#232;rsone ? &#187; par &#171; il y a quelqu'un ? &#187; &#8230; Cette liste pourrait &#234;tre dix fois plus longue. Elle s'allonge de jour en jour parce que beaucoup de R&#233;unionnais ont envie maintenant plus qu'auparavant de faire &#233;talage de leur capacit&#233; de parler la langue fran&#231;aise. Mais si cela continue il adviendra un moment o&#249; les mots pass&#233;s par la cr&#233;olisation seront en nombre inf&#233;rieur aux mots fran&#231;ais, voire, o&#249; le vocabulaire cr&#233;ole n'existera plus&#8230; L'on m'opposera que la parade &#224; cette menace peut tenir tout simplement dans l'&#233;criture de ces mots fran&#231;ais avec une graphie &#171; cr&#233;ole &#187;. Ce sera possible pour certains mots, pas pour tous ; ainsi &#233;crire &#171; poulet &#187; phonologiquement &#171; poul&#233; &#187; ne lui enl&#232;vera pas sa prononciation, une prononciation &#233;voquant automatiquement l'animal r&#233;f&#233;renc&#233; sous le mot &#171; poulet &#187; fran&#231;ais ; on peut en dire autant pour le mot &#171; asthme &#187; ; m&#234;me si on l'&#233;crit &#171; asm &#187;, il ne sera pas un mot cr&#233;ole. N'oublions pas que notre langue vernaculaire, m&#234;me si elle s'&#233;crit de plus en plus &#224; l'heure actuelle, reste une langue attach&#233;e &#224; l'oralit&#233;. Si elle perd son g&#233;nie, elle ne sera plus qu'un d&#233;calquage simpliste du fran&#231;ais : 300 ans d'aventure linguistique seraient ainsi ray&#233;s de notre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous sapons nous-m&#234;mes sans en &#234;tre conscients
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette invasion lexicale n'est pas la seule menace visant notre langue r&#233;gionale : depuis quelque temps c'est sa structure, sa syntaxe que l'on sape, que NOUS sapons nous-m&#234;mes sans en &#234;tre conscients. Citons quelques sol&#233;cismes, quelques modifications qui nous semblent dommageables pour l'avenir du cr&#233;ole r&#233;unionnais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction des pronoms relatifs &#171; dont &#187; (don) et &#171; lequel &#187; (l&#233;k&#232;l) &#171; laquelle &#187;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;( &#171; oila lo boug don moin la parl aou &#187; au lieu de &#171; oila lo boug moin la parl aou &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; sam&#232;m lo pon si l&#233;k&#232;l nou la pas&#233; &#187; au lieu de &#171; sam&#232;m lo pon nou la pass desi &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Disparition du relatif z&#233;ro.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; loto ke li la asht&#233; l&#233; noir &#187; au lieu de &#171; loto li la asht&#233; l&#233; noir &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction du possessif &#171; de &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; sa, in zouzoute de mon ti fr&#232;r &#187; au lieu de &#171; sa, in zouzoute mon ti fr&#232;r &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction de la pr&#233;position &#171; &#224; &#187; (a).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; pass liv-l&#224; a out voizin &#187; au lieu de &#171; pass liv-l&#224; out voizin &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Disparition de l'article z&#233;ro.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; le (lo) fr&#232;r mon dalon l&#233; l&#224; &#187; au lieu de &#171; fr&#232;r mon dalon l&#233; l&#224; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remplacement du marqueur de pluriel traditionnel (&#171; bann &#187;) par &#171; les &#187; (l&#233;), &#171; des &#187; (d&#233;)&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; l&#233; zanfan i sava l&#233;kol &#187; au lieu de &#171; bann zanfan i sava l&#233;kol &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abandon de certains marqueurs verbaux temporels &#171; t&#233; &#187;, &#171; t&#233; i &#187;, &#171; t&#233; ki &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; li manz&#233; tro &#187; au lieu de &#171; li t&#233; i manz tro &#187;, &#171; li t&#233; manz tro &#187;, &#171; li t&#233; ki manz tro &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abandon du marqueur verbal &#171; i &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; nou manz pa tang &#187; au lieu de &#171; nou i (ni) manz pa tang &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tendance &#224; la f&#233;minisation des mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; ash&#232;t la sonz griz m&#233; pa la vouv t&#232;r-l&#224; &#187; au lieu de &#171; ash&#232;t lo sonz gri m&#233; pa lo vouv t&#232;r-l&#224; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Masculinisation de certains mots traditionnellement f&#233;minins.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; le diab&#232;t ; le tin&#232;l ; le sab ; le b&#232;k ; le mar&#8230; &#187; au lieu de &#171; la diab&#232;t ; la tin&#232;l ; la sab ; la b&#232;k ; la mar kaf&#233;&#8230; &#187; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changement du sujet &#224; la 1&#232;re personne du singulier : verbes avoir et &#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; mi nana in loto &#187; au lieu de &#171; moin nana in loto &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; mi l&#233; in bon zanfan &#187; au lieu de &#171; moin l&#233; in bon zanfan &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces modifications, comme je l'ai dit plus haut, me semblent suffisamment inqui&#233;tantes pour qu'un appel &#224; la vigilance des militants cr&#233;olistes et des amoureux de la langue maternelle r&#233;unionnaise soit lanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que peut-on faire pour essayer de rassurer quelque peu ces militants et ces amoureux ? Il me semble que les premiers &#171; zarboutan &#187; sur lesquels s'appuyer sont les intellectuels. Parmi eux on peut trouver des gens capables de d&#233;crire notre langue, de proposer une mise au point des r&#232;gles de sa syntaxe, de travailler &#224; une standardisation de son image linguistique en offrant &#224; nos scolaires des grammaires descriptives mais &#233;galement normatives. Parmi eux on peut aussi trouver des amoureux de l'&#233;criture : il faut &#233;diter des livres en cr&#233;ole et l&#224; encore une fois le public vis&#233; serait d'abord les scolaires pour que ceux-ci d&#233;couvrent une litt&#233;rature qui s'int&#233;resse &#224; eux directement et &#233;veille chez eux l'amour de la lecture. On peut penser aux BD, aux sayn&#232;tes, aux pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, aux contes et l&#233;gendes, aux recueils de po&#232;mes, aux romans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qui dit &#233;dition de livres dit pr&#233;vision budg&#233;taire et c'est l&#224; que nos responsables politiques ont un r&#244;le important &#224; jouer. S'ils veulent apporter leur contribution &#224; la promotion de la langue cr&#233;ole, ils pourraient aider l'&#233;dition de livres &#233;crits dans cette langue, les biblioth&#232;ques, les m&#233;diath&#232;ques, les artistes qui travaillent dans ce domaine. Ils pourraient encourager l'&#233;criture du cr&#233;ole en organisant des concours litt&#233;raires par exemple, voire des ateliers d'&#233;criture&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Habitudes &#224; changer
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; En ce qui concerne la population en g&#233;n&#233;ral dans son environnement, il y a des habitudes &#224; changer peut-&#234;tre pour qu'elle apporte une participation encore plus importante &#224; la p&#233;rennisation de notre langue maternelle. Elle doit comprendre par exemple, que ce n'est pas manquer de respect &#224; un touriste ou un Zor&#232;y install&#233; dans l'&#238;le que de s'adresser &#224; lui en cr&#233;ole en toute politesse, avec l'acceptation, &#224; la demande, de r&#233;p&#233;ter ou de traduire les phrases prononc&#233;es : c'est au contraire montrer &#224; la personne en question qu'on l'estime suffisamment intelligente pour essayer de comprendre, voire d'apprendre notre langue. Nous ne devons pas nous laisser influencer par la pr&#233;sence ou la proximit&#233; d'une personne &#171; kravat&#233;, kostim&#233;, souli&#233;t&#233; &#187; de la &#171; bonne soci&#233;t&#233; &#187; comme l'on dit, ou bien install&#233;e dans un bureau, pour, tout de suite, essayer de montrer que l'on sait parler la langue - le fran&#231;ais - que l'on imagine &#234;tre la sienne exclusivement. Non, r&#233;pondre &#224; une question en fran&#231;ais par une r&#233;ponse en cr&#233;ole sans agressivit&#233;, avec le sourire, n'est pas faire preuve d'impolitesse mais d'ouverture vis-&#224;-vis de l'autre, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre population doit se convaincre que sa langue est belle et m&#233;rite qu'elle en soit fi&#232;re. Oui, toutes les occasions sont bonnes pour parler cr&#233;ole parce que c'est l'affirmation de notre identit&#233; r&#233;unionnaise. Et que l'on cesse, dans le domaine scolaire, de consid&#233;rer que le cr&#233;ole est la cause d'une non r&#233;ussite de nos &#233;l&#232;ves mais que l'on admette plut&#244;t que l'&#233;chec est le r&#233;sultat de la cassure entre les mod&#232;les linguistiques et culturels impos&#233;s par l'&#233;cole et le milieu linguistique et culturel qui est celui de l'&#233;l&#232;ve et de sa famille. Si notre syst&#232;me scolaire veut que nos &#233;l&#232;ves s'expriment aussi bien en fran&#231;ais qu'en cr&#233;ole &#8211; et tout le monde le souhaite, n'est-ce pas ? - il faut justement leur apprendre &#224; diff&#233;rencier ces deux langues pour qu'ils ne les confondent pas, ne les &#171; amay &#187; pas et ne fassent pas taxer de &#171; cr&#233;olismes &#187; les mots et les tournures pr&#233;sent&#233;s dans leurs devoirs &#233;crits, par la plume agac&#233;e du professeur&#8230; Certains enseignants l'ont tr&#232;s bien compris et les r&#233;sultats de leurs &#233;l&#232;ves devraient encourager de nombreux autres professeurs et l'administration acad&#233;mique &#224; s'engager dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, invitons les m&#233;dias et particuli&#232;rement la t&#233;l&#233;vision &#224; accorder en leur sein une place plus importante &#224; la langue vernaculaire : ils y gagneraient certainement (Quand reverra-t-on l'&#233;mission &#171; Karo liv &#187; ?). Il faudrait aussi que leurs animateurs ne se laissent pas toujours aller &#224; la facilit&#233; quand ils usent du cr&#233;ole sur les ondes ; qu'ils en respectent le lexique et la syntaxe, qu'ils n'en usent pas uniquement &#171; pou f&#233; ri la boush &#187; ou pour se faire valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, essayons de nous convaincre que le cr&#233;ole est vraiment &#171; noute bien-d-fon &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Daniel Honor&#233; &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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