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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>La coquille vide (3)</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'observation rappela &#224; ma m&#233;moire l'antique fable de l'escargot qui d&#233;sireux de remonter sa coquille pour savoir o&#249; cela le m&#232;nerait, resta coinc&#233; au plus profond de la spirale : image exacte du savant fou, du m&#233;decin qui s'ouvre les entrailles pour en observer le contenu, de la r&#233;gression effective au nom du bien et du mieux. Toute une id&#233;e de la civilisation moderne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que je m'&#233;tais attard&#233; &#224; contempler le gast&#233;ropode s&#233;ch&#233;, il remarqua, pench&#233; sur mon &#233;paule : &#171; Ben oui, un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH114/arton94779-3a00a.jpg?1781152402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_60406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/dessin7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/dessin7.jpg' width='500' height='660' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'observation rappela &#224; ma m&#233;moire l'antique fable de l'escargot qui d&#233;sireux de remonter sa coquille pour savoir o&#249; cela le m&#232;nerait, resta coinc&#233; au plus profond de la spirale : image exacte du savant fou, du m&#233;decin qui s'ouvre les entrailles pour en observer le contenu, de la r&#233;gression effective au nom du bien et du mieux. Toute une id&#233;e de la civilisation moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je m'&#233;tais attard&#233; &#224; contempler le gast&#233;ropode s&#233;ch&#233;, il remarqua, pench&#233; sur mon &#233;paule : &#171; Ben oui, un escargot&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation se faisait ironique - j'&#233;tais plant&#233; l&#224;, ressemblant &#224; l'escargot qui cherchait &#224; savoir, et le paysage nu semblait se rire de moi. &#171; Gast&#233;ropode : pied-estomac. Qui marche sur l'estomac &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a allait m&#234;me au-del&#224; : les choses t&#226;chaient de se montrer r&#233;fractaires, je le sentais confus&#233;ment, puisque je les percevais, ces choses, &#224; la fois hostiles et moqueuses, confortant en moi cette impression de mal &#224; l'aise qui s'insinuait comme si j'&#233;tais &#233;pi&#233;, observ&#233;, dans un m&#234;me temps, par un &#339;il omniscient et environn&#233; d'un fou rire muet. Cette notion d'ironie du sort, impression d&#233;licate &#224; saisir, toujours fugace, per&#231;u a posteriori, en retard sur l'&#233;v&#233;nement, comme si elle d&#233;sirait en suspendre le cours et le surprendre au moyen d'un &#233;clairage cru, je l'ai toujours appr&#233;hend&#233;e &#224; la mani&#232;re d'une forme lumineuse et invers&#233;e de superstition commune &#224; tous les hommes, qui nous fait croire non plus &#224; un dieu d'amour et de bont&#233;, mais &#224; des dieux moqueurs, frondeurs, qui s'enchanteraient &#224; nous tendre des pi&#232;ges dans lesquels nous tomberions invariablement. La vie consciente est un paradoxe qui essaie de s'organiser, pensai-je. L'ironie du sort n'est jamais que le pi&#232;ge tendu par le Hasard sur le chemin de la conscience, &#224; la grande surprise de notre volont&#233; et de notre ego. Le hasard personnifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela n'a pas d'importance &#187;, me confia-t-il, sans que je susse &#224; quoi &#8216;cela' renvoyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me fit songer &#224; une de ses remarques sur la destruction des Bouddha afghans : elle lui avait paru &#233;c&#339;urante certes, mais nul n'avait song&#233; &#224; en apercevoir, ni n'en avait os&#233; dire -comment l'exprimer ?- la&#8230; la beaut&#233; fulgurante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ma surprise, il s'&#233;tait repris comme pour en chercher des arguments. &#171; Oui, une esp&#232;ce de beaut&#233; sauvage, barbare, destructrice, j'en conviens, mais qui poss&#232;de une sorte de revers fascinant. On peut l'expliquer de la mani&#232;re suivante : que de ce m&#234;me &#233;v&#233;nement, on peut retenir deux &#233;l&#233;ments esth&#233;tiques. Ces deux propositions sont : la beaut&#233; de la clandestinit&#233; &#8211; dans ce monde exhib&#233;, satur&#233; d'images, c'est-&#224;-dire tendu vers la monstration et la d&#233;monstration - ; et d'autre part, la sensation persistante que la beaut&#233; ne peut &#234;tre qu'effac&#233;e, &#244;t&#233;e, en creux&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reconnaissais la m&#233;thode de R&#233;my, &#224; la mani&#232;re des truites qui remontent le courant, pour aller dans le sens contraire du monde. Et cette remont&#233;e ne pouvait s'effectuer que parce qu'il renon&#231;ait, qu'il se d&#233;pouillait d'une partie de lui-m&#234;me et de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capacit&#233; non pareille &#224; s'abstraire de tout s'inscrivait au reste dans chacun de ses gestes, par exemple dans le fait que l&#224; o&#249; les gens entassaient, achetaient, acqu&#233;raient, consommaient fr&#233;n&#233;tiquement, lui il vidait la vie, il l'&#171; all&#233;geait &#187;, il enlevait, retranchait &#224; la mani&#232;re de ce simple salon presque vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisaient une quinzaine d'ann&#233;es que nous nous connaissions, et j'avais fini par apprendre que le moyen de d&#233;couvrir ses plus profondes pens&#233;es n'&#233;tait ni d'&#234;tre de son avis, ni m&#234;me d'y &#234;tre oppos&#233;, mais seulement d'&#233;couter, et de m&#251;rir ce qu'il venait d'&#233;noncer. C'est de cette mani&#232;re-l&#224;, en circulant autour de ses propositions, qu'on percevait le mieux sa pens&#233;e, par une m&#233;thode d'appr&#233;ciation comparable au ph&#233;nom&#232;ne optique employ&#233; par les grands ma&#238;tres de la Renaissance, tel L&#233;onard de Vinci qui r&#233;alisait le myst&#233;rieux sourire de la Joconde de sorte &#224; le prononcer, &#224; l'&#233;clairer davantage sit&#244;t qu'on ne le regardait plus, que l'on promenait son regard sur les yeux du mod&#232;le ou bien sur le fond du tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#233;pos&#233; incidemment sur la table transparente du salon la revue de conchyliologie que R&#233;my m'avait demand&#233; de lui ramener de m&#233;tropole. Il s'en &#233;tait saisi, s'adossant &#224; son fauteuil, apr&#232;s nous avoir servi &#171; deux-trois doigts fan&#233;s &#187; de vieux rhum dont il ne me toucha pas : &#231;a lui ressemblait tant. -Il verserait sans doute le contenu dehors, devant le seuil, &#8220;pour les Anc&#234;tres&#8221;, &#224; l'instar de la coutume malgache-. Il pr&#233;tendait qu'il &#233;tait meilleur de sortir d'un repas &#171; avec une l&#233;g&#232;re sensation de faim &#187;. En toute chose, il faisait montre de sobri&#233;t&#233; sans pour autant &#234;tre sobre, condens&#233; serait mieux dire. Quoi qu'il en soit, cette m&#233;fiance &#224; trop manger &#233;tait devenue proverbiale dans notre petit groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prolongeai ma r&#233;flexion en imaginant les pens&#233;es qui pouvaient le traverser : &#171; Dans une petite &#238;le &#224; l'instar de la R&#233;union, on a la f&#226;cheuse tendance &#224; tout grossir : &#8216;un chabouk pou' tape moustique', moi j'ai d&#233;cid&#233; de vider le r&#233;el, de l'abstraire, pour reconqu&#233;rir la pens&#233;e &#187; - mais, R&#233;my ne pouvait pas tenir un tel discours : c'&#233;tait un des esprits les moins dogmatiques qui m'avait &#233;t&#233; donn&#233; de fr&#233;quenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#192; suivre dans le num&#233;ro de mardi...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La coquille vide (2)</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une tendre pelouse s&#233;parait deux arbres lointains, avant que le terrain ne sombr&#226;t sur une ravine improbable. Toujours &#233;tait-il qu'on se trouvait l&#224; devant quelque chose d'infiniment accompli. Le jardin, par son ouverture sur le monde, semblait am&#233;nag&#233; en fonction de la lumi&#232;re des points cardinaux : jaune au levant, au couchant du rouge, pour capter pleinement la lumi&#232;re, ce qui en faisait une sorte de lieu centralis&#233;. &#171; Le temps y semble suspendu &#187;, y avait-il dit, en contemplant la vue. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton94770-d5dae.jpg?1781152402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_60401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L497xH683/4-dessin2-75a0f.jpg?1781152402' width='497' height='683' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une tendre pelouse s&#233;parait deux arbres lointains, avant que le terrain ne sombr&#226;t sur une ravine improbable. Toujours &#233;tait-il qu'on se trouvait l&#224; devant quelque chose d'infiniment accompli. Le jardin, par son ouverture sur le monde, semblait am&#233;nag&#233; en fonction de la lumi&#232;re des points cardinaux : jaune au levant, au couchant du rouge, pour capter pleinement la lumi&#232;re, ce qui en faisait une sorte de lieu centralis&#233;. &#171; Le temps y semble suspendu &#187;, y avait-il dit, en contemplant la vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait tout, ses amis avaient attendu un &#233;claircissement, une explication ; la voix, elle aussi, s'&#233;tait suspendue, et les invit&#233;s semblaient contraints &#224; imaginer des d&#233;veloppements plus ou moins hasardeux, selon ce qu'on voulait bien y voir. On pouvait ainsi poursuivre la r&#233;flexion en se disant par exemple d'un texte qu'il n'est riche que de l'&#233;ventail de lecture qu'il peut permettre d'envisager, de m&#234;me d'un panorama qu'il n'est gros que des angles qu'il peut ouvrir, et de la qualit&#233; des regards que l'on posera sur lui. Si le regard modifie la chose regard&#233;e, ici on cherchait la &#171; chose regard&#233;e &#187; : le jardin - et &#224; mesure qu'on le regardait, il s'effa&#231;ait &#224; nouveau. Ce n'&#233;tait pas un jardin, c'&#233;tait une sorte de trompe-l'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est un jardin influenc&#233; de l'art japonais&#8230; L'important est d'y avoir m&#233;nag&#233; des espaces pour que le regard se cherche&#8230; &#187;, reprenait-il &#224; voix basse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jardin sans rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, bien s&#251;r, en bordure de terrain, il y avait le sommet d'un manguier, sous ce soleil d&#233;clinant, d'un vert intense comme le noir d'un sourcil, et le gazon qui surplombait la ravine s'&#233;talait soyeux comme la fra&#238;cheur d'une peau. &#171; D'ici, les &#233;toiles touchent la mer &#187;, pr&#233;cisait-il en pointant le doigt, quand on lui demandait des explications sur l'invraisemblable d&#233;nuement du lieu. Il est vrai que dans la maison aux larges baies vitr&#233;es, sur la terrasse l&#233;g&#232;rement sur&#233;lev&#233;e et toute de bois menuis&#233;, ou bien sur la pelouse qui tendait vers les ailleurs, la mer &#233;tait partout pr&#233;sente &#224; l'infini, dans le m&#234;me temps si proche et si lointaine ; m&#234;me dans l'apparente simplicit&#233; de l'habitation, il semblait que l'on f&#251;t embarqu&#233; sur une mer. Et loin devant, &#224; la vue d'un porte-containers qui croisait, au centre de la mer, comme un point pos&#233; sur un miroir, &#224; la mani&#232;re d'un jouet d'enfant sur une table turquoise, l'un de nous s'&#233;tait &#233;cri&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est comme si on voyait le monde en petit.
&lt;br /&gt;- Comme si tout &#233;tait inaccessible &#187;, avait ajout&#233; un de nos compagnons, et pour mieux se convaincre, il tendait la main devant lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si d'aventure on insistait, pour comprendre la conception du jardin, il d&#233;signait encore l'arbre sur la pelouse, d'un geste distrait, sur la gauche : un arbre aux feuilles argent&#233;es et solides : &#171; Un &#8216;bois chanteur', un arbre rare et end&#233;mique de La R&#233;union. Il tient son nom &#224; ce que ses ramilles, une fois bris&#233;es et mises sous l'oreiller, chantent la nuit des r&#234;ves&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est un jardin plein de chansons et de r&#234;ve&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tait-ce pour dire que le jardin se r&#233;sumait &#224; ce seul arbre et &#224; ses pouvoirs. Cet arbre, d'ailleurs, comment &#233;tait-il arriv&#233; l&#224; ? Nul n'aurait pu y r&#233;pondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de &#8216;passer' au salon, nous avions coutume de faire quelques pas sur la pelouse et face &#224; l'horizon de bavarder un peu, pendant ce temps il s'effor&#231;ait, pourrait-on dire, &#224; s'occuper &#8211; ou faisait-il semblant ? - car l'essentiel de son activit&#233; consistait &#224; enlever quelques herbes, &#224; v&#233;rifier, comme par jeu, en s'accroupissant, les pommes d'arrosage enfonc&#233;es dans le sol, ou bien &#224; faire glisser son livre d'une main &#224; l'autre comme il le fit cette fois ; je constatais qu'il &#233;tait plus enclin &#224; s'&#233;pancher qu'&#224; l'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai fait une longue promenade, cet apr&#232;s-midi, j'ai remarqu&#233; qu'aller &#224; pied lib&#232;re &#224; la fois le corps et l'esprit, sans doute l'un par l'autre. Immobile, les pens&#233;es s'embrouillent et s'enferment comme dans une coquille. En marchant, je peux les d&#233;rouler tout au long du chemin &#187;. Sa main accompagnait les mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis quand nos regard se furent attach&#233;s au soleil d&#233;clinant dont les couleurs semblaient s'&#233;pandre et les contours s'allonger, il remarqua dans un sourire difficile : &#171; Le soleil couchant vient chaque jour d&#233;noncer notre vision, ou plut&#244;t notre &#233;chec &#224; voir&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me fixa. &#171; La &#8216;r&#233;volution copernicienne' a enseign&#233; &#224; l'humanit&#233; que la trajectoire du soleil n'est qu'apparente. Or, m&#234;me en le sachant, nous continuons &#224; voir le soleil se lever et se coucher, &#233;vidence dont la th&#233;orie n'a pu venir &#224; bout. Notre esprit n'est m&#234;me pas parvenu &#224; corriger le sens de la vue, alors pourquoi vouloir que l'esprit change le monde ? &#187; Je le regardais, et je m'interrogeais : je songeais vaguement &#224; l'actualit&#233;, puis par association d'id&#233;es me vint cette histoire absurde qui dit que lorsque le sage montre du doigt la lune, l'Idiot regarde le doigt&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le spectacle du soleil couchant est pour moi une vanit&#233;&#8230; L'&#339;il est une coquille vide qui ne peut se remplir &#187;, fit-il d'un ton que subjectivement je trouvai amer, je ne savais pas trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous dirigeant de nouveau vers la terrasse, je levais les yeux et d&#233;couvris encore dans les derni&#232;res lueurs du jour, attard&#233;, un &#8216;nuage la terre', un de ces petits nuages accroch&#233; &#224; un sommet de l'&#238;le, puis mon regard fut aimant&#233; par le point sombre d'un de ces gros escargots africains qui avait alors remont&#233; la paroi de la fa&#231;ade immacul&#233;e, pour s'&#234;tre mis &#224; mi-pente &#224; s&#233;cher piteusement faute d'ombre : en croyant probablement rejoindre des frondaisons, il n'avait trouv&#233; que la chaleur du soleil accablant, ainsi s'&#233;tait-il arr&#234;t&#233; dans son escalade pour se recroqueviller d&#233;&#231;u dans sa coquille et rester ainsi coll&#233;, fig&#233; m&#234;me dans la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pareillement de celui qui essaie d'en savoir toujours plus, de s'&#233;lever toujours davantage, remarquais-je non sans une pointe d'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de samedi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La coquille vide (1)</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La rubrique &#8220;Caf&#233;-p&#233;i&#8221; rassemble contes et nouvelles &#233;voquant La R&#233;nyon, &#224; parution les mardis et samedis durant la pause estivale. Pour ceux qui n'ont pas plus de vacances que le bout de leur ongle, ceux qui n'ont pas les sous marqu&#233;s pour sauter la mer, mais qui ont envie de s'&#233;chapper un peu sans billet d'avion ni bateau vomis, pour ceux-l&#224; d'abord, ces r&#233;cits qui tentent de proposer une autre fa&#231;on de voir l'&#238;le, avec l'espoir d'agrandir les paysages, d'ouvrir des perspectives : d&#233;fense (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton94752-43660.jpg?1781152402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La rubrique &#8220;Caf&#233;-p&#233;i&#8221; rassemble contes et nouvelles &#233;voquant La R&#233;nyon, &#224; parution les mardis et samedis durant la pause estivale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux qui n'ont pas plus de vacances que le bout de leur ongle, ceux qui n'ont pas les sous marqu&#233;s pour sauter la mer, mais qui ont envie de s'&#233;chapper un peu sans billet d'avion ni bateau vomis, pour ceux-l&#224; d'abord, ces r&#233;cits qui tentent de proposer une autre fa&#231;on de voir l'&#238;le, avec l'espoir d'agrandir les paysages, d'ouvrir des perspectives : d&#233;fense et illustration de l'identit&#233; culturelle r&#233;unionnaise avec, en creux, une mise en garde contre l'acculturation des masses, qu'elle soit affich&#233;e ou feutr&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_60391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH643/5-dessin-f7989.jpg?1781152402' width='500' height='643' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;L'homme et le monde sont li&#233;s comme l'escargot&lt;br class='autobr' /&gt;
et sa coquille : le monde fait partie de l'homme, il est&lt;br class='autobr' /&gt;
sa dimension et, au fur et &#224; mesure que le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
change, l'existence (in-der-Welt-sein) change aussi.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Kund&#233;ra)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi le petit groupe d'amis que je fr&#233;quentais &#224; l'&#233;poque, R&#233;my &#233;tait celui qui avait coutume de se mettre le plus en retrait, qui &#233;tait le plus discret, sans affectation, et qui pour autant dans son effacement ne marquait aucune distance vis-&#224;-vis des autres, lui, dont le nom &#224; deux syllabes &#233;voquait les notes d'une m&#233;lodie sans commencement ni fin, interrompues, d&#233;tach&#233;es : impromptues, pour reprendre l'illustre m&#233;taphore musicale. Un tel caract&#232;re semblait propice &#224; faire r&#233;gner alentour une tranquillit&#233; attirante et apaisante, c'est ainsi qu'il avait acquis une influence profonde sur le groupe que nous formions comme sur tous ceux qu'il c&#244;toyait, en vertu de la myst&#233;rieuse loi de l'attraction de la vacuit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette soci&#233;t&#233; moderne o&#249; nous sommes de plus en plus contraints &#224; parler haut et fort, &#224; gesticuler, &#224; crier parfois, pour &#234;tre seulement entendu, il d&#233;parait - il d&#233;parait avec naturel, bonhomie, avec cette na&#239;vet&#233; qui sied aux sages, de sorte qu'il semblait comme &#233;tranger &#224; son temps, et que chaque mot qu'il pronon&#231;ait se teintait d'une couleur inattendue, &#224; la fa&#231;on de ces couchers de soleil tropicaux sans cesse changeants parmi lesquels moirures et reflets les plus rares se font voir l&#224; o&#249; l'&#339;il s'y attend le moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, et sans se concerter, nul ne prenait, dans le petit groupe dans lequel nous gravitions, une d&#233;cision importante sans, par des moyens d&#233;tourn&#233;s parfois, l'air de rien, lui avoir demand&#233; son opinion. Il semblait que dans son univers il avait une assise - le fran&#231;ais classique a pour terme &#8220;assiette&#8221; - telle que nul &#233;v&#233;nement, nulle parole ne pouvaient le chasser hors de lui-m&#234;me, comme si l'ancien langage des croyants demeurait pour lui appropri&#233;, efficace m&#234;me, en d&#233;signant cet &#233;tat o&#249; nous le voyions &#233;voluer par le mot de gr&#226;ce. Il se pouvait qu'une gr&#226;ce sp&#233;ciale sur cette terre lui soit accord&#233;e, ce dont il ne semblait pas particuli&#232;rement affect&#233;, et par cela m&#234;me contribuait &#224; en donner l'impression.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'un des tournants en &#233;pingle &#224; cheveux qui balise la mont&#233;e qui dominent l'&#201;tang-sal&#233;-les-Hauts, surgit un portail surmont&#233; d'une toiture d'une b&#226;tisse &#224; peine visible, dont le dessin grav&#233; sur l'azur du ciel semble peu commun dans l'&#238;le, toiture d'une inclinaison douce et unique, comme s'il s'agissait d'un toit coup&#233;, d'un mi-toit r&#233;alisant, si on peut dire, une contre-courbe par rapport au paysage. (Le promeneur remarque que les hauts de La R&#233;union fourmillent ainsi de ces innombrables routes, pleines de rencontres hasardeuses, qui se perdent en chemin puis en sentier, pour finir en sentines dans une v&#233;g&#233;tation qui retrouve ses droits, et absorbe toute trace d'homme, et dont la luxuriance m&#234;me fait oublier toute pr&#233;sence humaine). Il allait de soi au surplus qu'un tel &#234;tre habit&#226;t un tel lieu, dans un &#233;cart dont le nom m&#234;me repr&#233;sente une d&#233;robade, dont la d&#233;nomination se fuit, d&#233;signe autre chose dans je ne sais quel imaginaire : &#224; l'&#201;tang-Sal&#233;, de m&#233;moire d'homme, il n'y eut jamais d'&#233;tang&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;my vint &#224; ma rencontre, je lui lan&#231;ai par dessus le &#171; barreau &#187; un amical :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; -Salut, R&#233;my&#8230; Comment i l&#233; ?
&lt;br /&gt;- L'est l&#224;, l'est pas l&#224;, comme feuille banane &#187;, me r&#233;pondit-il &#224; la mani&#232;re des Anciens, en esquissant un sourire. Il me fit accueil avec son chapeau beige clair ann&#233;es cinquante, s'&#233;pongeant le front d'un revers d'avant-bras, de l'autre, s'agitait un petit livre. Je lui pr&#233;sentai un bouquet pour sa femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Tu sais, ce n'est pas tr&#232;s poli d'entrer dans un jardin avec des fleurs &#224; la main. Je dis &#231;a pour mon jardin, pas pour ma femme. Elle est sortie, d'ailleurs, et je me fais son interpr&#232;te pour te remercier&#8221;, dit-il en me tapotant le dos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le jeu de la transparence qu'op&#233;raient la terrasse, les portes fen&#234;tres et les baies vitr&#233;es, de l'avant-cour, on voyait &#224; travers la maison : la vue traversait le jardin, pour se fondre dans je ne sais quelle cavalcade &#224; l'infini de la perspective, jusqu'au point plus flou de l'horizon o&#249; elle se dissolvait en une myriade de points lumineux tourbillonnants. C'&#233;tait toujours une surprise que de p&#233;n&#233;trer dans le jardin, puis la case : une surprise de la lumi&#232;re d'abord ; on e&#251;t dit que la maison s'&#233;tait appropri&#233;e le paysage, qu'elle en avait fait son terrain, son espace de jeu. Je me souviens de la marque d'&#233;tonnement d'une amie qui s'&#233;tait &#233;cri&#233;e d&#232;s les premiers pas qu'elle avait fait dans l'avant-cour : &#171; Le jardin, on ne le voit plus, on est dedans ! &#187; De fait, ce jardin en pente douce, il paraissait &#224; la fois flotter et maintenu en dessous de l'horizon maritime par un curieux effet d'optique. Ainsi jouaient les reflets et les apparences, car de jardin, on pouvait dire que, R&#233;my, il n'en avait pas - bien qu'il soutenait fermement le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Pigiste (5)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-5,93713</link>
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		<dc:date>2018-08-18T09:21:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Transpirant malgr&#233; le froid, je m'&#233;tais retir&#233; sous le feuillage pour &#233;couter. Le grondement n'en finissait pas, se r&#233;percutait sur le flanc de la montagne, des cris se produisirent. Il y avait, je crois, un g&#238;te en bas. Immobile, je jetai un &#339;il circulaire. Personne ne m'avait vu. Apr&#232;s tout, la prochaine temp&#234;te allait d&#233;crocher tout &#231;a. Et puis c'&#233;tait la faute aux services municipaux qui ne font pas le travail des purges n&#233;cessaires&#8230; Il y aurait &#224; &#233;crire quelque chose l&#224;-dessus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93713-8000e.jpg?1781410534' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/2-salazie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/2-salazie-825b8.jpg?1781410534' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Transpirant malgr&#233; le froid, je m'&#233;tais retir&#233; sous le feuillage pour &#233;couter. Le grondement n'en finissait pas, se r&#233;percutait sur le flanc de la montagne, des cris se produisirent. Il y avait, je crois, un g&#238;te en bas. Immobile, je jetai un &#339;il circulaire. Personne ne m'avait vu. Apr&#232;s tout, la prochaine temp&#234;te allait d&#233;crocher tout &#231;a. Et puis c'&#233;tait la faute aux services municipaux qui ne font pas le travail des purges n&#233;cessaires&#8230; Il y aurait &#224; &#233;crire quelque chose l&#224;-dessus d'ailleurs. Je serrai sous mon bras l'appareil photo comme si j'avais voulu le prot&#233;ger, j'attendais que tout se calme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je repensai &#224; une tirade d'un film de John Ford, &#8220;L'Homme qui tua Liberty Valence&#8221; : &#8220;Dans l'Ouest, lorsque la l&#233;gende devient la r&#233;alit&#233;, on publie la l&#233;gende&#8221;. En am&#233;ricain : Print the legend&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis je sentis que c'&#233;tait le moment pour l'h&#233;ro&#239;sation du pr&#233;sent&#8230; Je mis alors la main sur le carnet de notes, me couvris de ma casquette, pris ma respiration pour sortir lentement du bosquet, remontant ostensiblement ma braguette comme si je venais d'uriner. Je redescendis d'un pas qui se voulait d&#233;tendu, mais qui &#233;tait mal assur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain j'obtenais l'exclusivit&#233; du premier journal que j'avais contact&#233;, je connaissais bien le r&#233;dacteur en chef. L'article fut imprim&#233; en pleine page, avec une photo que j'avais prise. Il y avait l&#224; tous les ingr&#233;dients pour feuilletonner. Ma m&#232;re montra la une fi&#232;rement &#224; la famille. Modeste et souriant, je balayais les compliments d'un revers de main. Une semaine et quelques articles apr&#232;s, - r&#233;dig&#233;s &#224; la fa&#231;on d'Albert Londres : phrases s&#232;ches, discours sinueux-, je recevai les compliments du directeur du JIR et signai un contrat en bonne et due forme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pus travailler un bon mois avec les honneurs de mes coll&#232;gues, quand un matin, je trouvais la gendarmerie &#224; ma porte. Garde &#224; vue, puis &#233;crou&#233; en attendant le jugement pour destruction partielle de r&#233;colte, de b&#226;ti priv&#233;, provocation volontaire d'&#233;boulement, destruction de biens publics&#8230; J'attendis deux mois le proc&#232;s et fus imm&#233;diatement renvoy&#233; de la r&#233;daction du journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fis, &#224; nouveau, la une du quotidien, mais pas de la fa&#231;on dont j'aurais pu le souhaiter, tout en demeurant persuad&#233; que j'aurais fait beaucoup mieux que le journaliste en poste, si le travail m'avait &#233;t&#233; &#233;chu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes filles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remerciements &#224; Manuel Marchal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Pigiste (4)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-4,93693</link>
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		<dc:date>2018-08-14T05:32:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nouvel arr&#234;t, plus en altitude, presque sous le rempart, o&#249; s'enfon&#231;ait un chemin creux, du c&#244;t&#233; de la Source p&#233;trifiante. Il faisait froid malgr&#233; le sweet sorti du coffre de la voiture. J'avais oubli&#233; qu'il faisait si frais dans l'est. La p&#226;le lumi&#232;re qui baignait &#224; pr&#233;sent les alentours m'indiquait que &#231;a devenait moins int&#233;ressant pour les photos. Une fois encore, rien. Ni de pr&#232;s, ni de loin. Je devais &#234;tre le jouet d'une rumeur. La rumeur, ce bruit non v&#233;rifi&#233; et inv&#233;rifiable, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93693-d1cdd.jpg?1781410534' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/salazie-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/salazie-4-a9287.jpg?1781410534' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nouvel arr&#234;t, plus en altitude, presque sous le rempart, o&#249; s'enfon&#231;ait un chemin creux, du c&#244;t&#233; de la Source p&#233;trifiante. Il faisait froid malgr&#233; le sweet sorti du coffre de la voiture. J'avais oubli&#233; qu'il faisait si frais dans l'est. La p&#226;le lumi&#232;re qui baignait &#224; pr&#233;sent les alentours m'indiquait que &#231;a devenait moins int&#233;ressant pour les photos. Une fois encore, rien. Ni de pr&#232;s, ni de loin. Je devais &#234;tre le jouet d'une rumeur. La rumeur, ce bruit non v&#233;rifi&#233; et inv&#233;rifiable, le contraire d'une information&#8230; Une expression que je tiens de ma m&#232;re et qu'elle r&#233;p&#232;te souvent, le constate : &#8216;Le l'a-dit-l'a-fait court comme un coq &#224; qui on a coup&#233; la t&#234;te'&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cauchemar du journalisme, c'est partir &#224; la recherche d'un feu qui n'a jamais eu lieu. On appelle &#231;a la &#8216;craque'. &#8220;On ne publie pas une information tant qu'elle n'est pas v&#233;rifi&#233;e&#8221;, r&#233;p&#233;tait un de mes anciens profs de journalisme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un demi-plein d'essence pour rien !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quittais Hell-Bourg pour redescendre sur Salazie, croisant en bordure de jardins ces arbustes garnis de grosses fleurs jaunes, spectaculaires, pendues en cloche, tourn&#233;es vers le sol, comme des larmes volumineuses, avec un air de regardez-moi-comme-je-suis-triste, un c&#244;t&#233; m'as-tu-vu vain et orgueilleux que je n'aime pas. Ces arbustes ont pour nom Datura. Ces plantes-l&#224;, elles semblaient fich&#233;es, le long de la route, expr&#232;s, pour me narguer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passablement contrari&#233;, je remontai vers Grand &#206;let, scrutant le long de la route &#224; droite, &#224; gauche - Mare &#224; Citron, Mare &#224; Vieille Place-, acc&#233;l&#233;rant, ralentissant, finissant, &#224; force de tourner sur une route en bistroque par m'&#233;garer tout au fond du cirque, dans un coin qui porte le nom de Mare &#224; Martin en bordure de ravine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Halte faite devant un paysage tout ce qu'il y a de plus romantique : escarpements farouches, for&#234;ts pleine d'ombres, torrent tombant par nappes sur des rochers g&#233;ants soulevant de la poussi&#232;re d'eau. Beaucoup d'espace, beaucoup d'air clair, une lumi&#232;re limpide&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement, je ne suis pas po&#232;te, je suis journaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'errais &#224; pieds et montais sur un chantier, encombr&#233; de mat&#233;riaux ; j'&#233;valuais la d&#233;pense en temps et en argent, songeant &#224; la situation pr&#233;caire de pigiste. Toujours courir apr&#232;s l'info qui se d&#233;robe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur une sorte de plateau &#224; mi-pente, on pouvait voir au loin. Rien au &#8220;diable bouilli&#8221;&#8230; Le jour &#8216;vieillissait' vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les traites &#224; honorer pour la bagnole, le loyer, la fin du mois qu'on nomme ici &#8220;la queue la morue&#8221;&#8230; Autant vouloir reboucher le trou du volcan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je continuais &#224; grimper, sans y prendre garde, ma chaussure heurta une petite pierre qui roula sur le bord du chemin et d&#233;gringola sur le c&#244;t&#233;. Je m'arr&#234;tai un instant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En haut, au bout d'une esp&#232;ce de terrain d&#233;frich&#233;, tr&#244;nait un amas de terre, des rocs, un rocher nu &#224; moiti&#233; dans le vide. Mon regard vaguait dans le paysage, toute cette sauvagerie de la nature, qui coupe le souffle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; La R&#233;union, tout fait violence : violence du paysage d&#233;coup&#233; &#224; la scie ; violence des assauts de l'oc&#233;an qui se heurtent aux brisants du basalte d&#233;chiquet&#233;, qui le rongent et le sucent ; violence des bourrasques qui ploient les arbres, du souffle incessant des aliz&#233;s ; violence des cyclones qui d&#233;ferlent et emportent tout ; du volcan en son centre qui rumine son bouillonnement de feu comme une vieille histoire mal contenue. Violence d'une population en proie &#224; une histoire tiss&#233;e d'esclavage, de d&#233;colonisation difficile, de corruption politique, de d&#233;linquance, de pauvret&#233; end&#233;miques - tout ce qui fait que ce pays est unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Anticiper les &#233;v&#233;nements&#8221; r&#233;p&#233;tait &#224; ses journalistes la direction de France-Soir, c'&#233;tait exactement ce qu'il fallait. Anticiper.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;quilibre des pierres &#233;tait pr&#233;caire. Une simple pouss&#233;e du pied permettait de faire la bascule. Apr&#232;s tout, les abus de la libert&#233; sont moins graves que les abus de pouvoir. Le rocher devant moi se d&#233;crocha, bascula, tomba en en entra&#238;nant d'autres, par un effet de dominos, de sorte que l'&#233;boulement fut plus important que je ne l'avais pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(La suite dans le num&#233;ro de samedi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Pigiste (3)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-3,93678</link>
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		<dc:date>2018-08-11T04:40:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les r&#233;dactions ne me passaient pas commande, je proposais des articles en fonction de l'id&#233;e que je me faisais des attentes de la ligne &#233;ditoriale du journal auquel je m'adressais. Cam&#233;l&#233;on ou pas, fallait courtiser le chaland, je t&#226;chais de fournir avec r&#233;gularit&#233; de fa&#231;on &#224; ne pas &#234;tre oubli&#233;, variant les sujets, avec des titres porteurs, gros comme &#231;a. J'ai fait alors ce que les Am&#233;ricains appellent le muckraker, le fouille-poubelle : accueillir les people &#224; l'a&#233;roport, obtenir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93678-55408.jpg?1781410534' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/5-pigiste.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/5-pigiste-51675.jpg?1781410535' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand les r&#233;dactions ne me passaient pas commande, je proposais des articles en fonction de l'id&#233;e que je me faisais des attentes de la ligne &#233;ditoriale du journal auquel je m'adressais. Cam&#233;l&#233;on ou pas, fallait courtiser le chaland, je t&#226;chais de fournir avec r&#233;gularit&#233; de fa&#231;on &#224; ne pas &#234;tre oubli&#233;, variant les sujets, avec des titres porteurs, gros comme &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait alors ce que les Am&#233;ricains appellent le muckraker, le fouille-poubelle : accueillir les people &#224; l'a&#233;roport, obtenir d'eux des interviews exclusives, mais aussi d&#233;goter des ragots, monter des dossiers sur les politiciens locaux, d&#233;cortiquant leur parcours et les &#224;-c&#244;t&#233;s : passions secr&#232;tes, parcs immobiliers, liens parentaux, de sorte &#224; pouvoir mettre en lumi&#232;re les petits arrangements &#233;ventuels entre amis, via les associations et autres. Faut avoir du flair dans ce boulot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tenais mes informations de g&#233;rants de bar, de syndicalistes, de fonctionnaires aigris, de directeurs &#224; la retraite, de conseillers municipaux d'opposition ; mon carnet d'adresse d&#233;j&#224; bien rempli n'avait de cesse de s'&#233;paissir. Les travers de chacun &#233;taient sond&#233;s avec l'objectif de les tenir pour mieux obtenir les petites confessions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Festivit&#233;s, inaugurations, assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, gr&#232;ves perl&#233;es restaient mes lieux de pr&#233;dilection o&#249; je glanais de menus &#233;v&#233;nements que je gonflais fa&#231;on baudruches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un sociologue aurait pu dire que j'&#233;tais en quelque sorte &#224; &#8220;la recherche d'une v&#233;rit&#233; plus large que celle qu'il est possible d'atteindre &#224; travers la pire compilation des faits v&#233;rifiables&#8221;. Le scoop &#233;tait mon but, la une ma lanterne, j'aspirai &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une figure incontournable de ce m&#233;tier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ancien copain qui gagnait mieux que moi avec son CAP garagiste me moucatait volontiers d&#232;s je le voyais pour les r&#233;parations de ma caisse : &#8220;&#199;a te sert &#224; quoi tous tes dipl&#244;mes, me lan&#231;ait-il, si c'est pour courir comme &#231;a ? Des voitures, il y en a toujours plus, tandis que les journalistes, on ne monte pas dessus pour se d&#233;placer&#8230;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai dernier, un appel pass&#233; &#224; un vieil oncle dans l'Est me mit sur la piste d'un &#233;boulement avec des cases ensevelies, pr&#232;s de Mare &#224; Poule d'eau. Rien de bien pr&#233;cis, mais &#231;a valait quand m&#234;me la peine d'aller fouiner l&#224;-bas ; au reste, gu&#232;re &#233;tonnant, &#224; trois semaines du passage du ph&#233;nom&#232;ne Fakir, avec les sols d&#233;tremp&#233;s et instables - d'autant que la presse ne s'en &#233;tait pas fait &#233;cho. &#202;tre le premier sur le coup me consacrait l'exclu, je voyais un papier accrocheur, document&#233;, tr&#232;s couleur locale, une sorte de dialogue rapproch&#233; avec le lecteur dans le genre de ce que Fran&#231;ois Mauriac revendiquait : &#8220;le go&#251;t du dialogue est l'essence m&#234;me du journalisme&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La quatre voies en direction de Saint-Andr&#233;, embranchement &#224; Mille-Roches, la d&#233;partementale 48, celle qui s'engouffre entre les pitons vertigineux d'un c&#244;t&#233;, couverts de v&#233;g&#233;tation, et de l'autre, le rempart suintant de verdure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le temps, les Gramounes disaient &#8216;le Cirque du Levant', pour le diff&#233;rencier des autres, le Cirque du Midi (Mafate) et le Cirque du Couchant (Cilaos), par le fait que le soleil se levait pratiquement dedans, par la br&#232;che de l'Est.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je serpentais dans l'encaissement du paysage tout entier mis en balance par le cours sinueux de la rivi&#232;re du M&#226;t. Du bourg de Salazie jusqu'au plateau Wickers, j'&#233;prouvais, comme &#224; chaque fois que j'emprunte cette portion, la sensation assez particuli&#232;re, psych&#233;d&#233;lique m&#234;me, de rouler sur une route qui se dilate, se resserre, se tord, au point de me faire remarquer qu'&#8220;On dirait une scoliose, cette route&#8221;. &#192; partir de l&#224;, le soleil haut dans le ciel dessinait les aplombs de mani&#232;re plus aust&#232;re encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voile de la mari&#233;e &#224; main gauche qui d&#233;vidait son tulle sur l'abrupt de la roche, les kiosques des contreforts qui offraient des points de vue de 30 kilom&#232;tres &#224; la ronde, avec des panoramas &#224; 180 degr&#233;s, j'&#233;tais parti dans ce d&#233;dale de petites routes et de pitons &#224; la recherche d'une aiguille dans une motte de foin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu-dit, un mara&#238;cher qui sortait des hautes herbes m'expliqua que ce n'&#233;tait pas grand-chose, quelques cailloux qui s'&#233;taient d&#233;croch&#233;s du rempart du c&#244;t&#233; de l'&#206;let &#224; Vidot ; mais peut-&#234;tre que plus haut&#8230; Allez savoir&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je montais et tournais dans le coin, pour finir ma course sur un parking o&#249; le point de vue me permit de prendre des photos et de chercher tout autour avec le zoom. Un gramoune, un vieux casse-papaye comme on n'en fait plus, d&#233;ambulant sur le bas-c&#244;t&#233;, m'indiqua : &#8220;Non, je vois pas, pas depuis longtemps sur l'&#238;let.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Pigiste (2)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-2,93649</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-2,93649</guid>
		<dc:date>2018-08-07T08:00:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trois ans durant &#224; d&#233;cortiquer l'histoire contemporaine, &#224; d&#233;crypter l'actu, apprendre et appliquer les codes de la r&#233;daction d'article, et ceux de l'interview, ma&#238;triser les diff&#233;rentes proc&#233;dures de v&#233;rification des faits, un peu d'antenne, un stage &#224; la r&#233;daction de France-Soir&#8230; C'est un coup d'ailleurs que je tiens d'un de ses journalistes de toujours laisser une faute d'orthographe dans un papier afin de laisser croire au lecteur - ou &#224; son correcteur - qu'il est plus intelligent que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93649-71b2b.jpg?1781410535' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/4-pigiste.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/4-pigiste-1b014.jpg?1781410535' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois ans durant &#224; d&#233;cortiquer l'histoire contemporaine, &#224; d&#233;crypter l'actu, apprendre et appliquer les codes de la r&#233;daction d'article, et ceux de l'interview, ma&#238;triser les diff&#233;rentes proc&#233;dures de v&#233;rification des faits, un peu d'antenne, un stage &#224; la r&#233;daction de France-Soir&#8230; C'est un coup d'ailleurs que je tiens d'un de ses journalistes de toujours laisser une faute d'orthographe dans un papier afin de laisser croire au lecteur - ou &#224; son correcteur - qu'il est plus intelligent que soi. Au cours de ces trois ann&#233;es de formation, j'ai cultiv&#233; une sorte de m&#233;diocrit&#233; passe-partout et satisfaisante. Mon directeur de stage me disait en faisant mine de m'envoyer une pichenette sur le nez : &#8220;&#192; force de dire toujours &#8216;n&#233;anmoins', tu vas finir par perdre ta face&#8221;. C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; je d&#233;couvrais et d&#233;vorais les bouquins de Truman Capote : pour les apprentis journalistes que nous &#233;tions, il repr&#233;sentait le summum du m&#233;tier : &#8220;L'art et la v&#233;rit&#233; peuvent partager le m&#234;me lit sans que &#231;a les emp&#234;che d'&#234;tre incompatibles&#8221;, &#233;crivait-il, narquois.&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re ann&#233;e que j'avais d&#251; repiquer - je n'avais qu'un m&#233;moire de fin d'&#233;tude &#224; r&#233;diger-, j'ai profit&#233; de mon temps pour proposer ma candidature &#224; un poste de r&#233;dacteur en chef adjoint &#224; une revue qui portait en italiques sur papier glac&#233; le nom de &#8220;Changez&#8221;. Sous-titr&#233; &#8220;la revue des plus de cinquante ans qui bougent&#8221; pour mieux cibler le public vis&#233; : adh&#233;rents fortun&#233;s &#224; la retraite. Il s'agissait de proposer des id&#233;es de loisirs de luxe &#224; cette fraction de la population qui a le plus de temps et d'argent &#224; d&#233;penser. La r&#233;dactrice en chef &#233;tait une star de la radio d'un autre &#226;ge, M&#233;nie Gr&#233;goire, qui brillait par son absence - tout le travail de la r&#233;daction et de la coordination m'&#233;tait &#233;chu, si bien qu'un certain &#233;tonnement me vint &#224; la lecture de ma premi&#232;re fiche de paie sur laquelle &#233;tait port&#233; &#8220;secr&#233;taire de r&#233;daction&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patron, tr&#232;s soupe au lait, tant&#244;t charmeur, souvent irascible, se targuait de ses accointances avec la Mairie de Paris pour mettre la pression sur le personnel, au point que, d'engueulades en engueulades, j'ai fini par poser ma d&#233;mission. J'eus vent par la suite, par Le Canard Encha&#238;n&#233;, des d&#233;m&#234;l&#233;s qu'il rencontra avec la justice pour malversations financi&#232;res ; de m&#233;moire, il avait organis&#233; des r&#233;servations de croisi&#232;res fastueuses qui ne partirent jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s cet &#233;pisode un peu amer, je me suis all&#233; &#224; La R&#233;union faire un break et retrouver la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de trois mois, j'annulais le retour pour la m&#233;tropole : j'en avais assez du froid, de la grisaille, du m&#233;tro bond&#233;, de la banlieue, du stress, du manque de verdure, et tout et tout&#8230; J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; rester aupr&#232;s de mes proches, et accompagner dans leur vieillesse mes parents comme ils le souhaitaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contempler la grandeur d'un paysage qui ne s'arr&#234;te &#224; rien et surtout pas &#224; la barri&#232;re d'un immeuble, voir la mer s'&#233;parpiller &#224; l'infini, avoir la possibilit&#233; de go&#251;ter &#224; tout moment au rougail saucisse, aux br&#232;des-mafane, au bonbon miel, parler spontan&#233;ment cr&#233;ole sans &#234;tre regard&#233; comme une b&#234;te de foire, ne plus h&#233;siter pour chercher ses mots, que pouvais-je esp&#233;rer de mieux ? Je me rendis compte que tout &#231;a - m&#234;me les temples indiens avec leurs couleurs de dessins anim&#233;s - m'avaient manqu&#233;. D&#233;cision prise, il fallait faire mon trou dans le landernau du journalisme local - titre : Retour au p&#233;i Ti-Zan ! Avec un bagage universitaire comme le mien, j'avais bon espoir de trouver mieux que la rubrique des chiens &#233;cras&#233;s (en ce domaine d'ailleurs on ne pouvait pas surpasser F&#233;lix F&#233;n&#233;on qui fit bien qu'il fut vir&#233; de la r&#233;daction du Matin).&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai commenc&#233; par faire, CV en main, la tourn&#233;e des principaux journaux de l'&#238;le, &#224; commencer par le Quotidien o&#249; j'avais gard&#233; d'excellents souvenirs, le JIR, R&#233;union Premi&#232;re. R&#233;ponses identiques : la tendance &#233;tait au d&#233;graissage. Compte tenu de l'&#233;troitesse du march&#233; du travail sur l'&#238;le, on m'invitait &#224; tenir la pige - qu'on appelait entre &#233;tudiants la &#8216;rubrique ascenseur', parce qu'elle se r&#233;dige dans l'ascenseur. Joseph Pulitzer &#233;crivait : &#8220;Chaque reporter est un espoir, et chaque r&#233;daction une d&#233;ception&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s tout, pigiste ce n'&#233;tait pas moins qu'&#233;chotier dont la tache d&#233;crite par Courteline consiste - je cite - &#224; &#8220;r&#233;v&#233;ler au monde stup&#233;fait &#224; quelles profondeurs d'ineptie peut atteindre un homme d'esprit, quand il en est totalement d&#233;pourvu&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#192; suivre au num&#233;ro de samedi&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Pigiste (1)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-pigiste-1,93620</link>
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		<dc:date>2018-07-31T07:07:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>


		<dc:subject>A la Une de l'actu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La rubrique &#8220;Caf&#233;-p&#233;i&#8221; rassemble des contes et des nouvelles &#233;voquant La R&#233;union, &#224; parution les mardis et samedis durant la pause hivernale. Pour ceux qui n'ont pas plus de vacances que le bout de leur ongle, ceux qui n'ont pas les sous marqu&#233;s pour sauter la mer, mais qui ont envie de s'&#233;chapper un peu sans billet d'avion ni bateau vomis, pour ceux-l&#224; d'abord, ces r&#233;cits qui tente de proposer une autre fa&#231;on de voir l'&#238;le, avec l'espoir d'agrandir les paysages, d'ouvrir les perspectives : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/a-la-une-de-l-actu" rel="tag"&gt;A la Une de l'actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton93620-29825.jpg?1781410535' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La rubrique &#8220;Caf&#233;-p&#233;i&#8221; rassemble des contes et des nouvelles &#233;voquant La R&#233;union, &#224; parution les mardis et samedis durant la pause hivernale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux qui n'ont pas plus de vacances que le bout de leur ongle, ceux qui n'ont pas les sous marqu&#233;s pour sauter la mer, mais qui ont envie de s'&#233;chapper un peu sans billet d'avion ni bateau vomis, pour ceux-l&#224; d'abord, ces r&#233;cits qui tente de proposer une autre fa&#231;on de voir l'&#238;le, avec l'espoir d'agrandir les paysages, d'ouvrir les perspectives : d&#233;fense et illustration de l'identit&#233; culturelle r&#233;unionnaise avec, en creux, une mise en garde contre l'acculturation des masses, qu'elle soit affich&#233;e ou feutr&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_59467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/5-saint-denis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/5-saint-denis-773b7.jpg?1781410535' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une vocation, r&#233;trospectivement, &#231;a ressemble &#224; l'ombre des pierres qui s'amoncellent peu &#224; peu, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, qui finissent par former une montagne sur laquelle vous vous &#233;levez - alors, vous contemplez la plaine qui s'&#233;tend en contrebas, le lieu d'o&#249; vous &#234;tes parti, et, l&#224;, dans les rayons du soleil, l'&#233;tonnement vous vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier souvenir cin&#233;matographique remonte &#224; mes 7 ans - j'avais tenu &#224; accompagner mes parents - souvenir par lequel je revois la longue silhouette de l'acteur du film Good Night and Good luck, si criant de v&#233;rit&#233; dans son incarnation d'Ed Murrow, le reporter am&#233;ricain qui s'opposa frontalement au Maccarthisme. Sans pour autant en avoir saisi la pleine port&#233;e, ce qui me conquit dans ce long m&#233;trage, &#233;tait, je pense, moins le c&#244;t&#233; redresseur de torts que l'assurance et la t&#233;nacit&#233; avec lesquelles le personnage d'Ed Murrow avait brav&#233; l'autorit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233; en quatri&#232;me, je devais avoir 14 ans, le professeur avait convi&#233; en classe un journaliste dans le but de nous pr&#233;senter les m&#233;tiers de la presse. Celui-ci en fin de s&#233;ance avait instigu&#233; un d&#233;bat sur l'objectivit&#233; et l'impassibilit&#233; du reporter devant la souffrance du monde, sur la nature du pouvoir de la presse, et sur la fronti&#232;re entre mensonge et r&#233;alit&#233;&#8230; Il avait repris cette phrase de Murrow : &#8220;Le r&#244;le du journaliste est de d&#233;noncer les contradictions et de donner les cl&#233;s de la r&#233;flexion&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat fut ponctu&#233; d'un &#8220;Si vous &#234;tes d&#233;vor&#233;s par la curiosit&#233;, obs&#233;d&#233;s par le d&#233;sir de conna&#238;tre et de savoir, de comprendre le pourquoi et le comment des choses, devenez journalistes, car la curiosit&#233; est le terreau, le support, de ce m&#233;tier&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e d'apr&#232;s, avec l'appui d'un ami de mon p&#232;re, je parvins &#224; faire mon stage en entreprise au Quotidien de La R&#233;union, pr&#232;s du Chaudron. Je me souviens du mot que le r&#233;dacteur en chef jeta &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la table lors du d&#233;briefing du matin auquel j'avais &#233;t&#233; invit&#233; : &#8220;N'oubliez pas que ce que le journal a de mieux, ce sont nos lecteurs !&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'environnement des bureaux parsem&#233;s d'ordinateurs, dossiers ouverts, les fameuses d&#233;p&#234;ches AFP s'offraient &#224; moi comme un film. Je me suis cru dans Good Night-good luck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les murs de la salle de r&#233;daction affichaient en caract&#232;res gras des panneaux avec : &#8220;EXATITUDE, EXACTITUDE, EXACTITUDE !&#8221; ; sur la porte un &#8220;Who ? What ? Where ? When ? Why ?&#8221; sous lequel avait &#233;t&#233; ajout&#233; : &#8220;Content, Context, Code&#8221;, chacun commen&#231;ant par un C, ce qui me faisait rire parce qu'ensemble &#231;a faisait W.C. ; l'horloge murale, elle, &#233;tait affubl&#233;e tout autour de &#8220;Les faits, les faits, d'abord les faits !&#8221; Je revois encore le chemin de fer trac&#233; au marqueur sur le tableau blanc, et la maquette du journal projet&#233; sur &#233;cran blanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la semaine de stage, un photographe missionn&#233; par le journal devait faire des prises sur la &#8220;route en l'air&#8221;, le viaduc littoral en cours d'ach&#232;vement, m'avait propos&#233; de venir avec lui. Je revois le vaste panorama a&#233;rien fouett&#233; de vent, la sensation &#233;tale de libert&#233; - que tout &#233;tait &#224; d&#233;couvrir !&#8230; J'en ai gard&#233; un souvenir marquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de lyc&#233;e, le sujet de philo devant lequel je me suis retrouv&#233; &#233;tait : &#8220;Prouver permet-il de savoir ?&#8221; J'ai repens&#233; &#224; l'obstination de Ed Murrow, je voyais une salle de r&#233;daction houleuse. J'ai &#233;voqu&#233; alors le fiasco journalistique de la Guerre d'Irak et la lutte entre journalisme et conspirationnisme ; j'ai eu 13.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les quotidiens et les revues ont toujours encombr&#233; la table du salon familial, &#231;a tenait sans doute au fait que mon p&#232;re, issu d'un milieu pauvre, avait sans doute esp&#233;r&#233; ne pas l'&#234;tre pour s'en aller loin confronter les r&#233;alit&#233;s du monde &#233;troit dont il venait aux images immenses du monde telles qu'il s'en faisait. Ne pouvant r&#233;aliser ce r&#234;ve, il avait voyag&#233; en-dedans, &#224; travers les magazines et les journaux. Par certains aspects, je le devan&#231;ais dans cette utopie quand je lui annon&#231;ais vouloir faire en m&#233;tropole, apr&#232;s un master d'histoire, une &#233;cole de journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#192; suivre au num&#233;ro de samedi&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le petit gar&#231;on qui voulait attraper le vent (14)</title>
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		<dc:date>2016-08-25T21:11:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Maurice&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton87330-1e3df.jpg?1781410535' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_54046 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/5-le_poisson_reversible_002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/5-le_poisson_reversible_002-5234c.jpg?1781410535' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et il dessina trois ovales, c'&#233;tait &#224; chaque fois deux poissons qui se tenaient par la bouche. D'un c&#244;t&#233;, c'&#233;tait le poisson de gauche qui avalait celui de droite, et de l'autre, c'&#233;tait celui de droite qui avalait l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon, mais &#231;a ne m'avance pas plus&#8230;, soupira Firmin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La solution, Grand-m&#232;re l'a dit, se trouve en bord de mer, conclut Ti-Jean. On va bien finir par trouver quelque chose. Ce serait le diable si dans le lagon, on ne trouve pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils descendirent vers le littoral. Ti-Jean se mit &#224; fredonner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233; ho !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois tes poils de nez&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho h&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; haut !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sens tes pieds&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh beh !... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Firmin rigola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ti Jean commenta : &#171; C'est une chanson que j'ai faite pour faire rager Grand Diab. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils reprirent ensemble :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233; ho !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois tes poils de nez&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho h&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; haut !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sens tes pieds&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh beh !... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Grand Diab n'&#233;tait pas loin, et il entendait la chanson que poussait les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233; ho !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois tes poils de nez&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho h&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand tu me regardes de haut&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; haut !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sens tes pieds&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh beh !... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a le mettait en fureur. S'il ressemblait &#224; une grosse citrouille &#224; pattes, il courait tr&#232;s vite, le Diable. Si vite qu'il fallait &#234;tre bien habile pour le semer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tait mis en travers du chemin, et quand les enfants le virent, ils d&#233;tal&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S&#233;parons-nous, murmura Ti-Jean. Dans la savane, il ne saura plus o&#249; donner de la t&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ti-Jean obliqua vers Chamarel, Firmin et Tourniquet vers Coteau Raffin. Grand Diab, contrairement &#224; toute attente, se mit &#224; courir derri&#232;re Firmin et son chien. Comme le ciel &#233;tait couvert, Firmin eut l'id&#233;e de monter vers le morne Brabant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une p&#233;nible ascension, Grand Diab mena&#231;ait de les rejoindre &#224; tout moment, il en fallut de peu qu'ils ne se retrouvassent attrap&#233;s. Enfin, parvenu presque au haut, le monstre, certain de les avoir coinc&#233;s, ne courait plus aussi vite. Il savourait sa victoire. Il tenait sa vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, au sommet, Firmin et Tourniquet l'attendaient. Grand Diable, outr&#233; de cette attitude, se mit &#224; courir vers eux, bras tendus en avant, alors le gar&#231;on et le chien se lanc&#232;rent dans le vide, c'&#233;tait le moment o&#249; il commen&#231;ait &#224; pleuvoir. Grand Diab croyant les atteindre avait saut&#233; aussi, mais, tandis que le chien parapluie s'ouvrait, et que Firmin le saisissait par la queue, le D&#233;mon surpris s'&#233;crasait la t&#234;te en bas. Les amis contemplant le d&#233;sastre de Grand Diab riaient ensemble emport&#233;s par le vent&#8230; Ti-Jean, au bord de la plage, fit de grands signes d'au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Fin du chapitre II &#8211; Suite aux prochaines grandes vacances.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est pas d&#233;di&#233; &#224; la Justice fran&#231;aise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le petit gar&#231;on qui voulait attraper le vent (13)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/le-petit-garcon-qui-voulait-attraper-le-vent-13,87295</link>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Kiya</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Maurice&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/cafe-pei/" rel="directory"&gt;Caf&#233; P&#233;i&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L150xH100/arton87295-53ef2.jpg?1781410535' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_54020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.temoignages.re/IMG/jpg/7-grand-mere_ti-bois.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.temoignages.re/local/cache-vignettes/L500xH333/7-grand-mere_ti-bois-ad9d5.jpg?1781410535' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Grand-m&#232;re &#233;tait mont&#233;e dans les mornes chercher quelques zerbaj &#224; sortil&#232;ges, &#224; siguidis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gar&#231;ons distingu&#232;rent dans le vert feuillage le jaune d'un chapeau de paille qui dodelinait. Ils appel&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grand-m&#232;re, Grand Diab est &#224; nos trousses ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La silhouette haussa les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si c'&#233;tait Grand Diab ? Firmin arr&#234;ta son cousin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas d'inqui&#233;tude, mes petits, r&#233;pondit une voix chevrotante, avec moi, vous &#234;tes en s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants soufflaient. Ti-Jean pr&#233;senta son cousin. &#171; Tu peux aider cousin Firmin &#224; retrouver son p&#232;re, s'il te pla&#238;t Grand-m&#232;re ? Son canot a disparu en mer lors du dernier cyclone&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#8216;S'il te pla&#238;t Grand-m&#232;re' ?... En voil&#224; du nouveau ! En g&#233;n&#233;ral, tu n'es gu&#232;re poli. C'est que &#231;a doit &#234;tre important. Bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille dame offrait une curieuse figure sans &#226;ge, parcourue de rides qui semblaient se jeter toutes dans le trou de ses yeux comme des rivi&#232;res dans un lac. Elle su&#231;ait plus qu'elle ne fumait un dr&#244;le de cigare qui exhalait plein d'odeurs &#233;pic&#233;es. Elle n'eut pas &#224; demander &#224; quoi ressemblait le p&#232;re de Firmin. Elle se contenta de fixer Firmin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Asseyez-vous l&#224; &#187;. Et d&#233;signant un tapis d'herbes s&#232;ches : &#171; Arrachez ces touffes, mettez le sol &#224; nu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le sol avait &#233;t&#233; bien d&#233;gag&#233;, de son b&#226;ton de coudrier, elle y tra&#231;a des symboles, disant au fur et &#224; mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quatre yeux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tristesse qui sert de jambes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie qui sert de coiffe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main ouverte, la main ferm&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la roue qui toujours tourne&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus du dessin qu'elle avait fait, elle gratta du ti-bois, jeta des herbes s&#232;ches qui aliment&#232;rent un feu qu'elle avait fait partir avec son cigare. Le foyer cercl&#233; de galets se mit &#224; bouillonner comme les esprits des bois en sortaient en d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'assit pour observer les circonvolutions de la fum&#233;e qui s'en &#233;chappait. Elle semblait la questionner, y lire, elle d&#233;clara enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand tu auras trouv&#233; le poisson r&#233;versible, tu auras trouv&#233; ton p&#232;re&#8230; Voil&#224; ce que disent les esprits des Bois et du Feu ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- C'est quoi &#231;a, le poisson r&#233;versible ?... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grand-m&#232;re cracha puissamment sur la flamme, qui s'&#233;teignit en chuintant. Elle reprit son cigare qu'elle se remit &#224; m&#226;cher, se leva sans rien dire, se saisit de son panier d'herbages et s'enfon&#231;a dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Firmin se tourna vers Ti-Jean, interrogateur (grand-m&#232;re &#233;tait d&#233;j&#224; loin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois savoir ce qu'est le poisson r&#233;versible, souriait Ti-Jean. Regarde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de vendredi&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Kiya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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