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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>Grand remplacement ou moindre co&#251;t ?</title>
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		<dc:date>2018-07-04T07:16:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Durand</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Philippe Cadet voudrait nous convaincre que La R&#233;union est en train de subir le &#034;grand remplacement&#034; des Cr&#233;oles par les Zoreys. Ainsi, la France aurait formul&#233; en secret ce funeste dessein pour notre &#238;le. Je crains que Philippe Cadet ne soit atteint d'un syndrome qui concerne tous les &#238;liens, dont nous faisons partie. Le syndrome du nombrilisme qui conduit toute personne vivant dans une &#238;le de fa&#231;on permanente &#224; avoir une forte conscience identitaire, &#224; s'enfermer dans une vision du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93451-301f0.jpg?1781054764' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;126&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/canne-sucre-coupe-bois-rouge-003-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/canne-sucre-coupe-bois-rouge-003-2-8d546.jpg?1781054764' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Avec la betteraves et l'ouverture &#224; la concurrence internationale, la France a-t-elle encore besoin du sucre de La R&#233;union ?
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Cadet voudrait nous convaincre que La R&#233;union est en train de subir le &#034;grand remplacement&#034; des Cr&#233;oles par les Zoreys. Ainsi, la France aurait formul&#233; en secret ce funeste dessein pour notre &#238;le. Je crains que Philippe Cadet ne soit atteint d'un syndrome qui concerne tous les &#238;liens, dont nous faisons partie. Le syndrome du nombrilisme qui conduit toute personne vivant dans une &#238;le de fa&#231;on permanente &#224; avoir une forte conscience identitaire, &#224; s'enfermer dans une vision du monde tr&#232;s centr&#233;e sur l'&#238;le et de grosses difficult&#233;s &#224; prendre du recul par rapport aux &#233;v&#233;nements. Ce nombrilisme a des c&#244;t&#233;s positifs car il permet &#224; la plupart des &#238;liens de se sentir concern&#233;s par le sort de leur &#238;le et de conforter ainsi une forte conscience collective et identitaire. Mais il nous faire perdre de vue le fait que nous ne sommes qu'un confetti de l'empire colonial fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mise ne perspective historique s'impose avant de conclure trop rapidement &#224; une hypoth&#233;tique intention de grand remplacement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la fin du 19&#232; si&#232;cle, on peut affirmer que la France avait des gros int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; La R&#233;union : le caf&#233; puis le sucre, produits dans le cadre de la soci&#233;t&#233; de plantation, &#233;taient strat&#233;giques pour l'&#233;conomie nationale. La France avait alors un dessein clair pour notre &#238;le : l'exploiter au mieux de ses int&#233;r&#234;ts nationaux. Mais avec l'av&#232;nement de la production de sucre de betterave, l'int&#233;r&#234;t de la France pour La R&#233;union s'est largement marginalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r on a continu&#233; &#224; produire du sucre et des plantes &#224; parfum &#224; La R&#233;union, mais la vaste &#233;tendue de l'empire colonial jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es cinquante o&#249; on trouvait de quoi exploiter de multiples richesses, a ramen&#233; notre &#238;le &#224; une petite colonie de peu d'int&#233;r&#234;t pour la France. Certes les habitants, &#224; l'image de leurs compatriotes antillais et guyanais, ont manifest&#233; leur attachement &#224; la &#034;m&#232;re-patrie&#034;. La France a &#233;t&#233; tr&#232;s sensible &#224; l'hommage ainsi fait &#224; la mission civilisatrice qu'elle s'&#233;tait donn&#233;e pour ses colonies. Mais &#224; part cet aspect flatteur pour le colonisateur, La R&#233;union et les d&#233;partements fran&#231;ais d'Am&#233;rique &#233;taient devenus rapidement des &#034;boulets&#034; &#224; tra&#238;ner. Certes, le point d'appui g&#233;ostrat&#233;gique constitu&#233; par notre &#238;le avec sa zone maritime exclusive est un c&#244;t&#233; positif du point de vue national. Les Am&#233;ricains, avec la complicit&#233; du Royaume-Uni, ont &#233;t&#233; plus exp&#233;ditifs pour garantir leur point d'appui strat&#233;gique de Di&#233;go-Garcia dans l'Oc&#233;an Indien en d&#233;portant les habitants vers l'&#238;le Maurice&#8230;Mais la France ne se contentant pas de La R&#233;union a &#034;captur&#233;&#034; Mayotte, l&#224; encore flatt&#233;e par la volont&#233; des Mahorais de vouloir rester fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s la vague de d&#233;colonisation, la France a d&#233;cid&#233; de maintenir sa souverainet&#233; sur La R&#233;union. Mais &#034;au moindre co&#251;t possible&#034; comme me l'avait confi&#233; Michel Debr&#233; dans une conversation en t&#234;te-&#224;-t&#234;te lors d'un de ses nombreux passages. A l'&#233;poque (d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix), il &#233;tait ministre de la d&#233;fense et nous &#233;voquions la sur-r&#233;mun&#233;ration des fonctionnaires. Michel Debr&#233; avait fortement influ&#233; sur les d&#233;cisions ult&#233;rieures de baisse de l'index de correction pass&#233; de 1,65 en 1970 &#224; 1,138 en 1979, permettant ainsi de r&#233;aliser des &#233;conomies budg&#233;taires substantielles. Nous en sommes toujours l&#224; : la France conserve les DOM, au moindre co&#251;t possible, tel est le grand dessein (sic) qui guide notre sort ! Je n'ai jamais vu d'inflexion de cette ligne politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une ligne de conduite qui a d&#233;but&#233; au d&#233;but du 20&#232; si&#232;cle avec un sous-investissement criant dans tous les domaines : &#233;ducation, sant&#233;, infrastructures, administrations&#8230;La R&#233;union ne recevait que des miettes condescendantes de la France. Notre &#238;le &#233;tait laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, quasiment &#224; l'abandon, m&#234;me en dehors la p&#233;riode d'abandon &#034;normal&#034; de 1939-1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;partementalisation de 1946 a pu faire croire un moment &#224; l'illusion d'un changement de ligne directrice. Il a fallu vite d&#233;chanter. Pour faire venir des cadres venant de m&#233;tropole il a fallu mettre en place de quoi les attirer dans une &#238;le lointaine et d&#233;munie de tout. Indemnit&#233;s d'&#233;loignement, voyages de vacances familiaux pay&#233;s, sur-r&#233;mun&#233;rations, abattements d'imp&#244;ts&#8230;du moins pour les cadres venant de France. Et il a fallu la longue et dure gr&#232;ve de 1953 pour que les fonctionnaires locaux b&#233;n&#233;ficient des m&#234;mes avantages : la strat&#233;gie du moindre co&#251;t restait bien pr&#233;sente &#224; l'esprit des gouvernants. N'oublions pas le long chemin, men&#233; avec t&#233;nacit&#233; par le PCR, qui a pr&#233;sid&#233; &#224; l'alignement social entre 1946 et 2000 pour arriver &#224; ce que les prestations sociales ou les r&#233;mun&#233;rations dans le secteur priv&#233; atteignent le niveau m&#233;tropolitain. Le maintien de l'octroi de mer jusqu'&#224; nos jours permet &#224; l'Etat d'all&#233;ger ses contributions aux collectivit&#233;s locales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous savons tous que l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur la r&#233;duction des contributions de l'Etat central reste suspendue au-dessus de nos t&#234;tes : sur-r&#233;mun&#233;rations, retraites index&#233;es, abattement de 30%, taux de TVA moindres, mesures fiscales sp&#233;cifiques, etc sont menac&#233;es en permanence, entretenant ainsi de nombreuses incertitudes fort n&#233;fastes pour mener des projets d'avenir. Les R&#233;unionnais ont compris depuis longtemps qu'il fallait se battre pour ne perdre aucune des miettes consenties par l'Etat central riv&#233; sur sa ligne du moindre co&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tats g&#233;n&#233;raux et autres assises de l'outre-mer ne servent que d'anesth&#233;siants momentan&#233;s pour faire taire les revendications qui se manifestent r&#233;guli&#232;rement. L'Etat n'affiche jamais sa strat&#233;gie du moindre co&#251;t : vous les outre-mer, formulez vos demandes et nous verrons ce que nous pouvons vous conc&#233;der ! Une politique de la demande qui n'apporte rien &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un retour de flamme inattendu, il se pourrait bien que les inqui&#233;tudes de Philippe Cadet soient balay&#233;es par l'application &#224; la lettre de la strat&#233;gie du moindre co&#251;t. Imaginons que l'Etat finisse par suivre les recommandations de la Cour des comptes ou des rapports parlementaires divers et vari&#233;s qui pr&#244;nent l'abandon des &#034;avantages&#034; consentis aux fonctionnaires ou d'autres mesures qui augmentent sensiblement le pouvoir d'achat de certaines cat&#233;gories de population. Alors il ne fait pas de doute que l'afflux de Zoreys qui effraie tant Philippe Cadet serait vite tari ou &#224; minima fortement restreint&#8230;et le m&#234;me Philippe Cadet r&#233;duit &#224; la portion congrue. C'est un choix possible que je pr&#244;ne personnellement pour un avenir plus digne de notre &#238;le et que je suis pr&#234;t &#224; &#034;subir&#034; car je sais d'exp&#233;rience que notre &#238;le a le potentiel humain pour avoir bien d'autres perspectives que de remplir son chariot au supermarch&#233;, faire son pique-nique dominical et aller voir la m&#232;re-patrie une fois par an !&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Charles Durand&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Br&#251;l&#233; &#8211; Saint-Denis&lt;br class='autobr' /&gt;
Directeur de l'Insee-R&#233;union de 1966 &#224; 1985&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enfants de la Creuse : la colonisation en action</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/enfants-de-la-creuse-la-colonisation-en-action,92883</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Durand</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>
		<dc:subject>Enfants r&#233;unionnais exil&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La commission nationale des &#171; enfants de la Creuse &#187; vient de remettre son rapport &#224; la ministre des outre-mer. Ainsi, il est &#233;tabli que plus de 2.000 mineurs ont &#233;t&#233; &#8220;transplant&#233;s&#8221; de La R&#233;union vers la m&#233;tropole entre 1962 et 1984. Il se trouve que j'&#233;tais pr&#233;sent sur l'&#238;le depuis 1966. Et une chose m'interpelle : &#224; l'&#233;poque personne n'a soulev&#233; de question &#224; propos de ces d&#233;placements quelque peu &#8220;forc&#233;s&#8221;. Alors, est-ce d&#251; au fait que 2.000 personnes en 22 ans, c'est &#224; peine 100 d&#233;parts (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton92883-c3c42.jpg?1781054764' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_58723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/1-1968-enfants-creuse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/1-1968-enfants-creuse-e64c2.jpg?1781054764' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;En 1968, T&#233;moignages r&#233;v&#233;lait le scandale d'Etat.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La commission nationale des &#171; enfants de la Creuse &#187; vient de remettre son rapport &#224; la ministre des outre-mer. Ainsi, il est &#233;tabli que plus de 2.000 mineurs ont &#233;t&#233; &#8220;transplant&#233;s&#8221; de La R&#233;union vers la m&#233;tropole entre 1962 et 1984. Il se trouve que j'&#233;tais pr&#233;sent sur l'&#238;le depuis 1966. Et une chose m'interpelle : &#224; l'&#233;poque personne n'a soulev&#233; de question &#224; propos de ces d&#233;placements quelque peu &#8220;forc&#233;s&#8221;. Alors, est-ce d&#251; au fait que 2.000 personnes en 22 ans, c'est &#224; peine 100 d&#233;parts par an &#233;tal&#233;s tout au long de l'ann&#233;e (il n'y a pas eu de &#8220;charter&#8221;&#8230;). Les autres migrations vers la m&#233;tropole prises &#233;galement en charge par le Bumidom se sont &#233;lev&#233;es &#224; plus de 37.000 d&#233;parts entre 1963 et 1981. D&#232;s lors on peut admettre qu'il donc &#233;tait &#8220;normal&#8221; qu'une petite centaine de d&#233;parts de transplant&#233;s puisse passer inaper&#231;ue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette explication me semble un peu courte. Il faut se remettre en m&#233;moire le contexte d&#233;mographique qui terrorisait les pouvoirs publics. En 1965 une &#233;tude de l'Insee-Paris annon&#231;ait 757.000 habitants sur l'&#238;le &#224; l'horizon 1985 : un doublement de la population en &#224; peine 20 ans. D&#232;s lors, on peut comprendre que certains politiques aient tout mis en &#339;uvre pour que cette perspective ne se r&#233;alise pas. Ainsi, outre les incitations &#224; quitter l'&#238;le gr&#226;ce au Bumidom en faisant miroiter le &#8220;paradis&#8221; m&#233;tropolitain, le dispositif de transplantation de mineurs, existant depuis 1962, a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;. Par ailleurs, les actions de limitation de naissances ont &#233;t&#233; tout aussi &#233;nergiques et les pratiques d'une clinique de l'Est (St-Beno&#238;t) ont fini par faire scandale. Mais, tout compte fait, le corps social n'a jamais &#233;t&#233; jusqu'&#224; se rebeller ouvertement, m&#234;me si le PCR et son organe T&#233;moignages n'ont eu de cesse de d&#233;noncer toutes ces atteintes &#224; la dignit&#233; des R&#233;unionnais. Cette politique d&#233;mographique, port&#233;e par un Michel Debr&#233; antinataliste pour La R&#233;union, mais nataliste pour la m&#233;tropole avait un c&#244;t&#233; schizophr&#233;nique qui ne choquait personne ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces consid&#233;rations chiffr&#233;es, il ne faut pas perdre de vue le contexte historique &#8220;long&#8221; qui replace le sort des R&#233;unionnais dans la mission civilisatrice (sic) de la colonisation. Contexte toujours pr&#233;sent et actif m&#234;me s'il est devenu plus discret. Et le long &#233;pisode des enfants de la Creuse en est une preuve. Mais on trouve d'autres jalons de cette entreprise de d&#233;culturation-acculturation. Ainsi en janvier 2012 la revue du dioc&#232;se &#171; &#201;glise &#224; la R&#233;union &#187; avait publi&#233; un dossier sur les j&#233;suites dans lequel un paragraphe m'avait interpell&#233; en page 22. Il y est question du &#034;&#8230; contexte culturel qui ne rend pas les choses faciles. Les p&#232;res [j&#233;suites] se rendent rapidement compte qu'il est difficile de changer un comportement &#171; in situ &#187;. Tant que l'enfant reste dans un milieu familial et villageois qui ignore les valeurs chr&#233;tiennes, tout ce qui lui est inculqu&#233; &#224; l'&#233;cole est automatiquement battu en br&#232;che. C'est &#224; ce moment-l&#224; que na&#238;t &#224; Bourbon le projet de cr&#233;er un &#233;tablissement dans le quartier de La Ressource. Le but &#233;tant d'extraire l'enfant de son milieu naturel pour qu'il se transforme gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation fran&#231;aise et chr&#233;tienne et de le renvoyer chez lui une fois adulte pour qu'il devienne le ferment dans la p&#226;te.&#034;. D'une certaine fa&#231;on, les transplantations de mineurs ressortent de la m&#234;me d&#233;marche puisque pr&#233;sent&#233;e comme un moyen de donner aux enfants une &#233;ducation consid&#233;r&#233;e comme souhaitable et b&#233;n&#233;fique. Avec la complicit&#233; de fait de la population gr&#226;ce &#224; une absence de r&#233;action. Il faut dire que le nombre d'illettr&#233;s &#233;tait consid&#233;rable et qu'il n'&#233;tait pas tr&#232;s difficile de faire &#8220;signer&#8221; des documents &#224; des familles qui envoyaient sans vraiment r&#233;aliser leurs enfants sur une autre &#8220;plan&#232;te&#8221;, hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;union est bien loin d'&#234;tre le seul endroit de la plan&#232;te o&#249; la conqu&#233;rante et arrogante &#171; civilisation du gaspillage &#187; se r&#233;pand sans limites ! Pas tr&#232;s loin de nous les Mahorais sont pris dans le m&#234;me pi&#232;ge culturel du mat&#233;rialisme &#224; tout crin&#8230; Je lisais m&#234;me dans l'&#233;dition du Monde dat&#233;e du 15 avril, &#224; propos d'une enqu&#234;te sur les disparitions de femmes am&#233;rindiennes au Canada qu'une &#034;&#8230; &#233;tude revient sur l'h&#233;ritage du colonialisme o&#249;, pendant plus d'un si&#232;cle, jusque dans les ann&#233;es 1990, 150 000 enfants autochtones ont &#233;t&#233; enlev&#233;s &#224; leur famille par la police et plac&#233;s dans des pensionnats explicitement con&#231;us pour &#171; tuer l'Indien en eux &#187;&#8230;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En y r&#233;fl&#233;chissant bien, en 2018, ici &#224; La R&#233;union, tout notre environnement politique, social, &#233;conomique, culturel n'aboutit-il pas &#224; &#171; tuer le Cr&#233;ole en nous&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'amplification de la situation de diglossie entre le fran&#231;ais et le cr&#233;ole conforte cette hypoth&#232;se. Par exemple, les obstacles d&#233;velopp&#233;s pour limiter l'usage du cr&#233;ole en milieu scolaire concourent &#224; &#233;touffer l'&#233;panouissement de l'identit&#233; cr&#233;ole du peuple r&#233;unionnais. M&#234;me si en 2018 on ne transplante plus de jeunes enfants &#224; l'insu du plein gr&#233; de leurs parents, la p&#233;rennit&#233; de notre identit&#233; culturelle est loin d'&#234;tre assur&#233;e. La colonisation n'a pas dit son dernier mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Durand &#8211; Le Br&#251;l&#233; &#8211; Saint-Denis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mayotte il y a 40 ans</title>
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		<dc:date>2018-04-05T04:21:19Z</dc:date>
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		<dc:creator>Charles Durand</dc:creator>


		<dc:subject>Ile de Mayotte</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dzaoudzi-Mai 1978 - Le Transall vient de se poser sur la piste en t&#244;les PSP* de Pamanzi. Le voyage depuis La R&#233;union a dur&#233; trois bonnes heures. Il a fallu contourner la pointe nord de la Grande &#238;le pour rejoindre Mayotte. Le survol de Madagascar est alors interdit aux avions fran&#231;ais, surtout quand ils sont militaires car le pr&#233;sident Ratsiraka est en froid avec la France. A l'&#233;poque, le seul moyen d'aller &#224; Mayotte depuis La R&#233;union est d'obtenir un laissez-passer officiel pour emprunter (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH98/arton92773-bc7a8.jpg?1781054764' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_58395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/di-sak-na-pou-di-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH326/di-sak-na-pou-di-10-254eb.jpg?1780807855' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dzaoudzi-Mai 1978 - Le Transall vient de se poser sur la piste en t&#244;les PSP* de Pamanzi. Le voyage depuis La R&#233;union a dur&#233; trois bonnes heures. Il a fallu contourner la pointe nord de la Grande &#238;le pour rejoindre Mayotte. Le survol de Madagascar est alors interdit aux avions fran&#231;ais, surtout quand ils sont militaires car le pr&#233;sident Ratsiraka est en froid avec la France. A l'&#233;poque, le seul moyen d'aller &#224; Mayotte depuis La R&#233;union est d'obtenir un laissez-passer officiel pour emprunter le Transall militaire. Mayotte venait, un peu plus de 3 ans auparavant d'&#234;tre d&#233;tach&#233;e de l'ancien territoire fran&#231;ais d'outre-mer des Comores. L'Insee m'avait envoy&#233; en mission exploratoire &#224; Mayotte pour voir sur le terrain comment pourrait &#234;tre organis&#233; un recensement de la population. J'accompagnais mon sup&#233;rieur hi&#233;rarchique Bernard Mend&#232;s-France, administrateur de l'Insee en charge des DOM-TOM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la descente du Transall nous sommes accueillis par un fonctionnaire de la pr&#233;fecture dans la baraque en bois sous t&#244;les qui sert d'a&#233;rogare. Nous venons de d&#233;barquer sur une autre plan&#232;te. La pr&#233;fecture met &#224; notre disposition une 2 CV M&#233;hari, un des rares v&#233;hicules existant alors &#224; Mayotte. Pas de station-service, mais une pompe manuelle dans la cour de la pr&#233;fecture permet de faire le plein&#8230; gratuitement. Aucun commerce d'aucune sorte, pas d'h&#244;tel, pas de restaurant. Pas d'&#233;lectricit&#233;, pas d'eau courante, pas de radio, encore moins de t&#233;l&#233;vision, pas de t&#233;l&#233;phone. Rien, la nature &#224; l'&#233;tat brut. Nous sommes log&#233;s dans un petit b&#226;timent de la pr&#233;fecture en dur qui donne sur le lagon. Superbe. La journ&#233;e &#233;tant d&#233;j&#224; avanc&#233;e nous d&#233;cidons de remettre au lendemain l'exploration de la Grande Terre. Le temps de faire quelques kilom&#232;tres sur une piste de poussi&#232;re rouge de la Petite Terre et nous voil&#224; de retour &#171; en ville &#187; pour le coucher du soleil. Recouverts de poussi&#232;re nous regagnons la pi&#232;ce qui va nous abriter pour dormir. Le gardien nous annonce gentiment que pour nous laver, c'est un seau d'eau par jour et par personne&#8230; L'eau courante est un luxe sans nom dont nous avons oubli&#233; &#224; quel point il peut manquer. Je ne me souviens plus comment nous avons mang&#233; car sans commerce et sans restaurant cela n'&#233;tait pas &#233;vident. Probablement quelques bananes ou autres fruits donn&#233;s par des Mahorais compatissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit tomb&#233;e, tout est dans le noir. On se couche t&#244;t dans une &#238;le sans &#233;lectricit&#233;. Pas de gaspillage ni en &#233;clairage public et encore mois en usage domestique. La nuit est calme, trop calme pour des &#233;gar&#233;s de la &#171; civilisation &#187;, troubl&#233;s par le silence qui r&#232;gne. Lever aux aurores et d&#233;part vers la Grande Terre. Il faut faire la queue pour monter sur la vieille barge, &#224; peine plus large que la M&#233;hari. Mais cette attente fastidieuse est &#233;vit&#233;e aux M'zungus gr&#226;ce &#224; quelques francs gliss&#233;s dans la main d'un Mahorais sp&#233;cialis&#233; dans cette activit&#233; de substitution dans la file d'attente. Arriv&#233;s sur la Grande Terre nous d&#233;cidons de nous rendre &#224; Sada sur la c&#244;te Ouest. La piste de terre battue en assez bon &#233;tat est d&#233;serte et nous progressons rapidement en respirant &#224; plein poumons les parfums envoutants des ylangs-ylangs. Les rares maisons visibles sont construites avec des mat&#233;riaux r&#233;colt&#233;s sur place. Peu avant d'arriver &#224; Sada, les freins de la M&#233;hari donnent quelques signes de fatigue inqui&#233;tants. La piste d&#233;bouche sur la plage et l&#224; les freins se bloquent d&#233;finitivement. Panique. Il va falloir rentrer &#224; pied et parcourir les 30 km jusqu'&#224; Mamoudzu ! Quelques enfants tournent autour de la M&#233;hari et nous tracassent par leur curiosit&#233;. Le v&#233;hicule appartient &#224; la pr&#233;fecture et il est plut&#244;t g&#234;nant de l'abandonner sur la plage, ouverte &#224; tous vents et livr&#233;e aux pr&#233;l&#232;vements de la population. Apr&#232;s avoir fait quelques centaines de m&#232;tres &#224; pied sur la piste vers Mamoudzu nous sommes rattrap&#233;s par un taxi-brousse : une 404 b&#226;ch&#233;e avec des bancs &#224; l'arri&#232;re o&#249; s'entassent tant bien que mal des Mahorais, hommes, femmes et enfants. Nous prenons place en route vers le Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons un arr&#234;t au niveau d'un poste de gendarmerie que nous avions rep&#233;r&#233; &#224; proximit&#233; de Sada. Et l&#224;, j'ai re&#231;u une des plus grosses &#171; baffes &#187; de ma vie. J'annonce fi&#232;rement au gendarme de service, un Mahorais, en lui tendant les cl&#233;s de la M&#233;hari, que nous avons d&#251; laisser la M&#233;hari sur la plage de Sada et que, par pr&#233;caution, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; remettre les cl&#233;s &#224; la gendarmerie. Vex&#233; le gendarme me fait alors cette r&#233;ponse outr&#233;e et accusatrice : &#171; Monsieur, vous n'&#234;tes pas &#224; Paris ici ! La voiture est sous la garde des habitants de Sada et elle ne risque rien. Il &#233;tait inutile de nous remettre ces cl&#233;s. &#187;. Penaud, je rejoins le taxi-brousse qui red&#233;marre, fait quelques centaines de m&#232;tres puis s'arr&#234;te quand le moteur commence &#224; toussoter. Le chauffeur soul&#232;ve le capot, prend une bouteille d'essence et en verse la moiti&#233; directement dans le carburateur&#8230; et ainsi de suite plusieurs fois jusqu' &#224; l'arriv&#233;e &#224; Mamoudzu, &#233;conomie de carburant oblige. C'&#233;tait Mayotte en mai 1978. Les temps ont chang&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1974, le pr&#233;sident malgache Ratsiraka venait d'&#233;vincer les derni&#232;res troupes fran&#231;aises stationn&#233;es &#224; Diego Suarez. Ainsi, en pleine guerre froide, la France venant de &#171; perdre &#187; Diego Suarez, et avait le projet d'implanter &#224; Mayotte une base militaire navale dot&#233;e d'un port en eau profonde. D'autant plus difficile que Mayotte fait alors partie du territoire d'outre-mer des Comores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus cocasse, c'est que c'est l'ancien d&#233;tracteur des &#171; danseuses de la R&#233;publique &#187;, le ministre des Finances Val&#233;ry Giscard d'Estaing de Pompidou qui, devenu Pr&#233;sident de la R&#233;publique va &#234;tre &#224; la man&#339;uvre pour s&#233;parer Mayotte des trois autres &#238;les. Man&#339;uvre largement facilit&#233;e par un notable local, le d&#233;put&#233; Marcel Henry qui porte depuis 1958 le projet de d&#233;partementalisation de l'historique Maor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture et les traditions locales vont permettre toute une s&#233;rie de manipulations de la population sous couvert d'exercice de la d&#233;mocratie. En effet, &#171; pour contr&#244;ler le pays, il suffit de contr&#244;ler la classe des notables &#187;, &#233;crivait en 1976 Jean Charpantier, ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du vice-rectorat des Comores dans le num&#233;ro 126 de juin 1976 de la revue fran&#231;aise d'&#233;tudes politiques africaines**. &#171; Dans chaque village, les vieux et les notables d&#233;lib&#232;rent avant chaque &#233;lection comme pour r&#233;gler tous les probl&#232;mes du village, et la d&#233;lib&#233;ration ne cesse qu'apr&#232;s l'adoption d'une position unanime. Le vote unanime par village est donc la r&#232;gle, sauf conflit insoluble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats successifs des &#233;lections fran&#231;aises d&#233;montrent &#224; quel point l'&#233;lectorat mahorais est mall&#233;able. Ainsi, les Mahorais votent &#224; 90 % pour Val&#233;ry Giscard d'Estaing le 10 mai 1981. Mais comme c'est Mitterrand qui est &#233;lu, c'est Jean-Fran&#231;ois Hory du PRG (parti radical de gauche) qui est &#233;lu d&#233;put&#233; le 21 juin un mois apr&#232;s la pr&#233;sidentielle. Que les Mahorais me pardonnent, mais ce revirement spectaculaire avait surpris et provoqu&#233; des sourires entendus &#224; La R&#233;union. Au cours des d&#233;cennies suivantes, la pr&#233;occupation des Mahorais pour &#171; bien &#187; voter ne va pas se d&#233;mentir. En 1988, Mayotte vote pour Mitterrand et remplace J.F. Hory (de gauche) par Jean-Baptiste Henry un centriste &#171; introduit &#187; dans les cercles parisiens. J.-B. Henry restera d&#233;put&#233; de 1988 &#224; 2002. En 1995 la gauche est au pouvoir et Mayotte vote Jospin &#224; 68,34 %. Rat&#233;, c'est Chirac qui est &#233;lu. En 2002, la l&#233;galiste Mayotte vote Chirac &#224; 88,27 % et c'est &#8211; enfin !- un Mahorais, Mansour Kamardine dissident RPR qui devient d&#233;put&#233; &#224; la place de J.-B. Henry. Seule exception &#224; ce &#171; parcours &#187; l&#233;galiste sans faute : en 2007 Mayotte &#233;lit S&#233;gol&#232;ne Royal avec 60,04 % et c'est Aly Abdoulatifou (Modem) qui devient d&#233;put&#233;. Mais les habitudes ont la vie dure, en 2012 la droite est au pouvoir c'est Sarkozy qui l'emporte avec 50,95 % alors que la France &#233;lit Hollande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement peu peupl&#233;e, 47000 habitants au recensement de 1978, la pression d&#233;mographique devient importante d&#232;s lors que les conditions d'hygi&#232;ne (eau potable, assainissement) et les &#233;quipements (dispensaires) et le personnel m&#233;dical se d&#233;veloppent. La mortalit&#233; baisse, en particulier pour les jeunes enfants. Tant et si bien que 13 ans plus tard, en 1991 la population a doubl&#233; pour doubler &#224; nouveau 16 ans plus tard en 2007 (186.000 habitants). En 2017, l'Insee &#233;value la population &#224; plus de 256.000 habitants ! Une multiplication par 5 en 40 ans ! Un &#233;norme d&#233;fi &#224; relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, du point de vue mat&#233;riel, apr&#232;s un d&#233;marrage laborieux, le fameux &#171; r&#244;le positif &#187; de la colonisation a fini par transformer la vie quotidienne des Mahorais. Eau courante, &#233;lectricit&#233;, &#233;coles, dispensaires, routes, port, a&#233;roport, constructions, entreprises, commerces, prestations sociales, emplois publics&#8230; m&#234;me l'Insee a une implantation permanente depuis plusieurs ann&#233;es ! Quel chemin parcouru ! Le 21e si&#232;cle a fait irruption en tr&#232;s peu de temps, bouleversant les traditions et la culture locale. Ainsi on peut &#233;valuer &#224; plusieurs centaines millions d'euros les apports annuels de la nation &#224; son 101e d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, on ne pourra jamais comptabiliser les d&#233;g&#226;ts irr&#233;m&#233;diables caus&#233;s &#224; la culture mahoraise. Pendant plus de 150 ans, la R&#233;publique avait respect&#233; la culture locale, plus par laxisme que par volont&#233; politique r&#233;elle en en faisant pratiquement rien, except&#233;s les bureaux du territoire &#224; Dzaoudzi. Mais depuis le d&#233;but du 21e si&#232;cle les traditions mahoraises li&#233;es &#224; l'origine, la religion et l'histoire de l'&#238;le sont mises &#224; mal. Outre la remise en cause formelle du droit des personnes (polygamie, r&#233;pudiation, successions&#8230;) et de l'autorit&#233; des cadis, le mat&#233;rialisme envahissant, le profond foss&#233; creus&#233; entre les g&#233;n&#233;rations par la scolarit&#233; en fran&#231;ais pour les jeunes, la mise en d&#233;sh&#233;rence du shimaor&#233; sont des atteintes profondes &#224; la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte totale de rep&#232;res cons&#233;cutive &#224; cette brutale acculturation est le terreau des graves troubles sociaux que conna&#238;t l'&#238;le depuis quelques semaines. Au total, le bilan risque d'&#234;tre plut&#244;t n&#233;gatif : certes, Mayotte baigne dans un mat&#233;rialisme confortable &#8211; quoique - mais est en train de perdre son &#226;me. Elle est orpheline de sa propre culture. Mais tout n'est pas perdu. Je formulerais deux v&#339;ux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les jeunes Mahorais aient acc&#232;s et apprennent l'histoire de leur &#238;le. Qu'ils perp&#233;tuent soigneusement la pratique de leur langue pour les g&#233;n&#233;rations futures. C'est essentiel pour eux, pour le peuple mahorais mais aussi pour l'humanit&#233;. Je n'ai pas envie que tous les humains soient tous devenus des mangeurs de hamburger et des buveurs de sodas dans quelques d&#233;cennies. La richesse de l'humanit&#233; c'est sa diversit&#233; et le maintien des diff&#233;rences. On se pr&#233;occupe &#224; juste titre de la biodiversit&#233;, il ne faudrait pas oublier l'homodiversit&#233;. Mayotte a son r&#244;le &#224; jouer &#224; condition de lutter vaillamment contre la disparition programm&#233;e de sa culture. J'ignore si les programmes des &#233;coles de la R&#233;union, o&#249; vivent de plus en plus de jeunes Mahorais, incluent l'histoire de Mayotte, mais je suis certain que rien n'est pr&#233;vu pour apprendre le shimaor&#233; pour ceux qui le souhaiterait. Il ne faudrait pas que les Mahorais en arrivent un jour &#224; cette infamie culturelle qui fait qu'une grande majorit&#233; de R&#233;unionnais d&#233;nigrent leur propre langue en la rabaissant au rang de patois sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Durand - Le Br&#251;l&#233; - Saint-Denis - La R&#233;union&lt;br class='autobr' /&gt;
Ancien directeur de l'Insee-R&#233;union (1966-1985)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*T&#244;les PSP (pierced steel planks)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**revue fran&#231;aise d'&#233;tudes politiques africainesn&#176;126 &#8211; juin 1976 &#8211; Jean Charpantier &#8211; Notes et m&#233;langes - R&#233;f&#233;rendums mahorais, lois fran&#231;aises et h&#233;g&#233;monie politique comorienne &#8211; pages 96 &#224; 118.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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