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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>Conna&#238;tre l'Histoire, c'est prendre du recul pour mieux aller de l'avant</title>
		<link>https://www.temoignages.re/culture/culture-et-identite/article/connaitre-l-histoire-c-est-prendre-du-recul-pour-mieux-aller-de-l-avant,110803</link>
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		<dc:date>2024-06-23T20:19:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Gauvin</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>
		<dc:subject>20 d&#233;cembre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s les propos du chef du RN &#224; La R&#233;union sur son refus de c&#233;l&#233;brer l'abolition de l'esclavage &#224; La R&#233;union&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/20-decembre" rel="tag"&gt;20 d&#233;cembre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH93/6b-chasseur-esclave-2-3-42a6c.jpg?1781131958' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La campagne pour les &#233;lections l&#233;gislatives des 30 juin et 7 juillet 2024 est venue nous rappeler l'importance fondamentale du travail d'histoire &#224; mener dans nos soci&#233;t&#233;s pour qu'elles puissent rester d&#233;mocratiques. Les propos du maire de la Plaine-des-Palmistes, chef de file du Rassemblement National &#224; La R&#233;union, tenus le 18 juin &#224; l'antenne de R&#233;union La 1&#232;re, ont provoqu&#233; une vague de r&#233;actions indign&#233;es, dont celles de candidats de son propre parti. Pour Johnny Payet, qui explique que &#171; l'esclavage &#233;tait une fa&#231;on de vivre avant, il y a des ann&#233;es et des ann&#233;es &#187;, une conclusion s'impose : &#171; aujourd'hui on ne doit plus parler d'esclavage &#187;. Ces d&#233;clarations d&#233;complex&#233;es du fait d'une situation de crise politique ne sont ni &#224; prendre &#224; la l&#233;g&#232;re, ni le t&#233;moignage d'une pens&#233;e isol&#233;e. L'id&#233;ologie port&#233;e par le discours de cet homme politique n'est en rien un &#171; d&#233;tail de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'histoire de La R&#233;union est celle d'une colonie fran&#231;aise, cr&#233;&#233;e sur une &#238;le d&#233;serte au milieu du XVIIe si&#232;cle, esclavagiste jusqu'en 1848, puis devenue d&#233;partement fran&#231;ais en 1946. Peut-on d&#232;s lors affirmer que depuis l'abolition de l'esclavage, et plus encore depuis la d&#233;partementalisation, il n'y a plus lieu de parler de l'esclavage pour &#171; aller de l'avant &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abolition de l'esclavage n'a pas transform&#233; radicalement les rapports entre les affranchis et les tenants du pouvoir &#233;conomique et politique local. D'autant plus que l'engagisme, qui ne dispara&#238;t d&#233;finitivement qu'avant la Seconde Guerre mondiale, participe au maintien de rapports sociaux bas&#233;s sur l'exploitation &#233;conomique d'une grande partie de la population. En outre, Sarda Garriga, en m&#234;me temps qu'il fait appliquer le d&#233;cret d'abolition le 20 d&#233;cembre 1848, incite fortement les nouveaux citoyens &#224; suivre leurs anciens ma&#238;tres ou m&#234;me &#224; ne pas voter. Cette volont&#233; d'&#233;carter des urnes toute une frange de la population, maintenue &#224; distance de l'instruction publique, s'est traduite par une tr&#232;s forte abstention tout au long de la IIIe R&#233;publique et par le d&#233;veloppement d'un client&#233;lisme politique tr&#232;s enracin&#233;. &#192; tel point d'ailleurs qu'en 1971, soit 25 ans apr&#232;s la loi de d&#233;partementalisation, le pr&#233;fet Cousseran constate que &#171; 60 % de la population insulaire pr&#233;sente la plupart des caract&#232;res des soci&#233;t&#233;s sous-d&#233;velopp&#233;es &#187; et que cette population pauvre garde &#171; avec les propri&#233;taires terriens, les soci&#233;t&#233;s sucri&#232;res et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les notables ruraux, des rapports f&#233;odaux d'all&#233;geance &#187;. Ce sont ces rapports de domination qui expliquent aussi qu'une grande part des &#233;lites politiques de l'&#238;le s'est oppos&#233;e en 1959 &#224; la construction d'un deuxi&#232;me lyc&#233;e pourtant voulue par le Premier ministre Michel Debr&#233;. Le lyc&#233;e Roland Garros au Tampon n'a ainsi vu le jour qu'en 1965, marquant le d&#233;but v&#233;ritable de la d&#233;mocratisation scolaire &#224; La R&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pass&#233; c'est le pass&#233;. On doit regarder devant nous &#187; a d&#233;clar&#233; Johnny Payet pour justifier la n&#233;cessit&#233; d'arr&#234;ter de parler de l'esclavage et, pour ce qui le concerne, de ne pas comm&#233;morer le 20 d&#233;cembre. Rappeler l'histoire, c'est prendre conscience qu'il existe, selon un rapport r&#233;cent de l'ONU, pr&#232;s de 50 millions de personnes qui vivent aujourd'hui encore dans une situation d'esclavage moderne, 28 millions &#233;tant en situation de travail forc&#233; et 22 millions victimes de mariages forc&#233;s. Rappeler l'histoire, c'est prendre conscience qu'une part de la mondialisation, et donc de la soci&#233;t&#233; de consommation dans laquelle nous vivons, repose sur une exploitation inconsid&#233;r&#233;e des richesses en n'h&#233;sitant pas &#224; recourir &#224; l'esclavage. Ainsi environ 40 000 enfants travaillent dans les mines de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, dans des conditions innommables, en particulier pour l'extraction du cobalt, minerai essentiel &#224; la technologie moderne. &#171; C'est &#224; ce prix que vous utilisez vos t&#233;l&#233;phones portables pour regarder des vid&#233;os sur tik-tok &#187; pourrait-on faire dire &#224; Candide dans une version actualis&#233;e des &#233;crits de Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire est importante, mais elle ne doit pas &#234;tre un obstacle &#224; notre d&#233;veloppement &#187; a tenu &#224; pr&#233;ciser, pour se justifier, le repr&#233;sentant du RN &#224; La R&#233;union. En quoi ces propos &#233;crits t&#233;moignent-ils de la confusion entre m&#233;moires et histoire ainsi que des dangers qui guettent nos d&#233;mocraties ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;moire est ce qui permet &#224; chacun de nous de construire son identit&#233; personnelle et est indispensable &#224; notre vie en soci&#233;t&#233;. Il n'y a donc pas une, mais des m&#233;moires qui sont port&#233;es par la passion et l'&#233;motion. L'oubli peut aussi &#234;tre une forme de r&#233;action m&#233;morielle face &#224; des &#233;v&#232;nements traumatisants. L'histoire n'a rien &#224; voir avec les m&#233;moires. C'est une science humaine qui a pour objectif de donner du sens et de la profondeur &#224; la r&#233;flexion. Pour cela, elle cherche &#224; &#233;tablir la v&#233;racit&#233; des faits, &#224; les comprendre et &#224; les expliquer &#8212; ce qui ne veut pas dire les excuser &#8212; &#224; travers un questionnement toujours renouvel&#233;. Elle produit un discours rationnel qui met &#224; distance et donne du sens au pass&#233;. Elle contribue donc &#224; d&#233;mythifier de mani&#232;re rationnelle la m&#233;moire collective. Or, les deux premi&#232;res d&#233;cennies du XXIe si&#232;cle ont &#233;t&#233; marqu&#233;es en France par une cons&#233;cration du &#171; devoir de m&#233;moire &#187; au plus haut niveau de l'&#201;tat. Cette expression est n&#233;e d'un entretien donn&#233; en 1983 par l'Italien Primo L&#233;vi (1919-1987), rescap&#233; du camp d'Auschwitz, qui avait consacr&#233; sa vie apr&#232;s la guerre &#224; transmettre et &#224; expliquer l'horreur concentrationnaire au travers de nouvelles, de romans et de po&#232;mes. Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; en 1995 sous le titre fran&#231;ais Le Devoir de m&#233;moire, expression qui s'est depuis enracin&#233;e au sein des m&#233;dias et de la population. Cependant, le &#171; devoir de m&#233;moire &#187; n'est plus aujourd'hui seulement une injonction &#224; c&#233;l&#233;brer le souvenir des moments fondateurs de l'unit&#233; nationale qu'ont constitu&#233; les deux Guerres mondiales, mais aussi celui &#171; des morts &#224; cause de la France &#187;. D&#232;s lors, du fait du contexte national et international, on assiste &#224; une opposition de plus en plus radicale entre une &#171; m&#233;moire nationaliste &#187; et une &#171; m&#233;moire de la repentance &#187; qui ni l'une ni l'autre ne constituent l'histoire au sens d&#233;fini plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme nos responsables politiques sont cens&#233;s savoir que la d&#233;mocratie doit reposer sur la s&#233;paration stricte des pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire, il faudrait qu'ils comprennent que leur intervention dans l'&#233;criture du r&#233;cit historique constitue un danger pour les libert&#233;s collectives et individuelles. Avoir fait dispara&#238;tre la statue de Mah&#233; de Labourdonnais &#233;tait d&#233;j&#224; une occasion manqu&#233;e d'inscrire la complexit&#233; de l'histoire dans l'espace public. Il aurait &#233;t&#233; possible d'assumer la pr&#233;sence de cette rare trace mat&#233;rielle de notre pass&#233; en faisant preuve d'imagination et d'intelligence politique pour lui apporter une forme de r&#233;ponse contemporaine. Affirmer &#224; pr&#233;sent qu'il faut &#171; laisser le pass&#233; au pass&#233; &#187;, c'est encore sugg&#233;rer la n&#233;cessit&#233; d'effacer les traces de l'histoire. Et pourquoi ne pas faire dispara&#238;tre l'esclavage de nos manuels d'histoire, pour aller jusqu'au bout de la logique ? Il suffit de lire les programmes pour l'&#201;cole de certains partis pour comprendre que l'enseignement de l'histoire est en premi&#232;re ligne dans cette volont&#233; politique de plus en plus affirm&#233;e d'endoctriner la jeunesse au lieu de former son esprit critique, indispensable &#224; l'exercice de la citoyennet&#233;. Regardons ce qui se passe ailleurs : en Floride, les nouveaux programmes scolaires impuls&#233;s par le gouverneur r&#233;publicain Ron DeSantis, pr&#233;sentent &#171; les bienfaits de l'esclavage &#187; en affirmant, par exemple, que l'esclavage a permis aux Afro-Am&#233;ricains de &#171; d&#233;velopper des comp&#233;tences qui, dans certains cas, pouvaient &#234;tre appliqu&#233;es pour leur b&#233;n&#233;fice personnel &#187;. Transpos&#233; &#224; La R&#233;union, cela voudrait dire que c'est gr&#226;ce &#224; l'esclavage qu'Edmond Albius a d&#233;couvert la f&#233;condation de la vanille ! Il est urgent de comprendre que la France et donc La R&#233;union ne sont absolument pas &#224; l'abri de ces d&#233;rives extr&#233;mistes et n&#233;gationnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; vivre ensemble &#187; invoqu&#233; pour d&#233;fendre la singularit&#233; de la soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise repose aussi sur le partage d'un pass&#233; commun dont il faut assumer tous les aspects. Enterrer les secrets de famille, c'est in&#233;vitablement se condamner &#224; les voir ressurgir de mani&#232;re violente. En outre, il existe des lois : la traite n&#233;gri&#232;re et l'esclavage pratiqu&#233;s par les Europ&#233;ens constituent un crime contre l'humanit&#233; dans la loi fran&#231;aise depuis 2001 ; la comm&#233;moration du 20 d&#233;cembre est inscrite dans la loi depuis 1983. Or tenir des propos hostiles &#224; la f&#232;t kaf c'est, en plus d'afficher publiquement un m&#233;pris de la loi, s'attaquer &#224; un moment symbolique. Cela alors que le respect des jours f&#233;ri&#233;s, qui ne cesse d'&#234;tre bafou&#233; depuis des ann&#233;es, en particulier au nom d'imp&#233;ratifs &#233;conomiques, constitue le ciment culturel d'une soci&#233;t&#233;. Les comm&#233;morations sont donc indispensables, mais il nous faut aller plus loin pour consolider l'adh&#233;sion r&#233;publicaine. Le &#171; devoir de m&#233;moire &#187; fige en effet l'&#233;motion dans un moment recueillement ou dans un discours moral qui n'apportent pas de profondeur historique &#224; la r&#233;flexion. Sans doute vaudrait-il mieux parler du n&#233;cessaire &#171; travail de m&#233;moire &#187; qu'il faut sans cesse construire dans la soci&#233;t&#233;, en dehors des murs de l'&#201;cole, dont la mission premi&#232;re est avant tout d'enseigner l'histoire. &#171; Travail &#187; car il s'agit d'une mise &#224; jour constante des connaissances qui n&#233;cessite une remise en cause de ce que l'on croit savoir et donc de faire des efforts. Dans ce cadre, la d&#233;marche historique est une forme d'&#233;mancipation. En conduisant &#224; s'interroger sur les causes et les cons&#233;quences d'un &#233;v&#232;nement, en cherchant &#224; d&#233;m&#234;ler la complexit&#233; et l'enchev&#234;trement des responsabilit&#233;s li&#233;es &#224; des structures ou &#224; des acteurs, elle permet de comprendre qu'il n'y a pas de fatalit&#233; guidant l'existence. L'histoire est une forme d'&#233;ducation civique car elle permet de prendre conscience que nous avons le choix entre observer les autres d&#233;cider du devenir collectif ou essayer, m&#234;me modestement, de nous engager et d'agir &#224; notre &#233;chelle. C'est pourquoi le projet de mus&#233;e historique de l'esclavage et de l'habitation port&#233; par le D&#233;partement de La R&#233;union s'impose encore plus dans le contexte politique actuel comme une urgente n&#233;cessit&#233;. Il &#339;uvrera &#224; une &#233;ducation populaire permettant &#224; la population r&#233;unionnaise d'assumer son pass&#233; pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilles Gauvin&lt;br class='autobr' /&gt;
Historien&lt;br class='autobr' /&gt;
Membre du conseil d'orientation de la Fondation pour la M&#233;moire de l'Esclavage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Remarques et question autour de la statue de Mah&#233; de La Bourdonnais</title>
		<link>https://www.temoignages.re/culture/culture-et-identite/remarques-et-question-autour-de-la-statue-de-mahe-de-la-bourdonnais,107201</link>
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		<dc:date>2023-05-11T02:40:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Gauvin</dc:creator>



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&lt;a href="https://www.temoignages.re/culture/culture-et-identite/" rel="directory"&gt;Culture et identit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH112/mahe-3-d067c.png?1781131958' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'annonce, le 26 avril 2023, de la d&#233;cision de la maire de Saint-Denis soutenue par le pr&#233;fet J&#233;r&#244;me Filippini et le commandant sup&#233;rieur des FAZZOI, le g&#233;n&#233;ral Laurent Cluzel, de d&#233;placer la statue de Mah&#233; de Labourdonnais au sein de la caserne Lambert, les r&#233;actions, en particulier d'historien.nes se sont multipli&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le d&#233;bat qui s'est &#233;tendu sur les r&#233;seaux sociaux et les ondes radiophoniques a fait son entr&#233;e dans l'enceinte de la R&#233;gion, avec la d&#233;cision de la commission permanente, le 5 mai, de geler le financement de l'op&#233;ration de r&#233;novation du square o&#249; a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e la statue, en attente &#171; de b&#233;n&#233;ficier de l'&#233;clairage d'historiens &#187; et de pouvoir &#233;changer avec la mairie de Saint-Denis. La crise m&#233;morielle, qui se traduisait depuis 2011 par des actions militantes d&#233;non&#231;ant la pr&#233;sence de cette statue, s'est transform&#233;e en crise politique. Si on y regarde de plus pr&#232;s, cette affaire t&#233;moigne, au-del&#224; du regard contemporain port&#233; sur r&#244;le de Mah&#233; de Labourdonnais dans notre histoire, de notre rapport &#224; la nation ainsi que des d&#233;rives de notre R&#233;publique et de notre d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviendrai pas ici sur le r&#244;le du Gouverneur g&#233;n&#233;ral des Mascareignes dans l'histoire coloniale et esclavagiste de Bourbon, des &#238;les Mascareignes et plus largement de l'oc&#233;an Indien. Bien des historien.nes apportent des pr&#233;cisions &#224; ce sujet depuis que la pol&#233;mique enfle. Il suffirait d'ailleurs de se reporter &#224; la publication de la &#171; pochette &#224; usage p&#233;dagogique &#187; r&#233;alis&#233;e &#224; partir de l'exposition r&#233;alis&#233;e en 1987 par les Archives d&#233;partementales sur Mah&#233; de Labourdonnais pour trouver 56 documents, organis&#233;s en 7 sections, dont une relative &#224; l'esclavage. Cet ouvrage permettait d&#233;j&#224; de mieux cerner la complexit&#233; du personnage et l'&#233;tendue de son action. Certes, et fort heureusement, le questionnement des historien.nes sur cette p&#233;riode n'est plus le m&#234;me aujourd'hui qu'il y a quarante ans. La soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise elle-m&#234;me, qui alors ne se souciait gu&#232;re de la pr&#233;sence de la statue de Labourdonnais, n'avait pas encore autant de connaissances disponibles sur cette part de son histoire. Je ne m'&#233;tendrai pas non plus sur la diff&#233;rence fondamentale qui existe entre, d'un c&#244;t&#233;, les m&#233;moires, port&#233;es par la passion qui est consubstantielle &#224; notre vie individuelle et collective, et, de l'autre, l'histoire qui construit un raisonnement critique &#224; partir de faits av&#233;r&#233;s, donnant ainsi du sens au monde dans lequel nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#233;mique qui a &#233;t&#233; ouverte nous interroge tout d'abord, en tant que R&#233;unionnais et en tant que citoyens fran&#231;ais, sur notre rapport &#224; la nation. D&#233;boulonner une statue pour la d&#233;placer alors qu'elle est install&#233;e depuis presque 170 ans une place proche de la pr&#233;fecture, devenue lieu de d'innombrables rassemblements festifs ou revendicatifs, c'est aussi symboliquement venir bousculer une identit&#233; collective, quelle que soit notre connaissance individuelle sur le personnage statufi&#233;. Certain.es ne supportent plus la proximit&#233; de la statue de Labourdonnais avec la pr&#233;fecture. Cette derni&#232;re, faut-il le rappeler, est l'ancien palais du Gouverneur de l'&#238;le dont les salons d'apparat, conserv&#233;s avec soin, t&#233;moignent toujours de ce que fut l'&#233;poque coloniale. D'ailleurs, ces salons sont l'un des lieux les plus fr&#233;quent&#233;s par les R&#233;unionnais lors des journ&#233;es du patrimoine. On pourrait alors ne pas oublier qu'en tant qu'oeuvre artistique la statue de Mah&#233; de Labourdonnais appartient &#224; l'histoire de l'art. Install&#233;e &#224; Saint-Denis, labelis&#233;e &#171; Ville d'art et d'histoire &#187;, cette statue en bronze, m&#233;daill&#233;e &#224; l'exposition universelle de 1855, est l'oeuvre de Louis Rochet, &#233;galement auteur d'un Charlemagne se trouvant sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Le monument, dont le projet remonte &#224; 1846, a &#233;t&#233; finalement &#233;rig&#233; en 1856, durant le Second Empire, sous l'impulsion de l'&#233;lite locale. Il s'agissait, &#224; travers le personnage de Mah&#233; de Labourdonnais, de c&#233;l&#233;brer la grandeur de l'empire colonial fran&#231;ais, ce dont t&#233;moigne d'ailleurs la posture du Gouverneur. Cette statue du XIXe si&#232;cle est aujourd'hui la plus ancienne de la ville et, &#224; titre d'&#233;l&#233;ment patrimonial, elle participe &#224; en &#233;crire l'histoire. Elle n'a donn&#233; lieu &#224; travers le temps &#224; aucune comm&#233;moration li&#233;e &#224; l'individu qu'elle repr&#233;sente, qu'il s'agisse de &#171; l'esclavagiste &#187; ou du &#171; militaire &#187;. Devenue un &#233;l&#233;ment du paysage architectural elle n'a &#233;t&#233; charg&#233;e finalement que r&#233;cemment du sens qui lui vaut d'&#234;tre d&#233;boulonn&#233;e, &#224; savoir glorifier un individu qui a contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'esclavage et &#224; la r&#233;pression du marronnage. Il est &#233;vident qu'elle doit &#234;tre accompagn&#233;e et enrichie d'outils de m&#233;diations historiques et/ou artistiques, quel que soit le lieu o&#249; elle pourrait se trouver &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique est garante de la coh&#233;sion de la nation et ses repr&#233;sentants locaux et nationaux ont pour mission de veiller &#224; la paix sociale. &#192; l'&#233;chelle nationale, l'&#201;tat a choisi depuis la fin des ann&#233;es 1990 de r&#233;pondre aux r&#233;surgences m&#233;morielles par des lois qui ne sont pas sans provoquer des d&#233;bats au sein m&#234;me de la communaut&#233; historienne. Ericka Bareigts, en tant que d&#233;put&#233;e de La R&#233;union, a d'ailleurs port&#233; sur les fonts baptismaux une r&#233;solution de loi m&#233;morielle sur la question dite &#171; des enfants de la Creuse &#187;. Cette r&#233;solution de loi, ainsi que la loi faisant de la traite n&#233;gri&#232;re et de l'esclavage pratiqu&#233; par les Europ&#233;ens un crime contre l'humanit&#233;, ont provoqu&#233; une avanc&#233;e des recherches historiques en France. Mais le temps et les objectifs du politique ne sont pas les m&#234;mes que celui du scientifique. Ainsi, en novembre 2017, le pr&#233;sident Macron d&#233;clarait auxdits &#171; enfants de la Creuse &#187; qu'il apparaissait, &#171; avec les lumi&#232;res du recul de l'Histoire, que cette politique &#233;tait une faute &#187;, alors que rapport cons&#233;quent des historiens demand&#233; par l'&#201;tat lui-m&#234;me sur le sujet n'a &#233;t&#233; rendu sur la question qu'en mars 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui est &#224; l'origine de la demande de l'enl&#232;vement de la statue de Mah&#233; ? C'est le collectif identitaire &#171; Laproptaz nout p&#233;i &#187; qui a interpell&#233; la maire de Saint-Denis sur le sujet depuis ao&#251;t 2020. Il ne serait pas inutile que les responsables politiques s'interrogent davantage sur la philosophie politique et le projet de soci&#233;t&#233; qu'il peut y avoir derri&#232;re les revendications port&#233;es par ces personnes. Les progr&#232;s de notre soci&#233;t&#233; au fil des si&#232;cles ont toujours &#233;t&#233; port&#233;s au d&#233;part par des minorit&#233;s et c'est pourquoi il faut savoir &#233;couter et comprendre ce qu'elles expriment, tout en prenant garde cependant &#224; ne pas contribuer &#224; renforcer le communautarisme qui mine notre R&#233;publique. L'encasernement annonc&#233; de la statue va l'isoler de l'espace public, et la solution propos&#233;e contribuera aussi &#224; fracturer l'histoire collective &#224; travers un affrontement raviv&#233; entre la m&#233;moire de l'abolition octroy&#233;e (le souvenir de l'acte de fraternit&#233; proclam&#233; par l'&#201;tat r&#233;publicain) et la m&#233;moire de l'esclavage (le souvenir des victimes et des r&#233;sistances). Comment refuser d'une part la pr&#233;sence de Mah&#233; de Labourdonnais dans l'espace public car cela &#171; &#233;rige le crime comme une gloire &#187; (JIR du 27 avril), et expliquer d'autre part, au pr&#233;texte qu'il aurait &#233;t&#233; &#171; un militaire &#187;, que l'arm&#233;e pourra continuer &#224; l'honorer pour les conqu&#234;tes coloniales dont il a &#233;t&#233; le ma&#238;tre d'oeuvre ? En outre, la valeur symbolique d'une statue est li&#233;e &#224; son lieu d'exposition, aux c&#233;r&#233;monies qui se jouent autour et des discours qui y sont prononc&#233;s. Placer cette statue dans une caserne n'est donc pas un choix anodin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand projet de mus&#233;e de l'histoire de l'habitation et de l'esclavage, en cours d'&#233;laboration au mus&#233;e de Vill&#232;le, contribuera sans conteste &#224; une meilleure diffusion de notre histoire coloniale et esclavagiste ainsi que de sa complexit&#233;. Il &#233;tait temps d'ailleurs que nos &#233;lus fassent enfin le choix de donner &#224; La R&#233;union un mus&#233;e historique digne de ce nom, apr&#232;s l'avoir dot&#233; d'un site internet proposant d&#233;j&#224; de tr&#232;s nombreuses ressources en ligne (portail-esclavage-reunion.fr). Est-ce que les responsables du mus&#233;e et son conseil scientifique ont &#233;t&#233; consult&#233;s, soit par la maire de Saint-Denis, soit par les services de l'&#201;tat, sur la question devenue &#233;pineuse de la statue de Mah&#233; de Labourdonnais ? Ils auraient sans doute pu apporter, eux aussi, leur expertise &#233;clair&#233;e sur cette question m&#233;morielle vive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pol&#233;mique est enfin r&#233;v&#233;latrice des d&#233;bats qui traversent notre d&#233;mocratie. Il est sain qu'une soci&#233;t&#233; s'interroge sur les traces du pass&#233; qui se trouvent dans l'espace public. D&#233;placer une statue ou d&#233;baptiser un lieu est un acte symbolique lourd de sens. En 1941, le conseil municipal de Saint-Denis avait ainsi d&#233;cid&#233; de transformer la place du Barachois en place du Mar&#233;chal P&#233;tain. On peut comprendre que la place ait &#233;t&#233; ensuite d&#233;baptis&#233;e au plus vite, car il y avait un consensus politique autour du fait que le nom du chef de l'&#201;tat fran&#231;ais collaborationniste ne pouvait incarner les valeurs d&#233;mocratiques pour lesquelles le monde libre s'&#233;tait battu. La d&#233;cision annonc&#233;e par la mairie de Saint-Denis de d&#233;placer la statue de Mah&#233; est-elle aujourd'hui le fruit d'un consensus d&#233;mocratique ? Un maire, un pr&#233;fet et un g&#233;n&#233;ral peuvent-ils s'accorder entre eux sur le d&#233;placement d'une statue install&#233;e depuis 1856, class&#233;e monument historique ? Cela est tout &#224; fait l&#233;gal, mais au vu de l'importance symbolique tenue par ce monument la proc&#233;dure suffit-elle &#224; l&#233;gitimer le choix ? &#201;tait-ce la meilleure d&#233;marche que d'expliquer, une fois la d&#233;cision politique et administrative annonc&#233;e, que cela permettra ensuite &#171; &lt;i&gt;de faire un travail scientifique avec les historiens sur le r&#244;le de Mah&#233; de Labourdonnais, sa part d'ombre et son r&#244;le dans l'histoire&lt;/i&gt; &#187; (JIR du 27 avril) ? L'&#233;clairage des historien.nes n'aurait-il pas d&#251; arriver en amont pour nourrir ensuite la prise de d&#233;cision ? Des &#171; historiens de la soci&#233;t&#233; civile &#187; (Le Quotidien du 31 mars) auraient &#233;t&#233; consult&#233;s sur le projet. Il se trouve qu'il y a 7 repr&#233;sentant.es de notre &#238;le au sein de la Fondation pour la M&#233;moire de l'Esclavage, dont Ericka Bareigts a &#233;t&#233; elle-m&#234;me la premi&#232;re pr&#233;sidente du conseil des territoires entre 2020 et 2022. La ville de Saint-Denis, le d&#233;partement et la r&#233;gion font partie des collectivit&#233;s fondatrices de la FME. Ces R&#233;unionnais.es, dont trois sont membres du conseil scientifique, et dont le r&#244;le est justement de contribuer &#224; mieux faire conna&#238;tre l'histoire esclavagiste de notre pays et &#224; pacifier le rapport entre les diff&#233;rentes m&#233;moires qui s'affrontent sur le sujet, n'ont jamais &#233;t&#233; consult&#233;.es. Leurs diff&#233;rentes analyses auraient pu nourrir, parmi d'autres avis, une r&#233;flexion plus aboutie car il y a bien des fa&#231;ons de r&#233;pondre aux interrogations que peut l&#233;gitiment se poser aujourd'hui la population. D'autres pays ont eu en effet &#224; traiter, parfois depuis longtemps, cette question de la pr&#233;sence de statues contest&#233;es, qu'il s'agisse de la p&#233;riode esclavagiste ou d'autres p&#233;riodes de l'histoire. Bien des ouvrages ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s sur le sujet et bien des r&#233;ponses originales ont &#233;t&#233; apport&#233;es, autre que des comportements iconoclastes ou wokistes, sur le mod&#232;le nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'objectif annonc&#233; de ce d&#233;placement de la statue ? Pr&#233;server un monument historique, rare vestige conserv&#233; de notre pass&#233;, et &#171; &lt;i&gt;d&#233;coloniser les esprits&lt;/i&gt; &#187; selon les propos de la maire de Saint-Denis. Pour remplacer la statue de Mah&#233;, l'&#233;dile a annonc&#233; l'installation d'une nouvelle oeuvre d'art, propri&#233;t&#233; du d&#233;partement et expos&#233;e au mus&#233;e L&#233;on Dierx en 2019, dans le cadre de l'exposition &#171; le jour de l'abolition &#187;. Cette imposante installation proposait sur 200 m&#178; une d&#233;ambulation suivant l'ordre alphab&#233;tique &#224; travers les noms des affranchis de 1848. Faut-il rappeler que l'installation de Mathilde Fossy avait &#233;t&#233; con&#231;ue en &#233;cho au c&#233;l&#232;bre tableau d'Alphonse Garreau, pr&#234;t&#233; pour l'occasion par le mus&#233;e du Quai Branly, repr&#233;sentant l'abolition de 1848 annonc&#233;e par Sarda Garriga ? Tout l'int&#233;r&#234;t du questionnement historique et philosophique propos&#233; par l'artiste venait de sa mise en confrontation avec l'annonce politique de Sarda Garriga, personnage &#233;galement sujet &#224; de nombreuses critiques m&#233;morielles. La d&#233;colonisation des esprits se r&#233;sumerait-elle &#224; ne proposer, comme cela fut le cas lors de la colonisation, qu'une version amput&#233;e de ce que fut la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233; historique ? L'oeuvre de Mathilde Fossy trouvait toute sa force et sa pertinence dans le nouveau point de vue qu'elle pr&#233;sentait &#224; partir d'une oeuvre devenue incontournable et qui, jusque-l&#224;, incarnait uniquement la m&#233;moire octroy&#233;e par la R&#233;publique. Quel sens voulons-nous donner finalement &#224; la comm&#233;moration de l'abolition de la traite n&#233;gri&#232;re et de l'esclavage chaque 20 d&#233;cembre et avec quels objectifs pour notre soci&#233;t&#233; ? Quand La R&#233;union parviendra-t-elle &#224; s'affranchir du carcan des m&#233;moires pour r&#233;pondre aux d&#233;fis majeurs qu'il lui faut relever pour construire un avenir serein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions alors peut-&#234;tre nous souvenir de ce que furent l'intelligence politique et la force de la r&#233;silience de Nelson Mandela dans la proche Afrique du Sud. Il a su faire de la coupe du monde de rugby, organis&#233;e par son pays en 1995, un outil pour construire la r&#233;conciliation entre Noirs et Blancs apr&#232;s la terrible p&#233;riode de l'Apartheid. Il a pour cela impos&#233;, contre l'avis de son propre parti, le maintien du symbole des Springboks et des couleurs traditionnelles sur le maillot national pour un sport qui &#233;tait pourtant l'incarnation de la domination blanche. Souhaitons que les femmes et les hommes politiques de La R&#233;union s'inspirent, dans les choix qu'ils auront &#224; prendre, de cette volont&#233; de construire l'&#233;mancipation d'un peuple par la paix, l'&#233;ducation, la culture et le sport, plut&#244;t qu'ils n'alimentent les confrontations m&#233;morielles au risque alors de fracturer la coh&#233;sion sociale et de mettre &#224; mal le &#171; &lt;i&gt;vivre ensemble r&#233;unionnais&lt;/i&gt; &#187; qu'ils mettent si souvent en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mai 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles GAUVIN &lt;br class='autobr' /&gt;
Docteur en histoire &#224; l'IEP de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Membre du conseil scientifique du mus&#233;e de Vill&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Membre du conseil d'orientation de la Fondation pour la M&#233;moire de l'Esclavage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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