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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>De l'usage de Facebook (La construction du labyrinthe)</title>
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&lt;p&gt;Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt; Parapl&#233;gie &#8212; 2 &#8212;
&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu devrais sortir un peu &#187;, lui lance sa tante lors de sa visite dominicale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sortir pour aller o&#249; ? Pour regarder passer les voitures sur l'avenida, comme un b&#339;uf ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle diff&#233;rence entre regarder par la fen&#234;tre et &#234;tre sur l'ordinateur ? &#171; Quel est l'animal qui marche sur dix doigts ? &#187;, voil&#224; la d&#233;finition du nouvel Oedipe. Juan a multipli&#233; ses recherches sur le labyrinthe, le Minotaure et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parapl&#233;gie &lt;/strong&gt;&#8212; 2 &#8212;&lt;strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Tu devrais sortir un peu &#187;,&lt;/i&gt; lui lance sa tante lors de sa visite dominicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir pour aller o&#249; ? Pour regarder passer les voitures sur l'&lt;i&gt;avenida&lt;/i&gt;, comme un b&#339;uf ?&lt;br&gt;
Quelle diff&#233;rence entre regarder par la fen&#234;tre et &#234;tre sur l'ordinateur ?&lt;i&gt; &#171; Quel est l'animal qui marche sur dix doigts ? &#187;,&lt;/i&gt; voil&#224; la d&#233;finition du nouvel Oedipe. Juan a multipli&#233; ses recherches sur le labyrinthe, le Minotaure et les mythologies, parall&#232;lement il fit en e-books des lectures de Jorge Luis Borges et des Anciens.&lt;br&gt;
Il y avait aussi Facebook, avec plusieurs options possibles : &#231;a peut &#234;tre un &#233;diteur. Un &#233;diteur d'aphorismes ou de po&#232;mes. Servir de plateforme politique ou religieuse. Rencontrer des partenaires de jeux en ligne. Fascinante cette collection de masques, avec parfois plusieurs identit&#233;s pour une photo. Facebook est une entreprise de d&#233;multiplication, avec l'illusion de ne plus &#234;tre seul. Facebook, c'est un peu une pyramide dont on est le sommet ; l'essentiel n'est pas de se faire des amis, mais de constituer un r&#233;seau avec des fils invisibles. L'entreprise &#8212; au sens premier d'entreprendre &#8212; pouvait lui redonner des jambes, &#224; condition de savoir comment y entrer et &#224; quel fil s'accrocher.&lt;br&gt;
L'adage de MacLuhan disait &lt;i&gt;&#171; the massage is the message &#187; &lt;/i&gt;&#8212; autrement dit : Le canal = l'&#339;uvre... Et quand le message devient labyrinthique, l'&#339;uvre est profusion. Le message ressemblant &#224; la fois &#224; celui qui l'envoie, mais aussi &#224; celui ou celle qui la re&#231;oit.&lt;br&gt;
Juan eut l'id&#233;e d'abord de plaquer sa progression, non sur le plus strict des hasards, mais selon le d&#233;roulement d'un nombre irrationnel, ce qui est une fa&#231;on de dompter le hasard. D'abord, racine carr&#233;e de deux. Enfin, il opta pour un autre nombre irrationnel, ce qui restait la meilleure fa&#231;on de susciter l'infini, et donc le labyrinthe, mais cette fois l'expression d'un rapport : un plus racine carr&#233;e de 5, l'ensemble divis&#233; par deux. Autrement dit, le nombre d'or. Avec en t&#234;te plut&#244;t la &lt;i&gt;&#171; spirale d'or &#187;&lt;/i&gt;, inscrite dans le rectangle d'or, suscitant un centre imaginaire convergeant &#224; l'infini. L'or repr&#233;sentant &#224; la fois rapport et imaginaire.&lt;br&gt;
&#192; savoir : 1,61803399, etc. Un &#233;tant la base, qu'il se figurait par un centre : lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
Il s'agissait ensuite, &#224; partir de la virgule, de comptabiliser le 6&#232;me ami d'un membre de Facebook, puis le premier ami de celui-ci, puis le huiti&#232;me, etc. et de laisser un message sur le mur destin&#233; &#224; &#234;tre le fil du labyrinthe qui, de personne &#224; personne, pourrait &#234;tre le fil conducteur pour remonter &#224; lui. Le nombre d'or, &lt;i&gt;phi &lt;/i&gt;en grec, la premi&#232;re lettre de la sagesse, lui fournissait le dessin d'ensemble, la progression et le prolongement infini qui finirait par le mettre en face de son sosie, son fr&#232;re ou sa s&#339;ur de c&#339;ur, quelqu'un qui lui ressemblerait en tous points, car il ou elle aurait compris la teneur de sa d&#233;marche.&lt;br&gt;
Parmi ces messages qu'il &#233;grenait de mur en mur figurait :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; 7&#232;me d&#233;cimale apr&#232;s la virgule.&lt;br&gt;
Je suis dans le nid et pourtant n'y est pas&lt;br&gt;
A l'envers, il m'en manque trois &#187;. &lt;/i&gt;&#201;nigme pour dire 9.&lt;br&gt;
Ou, &#233;voquant le labyrinthe qu'il construit et qui se construit en lui : &lt;i&gt;&#171; Labyrinthie.&lt;br&gt;
Accepter d'&#234;tre enferm&#233; dans le labyrinthe, &lt;br&gt;
o&#249; la part de libert&#233; est d&#233;multipli&#233;e &lt;br&gt;
&#8212; r&#233;sistant &#224; la peur du multiple, &lt;br&gt;
c'est-&#224;-dire d'&#234;tre &#233;clat&#233; &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Cela toujours accompagn&#233; d'un chiffre renvoyant au num&#233;ro suivant d'ami ainsi qu'au rapport du nombre d'or. &lt;i&gt;&#171; Le labyrinthe, l'au-del&#224; des portes. &lt;br&gt;
Seul comme Janus bifrons. &lt;br&gt;
Le pr&#233;sent vu comme une porte &lt;br&gt;
&#8212; sans savoir o&#249; est l'int&#233;rieur. &lt;br&gt;
Cinq poursuivi &#187;.&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Et encore : &lt;i&gt;&#171; Ligne de l'&#233;criture, ligne du labyrinthe. &lt;br&gt;
Mais quand on &#233;crit &#224; l'envers du labyrinthe : plus on &#233;crit, plus on s'&#233;loigne de l'issue. Neuf pour faire suite &#187;.&lt;/i&gt; D&#233;finissant au fur et &#224; mesure les contours du labyrinthe, o&#249; les &#234;tres deviennent des chiffres et les chiffres une construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de cinq ans de progression, de po&#232;mes math&#233;matiques, en &#233;nigmes alg&#233;briques, en labyrinthiques r&#233;flexions sur Facebook, il tomba sur un profil qui le surprit. Un profil qui lui correspondait. Il y avait cette photo &#233;trange qu'il semblait d&#233;j&#224; avoir vu, dans un r&#234;ve peut-&#234;tre. Quelques clics : informations (&lt;i&gt;&#171; Ne se d&#233;place que par n&#233;cessit&#233; &#187;&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; profil, mur de po&#232;mes dans lesquels il &#233;tait question de d&#233;dales, de Minos et de sophistique (Commencer son chemin sous le signe de la perte. S'avancer pour s'&#233;garer et y trouver son compte...), il lui semblait avoir trouv&#233; une &#226;me toute pareille &#224; la sienne. Pourtant, ind&#233;cis et troubl&#233;, il pr&#233;f&#233;ra donner une impulsion sur les roues de son fauteuil roulant, il se dirigea dans le large couloir en direction de la salle de douche. Arriv&#233; &#224; la porte, il tourna les roues de sorte, en angle droit, &#224; faire face au grand miroir. Et il s'y regarda. Il mit un certain temps &#224; se contempler, il eut du mal &#224; se rendre compte que la photo du profil qu'il venait de d&#233;couvrir sur un compte Facebook suivant la progression du nombre d'or n'&#233;tait autre que la sienne. Ce visage rafistol&#233; qu'il ne reconnaissait pas, et qu'il fuyait, il lui avait fallu un labyrinthe pour le retrouver.&lt;br&gt;
C'est ainsi que Juan Algunes y Lucientes s'&#233;tait retrouv&#233; en face de lui-m&#234;me, et qu'il fut contraint de s'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;br&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;La parapl&#233;gie d&#233;signe la paralysie des deux membres inf&#233;rieurs.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De l'usage de Facebook (La construction du labyrinthe)</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt; Parapl&#233;gie &#8212;1&#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'aussi loin que peut porter le regard, dans toutes les directions possibles, se d&#233;roule l'invariable fauve de l'herbe s&#232;che, surmont&#233; de place eu place de l'arrondi des b&#339;ufs qui de temps &#224; autre l&#232;vent des cornes &#233;tonn&#233;es vers un ciel vide que fait trembler l'horizon. Au dessus, s'&#233;tire la longue banni&#232;re &#233;nigmatique des nu&#233;es sans fin. Au sud, les grands espaces de la Patagonie ; au nord, l'infini de la Pampa. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parapl&#233;gie &#8212;1&#8212;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aussi loin que peut porter le regard, dans toutes les directions possibles, se d&#233;roule&lt;br class='autobr' /&gt;
l'invariable fauve de l'herbe s&#232;che, surmont&#233; de place eu place de l'arrondi des b&#339;ufs qui de&lt;br class='autobr' /&gt;
temps &#224; autre l&#232;vent des cornes &#233;tonn&#233;es vers un ciel vide que fait trembler l'horizon. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
dessus, s'&#233;tire la longue banni&#232;re &#233;nigmatique des nu&#233;es sans fin. Au sud, les grands espaces&lt;br class='autobr' /&gt;
de la Patagonie ; au nord, l'infini de la Pampa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#232;s de Jacobacci, dans ce paysage sans limite et sans issue de l'Argentine, que naquit&lt;br class='autobr' /&gt;
Juan de Algunes y Lucieutes d'in p&#232;re joaillier et d'une m&#232;re br&#233;silienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enfance v&#233;cue dans la g&#234;ne de l'&#233;conomie d'un p&#232;re mettant l'essentiel de ses revenus dans&lt;br class='autobr' /&gt;
des assurances vieillesse qu'il n'eut le loisir de mettre &#224; profit. De cette &#233;poque, il se&lt;br class='autobr' /&gt;
souvient de cris et de coups de feu : un gar&#231;on vacher, victime d'insolation d&#233;charge sa&lt;br class='autobr' /&gt;
carabine winchester 70 sur le soleil. A dix ans, la voiture parentale est emport&#233;e sur une&lt;br class='autobr' /&gt;
cinquantaine de m&#232;tres par un train de marchandises qui file &#224; toute allure vers le nord, le&lt;br class='autobr' /&gt;
pneu avant de la Simca crev&#233; au passage &#224; niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan n'aurait pas voulu &#234;tre handicap&#233; avec sou p&#232;re. Bien que ce f&#251;t lui qui le fasse vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis. La retraite de son d&#233;funt p&#232;re que g&#232;re une tante de Buenos Aires lui permet d'avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
mi studio dans le quartier de Devoto. &lt;i&gt;Donde una puerta se cierra, otra se abre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moelle &#233;pini&#232;re enfonc&#233;e, il avait 10 ans, il en passa 2 &#224; l'h&#244;pital. Chaise roulante jusqu'&#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
fin de ses jours avec la tentation renouvel&#233;e de les abr&#233;ger ; il devait se faire &#224; son nouveau&lt;br class='autobr' /&gt;
corps et &#224; un visage rafistol&#233; par des chirurgiens. Dans les miroirs, il ne se retrouva pas. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
y contempla l'image de quelqu'un d'autre ; et jusqu'&#224; pr&#233;sent, quand il se rase les cheveux, il&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;prouve un inextinguible malaise devant un inconnu qui n'est autre que lui-m&#234;me. Le pire&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est quand il met la main sur d'anciennes photographies, d'avant l'accident, il ne se&lt;br class='autobr' /&gt;
reconna&#238;t pas non plus, et demeure &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me. Le verbe &#171; &#234;tre &#187; est une eau&lt;br class='autobr' /&gt;
trouble pour Juan Algunes y Lucientes. Dans les rapports avec les autres, il a le sentiment&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un obstacle ; quand on le regarde, l'autre ne le voit pas, il regarde quelqu'un qui n'est pas lui. &#192; chaque fois il a envie de dire : &#171; Celui que vous regardez n'est pas le vrai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-sept ans r&#233;volus, il abandonne sa scolarit&#233; ; il n'a plus aucune volont&#233; &#224; &#234;tre en groupe, le face &#224; face le d&#233;go&#251;te. Les professeurs en &#233;taient d&#233;sol&#233;s. Il y eut des psychologues : &#233;c&#339;urante, cette manie de vouloir &#224; tout prix fouiller dans la vie des gens. Qu'est-ce qu'ils en savaient ? Est-ce qu'ils peuvent se mettre &#224; sa place ?... A tous, il leur dit : &#171; Le plaisir de bien faire ce que l'on est charg&#233; de faire est mie forme de soumission &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement &#224; distance n'a pas fait illusion, six mois ont suffit. Trop dirigiste. Juan veut faire des recherches sur les points qui l'int&#233;ressent, et bifurquer quand il le veut. Avancer par hasard, t&#226;tonner, d&#233;couvrir. Laisser l'envie passer d'abord pour que le savoir se construise &#224; la mani&#232;re d'une surprise qui &#224; son tour fait labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Web c'est la toile d'araign&#233;e. Et il n'y a rien de plus proche du labyrinthe que la toile de l'araign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on consid&#232;re interne comme un labyrinthe, Google en est une porte d'entr&#233;e. Borges n'a pas pr&#233;vu cette forme du d&#233;dale qui traverse les continents, mais surtout virtuelle, qui n'existe pas. Plus haut et plus complexe que le labyrinthe, c'est le r&#234;ve r&#234;v&#233; du labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme a commenc&#233; ses recherches par les peintres de la laideur : Egon Schiele, Bruegel l'Ancien, J&#233;r&#244;me Bosch, Goya, Frida Kahlo... Pas de doute, ils repr&#233;sentent les sommets du visage humain. La t&#233;l&#233; a perdu tout &#231;a, comme elle a perdu le mime ; elle s'est acharn&#233;e &#224; gommer les asp&#233;rit&#233;s du visage, &#224; ce point qu'on ne pourrait plus regarder l'&#233;cran sans le masque de poudre dont chacun se couvre... Toutes ces gueules de plastique qui d&#233;filent dans les sitcoms l'ennuient au plus haut point, elles d&#233;forment la vraie vie, qui marque les corps et les esprits. C'est le grain de beaut&#233; qui rend la peau intelligente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses songeries pr&#233;f&#233;r&#233;es est celle du podium. Juan imagine un gigantesque podium, sur lequel se joue un spectacle de majorettes, regard&#233; par une mar&#233;e de chaises roulantes impassibles. Puis il leur est demand&#233; d'inverser les r&#244;les (par haut parleur) : alors, ce sont les chaises roulantes qui sont sur les planches, et les majorettes qui regardent. Les handicap&#233;s jouent aux autos-tamponneuses, ils se marrent, &#171; comme des tordus &#187;. Les majorettes sont immobiles comme des poteaux... Et renversement &#224; l'infini - l'absurde ad libitum : absurde venant de surdus, sourd en latin, sourd de partout. Les uns oblig&#233;s de regarder les autres, et &#224; n'y rien comprendre, voil&#224; une belle all&#233;gorie de la vie, se dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux roman asturien dit. &lt;i&gt;&#171; Gu&#226;ntos debe de haber en el mundo que hoyen de otros, porque no se ven a si mesmos !&lt;/i&gt;, Combien doit-il y en avoir par le monde qui fuient les antres parce qu'ils ne se voient pas eux-m&#234;mes ! &#187; Le probl&#232;me, c'est que les majorettes ne se voient qu'en majorettes, et elles l&#232;vent la jambe comme si elles pouvaient donner un coup de pied &#224; la lune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;br&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi&#8230;)&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le critique d'art</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/le-critique-d-art,57799</link>
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		<dc:date>2012-08-13T20:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;&#8220;Handicapable !&#8221; est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Handicapable !&#8221; est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La c&#233;cit&#233; &lt;/strong&gt;&#8212; 2 &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion m'amena &#224; l'histoire que nous avait racont&#233;e un dimanche au d&#233;jeuner mon oncle. Immobilis&#233; plusieurs semaines dans un lit d'h&#244;pital, suite &#224; un vilain accident de moto, il avait un voisin dans la m&#234;me situation que lui, dans chambre d'&#224; c&#244;t&#233;. Mais cet alit&#233; &#233;tait proche d'une fen&#234;tre par laquelle il pouvait regarder. S'&#233;tant li&#233;s par des plaisanteries sur le corps m&#233;dical et le traitement qu'ils avaient &#224; subir, mon oncle, pour tromper son ennui, avait demand&#233; &#224; son voisin de lui d&#233;crire la vue de la crois&#233;e. L'autre lui lit des descriptions d&#233;taill&#233;es de la teinte des nuages qui &#233;voquait tant&#244;t Delacroix tant&#244;t telle &#339;uvre de Renoir. Il lui raconta les pigeons sur le pav&#233; qui se disputent une crotte de chien, le chat voleur, l'homme seul qui attend interminablement, bouquet de fleurs &#224; la main qui finira &#224; la poubelle &#224; la fin de la journ&#233;e, le chien qui urine sur la jambe d'une comm&#232;re..., les mille et un riens qui peuplent la vie d&#232;s lors qu'on s'y arr&#234;te, ribambelle de petites choses charmantes, prises sur le vif. Un anti-Chaminadour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand mon oncle sortit de sa chambre d'h&#244;pital, il ne put exprimer sa gratitude envers son voisin bienfaiteur : celui-ci se trouvait en cure dans un autre &#233;tablissement. Au terme d'une longue r&#233;&#233;ducation, mon oncle tint &#224; saluer le compagnon qui lui avait si heureusement tenu compagnie &#224; l'h&#244;pital. Il retourna au C.H.R. avec un cadeau : un livre de Proust et un autre de Bloy. Le lit de la chambre 133 &#233;tait vide. Il se hasarda vers la fen&#234;tre pour enfin voir la vue qui lui avait &#233;t&#233; si souvent d&#233;crite. Il y contempla l'effervescence de la ville. Tout y &#233;tait : l'arr&#234;t de bus, la boulangerie, la circulation, le trou des &#233;gouts par lequel s'&#233;chappaient les rats, le tournant, l'immeuble d'en face de 4 &#233;tages surmont&#233;es d'antennes t&#233;l&#233;, le chat du premier et, par-dessus, un soleil &#224; la Van Gogh. Il revint dans le couloir cherchant une infirmi&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Pardon, mademoiselle, le monsieur qui &#233;tait dans la 133 n'est pas revenu de sa cure...?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Vous parlez du monsieur de la chambre 133 ? &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Oui, &#224; c&#244;t&#233; de la 134.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Il est d&#233;c&#233;d&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Ah bon ?... &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Attendez que je v&#233;rifie &#187;.&lt;/i&gt; Elle regarda ses &lt;i&gt;registres. &#171; Oui, c'est bien &#231;a, un vieil aveugle charmant, tout le monde au bloc l'aimait bien. &#199;a nous a fait de la peine de le voir partir. Il n'avait pas de famille.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Un aveugle, vous dites ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Oui. C&#233;cit&#233; totale. &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Merci &#187;&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Et mon oncle repartit avec ses livres, qu'il cacha sous son bras, se souvenant de leurs rires lorsqu'il avait lanc&#233; &#224; son voisin qu'il &#233;tait devenu son b&#226;ton d'aveugle &#8212; alors qu'il l'&#233;tait, aveugle ! Et toutes ces histoires, plus vraies que nature sur la rue d'en bas... Mon oncle avait pouss&#233; l'impudence de lui raconter l'histoire de ce non-voyant qui, entr&#233; chez sa concierge, croyait causer avec un homme et qui se rendit compte soudain que c'&#233;tait avec un perroquet, que la brave dame venait d'acheter. Et quand elle reparut, il quitta la loge, en lui lan&#231;ant, furieux : &lt;i&gt;&#171; Mais, vous, qu'est-ce qui me dit que vous n'&#234;tes pas vous-m&#234;me un perroquet ! - Une perroquette, plut&#244;t ! &#187;, &lt;/i&gt;se rabroua la bonne femme. Qu'est-ce qu'ils avaient ri de cette histoire &#8212; et qu'est-ce qu'il avait honte d'avoir racont&#233; une pareille &#226;nerie &#224; un bonhomme qui &#233;tait aveugle. Puis, dans le couloir de l'h&#244;pital qui le menait &#224; la sortie, mon oncle crut entendre &lt;i&gt;&#171; des pas qui derri&#232;re lui r&#233;sonnaient &#187;,&lt;/i&gt; il s'est retourn&#233;, rien.&lt;br&gt;
Ces propos sonn&#232;rent &#233;trangement &#224; ma conscience, un aveugle critique d'art ! Et je me suis dirig&#233; moi aussi vers la sortie, empruntant la galerie de la Renaissance, sans accorder un regard aux L&#233;onard et aux Rapha&#235;l, et puis je me suis retourn&#233;. Ce qui me suivait, c'&#233;tait la m&#233;lodie de guitare qui ouvre &#8220;Wormhole Wizards&#8221; de Joe Satriani qui, en un contraste improbable, fait flotter des notes tenues, tendres, perdues, au-dessus d'une basse-batterie ostinato, carr&#233;e, forte et entrainante... Ensemble qui r&#233;sumait pour moi les bizarreries d'une vie que l'on croit trop attendue et rationnelle. Ainsi du c&#339;ur qui parfois ne bat plus &#224; l'unisson du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;La c&#233;cit&#233; est une d&#233;ficience visuelle totale. La c&#233;cit&#233; provient soit d'une maladie de l'&#339;il, soit d'une destruction du cortex visuel. La plupart des personnes atteintes de c&#233;cit&#233; d&#233;veloppent les autres sens comme celui du toucher ou de l'ou&#239;e. Le toucher va alors servir pour l'apprentissage et la ma&#238;trise de l'alphabet Braille, un assemblage de points en relief.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le critique d'art</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/le-critique-d-art,57738</link>
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		<dc:date>2012-08-09T20:28:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;&#8220;Handicapable !&#8221; est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Handicapable !&#8221; est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'&#8220;Handicapable !&#8221;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La c&#233;cit&#233; &#8212; 1 &#8212;&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
J'entendis une voix derri&#232;re moi.&lt;br&gt;
&#171; Vous pouvez me dire o&#249; se trouve la Parabole des aveugles ? &#187;&lt;br&gt;
Je souriais, pensant qu'un camarade de fac qui par hasard me croisait au Louvre voulait me faire une farce.&lt;br&gt;
&#171; Devant vous. &#187;, ai-je r&#233;pondu. &lt;br&gt;
&#171; Vous pourriez me le d&#233;crire. &#187; &lt;br&gt;
Je tournais la t&#234;te. Je d&#233;couvris un vieil homme avec des lunettes de soleil invraisemblables, montures d'un jaune aussi vif qu'un tournesol de Van Gogh. D'un premier mouvement, j'eus envie de rire visiter un mus&#233;e avec des lunettes noires, il fallait &#234;tre dandy ou original, mais je me ravisais &#224; l'id&#233;e que le vieux monsieur pouvait &#234;tre aveugle.&lt;br&gt;
&#171; Quelles en sont les dimensions ? &#187; &lt;br&gt;
Je cherchais du regard le panneau indicatif.&lt;br&gt;
&#171; 86 centim&#232;tres sur 1 m&#232;tre 54, dans le sens de la longueur, r&#233;pondis-je. Le cadre suit le cort&#232;ge des aveugles.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Vous pouvez me le d&#233;crire ?...&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Le premier aveugle, sur la droite, est le personnage le plus bas du tableau, tomb&#233;, il est dans la fange, pieds par dessus t&#234;te ; le second, derri&#232;re, qui s'est accroch&#233; &#224; lui, est pris dans la dynamique de chute : &#224; moiti&#233; courb&#233;, son visage tourn&#233; vers nous qu'il semble prendre &#224; t&#233;moin indique la place du spectateur dans I'&#339;uvre qui serait celle de celui qui se tient dans un &#233;quilibre pr&#233;caire. Le troisi&#232;me aveugle qui s'accroche au pr&#233;c&#233;dent par l'&#233;paule, t&#234;te en l'air, est entra&#238;n&#233; ; trois autres derri&#232;re se pressent de la m&#234;me mani&#232;re... L'ensemble dans des teintes terreuses, mais avec un c&#244;t&#233; humoristique ind&#233;niable, un c&#244;t&#233; sarabande catastrophique.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- De quelle couleur est le ciel ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Le ciel est d'un gris uniforme, dur, &#233;pais, bouch&#233;. J'allais dire aveugle. &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Et la sc&#232;ne est approfondie d'un paysage&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- La campagne. Au loin, le clocher d'une &#233;glise catholique. Il semble assez clair que la mise en perspective est protestante.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Bien s&#251;r... Vous pouvez me dire pourquoi ces aveugles repr&#233;sentent des pharisiens ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Les pharisiens sont si s&#251;rs d'&#234;tre des justes que toute contradiction leur semble provenir de l'orgueil ou de l'aveuglement. Ils vivent dans le miroir des autres. Et leur propre aveuglement les m&#232;ne au foss&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Vous pensez que ce tableau se moque des aveugles, et de leur absence au monde ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Le peintre se moque de l'aveuglement de l'esprit qui peut &#234;tre bien plus grand que l'aveuglement de la chair. Le b&#226;ton qui les relie &#233;voque la rudesse de l'esprit unique... On trouve d'ailleurs une repr&#233;sentation de ce th&#232;me dans le tableau des Proverbes de 1559.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Et vous pensez qu'il y a du voyeurisme ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Le voyeurisme ne renvoie jamais &#224; la condition de celui qui contemple, et ne songe aucunement &#224; son &#233;l&#233;vation. Le voyeurisme est aveugle &#224; lui-m&#234;me. D'ailleurs le sujet du tableau n'est pas les aveugles.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Savez-vous &#224; quoi pourrait ressembler le portrait de voyants ex&#233;cut&#233; par un aveugle ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Euh, non, je l'ignore...&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Je vous remercie Monsieur.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Vous savez o&#249; aller ensuite ? &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Ne vous inqui&#233;tez pas, je trouverai bien le chemin de la sortie, mes oreilles ne me trompent pas.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Je vous souhaite me bonne journ&#233;e. De nouveau seul, je regardais le tableau d'une autre mani&#232;re. Il me semblait plus grand. L'oeil a ce que l'on appelle un &lt;i&gt;point aveugle&lt;/i&gt; qui&lt;br&gt;
correspond au d&#233;part du nerf optique. L'illusion serait de croire que l'oeil voit tout. La facult&#233; d'imagination n'est-elle pas ce qui reconstitue ce qui &#233;chappe au regard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi)&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une poup&#233;e aux si grands yeux</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/une-poupee-aux-si-grands-yeux,57667</link>
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&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d''Handicapable !'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mutisme &#8212; 2 &#8212;&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Encourag&#233; par sa confidence inesp&#233;r&#233;e, je suis revenu la voir, quelques semaines apr&#232;s, au fond du jardin, une soir&#233;e. Je fus accueilli par un sourire plus &#233;nigmatique que jamais.&lt;br&gt;
Alors je me suis accroupi et je lui ai racont&#233; une histoire avec les mots et les gestes : l'histoire d'une poup&#233;e qui engloutit les mots.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il &#233;tait une fois&lt;/i&gt; (en langage des signes, on mime : Il y a tr&#232;s, tr&#232;s longtemps) &lt;i&gt;une poup&#233;e aux grands yeux qui ne parlait pas. Mais elle entendait les mots et les adorait. Elle &#233;coutait beaucoup les gens autour d'elle, sa ma&#238;tresse, les parents de son amie. En fait, elle adorait les mots. Elle collectionnait les plus jolis, les plus &#233;tranges, elle s'en faisait des rubans pour les cheveux, des ch&#226;teaux pour dormir dedans, des for&#234;ts pour s'y promener, des lunes et des &#233;toiles pour r&#234;ve. C'&#233;tait un paysage &#224; &#233;couter, une &#238;le pour regarder, sentir, aimer.&lt;br&gt;
Mais voil&#224;, elle savait qu'un jour il faudrait qu'elle rende tous ces mots, qu'elle les rende avant de partir&#8230;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- O&#249; ?,&lt;/i&gt; me demanda-t-elle par geste.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Plus loin, dans un autre monde. Tu comprends ? &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Elle fit oui de la t&#234;te.&lt;br&gt;
Et elle signa : &lt;i&gt;&#171; Ton histoire est termin&#233;e ? &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Oui, et elle est pour toi &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Elle me remercia. Je lui souhaitais une bonne soir&#233;e, et je m'&#233;loignais.&lt;br&gt;
Je n'ai plus revu par la suite cette petite fille. Elle est partie, je crois, pour la m&#233;tropole. L'herbe a commenc&#233; &#224; monter de l'autre c&#244;t&#233; du grillage. Jusqu'au jour o&#249;, &#224; nouveau, je la retrouvais rase : de nouveaux voisins s'&#233;taient install&#233;s.&lt;br&gt;
Peut-&#234;tre vingt ans ont pass&#233;. J'aime ces p&#233;riodes o&#249; il ne se passe rien. J'ai trop souffert dans ma jeunesse d'excessifs bouleversements pour ne pas souhaiter une fin de vie o&#249; tout serait quasi immobile. A la fa&#231;on d'une lecture d'un roman de 500 pages. Puis un soir, j'ai aper&#231;u une bo&#238;te au fond du jardin, pr&#232;s de la cl&#244;ture. Je m'y suis dirig&#233;, &#233;tonn&#233;. J'ai pris le carton, je l'ai trouv&#233; l&#233;ger, je l'ai ouvert : dedans s'y trouvait une poup&#233;e. La m&#234;me poup&#233;e aux grands yeux que poss&#233;dait mon ancienne voisine. Je levais la t&#234;te, cherchais du regard : la bo&#238;te pouvait &#234;tre l&#224; depuis une minute, ou depuis plusieurs heures, je ne pouvais pas le savoir. J'y ai regard&#233; &#224; nouveau, soulev&#233; la poup&#233;e qui happait le monde avec ses grands yeux. En dessous, un papier pli&#233; en quatre. Je m'en suis saisi d&#233;licatement, comme s'il s'agissait d'un tr&#233;sor. D&#233;pli&#233;, il y avait dessus un mot, un seul : &lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Merci &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;br&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#192; Anne-Lise, &lt;br&gt;
&#192; Mme Nathalie Pelloud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un site pour trouver des vid&#233;os de signes correspondant &#224; chaque mot : isfdico-injsmetz.fr &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Livre consacr&#233; &#224; l'apprentissage de la langue des signes &#8220;Dictionnaire 1.200 signes (langue des Signes fran&#231;aise)&#8221;, &#233;ditions Monica Companys.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une poup&#233;e au si grands yeux</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/une-poupee-au-si-grands-yeux,57614</link>
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&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d'Handicapable !.'&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Line poup&#233;e aux si grands yeux &#8212; Le mutisme &#8212; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais su d'elle son pr&#233;nom. Et pourtant, je ne saurais dire combien son ombre gracile, sa silhouette h&#233;sitante, son air lointain, m'&#233;taient familiers. Il ne se trouvait pas un jour sans que je n'eusse aper&#231;u sa forme gambader, accourir au grillage au fond du jardin o&#249; elle semblait avoir rassembl&#233; tous ses tr&#233;sors, qui &#233;taient ceux de l'enfance. La petite fille y avait dessin&#233; peu &#224; peu un p&#233;rim&#232;tre de jeu, un espace magique, aussi sacr&#233; que peut l'&#234;tre l'enceinte d'une &#233;glise &#8212; et elle aimait &#224; y passer du temps, un temps entre parenth&#232;ses, un temps dilat&#233; &#224; la fa&#231;on d'une loupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit &#234;tre fragile n'&#233;tait pas seulement &#224; l'horizon de mon jardin, elle se trouvait dans un coin de mon existence comme un f&#233;tiche. Le dimanche, sortant sur ma terrasse, je m'attendais &#224; la voir, s'amusant, seule, mais heureuse, occup&#233;e de sa poup&#233;e, &#224; je ne sais quelle myst&#233;rieuse connivence. Une poup&#233;e qui n'&#233;tait pas de celle que l'on trouvait en supermarch&#233;, plastifi&#233;e et hypersexu&#233;e, c'&#233;tait une poup&#233;e de chiffons, de celles qui sont faites avec de grands eux immobiles et ronds. Quel &#226;ge pouvait avoir cette enfant ? Cinq, Six ans ? Je la saluais g&#233;n&#233;ralement de la main, sans trop insister de peur de faire s'envoler l'oiseau timide, et vaquais &#224; mon petit jardinage. En rentrant, je levais les veux, souvent elle me regardait, immobile, nous &#233;changions un signe, et je franchissais la v&#233;randa. C'est dr&#244;le de le dire, cette si petite pr&#233;sence, ce n'&#233;tait rien dans mon existence et pourtant c'&#233;tait beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s P&#226;ques, je m'en souviens, car j'avais d&#233;pos&#233; de l'autre c&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de la cl&#244;ture le matin, bien &#224; l'ombre, quelques oeufs en chocolat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;color&#233;s. Je m'&#233;tais dit qu'il serait souhaitable de la visiter au fond du&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;jardin, d'&#233;changer quelques mots, lui demander si elle avait aim&#233; le chocolat. Avec h&#233;sitation, ce dimanche-l&#224;, enfin de journ&#233;e, je me suis approch&#233; du grillage de s&#233;paration. La petite jouait ; d&#233;viant un peu ma trajectoire, je me suis dirig&#233; vers le bosquet d'hortensias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'est arr&#234;t&#233;e dans son occupation pour me regarder de ses yeux &#233;tonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voisinage me l'avait dit muette &#8212; de fait, je n'avais jamais entendu le son de sa voix. En elle, j'associais des bruits de branches,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'herbes, de cailloux, de bruissement de sable, mais pas de tonalit&#233; de voix. Elle rassemblait en elle de multiples sons, c'&#233;tait la fillette aux chants du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieux papa, j'avais su les rudiments de la langue des signes, un ami m&#233;decin m'avait amicalement recommand&#233; d'en apprendre quelques signes pour communiquer, avant l'apparition de la parole, avec ma nouveau&#8209;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma propre fille avait grandi, elle &#233;tait en m&#233;tropole, je n'existais plus trop pour elle, elle avait tant de choses &#224; faire &#8212; et voil&#224; que bizarrement cette enfant me rapprochait de ce temps-l&#224;, de la petite fille que j'avais, du jeune papa que j'&#233;tais. Le chemin que j'avais parcouru jusqu'&#224; cette enfant &#233;tait donc multiple et complexe, je devais avoir l'air emprunt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant lentement, et faisant des signes, je lui ai dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle a l'air gentille cette poup&#233;e... &#187; Mon doigt rest&#233; en suspens fut accueilli par un sourire. Elle me tendit le jouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai regard&#233;e comme si je regardais quelqu'un, je la tenais dans mes deux mains comme s'il s'agissait d'un petit &#234;tre et j'ai demand&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi elle ne parle pas, ta poup&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite ouvrit la bouche, il n'en sortit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais pr&#233;par&#233; une r&#233;ponse amusante : &#171; Tu sais pourquoi elle ne parle pas ta poup&#233;e ? &#187; Elle avait secou&#233; la t&#234;te, et ouvrit lentement la bouche et d'une fa&#231;on presque inaudible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Parce qu'elle n'ose pas. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix rauque, atone, presque adulte. C'&#233;taient les premiers mots que je lui entendais prononcer. J'&#233;tais boulevers&#233;. Ne sachant trop qu'ajouter, je remis entre ses mains sa poup&#233;e. Gagn&#233; par un malaise plus fort que moi, je fis un clin d'oeil et un au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, en questionnant les voisins, j'apprenais qu'elle avait &#233;t&#233; recueillie par ses grands-parents &#8212; de gentilles personnes &#8212;, parce que ses parents avaient &#233;t&#233; victimes d'an accident. Chaque fois, le matin, que je la voyais partir en minicar scolaire vers son &#233;cole pour sourds et muets de Saint&#8209;Denis, je lui adressais un signe auquel elle r&#233;pondait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'enfant ogre</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/l-enfant-ogre,57567</link>
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		<dc:date>2012-07-30T20:35:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d''Handicapable !'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dyslexie &lt;/strong&gt;&#8212; 3 &#8212;&lt;strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
C'&#233;tait amusant le Po&#232;te et Pierrot, qui n'ayant pas leur place sur Terre, pr&#233;f&#233;raient l'exil dans la lune pour pouvoir enfin pr&#233;sider sur quelque chose : sur leur r&#234;ve, et ils en emportait avec eux le r&#233;citant qui terminait le po&#232;me la bouche en forme de lune.&lt;br&gt;
Ou encore cette vieille ritournelle tourangelle du XVIII&#232;me si&#232;cle :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Dans le mitan du lit &lt;br&gt;
La rivi&#232;re est profonde... &lt;br&gt;
Tous les chevaux du roi &lt;br&gt;
Pourraient y boire ensemble... &#187; &lt;/i&gt;Des vers qui faisaient penser, au travers du voilage d&#233;licat des mots, &#224; un sommeil d'anges trou&#233; de r&#234;ves lumineux.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Org s'&#233;tait retrouv&#233; emport&#233; par cette n&#233;cessit&#233; des mots, comme la mer emporte la barque. Il apprenait par c&#339;ur et ne pouvait rien oublier, c'&#233;tait plus fort que lui. Manger quoi que ce soit, c'e&#251;t &#233;t&#233; rendre le beau laid. Il &#233;tait pris aux filets du rythme et des rimes, emport&#233; par les syllabes et les c&#233;sures. Il se prit &#224; observer les mots, &#224; les contempler, &#224; les appr&#233;cier, &#224; reconna&#238;tre leur enti&#232;re n&#233;cessit&#233;. Il les vit comme chaque pi&#232;ce d'un puzzle qui, s'il en manquait un, g&#226;chait l'ensemble. Comme la petite chose fait la grande ! Il commen&#231;a alors &#224; pr&#233;server la po&#233;sie et le sens, comme on cajole un b&#233;b&#233; oiseau sorti de son nid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet objet, l'objet po&#232;me, devenait sa chose. Il en prenait soin, sous peine de le perdre. Ainsi Org commen&#231;a &#224; respecter les mots et r&#233;fr&#233;ner sa fringale. Il se rendit bien compte que, dans les dictionnaires, il y en a d'admirables, des mots. &lt;i&gt;&#171; Boursoufl&#233; &#187;,&lt;/i&gt; c'est dr&#244;le ! &lt;i&gt;&#171; Bienfaisance &#187;,&lt;/i&gt; c'est deux mots qui ont uni leurs forces... Dans &lt;i&gt;&#171; nonchalant &#187;,&lt;/i&gt; il y a &lt;i&gt;&#171; non &#187;. &#171; Courage &#187;&lt;/i&gt; vient de &lt;i&gt;&#171; c&#339;ur &#187;&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;&#171; partage &#187;&lt;/i&gt; est proche de &lt;i&gt;&#171; partir &#187;&lt;/i&gt; ; et le mot &lt;i&gt;&#171; cil &#187;,&lt;/i&gt; comme il dit bien la petite chose en remontant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Org naquit alors une seconde fois et ce fut au langage. Il devint peu &#224; peu un champion de vocabulaire, et brillant &#233;l&#232;ve en fran&#231;ais. De temps &#224; autre, il mangeait quelques mots, parfois des phrases enti&#232;res, mais seulement quand c'&#233;tait mauvais et mal &#233;crit. Et par cette m&#233;thode, il acquit le go&#251;t de la bonne litt&#233;rature, lorsque le mot est juste, qu'il occupe la bonne place, qu'il fait r&#233;sonner la phrase enti&#232;re. On ne peut rien toucher, sinon on d&#233;truit le sens. C'est comme danser sur un fil, il ne faut faire aucun faux pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus tard, il devint, &#224; ce que j'appris, chroniqueur litt&#233;raire pour un certain journal, ici, &#224; La R&#233;union. Et en effet, je suis all&#233; voir son travail sur le Net. Je sais qu'&#224; pr&#233;sent, c'est un sacr&#233; d&#233;voreur de livres. Ce n'est pas parce qu'il &#233;crivait difficilement qu'il &#233;tait condamn&#233; &#224; rester mauvais en fran&#231;ais. Et &#231;a aussi, il a d&#251; l'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il n'y a pas que des le&#231;ons &#224; apprendre, le plus important, c'est qu'il faut s'apprendre soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;br&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;- La dyslexie est un trouble sp&#233;cifique de l'apprentissage de la lecture, li&#233; &#224; une difficult&#233; particuli&#232;re &#224; identifier les lettres ou les mots qui se manifeste en l'absence de tout d&#233;ficit visuel, auditif ou intellectuel.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;- Les sp&#233;cialistes estiment la proportion d'enfants dyslexiques &#224; un sur dix, autrement dit, en moyenne trois enfants par classe. Ce qui veut dire un taux de d&#233;pistage et une prise en charge r&#233;elle extr&#234;mement faible, au regard de cette estimation. Trop rares encore sont les enfants pris en charge par un orthophoniste.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;On peut aussi s'interroger sur l'absence de structures adapt&#233;es au sein de l'&#201;ducation nationale : pourquoi ne pas int&#233;grer des orthophonistes au sein de l'&#233;cole ? C'est toute une mentalit&#233; &#224; changer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;- Pour en savoir plus, sur la toile :
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;APEDA&lt;/strong&gt;, association fran&#231;aise de parents d'enfants en difficult&#233; d'apprentissage du langage &#233;crit et oral&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Fondation dyslexie&lt;/strong&gt;, sur la toile.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;- Voir aussi l'article en ligne &#8220;La demi-place restante&#8221; sur temoignages.re/c'en est trope !&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'enfant ogre</title>
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&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'Handicapable !' est le nom d'une rubrique bi-hebdomadaire qui couvre les vacances d'hiver et dont l'objet est d'&#233;voquer non tant le handicap que le handicap&#233; &#224; travers des histoires qui le mettent en sc&#232;ne. Les r&#233;cits qui vous seront propos&#233;s les mardis et vendredis cherchent &#224; faire d&#233;couvrir ce que repr&#233;sentent les mots &#8212; parfois inqui&#233;tants &#8212; de myopathie, de dyslexie, d'autiste, de mutisme, de parapl&#233;gie, de trisomie..., et &#224; nous rendre plus proches ces affections, au double sens du terme. Mieux regarder le handicap est le d&#233;fi d''Handicapable !'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dyslexie &lt;/strong&gt;&#8212; 2 &#8212;&lt;strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&lt;br&gt;
&#171; Combien de fois as-tu recopi&#233; la phrase ? &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Cinq : 5 fois.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Et apr&#232;s ?&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Org leva les yeux vers le plafond comme pour y chercher quelque chose : &lt;i&gt;- Disparu.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Tiens donc ! &#187;&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Le professeur lut la copie de l'&#233;l&#232;ve, il y avait :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un mot a &#233;t&#233; mang&#233;.&lt;br&gt;
Un a &#233;t&#233; mang&#233;. &lt;br&gt;
A &#233;tait mang&#233;. &lt;br&gt;
&#201;t&#233; mang&#233;. &lt;br&gt;
Mang&#233;. &#187;&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;Et puis c'&#233;tait tout. La phrase s'&#233;tait raccourcie jusqu'&#224; disparition totale.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Tu peux m'expliquer &#231;a ?,&lt;/i&gt; demanda le professeur. &lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Il n'y a plus rien apr&#232;s...,&lt;/i&gt; se contenta d'ajouter l'ogron.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Mais la phrase : qu'est-ce qu'il lui est arriv&#233; ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Elle s'est mang&#233;e elle-m&#234;me... Jusqu'au verbe manger qui s'est d&#233;vor&#233; lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Tu peux m'expliquer ?...&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Ben, &#8220;Un mot a &#233;t&#233; mang&#233;&#8221;, le mot &#8220;mot&#8221; a donc disparu : c'est lui qui a &#233;t&#233; mang&#233;... Puis dans &#8220;un a &#233;t&#233; mang&#233;&#8221;, c'est le &#8220;un&#8221; - normal. &#8220;A &#233;t&#233; mang&#233;&#8221;, c'est au tour du A, il a donc disparu. Ensuite &#8220;&#233;t&#233;&#8221; a &#233;t&#233; d&#233;vor&#233;. Il restait le mot &#8220;mang&#233;&#8221; qui s'est d&#233;vor&#233; lui-m&#234;me. Apr&#232;s &#231;a, je ne pouvais pas continuer : il n'y avait plus rien.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Bon... Je vois... On se retrouve demain &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Org sortit de la salle.&lt;br&gt;
Symptomatique. A ce compte-l&#224;, l'&#233;l&#232;ve n'allait rien apprendre, ou n'apprendrait que des bouts de le&#231;ons qui ne lui serviraient &#224; rien, qui lui embrouilleraient plut&#244;t la cervelle. Il fallait r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine d'apr&#232;s, le professeur proposa &#224; la classe une r&#233;citation qu'il fit d'abord r&#233;p&#233;ter afin que tous s'impr&#233;gnassent de son rythme. Seulement apr&#232;s, il l'&#233;crivit au tableau. Les &#233;l&#232;ves recopiaient la chanson, couplets et refrain, et le professeur en soulignait la construction, marquait l'importance des r&#233;p&#233;titions, des parall&#233;lismes, des sym&#233;tries, de sorte que les &#233;l&#232;ves per&#231;oivent chaque mot comme une n&#233;cessit&#233;. Il fallait faire comprendre &#224; la classe qu'en &#244;ter un aurait &#233;t&#233; cass&#233; la chanson. Il fallait que les &#233;l&#232;ves sachent que chaque mot est individuellement et collectivement une partie du po&#232;me, que chaque partie est responsable du tout, comme les &#233;l&#232;ves dans une classe, ou bien comme dans une cath&#233;drale o&#249; chaque pierre s'embo&#238;te l'une &#224; l'autre et supporte l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce po&#232;me, le voici :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Pour monter au cocotier, cocotier, cocotier, Pour monter au cocotier, &lt;br&gt;
Il faut avoir les bras muscl&#233;s... &lt;br&gt;
OUI MAIS &lt;br&gt;
Pour avoir les bras muscl&#233;s, bras muscl&#233;s, bras muscl&#233;s, &lt;br&gt;
Pour avoir les bras muscl&#233;s, &lt;br&gt;
Il faut boire du lait de coco... &lt;br&gt;
OUT MAIS &lt;br&gt;
Pour boire du lait de coco, lait de coco, lait de coco, &lt;br&gt;
Pour boire du lait de coco,&lt;br&gt;
Il faut monter au cocotier... &#187;&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Lecture et relecture &#224; haute voix. Ce fut au tour d'Org de le lire sans rien omettre. Embarqu&#233; dans le rythme, il s'arr&#234;ta &#224; cocotier.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Et apr&#232;s ?,&lt;/i&gt; demanda le professeur. &lt;br&gt;
&lt;i&gt;- Apr&#232;s... c'est termin&#233;. &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Pas du tout. Voyons, relis le dernier vers et apr&#232;s le premier... &#187;.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;L'&#233;l&#232;ve comprit que la fin c'&#233;tait le d&#233;but, que la chanson &#233;tait infinie comme une rivi&#232;re. Tous les matins, Org devait r&#233;p&#233;ter la chanson sans rien omettre. Il lui arriva m&#234;me de ne plus s'arr&#234;ter d'&#234;tre pris par la m&#233;canique du po&#232;me. Le professeur n'utilisa plus que des po&#232;mes versifi&#233;s et des chansons au rythme entra&#238;nant.&lt;br&gt;
Comme ce po&#232;me de Laforgue enserr&#233;e dans sa gaine m&#233;lodique :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Au clair de la lune, &lt;br&gt;
Mon ami Pierrot, &lt;br&gt;
Filons, en costume, &lt;br&gt;
Pr&#233;sider l&#224;-haut. &lt;br&gt;
Ma cervelle est morte. &lt;br&gt;
Que le christ l'emporte ! &lt;br&gt;
B&#233;ons &#224; la Lune, &lt;br&gt;
La bouche en z&#233;ro&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite dans le num&#233;ro de mardi)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enfant ogre </title>
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		<dc:date>2012-07-23T20:57:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois un enfant qui n'&#233;tait pas tout &#224; fait comme les autres. Il &#233;tait diff&#233;rent parce que, lui, c'&#233;tait un Ogron. Vous ne savez pas ce que c'est ? Le mot ne figure pas dans le dictionnaire ? C'est que votre dictionnaire n'est pas assez gros ou d'une parution trop r&#233;cente. Un Ogron, c'est un enfant d'Ogre, dictionnaire de l'Acad&#233;mie de Louis XLV. &lt;br class='autobr' /&gt; Ne vous y trompez pas, il ne mangeait ni ses camarades, ni sa ma&#238;tresse. Les Ogres sont aujourd'hui autrement bien &#233;duqu&#233;s, ils ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois un enfant qui n'&#233;tait pas tout &#224; fait comme les autres. Il &#233;tait diff&#233;rent parce que, lui, c'&#233;tait un Ogron. Vous ne savez pas ce que c'est ? Le mot ne figure pas dans le dictionnaire ? C'est que votre dictionnaire n'est pas assez gros ou d'une parution trop r&#233;cente. Un Ogron, c'est un enfant d'Ogre, dictionnaire de l'Acad&#233;mie de Louis XLV.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ne vous y trompez pas, il ne mangeait ni ses camarades, ni sa ma&#238;tresse. Les Ogres sont aujourd'hui autrement bien &#233;duqu&#233;s, ils ne sont pas sauvages ni voraces, ils n'ont pas des dents partout comme ils en avaient jadis au temps des &#034;Contes de ma m&#232;re l'Oye&#034;, sous le r&#232;gne de Louis le XIVe. Ils ne vivent pas dans une cabane au fond des bois les plus enchev&#234;tr&#233;s et crochus &#224; attendre que de la &#034;chair fra&#238;che&#034; vienne &#224; heurter &#224; la porte. Ils n'ont plus rien de commun avec le vieux dieu Saturne, Temps qui d&#233;vore ses enfants, ni avec le Cyclope hom&#233;rique qui roule son oeil ; ils ne sont ni dieux, ni b&#234;tes : ils sont parmi nous, respectueux de la vie d'autrui et de la r&#232;gle commune : la plupart ont la t&#233;l&#233;, des jeux vid&#233;os, une voiture, une maison. Bref, ils nous ressemblent en tout point, &#224; ceci pr&#232;s qu'ils d&#233;vorent la vie &#224; pleines dents, mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restait &#224; notre Ogron quelque chose de son h&#233;r&#233;dit&#233; : il mangeait les mots. C'&#233;tait une faim insatiable, immod&#233;r&#233;e, une v&#233;ritable fringale. A peine commen&#231;ait-il &#224; balbutier qu'il commen&#231;a par grignoter son pr&#233;nom. Ses parents l'ayant appel&#233; Georges cela devint &#171; Gorge &#187;, puis &#171; Orge &#187;, qui est aussi le nom d'une c&#233;r&#233;ale qui lui ressemblait puisque ses cheveux &#233;taient pareils &#224; des &#233;pis et de la m&#234;me couleur. Et au fil des ans, cela finit par donner Org. Quelque chose comme une mauvaise conscience l'emp&#234;chait de d&#233;vorer le g final...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fallait pas plus, &#224; l'&#233;cole, pour qu'il rend&#238;t les livres qu'il avait emprunt&#233;s au CDI, d&#233;barrass&#233;s de tous leurs mots et souvent m&#234;me du titre : &#8220;Le Petit Prince&#8221; devint &#8220;Le Petit&#8221;. &#8220;Les Contes du chat perch&#233;&#8221; se transforma en &#8220;perche&#8221;... Car il se d&#233;lectait des accents comme des hors-d'oeuvre. &#8220;Mathilda&#8221; &#233;tait devenue &#8220;Mat&#8221; ; l'adjectif. Et &#8220;La Gloire de mon p&#232;re&#8221; se vit raccourcir en &#8220;&#232;re&#8221;. Les mots pour lui, c'&#233;tait des bonbons, des sucreries. Il en prenait &#224; pleines poign&#233;es. Surtout les grands mots, les savants, ceux dont on n'a jamais entendu parler : &#8220;conjoncture&#8221;, &#8220;m&#233;diam&#233;trique&#8221;, &#8220;pluriannuel&#8221;. &#199;a c'&#233;tait d&#233;licieux. Le hic c'&#233;tait que le documentaliste ne reconnaissait pas les livres qu'il lui avait pr&#234;t&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les livres que tu m'as rendus n'apparaissent pas sur ma fiche de pr&#234;t... Mat, sans auteur, n'est pas dans ma base de donn&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Mais ce sont bien ceux-l&#224;, Monsieur, je vous assure ! Regardez, comptez, il y en a autant !&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Que dois-je croire : ma fiche ou ta parole ? II va falloir soit les retrouver, soit les rembourser... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents d'Org, apr&#232;s avoir constat&#233; les disparitions, durent s'ex&#233;cuter, non sans rechigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les ouvrages qui suivirent, Org fit plus attention, il n'y avait que le contenu qui disparaissait, ni vu ni connu. Il les rendait, couverture compl&#232;te, et avec le sourire. Le documentaliste ne s'en aper&#231;ut pas tout de suite. Mais lorsque des &#233;l&#232;ves lui montr&#232;rent des ouvrages aux contenus vides, parce qu'Org empruntait beaucoup, il commen&#231;a &#224; se douter de quelque chose. Org fut, par mesure conservatoire, interdit d'emprunt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;sastre ne s'arr&#234;ta pas l&#224; : comme Org restait &#224; lire sur les fauteuils du C.D.I entre 13 et 14 heures et durant ses heures de libre, la disparition des textes se poursuivait inexorablement. Sit&#244;t que le documentaliste s'en aper&#231;ut, il fut d&#233;sormais interdit &#224; Org de mettre les pieds en biblioth&#232;que. &lt;i&gt;&#171; Dehors ! &#187;&lt;/i&gt; Cet &#233;l&#232;ve-l&#224; pr&#233;sentait un vrai danger pour le fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur de fran&#231;ais qui l'avait eu classe, quant &#224; lui, se rendit compte rapidement des bizarreries orthographiques de son &#233;l&#232;ve : d&#232;s qu'il y avait une dict&#233;e, une r&#233;citation, ou d&#232;s qu'Org pr&#233;parait une explication de texte, le contenu de la copie se retrouvait curieusement grignot&#233;. Mots, virgules, accents, majuscules et les -s finaux avaient disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intrigu&#233;, l'enseignant retint son &#233;l&#232;ve &#224; la fin d'un cours. Ils discut&#232;rent et le prof demanda &#224; Org de recopier dix fois une phrase test. Cette phrase, c'&#233;tait : &#171; &lt;i&gt;Un mot a &#233;t&#233; mang&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Org s'assit, &#233;crivit un petit moment puis s'arr&#234;ta net.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Tu as fait les dix lignes ? &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Heu, non... &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Suite au num&#233;ro de vendredi)&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le gar&#231;on qui courait toujours </title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/le-garcon-qui-courait-toujours,57371</link>
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		<dc:date>2012-07-19T20:52:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;- Chiche&#8230; Au fait, tu as fait un bon chrono ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon meilleur temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dis, &#231;a fait comment de courir si vite et si longtemps ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Tom parut r&#233;fl&#233;chir : -Ben, c'est&#8230; un rythme int&#233;rieur que l'on a, et apr&#232;s, on acc&#233;l&#232;re&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune athl&#232;te disait qu'il pouvait courir pour deux. C'&#233;tait comme dans la l&#233;gende o&#249; le g&#233;ant porte le nain sur ses &#233;paules, pour y voir plus loin : il semblait qu'il portait son fr&#232;re sur ses &#233;paules et qu'il pouvait l'emporter n'importe o&#249; sur la Terre : &#171; New York ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/" rel="directory"&gt;Handicapable !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;- Chiche&#8230; Au fait, tu as fait un bon chrono ?&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Mon meilleur temps. &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;- Dis, &#231;a fait comment de courir si vite et si longtemps ?&lt;br&gt;
Tom parut r&#233;fl&#233;chir : -Ben, c'est&#8230; un rythme int&#233;rieur que l'on a, et apr&#232;s, on acc&#233;l&#232;re&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune athl&#232;te disait qu'il pouvait courir pour deux. C'&#233;tait comme dans la l&#233;gende o&#249; le g&#233;ant porte le nain sur ses &#233;paules, pour y voir plus loin : il semblait qu'il portait son fr&#232;re sur ses &#233;paules et qu'il pouvait l'emporter n'importe o&#249; sur la Terre : &#171; New York ? Il y a un marathon l&#224;-bas&#8230; Tu n'aimerais pas voir New York, Thomas ? On dit que c'est une ville verticale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous points, le myopathe ressemble &#224; un athl&#232;te : il doit tenir le rythme. Thomas veut aller jusqu'au bac, malgr&#233; la fatigue. Surtout ne pas rater une &#233;preuve. Pour Thomas comme pour son fr&#232;re, l'existence c'est une course contre le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa sant&#233; toujours plus chancelante, comme &#224; l'approche de l'arriv&#233;e, le jeune handicap&#233; obtint son bac avec mention. Il avait un an d'avance. Dans les mois qui suivirent, comme s'il avait l&#226;ch&#233; prise, sa sant&#233; d&#233;clina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois apr&#232;s avoir d&#233;croch&#233; son dipl&#244;me, il s'&#233;teignit &#224; l'h&#244;pital du Val-de-Gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi son fr&#232;re &#233;tait-il parti, alors que, lui, Tom &#233;tait toujours l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils savaient tous deux combien le corps humain est fragile et &#233;ph&#233;m&#232;re. Ils l'avaient tous deux v&#233;cu dans leur propre chair. Tous les deux, ils avaient voulu aller jusqu'au bout de leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la F&#233;d&#233;ration et son entra&#238;neur demand&#232;rent &#224; Tom de participer aux championnats d'Europe, &#224; Stockholm en Su&#232;de, il refusa. Il a dit &#224; tous ces gens qui le soutenaient : &#171; D&#233;sol&#233;, je suis venu courir ici &#224; Paris pour mon fr&#232;re, maintenant qu'il n'est plus l&#224;, je ne vois rien qui pourrait m'emp&#234;cher de partir &#187;. Il en avait termin&#233; avec la course. Il &#233;tait arriv&#233;. Ils &#233;taient arriv&#233;s ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les deux avaient-ils &#233;chou&#233; ? Non, ils &#233;taient sortis vainqueurs, non d'une victoire pleine et enti&#232;re, qui n'existe jamais, mais d'une victoire relative, personnelle, int&#233;rieure. Ils avaient ensemble combattu la fatalit&#233;. Si la fatalit&#233; avait &#233;t&#233; plus forte, qu'importe, l'essentiel avait &#233;t&#233; de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent, Tom voulait simplement achever ses &#233;tudes, en terminer avec son bac pro, et entrer dans la vie active. Il avait dans les &#233;tudes le s&#233;rieux et le d&#233;tachement de ceux qui ont connu le malheur. Il voulait terminer son parcours scolaire parce qu'il s'&#233;tait fix&#233; cet objectif et qu'il savait que la vie est, &#244; combien, pr&#233;cieuse, l&#233;g&#232;re, impalpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; la m&#233;moire de Nora.&lt;br&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.F.M. : Association fran&#231;aise contre les myopathies&lt;br&gt;
1, rue de l'Internationale&lt;br&gt;
91000 &#201;vry&lt;br&gt;
En France, le T&#233;l&#233;thon est organis&#233; depuis 1987 par l'&lt;a href=&#034;http://wikipedia.orange.fr/wiki/Association_fran%C3%A7aise_contre_les_myopathies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Association fran&#231;aise contre les myopathies&lt;/a&gt; (AFM), pour financer des projets de recherche sur les maladies g&#233;n&#233;tiques neuromusculaires (&lt;a href=&#034;http://wikipedia.orange.fr/wiki/Myopathie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;myopathies&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://wikipedia.orange.fr/wiki/Dystrophie_myotonique_de_Steinert&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;myotonie de Steinert&lt;/a&gt;) essentiellement, mais aussi sur d'autres maladies g&#233;n&#233;tiques rares.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Journ&#233;e t&#233;l&#233;thon 2012 : vendredi 16 novembre 2012&lt;br&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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