<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>T&#233;moignages</title>
	<link>https://www.temoignages.re/</link>
	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.temoignages.re/spip.php?id_auteur=408&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>T&#233;moignages</title>
		<url>https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L144xH28/siteon0-61897.png?1780745084</url>
		<link>https://www.temoignages.re/</link>
		<height>28</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Enfants de la Creuse, &#171; privil&#232;ge zor&#232;y &#187; : notre histoire &#233;claire le d&#233;bat, cette loi ne r&#233;pare pas</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/enfants-de-la-creuse-privilege-zorey-notre-histoire-eclaire-le-debat-cette-loi-ne-repare-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/enfants-de-la-creuse-privilege-zorey-notre-histoire-eclaire-le-debat-cette-loi-ne-repare-pas</guid>
		<dc:date>2026-06-21T20:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Charles Pitou</dc:creator>


		<dc:subject>Enfants r&#233;unionnais exil&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant d'analyser le r&#233;cent vote au S&#233;nat, un retour en arri&#232;re s'impose. Derri&#232;re cette proposition de loi, ses articles et ses commissions administratives, il y a des trajectoires bris&#233;es. Il y a nos vies. &lt;br class='autobr' /&gt; Je m'appelle Jean-Charles Pitou. Je fais partie de ceux qu'on appelle les &#171; Enfants de la Creuse &#187;, et je pr&#233;side aujourd'hui l'association G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e. Mon parcours a commenc&#233; par le placement, d&#232;s l'enfance. D'abord au foyer de Bellepierre &#224; Saint &#8212; Denis, alors que j'avais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/" rel="directory"&gt;Di sak na pou di&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.temoignages.re/enfants-reunionnais-exiles" rel="tag"&gt;Enfants r&#233;unionnais exil&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avant d'analyser le r&#233;cent vote au S&#233;nat, un retour en arri&#232;re s'impose. Derri&#232;re cette proposition de loi, ses articles et ses commissions administratives, il y a des trajectoires bris&#233;es. Il y a nos vies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je m'appelle Jean-Charles Pitou. Je fais partie de ceux qu'on appelle les &#171; Enfants de la Creuse &#187;, et je pr&#233;side aujourd'hui l'association G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon parcours a commenc&#233; par le placement, d&#232;s l'enfance. D'abord au foyer de Bellepierre &#224; Saint &#8212; Denis, alors que j'avais neuf ans, puis &#224; Hell-Bourg. En 1965, on m'a fait monter dans un avion pour l'Hexagone. Destination Qu&#233;zac, dans le Cantal, au sein d'une maison d'enfants. Nous &#233;tions une cinquantaine de petits R&#233;unionnais, catapult&#233;s dans le froid, arrach&#233;s &#224; notre &#238;le, &#224; nos familles et &#224; tout ce qui faisait notre monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant des vacances, nous &#233;tions parfois envoy&#233;s chez des paysans. Beaucoup d'entre nous ont &#233;t&#233; mis au travail tr&#232;s jeunes, d&#232;s quatorze ans. Les services sociaux ne venaient gu&#232;re prendre de nos nouvelles ; le suivi &#233;tait inexistant. &#192; l'&#233;poque, la majorit&#233; &#233;tait fix&#233;e &#224; vingt et un ans. Jusqu'&#224; cet &#226;ge, nous d&#233;pendions enti&#232;rement du bon vouloir des adultes. Dans les faits, nous &#233;tions surtout livr&#233;s &#224; nous &#8212; m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant des d&#233;cennies, j'ai ignor&#233; que mon drame personnel s'inscrivait dans une histoire collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en 2002, en &#233;coutant le t&#233;moignage de Jean-Jacques Martial, que le voile s'est lev&#233;. J'ai compris que nous &#233;tions des centaines &#224; avoir &#233;t&#233; d&#233;racin&#233;s dans le cadre d'une politique d'&#201;tat planifi&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour rompre le silence et cr&#233;er un pont entre La R&#233;union et l'Hexagone, nous avons fond&#233; l'association G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e avec des camarades de Qu&#233;zac et de la Creuse. Notre but : retrouver les familles, faire reconna&#238;tre notre histoire et porter la m&#233;moire de ceux qui sont partis trop t&#244;t. En 2005, aux c&#244;t&#233;s de Ma&#238;tre Damayantee Goburdhun, nous avons d&#233;pos&#233; dix dossiers au tribunal administratif de Bordeaux. Ils ont &#233;t&#233; rejet&#233;s. Nous n'&#233;tions que deux &#224; faire le d&#233;placement &#224; l'&#233;poque, mais il fallait bien poser une premi&#232;re pierre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, en 2014, l'Assembl&#233;e nationale a reconnu la responsabilit&#233; morale de l'&#201;tat. C'&#233;tait un pas important, mais loin d'&#234;tre suffisant. Aujourd'hui, face au texte vot&#233; par le S&#233;nat, le compte n'y est toujours pas. On nous parle d'avanc&#233;e, mais une avanc&#233;e n'est pas une r&#233;paration. Elle ne garantit ni la justesse des mots, ni l'&#233;coute r&#233;elle des victimes, ni la pleine v&#233;rit&#233; historique. Ce projet de loi reste cruellement incomplet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regrette profond&#233;ment la m&#233;thode employ&#233;e. L'association G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e n'a jamais &#233;t&#233; formellement consult&#233;e ni convoqu&#233;e. On l&#233;gif&#232;re sur notre histoire, on r&#233;dige des textes et on vote sans convier autour de la table les structures qui portent cette m&#233;moire depuis des d&#233;cennies. C'est un manque de respect difficile &#224; encaisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, nous accompagnons des camarades, recueillons des souffrances et &#233;coutons des vies suspendues. Certains sont morts sans reconnaissance ; d'autres n'ont jamais revu leurs proches, et leurs descendants cherchent encore leurs racines. Quand une loi &#233;merge, notre parole doit &#234;tre entendue en amont, pas pour la forme, une fois que tout est d&#233;j&#224; act&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte &#233;voque une &#171; allocation forfaitaire &#187;. Mais sur quels crit&#232;res et pour qui ? Comment peut-on pr&#233;tendre r&#233;parer des existences bris&#233;es par une simple formule administrative ? L'aspect financier importe, car la pr&#233;carit&#233; et l'isolement ont &#233;t&#233; le lot de beaucoup, mais notre dignit&#233; ne s'ach&#232;te pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a ensuite la question cruciale et douloureuse des mots. Je r&#233;cuse formellement le terme de &#171; transplantation &#187; retenu par le l&#233;gislateur. On transplante une plante, pas un enfant. Nous n'avons pas &#233;t&#233; transplant&#233;s : nous avons &#233;t&#233; arrach&#233;s &#224; notre langue, notre culture et notre terre. Pour nommer la r&#233;alit&#233; de ce que nous avons v&#233;cu, je pr&#233;f&#232;re, et de loin, le terme de D&#201;PORTATION. Je sais que ce mot de d&#233;portation d&#233;range les institutions, mais la violence de ce que l'on nous a fait subir d&#233;range tout autant.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne r&#233;pare pas une injustice en &#233;dulcorant le vocabulaire pour m&#233;nager les consciences coloniales ou administratives. Employer &#171; transplantation &#187;, c'est att&#233;nuer la v&#233;rit&#233;. Nous exigeons que l'&#201;tat utilise le mot juste : nous avons &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet de loi occulte &#233;galement le contexte politique de l'&#233;poque. Il omet de rappeler que cette op&#233;ration visait &#224; r&#233;guler la d&#233;mographie r&#233;unionnaise en &#233;loignant les enfants des familles les plus pauvres, plut&#244;t que de leur donner les moyens de vivre dignement sur leur &#238;le. Notre histoire ne commence pas dans les foyers de la Creuse ou du Cantal, elle s'enracine dans la mani&#232;re dont l'&#201;tat a trait&#233; le peuple r&#233;unionnais. On &#233;voque parfois le Bumidom, qui a g&#233;n&#233;r&#233; sa part de souffrance, mais nous, nous &#233;tions des enfants. Nous n'avons rien choisi, rien sign&#233;. On a d&#233;cid&#233; pour nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; cela, les questions demeurent : qui a orchestr&#233; ces d&#233;parts ? Qui savait et qui a ferm&#233; les yeux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi est-il encore si difficile d'obtenir des r&#233;ponses claires aujourd'hui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi je soutiens sans r&#233;serve la tribune de Marie-Th&#233;r&#232;se Gasp. Elle a raison de lier notre drame au d&#233;bat actuel qui secoue La R&#233;union autour du &#171; privil&#232;ge zor&#232;y &#187;. Bien que certains refusent de voir la corr&#233;lation, elle est &#233;vidente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plusieurs semaines, l'&#238;le s'interroge sur la place des R&#233;unionnais dans leur propre pays, qu'il s'agisse de repr&#233;sentativit&#233;, d'appropriation culturelle ou d'acc&#232;s aux postes de responsabilit&#233;. Loin de moi l'id&#233;e de sombrer dans l'invective ou de culpabiliser l'ensemble des personnes originaires de l'Hexagone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je comprends l'intensit&#233; de ce d&#233;bat. Quand un peuple a vu ses enfants d&#233;port&#233;s et que, des d&#233;cennies plus tard, ses citoyens doivent encore lutter pour &#234;tre entendus chez eux, on ne peut pas feindre de croire que ces col&#232;res n'ont aucun lien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant qu'Enfants de la Creuse, nous savons ce que signifie perdre sa place et &#234;tre r&#233;duits &#224; des num&#233;ros de dossiers. Dans l'Hexagone, beaucoup ont affront&#233; le racisme et l'isolement. Et le paradoxe est qu'&#224; notre retour &#224; La R&#233;union, on nous regarde parfois comme des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, alors que je venais pr&#233;senter mon livre et me recueillir sur les tombes des miens, on m'a lanc&#233; : &#171; Tu as beau parler cr&#233;ole, tu ne seras jamais d'ici. &#187; Cette r&#233;flexion est d'une violence inou&#239;e. Elle r&#233;sume toute la trag&#233;die du d&#233;racinement : l'Hexagone vous fait sentir que vous n'&#234;tes pas chez vous, et votre terre natale vous reproche d'&#234;tre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, mon attachement &#224; La R&#233;union, &#224; sa langue et &#224; son peuple reste intact. Mais aimer son &#238;le implique de refuser le silence. Je constate que la gestion de cette loi reproduit les m&#234;mes travers : on parle &#224; notre place, on choisit les mots et les interlocuteurs jug&#233;s &#171; l&#233;gitimes &#187;, en &#233;cartant les voix qui bousculent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je demande solennellement &#224; ce que les associations concern&#233;es, dont G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e, soient pleinement int&#233;gr&#233;es aux travaux futurs. La prochaine commission ne doit pas &#234;tre un c&#233;nacle ferm&#233; o&#249; quelques experts s'expriment au nom de tous. Il faut entendre les victimes, les familles et cette descendance en qu&#234;te d'identit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il est temps que notre exigence s&#233;mantique soit entendue. Le terme de d&#233;portation doit &#234;tre admis. Non pour provoquer, mais pour d&#233;signer enfin le crime commis. Ce texte peut constituer un point de d&#233;part, mais il ne saurait clore le sujet. Tant que l'&#201;tat refusera de dire clairement que nous avons &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s de La R&#233;union, la r&#233;paration restera illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Charles Pitou&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;unionnais de la Creuse, pr&#233;sident de l'association G&#233;n&#233;ration Bris&#233;e, auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
