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	<title>T&#233;moignages</title>
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	<description>Journal fond&#233; le 5 mai 1944 par le Dr Raymond Verg&#232;s</description>
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		<title>T&#233;moignages</title>
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		<title>No&#235;l en janvier (8)</title>
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&lt;p&gt;La No&#235;l se passa ainsi, par la force des choses, de fa&#231;on modeste. Quand Anne-Sofia d&#233;couvrit au pied du sapin sous le papier cadeau le DVD &#171; La famille Croods &#187;, elle partit d'un &#171; Oh, non ! &#187; si sinc&#232;re que Jean-Jacques et sa premi&#232;re fille rigol&#232;rent : &#171; Ah, quel salaud tout de m&#234;me, ce P&#232;re No&#235;l. Ne t'inqui&#232;te pas, ma fille, je vais le tuer. On va se venger ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Cela venait s'ajouter &#224; l'&#233;pisode moins dr&#244;le d'Iliana. Les jeunes enfants des nouveaux voisins accueillaient presque chaque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La No&#235;l se passa ainsi, par la force des choses, de fa&#231;on modeste. Quand Anne-Sofia d&#233;couvrit au pied du sapin sous le papier cadeau le DVD &#171; La famille Croods &#187;, elle partit d'un &#171; Oh, non ! &#187; si sinc&#232;re que Jean-Jacques et sa premi&#232;re fille rigol&#232;rent : &#171; Ah, quel salaud tout de m&#234;me, ce P&#232;re No&#235;l. Ne t'inqui&#232;te pas, ma fille, je vais le tuer. On va se venger ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cela venait s'ajouter &#224; l'&#233;pisode moins dr&#244;le d'Iliana. Les jeunes enfants des nouveaux voisins accueillaient presque chaque soir Anne-Sofia sur le parking du lotissement. C'&#233;tait des jeux, ils se couraient apr&#232;s. Un soir, les deux enfants ont litt&#233;ralement tir&#233; Anne-Sofia pour la faire entrer chez eux. La petite r&#233;sista &#224; leur volont&#233; conjointe. Spectateur, Jean-Jacques en &#233;prouva de la g&#234;ne. Puis cela devint une habitude, la premi&#232;re chose que faisait Anne-Sofia en sortant de la voiture &#233;tait de courir &#224; la porte des voisins, mais l'inverse ne se produisait pas : il &#233;tait d&#233;fendu aux petits voisins de venir jouer chez Anne-Sofia. Jean-Jacques les avait pourtant invit&#233;s. Chaque soir, ou peut s'en faut, elle toquait &#224; leur porte. C'&#233;tait sans aucun doute plus amusant de venir chez eux que de rester dans la maison avec son seul papa. &#171; Pourquoi, elle parle pas ? &#187; demandait Iliana, la petite voisine &#224; Jean-Jacques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les difficult&#233;s d'Anne-Sofia ne sont pas perceptibles d'embl&#233;e, Martine Moguez sur la dysphasie &#233;voque une &#171; invisible diff&#233;rence &#187;. Rebut&#233;s sans doute par la fr&#233;quence enthousiaste des venues d'Anne-Sofia, la porte des voisins se ferma, et resta close. &#171; Illiana prend son bain &#187;, lui disait papa alors que la petite attendait &#224; la porte, &#171; Viens, rentre &#224; la maison &#187;. &#171; Elle est en train de dormir &#187;, &#171; elle fait son travail pour l'&#233;cole, etc. &#187; Anne-Sofia s'obstinait &#224; toquer &#224; la porte. &#171; Allez, la nuit est tomb&#233;e&#8230; Viens, papa doit faire le repas&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus par force que par la conviction, il la raccompagnait &#224; la maison. Anne-Sofia restait alors prostr&#233;e sur le seuil, refusant les mots d'explication et de consolation. Il fallut g&#233;rer le revirement inexpliqu&#233; mais pr&#233;visible des voisins. L'&#233;pisode montrait une nouvelle fois le r&#233;flexe refus de la diff&#233;rence, qui fait qu'on se d&#233;barrasse, qu'on refuse de voir. Une peur obscure et ancestrale de la contamination. La diff&#233;rence, oui, mais elle doit rester invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l pass&#233;e, Jean-Jacques fit garder ses deux filles en matin&#233;e pour aller en centre ville r&#233;aliser un bilan sanguin. Il se promena ensuite dans la rue marchande, songeant devant les trottoirs d&#233;bordant de marchandises color&#233;es &#224; ce que ses filles avaient eu comme pr&#233;sents. Il culpabilisait. &#192; la question de l'orthophoniste : &#171; &#192; No&#235;l, qu'est-ce que tu as eu comme cadeaux ? &#187;, Anne-Sofia avait r&#233;pondu : &#171; Un moustique &#187;, qui fit rire tout le monde, plut&#244;t jaune pour Jean-Jacques. Par association d'id&#233;es, il songeait aux travaux de Charles Eisenstein sur l'&#233;conomie de dons. L'&#233;conomiste am&#233;ricain affirme qu'une soci&#233;t&#233; o&#249; la confiance est relocalis&#233;e en autrui, une soci&#233;t&#233; sans argent, est possible, voire n&#233;cessaire, qu'il fallait se mettre dans l'&#339;il du cyclone et y rester. &#171; La conversion doit &#234;tre globale pour fonctionner et n'est plausible que si le syst&#232;me &#233;conomique et social est morcel&#233; en communaut&#233;s de 200 habitants. &#187; Pourquoi deux cents ? Parce que deux cents est le nombre de visages qu'un &#234;tre humain moyen est capable de reconna&#238;tre, et pour faire confiance &#224; autrui, il faut le conna&#238;tre ou du moins le reconna&#238;tre&#8230; Et lui, combien de visages &#233;tait-il capable de reconna&#238;tre ? Et que pouvait-il proposer en &#233;change, lui que son enfant occupait tant ? Il avait &#224; peine de quoi entretenir son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait plong&#233; dans ces consid&#233;rations quand il reconnut un chemisier &#224; l'&#233;tal. Un chemisier taille 6 ans, orn&#233; de jours de Cilaos qu'Anne-Sofia avait tant voulu avoir. S'il n'&#233;tait pas limit&#233; financi&#232;rement il l'aurait pris, et en aurait choisi deux : un pour sa grande fille aussi. Il se saisit du tissu d'une finesse exquise, le leva, contempla, au travers les jours, les motifs qui y &#233;taient brod&#233;s. Il suivait du regard l'entrelacement merveilleux des fils. Une No&#235;l chiche, sa culpabilit&#233; de p&#232;re d'enfant en difficult&#233; malgr&#233; lui, il se mit &#224; froisser de col&#232;re le tissu, il le tenait dans sa paume comme s'il allait le jeter au loin. Alors, au lieu de le jeter, il le mit dans sa poche. Le poing nou&#233;, il resta h&#233;b&#233;t&#233; par la situation plus que par son geste, il leva les yeux. Personne ne le regardait ; apr&#232;s les f&#234;tes, le magasin &#233;tait presque d&#233;sert, le g&#233;rant semblait absorb&#233;. L'instant d'apr&#232;s, il effectua honteux et rapide, le m&#234;me geste pour un chemisier d'une taille plus grande. Il resta immobile, t&#234;te baiss&#233;e, comme attendant un ch&#226;timent qui ne vint pas. Il s'appr&#234;tait &#224; partir, quand le g&#233;rant qui avait surpris son geste sur l'&#233;cran d'une cam&#233;ra, chercha &#224; lui barrer le passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une main se posa sur l'avant-bras du patron. Interloqu&#233;, ce dernier tourna la t&#234;te, et regarda le client qui avait interrompu son &#233;lan. C'&#233;tait un visage familier qui lui souriait, un grand-p&#232;re poupon avec un menton fleuri d'une &#233;tonnante blancheur. Son sourire bienfaisant irradiait. Ce devait &#234;tre un touriste en goguette, il avait une chemise fine tr&#232;s tape-&#224;-l'oeil, rouge vif sur motifs fantaisie aux blancs cristaux de neige. Le vieillard lui fit un discret signe n&#233;gatif de la t&#234;te. Quelque chose qui semblait dire : Ce n'est pas la peine, ou : Tu as fait un bon chiffre d'affaire, tu n'as rien vu ; cela voulait dire peut-&#234;tre : Voici venu l'heure du pardon. Le patron trahit une inqui&#233;tude qui se figea et s'apaisa. C'&#233;tait comme un ressort qui se cassait. Il baissa la t&#234;te et revint au comptoir terminer ses op&#233;rations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclone Beljisa &#233;tait pass&#233;, une nouvelle ann&#233;e commen&#231;ait, une ann&#233;e couleur de coquelicot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs cha&#238;nes &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Rosa Luxembourg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciements &#224; Manuel Marchal.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mes enfants.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Pour une &#233;criture du handicap, &lt;br class='autobr' /&gt;
se reporter &#224; la rubrique &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.temoignages.re/chroniques/handicapable/' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Handicapables !&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
sur le site du journal.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>No&#235;l en janvier (7)</title>
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&lt;p&gt;Jean-Jacques passa &#224; une gestion uniquement par ch&#233;quier avec une prise en liquidit&#233;s en d&#233;but de mois. Le syst&#232;me n&#233;cessitait des pr&#233;visions mensuelles de d&#233;penses sp&#233;cifiques, pour r&#233;pondre aux blocages alimentaires de son enfant, que les commer&#231;ants accept&#232;rent sans difficult&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa gestionnaire de compte, en r&#233;action aux d&#233;passements de d&#233;couvert, lui avait demand&#233; de la joindre. Ne disposant que de quelques unit&#233;s destin&#233;es &#224; contacter sa premi&#232;re fille &#224; Mayotte et ne comptant que d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Jacques passa &#224; une gestion uniquement par ch&#233;quier avec une prise en liquidit&#233;s en d&#233;but de mois. Le syst&#232;me n&#233;cessitait des pr&#233;visions mensuelles de d&#233;penses sp&#233;cifiques, pour r&#233;pondre aux blocages alimentaires de son enfant, que les commer&#231;ants accept&#232;rent sans difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa gestionnaire de compte, en r&#233;action aux d&#233;passements de d&#233;couvert, lui avait demand&#233; de la joindre. Ne disposant que de quelques unit&#233;s destin&#233;es &#224; contacter sa premi&#232;re fille &#224; Mayotte et ne comptant que d'un budget d'essence serr&#233;, il ne souhaita pas faire les d&#233;marches demand&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'opposition de la banque, puis la destruction demand&#233;e de sa carte bancaire, une aporie lexicale tombait, celle de ne pouvoir expliquer &#224; sa fille la raison pour laquelle sa Carte Bleue &#233;tait mauve&#8230; Les petits cadeaux destin&#233;s &#224; l'ouverture de son enfant furent de fait supprim&#233;s, Anne-Sofia comprit assez bien que la carte &#233;tait &#171; cass&#233;e &#187;, pouvant la voir &#244;t&#233;e de sa puce &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques tiennent leur client par des cadeaux qui n'en sont pas. Les autorisations de d&#233;passements toujours plus importants deviennent des dettes qui rapportent aux &#233;tablissements financiers. Le client se fait ainsi attacher &#224; sa banque. Dans son &#233;choppe, depuis la dynastie Tang, Ma&#238;tre Pu fabrique des mensonges qu'il vend en faisant croire que c'est une marchandise pr&#233;cieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ticket du gabier de l'&#201;cureuil indiquait par exemple le montant en int&#233;grant le d&#233;couvert autoris&#233;, Jean-Jacques l'ignorait, il ne comprenait pas la raison pour laquelle le montant figurant sur le solde du ticket de retrait ne correspondait jamais au solde que lui fournissait l'employ&#233; au guichet. Il s'en est rendu compte la fois o&#249; il &#233;tait descendu sous le z&#233;ro, pensant puiser dans son d&#233;couvert. La gestionnaire de la BRED, elle, sans l'en avoir averti, avait fait opposition &#224; tous ses virements automatiques, hormis la pension alimentaire. Loyer, assurance, Orange, imp&#244;ts, distribution d'eau, il d&#233;couvrit la manoeuvre par des retours de courriers ou des appels de ses cr&#233;diteurs par lesquels il apprit que les virements se trouvaient interrompus &#171; par ordre du client &#187; ; or, le client n'en savait rien. Ayant &#233;puis&#233; le ch&#233;quier, la directrice de son agence refusa un pr&#233;l&#232;vement en liquidit&#233;s en fin de mois, pr&#233;textant une limitation de ses possibilit&#233;s de d&#233;passement, en contradiction avec le montant permis indiqu&#233; sur son relev&#233; de compte qu'il re&#231;ut le jour m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de banque, comme pour un d&#233;m&#233;nagement, suppose une double mise qui n'est pas dans les moyens de tous. Jean-Jacques exp&#233;rimentait de plein fouet le syst&#232;me lib&#233;ral qui consiste &#224; &#234;tre dur avec les faibles, et faible avec les durs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ponts d'or s'ouvrent aux riches, l'argent va &#224; l'argent comme l'eau va &#224; l'eau. Sit&#244;t que les difficult&#233;s financi&#232;res surviennent, il devient int&#233;ressant pour celui qui en a la force d'observer les syst&#232;mes de blocage et de r&#233;torsion qui se mettent en place, qui ont pour effet imm&#233;diat d'accentuer les difficult&#233;s au lieu de les r&#233;soudre. Si tent&#233; que vous pr&#233;sentiez des fragilit&#233;s, le syst&#232;me bancaire vous attire dans le gouffre car son int&#233;r&#234;t est de vous y maintenir. C'est le syst&#232;me dyckensien. Fascinant est ce pouvoir qui fait tout pour vous assujettir, par des pr&#234;ts, des assurances, ou des autorisations de d&#233;couvert dans une d&#233;pendance qui rapporte. Vous avez de l'argent, vous rencontrez des sourires ; quand vous n'en avez plus, vous n'entendez que le bruit des portes qui se claquent, mais ce fracas vous en apprend beaucoup plus sur la soci&#233;t&#233; qui va que les rires en cascade. La soci&#233;t&#233; se montre telle qu'elle est sans fard ni voile dans ce qu'elle a de pire. Les &#233;conomistes appellent la &#171; th&#233;orie des dominos &#187; le fait de continuer &#224; payer simplement parce que vous avez commenc&#233; &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'occuper d'un enfant ne rapporte rien, travailler davantage rapporte plus. Est-on en mesure de choisir ? La soci&#233;t&#233; a remplac&#233; la loi du plus fort par la loi du plus payable. Les strat&#233;gies bancaires qui rapportent prouvent qu'on oublie g&#233;n&#233;ralement qu'il y a des ar&#234;tes dans les sir&#232;nes. Le linguiste Alain Rey le souligne, le verbe penser vient du latin pensare, fr&#233;quentatif de &#171; pesare &#187;, qui veut dire &#171; peser &#187;. Le geste du banquier constitue le mod&#232;le de la pens&#233;e occidentale qui l'emporte sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir &#224; en passer par le Quotidien pour que la CAF &#233;claire une situation montre bien que parler ne sert de rien, qu'il est n&#233;cessaire de crier pour se faire entendre. Le pays appartient &#224; la voix la plus large, non &#224; la plus juste. &#171; Combien &#187; est le ma&#238;tre mot : combien d'argent, combien d'adh&#233;rents, combien de voix. Il appara&#238;t &#224; tous que faire nombre permet de se faire &#233;couter, mais aussi et surtout de se prot&#233;ger&#8230; La mal&#233;diction du monde moderne n'est plus tant dans le fait d'&#234;tre seul que dans celui d'&#234;tre le seul &#224; dire vrai. La voix unique se trouve &#233;touff&#233;e dans le vacarme du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>No&#235;l en janvier (6)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-6,73918</link>
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		<dc:date>2014-01-27T20:38:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Le plus dr&#244;le, ce sont les frais d'opposition bancaires qui se montent au niveau de la d&#233;pense effectu&#233;e. Aux 10 euros pour l'envoi d'une lettre type, s'ajoute la commission forfaitaire de 20 euros pour un d&#233;passement d'un montant inf&#233;rieur &#224; 50&#8230; Qu'une d&#233;pense non pr&#233;vue survienne, un remplacement de batterie, un changement de pneus &#224; 494 euros, et le fragile &#233;quilibre financier bascule. &#192; croire que Speedy avaient effectivement mont&#233; des pneus de &#171; camionnette &#187; sur la voiture de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le plus dr&#244;le, ce sont les frais d'opposition bancaires qui se montent au niveau de la d&#233;pense effectu&#233;e. Aux 10 euros pour l'envoi d'une lettre type, s'ajoute la commission forfaitaire de 20 euros pour un d&#233;passement d'un montant inf&#233;rieur &#224; 50&#8230; Qu'une d&#233;pense non pr&#233;vue survienne, un remplacement de batterie, un changement de pneus &#224; 494 euros, et le fragile &#233;quilibre financier bascule. &#192; croire que Speedy avaient effectivement mont&#233; des pneus de &#171; camionnette &#187; sur la voiture de Jean-Jacques. Il suffit que la taxe fonci&#232;re tomb&#226;t en novembre, que les ch&#232;ques ne soient pas encaiss&#233;s &#224; la date propos&#233;e. Il avait suffit qu'un juge aux affaires familiales impos&#226;t le paiement de la moiti&#233; du billet aller-retour pour l'exercice d'un droit de visite, alors que Jean-Jacques &#233;tait venu retrouver sa premi&#232;re fille dans l'&#238;le avec la double volont&#233; de la voir plus souvent et de supprimer les frais de d&#233;placement, tandis qu'inform&#233;e de sa venue, la partie adverse chois&#238;t de d&#233;m&#233;nager. Malgr&#233; un dossier de pi&#232;ces, le dommage n'avait pas &#233;t&#233; reconnu. Et pour corriger la myopie de la justice, ne restait que l'appel, et se fendre en frais d'avocat. Il &#233;tait d'ailleurs impensable au vu des difficult&#233;s communicationnelles d'Anne-Sofia que Jean-Jacques ne fit pas venir sa premi&#232;re fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ironie d&#233;bordait du proc&#232;s verbal qui faisait suite au d&#233;p&#244;t de plainte pour d&#233;m&#233;nagement sans en avoir averti l'autre partie, o&#249; il &#233;tait reconnu que Jean-Jacques avait &#233;t&#233; pr&#233;venu du d&#233;part de son ex-&#233;pouse le 1er avril, par t&#233;l&#233;phone. Pass&#233; sous silence le fait qu'il n'y eut par la suite aucune confirmation &#233;crite, malgr&#233; des demandes, le brigadier chef, fonctionnaire, avait not&#233; les faits avec une bonhomie invraisemblable. Jean-Jacques avait &#233;t&#233; inform&#233; en amont du d&#233;part de son enfant, certes, mais l'essentiel de la question n'&#233;tait-il pas : &#224; quel moment du calendrier rectoral ? Le texte de loi dit que l'autre partie doit &#234;tre inform&#233;e d'un changement d'adresse &#171; dans les d&#233;lais impartis &#187;. Qu'est-ce &#224; dire ? Qu'une fois le mouvement inter acad&#233;mique &#233;tait cl&#244;tur&#233;, il n'&#233;tait pas possible de changer de mutation. Ou alors de mani&#232;re exceptionnelle et dans des conditions pr&#233;caires, mais autant fallait-il avoir confirmation &#233;crite de ce changement de domicile qui avait &#233;t&#233; oralement signifi&#233; le jour du Poisson d'avril. Sans confirmation &#233;crite, ni de la part de la m&#232;re de sa fille, ni, notons-le, de la part des services du rectorat de La R&#233;union, acad&#233;mie dans laquelle &#233;tait scolaris&#233;e sa premi&#232;re fille, il lui &#233;tait impossible de changer la donne. Qu'un brigadier chef en fonction BSU, ou qu'un procureur, fonctionnaires tous deux, soumis &#224; des obligations morales, &#224; des mouvements de mutation, &#224; des nominations, &#224; des dates de cl&#244;tures, en fassent l'impasse, en oubliant l'int&#233;gralit&#233; de la loi, sonnait comme une moquerie. Il semblerait avec la justice fran&#231;aise que le Poisson d'avril, ce soit toute l'ann&#233;e. Non, on ne peut pas pr&#233;venir l'autre conjoint la veille de son d&#233;m&#233;nagement pour un autre d&#233;partement, quand on habite une &#238;le isol&#233;e, a fortiori quand l'autre parent d&#233;sire r&#233;duire l'&#233;loignement et s'all&#233;ger financi&#232;rement. Non. Le coup de l'&#339;il de verre de l'administration, Jean-Jacques le nomme ironie par le manquement. C'est une ironie froide, &#224; la Kafka, qui se moque ostensiblement de vous en ne traitant pas votre dossier, ou mieux : &#224; peine. La justice, la CAF&#8230; Certains parlent d'un effondrement intellectuel. Le monde parle argent, au lieu de parler raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le beau-p&#232;re de son enfant, fonctionnaire, n'ignorait absolument pas les dates du mouvement inter acad&#233;mique, qui est national, d'autant plus qu'au pr&#233;alable, il les avait tenu inform&#233;s de sa nomination dans l'&#238;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, serait-ce au particulier, en proc&#233;dure d'appel, de rappeler aux juges, aux procureurs, aux brigadiers chefs, l'int&#233;gralit&#233; du texte de loi qu'ils semblent ignorer ? Va-t-on finir par lui dire que le Code civil et le Code p&#233;nal sont &#224; la fa&#231;on du Code des Pirates de la Confr&#233;rie des Morgan et Bartholom&#233; davantage un code de conduite qu'un v&#233;ritable r&#232;glement ? Le monde n'est pas seulement &#224; l'envers o&#249; ceux qui en sont les d&#233;positaires ignorent la loi, puisqu'il est emp&#234;ch&#233;, puisqu'il faut toujours rappeler les faits et la loi, et la loi et le fait, y compris &#224; ceux qui en sont les gardiens, c'est encore le dire de la v&#233;rit&#233; qui constitue l'&#233;pop&#233;e moderne, une geste inter-minable. Il faudrait se cantonner, donc, &#224; la cr&#233;tine v&#233;rit&#233;. C'est dans cela que se niche le sens de l'expression &#171; La France des photocopies &#187; qui fait le refrain de la chanson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Chine excelle dans le textile&lt;br class='autobr' /&gt;
La Tha&#239;lande, dans les grains de riz&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Japon fait des automobiles&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les US, du RNB&lt;br class='autobr' /&gt;
La Suisse attire les comptes en banque&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Anglais ont un humour exquis&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Nicaragua produit la coca&#239;ne, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la revend au meilleur prix, &lt;br class='autobr' /&gt;
La France, La France, des photocopies&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Camille chante, elle-m&#234;me copiant et pastichant les accents et les intonations d'une Piaf. La v&#233;ritable condamnation qu'inflige la justice fran&#231;aise consiste &#224; faire redire continuellement la m&#234;me chose dans les Enfers de ses couloirs, c'est la pierre prom&#233;th&#233;enne qu'elle brandit : sit&#244;t la v&#233;rit&#233; remont&#233;e, les juges la font &#224; nouveau basculer... Vides de toute &#233;ternit&#233; les tribunaux ne renvoient que l'&#233;cho affaibli de ce qu'est notre monde. Et la r&#233;p&#233;tition nous rend s&#233;nile. La soci&#233;t&#233; est s&#233;nile. La t&#233;l&#233;, les cha&#238;nes pl&#233;thoriques, internet multiplient la r&#233;alit&#233;, font de la redondance, les m&#233;dias se copient, ils bafouillent, crachent leur s&#233;nilit&#233;. S&#233;nile : sait, ne sait pas, sur l'&#238;le. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les attentes financi&#232;res de Jean-Jacques s'en trouvaient sur plusieurs plans tromp&#233;es. En justice, la v&#233;rit&#233; co&#251;te infiniment plus cher que le mensonge. Jean-Jacques se disait que si c'&#233;tait pour que &#231;a tombe dans l'oreille d'un sourd, valait mieux que &#231;a all&#226;t ailleurs. Demeurait la tentation d'honneur de la cassation, non pour r&#233;gler une affaire ou pour imposer une v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence, faut &#234;tre lucide, mais pour faire un b&#226;ton de plus dans la roue des statistiques, fa&#231;on de se moquer d'un syst&#232;me anesth&#233;si&#233; qui en a vu bien d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains pensent encore que mettre une t&#234;te de cochon sur le pas d'une mosqu&#233;e permet de faire sortir le loup de la bergerie. La justice est une mani&#232;re de gouvernement dont le principal argument est l'argent : nombreux sont ceux qui ne vont pas devant les tribunaux dans ce pays parce que la v&#233;rit&#233; co&#251;te trop cher si bien que les gens sont habitu&#233;s aux mensonges, et que n'importe quel bobard de politique ne fait pas davantage r&#233;agir qu'un simple haussement d'&#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sabus&#233;, sans &#234;tre d&#233;courag&#233; (c'est le message de don Quichotte qui se pr&#234;te toujours au combat quitte &#224; tomber), Jean-Jacques observait que s'il &#233;tait tenu de r&#233;gler le billet aller-retour de sa premi&#232;re fille dans les temps impos&#233;s par une grosse de jugement (sans quoi il aurait &#233;t&#233; priv&#233; d'elle), la partie adverse pouvait toujours rembourser avec 16 jours de retard, &#231;a ne mangeait pas de pain, &#231;a ne faisait que trouer ses comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de vendredi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No&#235;l en janvier (5)</title>
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		<dc:date>2014-01-23T20:11:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Jean-Jacques se pla&#238;t &#224; faire des commentaires &#224; voix basse &#224; son enfant qu'il tient dans les bras sur ce qu'ils voient, ce qu'ils croisent. Il use de la redondance pour que la petite s'accapare le d&#233;cor, pr&#233;misse &#224; digression simples et fantaisistes qui r&#233;organisent le r&#233;el en quelque chose de nouveau. Le fait observ&#233; devient p&#234;che &#224; la d&#233;rive. C'est une augmentation de la r&#233;alit&#233;. Il &#233;vite ainsi d'avoir &#224; se baisser, et &#224; hacher ses d&#233;veloppements. L'arc-en-ciel l&#224; haut s'envole, on va s'y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Jacques se pla&#238;t &#224; faire des commentaires &#224; voix basse &#224; son enfant qu'il tient dans les bras sur ce qu'ils voient, ce qu'ils croisent. Il use de la redondance pour que la petite s'accapare le d&#233;cor, pr&#233;misse &#224; digression simples et fantaisistes qui r&#233;organisent le r&#233;el en quelque chose de nouveau. Le fait observ&#233; devient p&#234;che &#224; la d&#233;rive. C'est une augmentation de la r&#233;alit&#233;. Il &#233;vite ainsi d'avoir &#224; se baisser, et &#224; hacher ses d&#233;veloppements. L'arc-en-ciel l&#224; haut s'envole, on va s'y accrocher, variation Oz sur les couleurs ; la voiture est-elle bleue comme le ciel : si elle monte sur la route du soleil, elle fera comme la souris verte qui court dans l'herbe ; cette autre-l&#224; est blanche comme le mur sur lequel elle pourrait s'&#233;craser : elle ferait tache blanche sur du blanc, autant dire que rien ne se serait pass&#233;. Les couleurs dessinent un espace de jeux &#224; parcourir ; cette sensibilit&#233;-l&#224;, Leonard Sax a raison, est un truc de petites filles ; pour elle, sa pr&#233;f&#233;rence va au rose. A rose is a rose is a rose is a rose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un matin, entre les pantalons qu'il ne met plus et ceux qui sont au sale, Jean-Jacques en choisit un &#224; la va-vite, mal taill&#233; et de toile kaki. Couleur assez inhabituelle. Petit-d&#233;jeuner pris, direction l'&#233;cole o&#249; les attendent les animatrices de la garderie scolaire. Au seuil m&#234;me de la salle qui accueille les petits des sections, Anne-Sofia pointe du doigt le pantalon moche de papa et s'exclame : &#171; Vert ! Vert ! &#187; L'attention de tous est fix&#233;e sur le pantalon. Ce joli tour g&#234;ne autant qu'il amuse Jean-Jacques. Il se marre&#8230; Oui, elle l'a bien eu. Elle tire de sa fragilit&#233; une grande force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'oreille tendue, sans y penser, Jean-Jacques op&#232;re un tri, il discerne les sons qui sortent de l'habituel, mesure l'intensit&#233; de la voix, la couleur du timbre. Ne pouvant formuler ce qui ne va pas, la petite l'exprime sur un autre registre. C'est musical, &#231;a proc&#232;de du rythme. Cette attention maintenue lui a appris sa fille. En r&#233;alit&#233;, tout parle, en dehors des mots, dans lesquels nous nous maintenons enferm&#233;s. L'implicite en est une porte de sortie. Chez elle, l'humeur, l'app&#233;tit se traduisent en dehors du circuit du langage, ainsi se sont-ils construits de mani&#232;re r&#233;ciproque. D'autres rep&#232;res comptent. D&#232;s lors que la petite s'enferme dans des jeux trop subtils trop longtemps, c'est l'inqui&#233;tude qui monte. Toujours un &#339;il sur elle. Il essaie alors de la faire revenir. La strat&#233;gie au long cours qu'il a mise en place a consist&#233; &#224; proposer ou &#224; lui faire choisir de nouveaux jouets, parfois trois fois rien, des gadgets d'un distributeur au Leader Price pour 50 centimes. Attirer son attention, la faire sortir &#171; de son monde &#187;, lui soumettre des &#233;nigmes rigolotes pour l'ouvrir : c'est par le biais de ce qui la passionne le plus, le jeu, que Jean-Jacques l'am&#232;ne &#224; &#233;changer, &#224; &#233;prouver le plaisir du partage. Il monte alors les pi&#232;ces du jouet, lui en explique le fonctionnement, quand elle ne le lui prend pas des mains. Ce moment de d&#233;couverte est un moment de pure joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La strat&#233;gie p&#232;se quand m&#234;me sur un budget &#224; source unique. Aussi une autre strat&#233;gie est venue se greffer : celle qui permet de tromper l'attente de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parmi les cadeaux qu'elle a re&#231;us, sa pr&#233;f&#233;rence va &#224; un petit lapin blanc en peluche qui n'est pas sans faire penser &#224; celui d'Alice. Vid&#233; de son rembourrage, il appara&#238;t maigrichon. Pour &#234;tre exact, c'est une lapine, elle a une bar&#232;te non loin de son oreille en forme de carotte. L'orthophoniste s'est pench&#233;e sur Anne-Sofia, alors qu'elle jouait ; elle a d&#233;sign&#233; le doudou tout crev&#233;, et s'est exclam&#233;e : &#171; Oh, il est malade, ton petit lapin ! &#187; Jean-Jacques br&#251;lait l'envie de dire ce que sa fille devait penser : Non, elle n'est pas malade, elle va m&#234;me tr&#232;s bien. C'est une petite lapine vive et gaie, mais elle est comme &#231;a. Son jouet c'est une part d'elle-m&#234;me, et Anne-Sofia n'est pas malade non plus, elle est simplement habit&#233;e par des petites lapines blanches qui courent dans les halliers et d&#233;valent les terriers du merveilleux&#8230; Il n'est pas juste de dire que la lapine lui ressemble, il serait plus exact de dire qu'elles se ressemblent toutes deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait de naviguer financi&#232;rement &#224; vue, de mesurer ses possibilit&#233;s de d&#233;penses &#224; l'aune du solde figurant sur le re&#231;u du gabier, cantonnait la situation &#224; la pr&#233;carit&#233;. Les mesures prises par la banque en fins de mois, lettres comminatoires, demande de restitution de carte, ne le culpabilisaient pas plus que &#231;a : la prise de risque &#233;tant destin&#233;e &#224; son enfant. Il avait d'autre part l'assurance de recevoir de la CAF l'allocation d'&#233;ducation qu'il avait demand&#233; aupr&#232;s de la Maison du handicap. Le 15 juillet, il obtint de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicap&#233;es l'accord pour le versement de cette allocation qu'il se mit &#224; attendre d'un mois sur l'autre. &#199;a devait venir, &#231;a ne venait pas. Si bien qu'au bout de cinq mois, le 1er d&#233;cembre, il fit parvenir &#224; la CAF un courrier, puis un deuxi&#232;me en accus&#233; r&#233;ception demandant &#224; &#234;tre tenu inform&#233; au plus t&#244;t du montant de l'allocation et du moment du versement, dans le but de pouvoir pr&#233;parer au mieux un budget d&#233;j&#224; mal en point. Pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les s&#233;ances en psychomotricit&#233; suivie en lib&#233;ral n'&#233;taient pas prises en charge par le Centre M&#233;dico-Psycho-P&#233;dagogique dont d&#233;pendait sa fille, elles s'en trouv&#232;rent donc impact&#233;es. Aucune convention ne les couvrant, elles se transform&#232;rent en peau de chagrin. Le CMPP fut inform&#233; de ces difficult&#233;s ; la MDPH, quant &#224; elle, la maison du handicap, r&#233;agit en accordant un compl&#233;ment d'allocation. &#192; nouveau, l'accord &#233;tait transmis &#224; la CAF. On n'en sortait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Juste avant la r&#233;union de suivi de l'&#233;quipe &#233;ducative, il re&#231;ut un courriel de la directrice du CMPP, avec laquelle les relations n'avaient pas &#233;t&#233; &#233;videntes, qui lui faisait savoir que le centre passait la main. Elle s'excusait du retard pris dans la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La CAF avait eu cinq mois pour traiter le dossier, alors que les courriers de la banque s'accumulaient, en raison d'&#233;mission de ch&#232;ques non approvisionn&#233;s sur un budget vou&#233; &#224; l'alimentaire et aux frais d'essence. &#171; Je n'ai plus de fric, remarquait Jean-Jacques, &#231;a tombe bien, j'ai besoin de faire un r&#233;gime. &#187; Face &#224; cette situation de blocage, il hasarda un courrier d'indignation en passant par la rubrique des lecteurs du Quotidien. La r&#233;action ne se fit pas attendre, le jour m&#234;me, le 31 d&#233;cembre, il re&#231;ut deux appels de la Caisse, de la gestionnaire de dossier et de la secr&#233;taire du directeur. Il apprit que le traitement &#233;tait bloqu&#233; du fait que le d&#233;partement d'origine n'avait pas d&#233;livr&#233; pas de certificat de non paiement. Le lendemain m&#234;me, Jean-Jacques se fendit d'une lettre qu'il envoya pour en activer l'obtention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La CAF de la Guyane l'informa, le 8 janvier que le dossier avait &#233;t&#233; transmis aux services de La R&#233;union, d&#233;but janvier 2012, c'est-&#224;-dire depuis 2 ans&#8230; Ce qui voulait dire qu'en l'espace de deux ans, les services de la CAF r&#233;unionnaise avaient en leur possession un dossier, et qu'ils n'en savaient rien. Jean-Jacques se repr&#233;senta les bureaux de la CAF comme un Ch&#226;teau &#224; la Kafka, o&#249; l'on se bousculait, s'affairait, la main gauche ne sachant pas ce que faisait la main droite et jamais ne rencontrant le cerveau. Anne-Sofia devenait la figurante d'une pi&#232;ce tragico-burlesque dont elle ignorait tout, le cube nouveau s'&#233;tait fait comique, il fallait pourtant qu'il tourn&#226;t de fa&#231;on &#224; trouver la juste combinaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No&#235;l en janvier (4)</title>
		<link>https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-4,73726</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-4,73726</guid>
		<dc:date>2014-01-20T20:07:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, Jean-Jacques s&#233;duit sa petite fille &#8211;terme qui ferait bondir un psychiatre, mais il n'y a rien de plus d&#233;licieux que de faire &#171; hurler &#187; les sp&#233;cialistes. Il la s&#233;duit, sans qu'il y ait aucune connotation sexuelle dans le terme. Il la s&#233;duit elle, et non sa grande s&#339;ur avec laquelle il a tendance &#224; &#234;tre distant dans l'attitude et joueur dans les mots et le ton, parce que celle-ci a besoin de comprendre que l'essentiel doit passer &#224; travers le langage &#8211; y compris l'invisible, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, Jean-Jacques s&#233;duit sa petite fille &#8211;terme qui ferait bondir un psychiatre, mais il n'y a rien de plus d&#233;licieux que de faire &#171; hurler &#187; les sp&#233;cialistes. Il la s&#233;duit, sans qu'il y ait aucune connotation sexuelle dans le terme. Il la s&#233;duit elle, et non sa grande s&#339;ur avec laquelle il a tendance &#224; &#234;tre distant dans l'attitude et joueur dans les mots et le ton, parce que celle-ci a besoin de comprendre que l'essentiel doit passer &#224; travers le langage &#8211; y compris l'invisible, ayant besoin d'explorer le continent de l'implicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orthophoniste m&#233;tropolitaine qui suivait Anne-Sofia durant les vacances de juillet 2012 l&#226;chait le mot : &#171; traits autistiques &#187;. La petite a des &#171; refus brusques &#187; qui g&#234;nent l'enseignante. &#171; Dans son monde &#187; est l'expression qui revient. Vue par le CRIA, le centre de r&#233;f&#233;rence pour l'autisme, les diagnostics de TED (troubles de l'apprentissage) et d'autisme avaient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s, si bien qu'au CMPP, face aux observations de Jean-Jacques sur les r&#233;p&#233;titions de l'enfant, et l'enfermement dans ses jeux, la directrice avait fait un geste de la main : &#171; Le diagnostic de l'autisme a &#233;t&#233; balay&#233; &#187;. Il en avait &#233;t&#233; g&#234;n&#233;, il n'avait pas prononc&#233; le mot, mais le geste &#233;cartait un pan constitutif de la personnalit&#233; de sa fille. C'&#233;tait comme si on balayait une grande partie de son enfant. Et comme il fallait trouver une raison qui p&#251;t correspondre au diagnostic du CRIA, l'&#233;ducation du p&#232;re &#233;tait mise en doute dans l'anamn&#232;se. La directrice s'en tirait par un lieu commun qui veut qu'un p&#232;re ne peut pas s'en sortir. La r&#233;ponse de Jean-Jacques fut double, il se fendit d'un article de presse et d'un dossier. La directrice lui pr&#233;senta des excuses par la suite, mais ne prit pas en charge les s&#233;ances en psychomotricit&#233;, ni ne passa de convention avec la psychomotricienne vue en lib&#233;ral dont les s&#233;ances pesaient sur le budget &#224; raison de 160 euros par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Combien de temps la directrice a-t-elle vu Anne-Sofia ? &#187;, s'&#233;tait enquis l'orthophoniste g&#234;n&#233;e par la conclusion du compte rendu de consultation initiale. &#171; Peu de temps&#8230; Un quart d'heure, vingt minutes &#224; tout casser. &#187; Elle hocha la t&#234;te. Anne-Sofia est capable d'&#234;tre attentive et performante sur un laps de temps assez court, dans des conditions de travail nouvelles &#8211; ce qui n'est pas le cas ni &#224; l'&#233;cole, ni &#224; la maison, ni m&#234;me dans le cabinet de l'orthophoniste qui la suit depuis trois ans, malgr&#233; des progr&#232;s remarquables. Ce ph&#233;nom&#232;ne, les sp&#233;cialistes qui ne prennent pas le temps de l'observation ne l'entendent pas. Leur syst&#232;me d'&#233;valuation, immobile et court sur le temps, semble binaire, fond&#233; sur un oui/non. Leurs outils de mesure n'appr&#233;hendent pas les nuances, et les colorations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ceux qui cernent le mieux Anne-Sofia, ce sont ceux qui la suivent, ceux qui l'entourent : orthophonistes, enseignantes, ASEM, la directrice d'&#233;cole. Leur point de vue corrobore celui de Jean-Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y eut par la suite des appels t&#233;l&#233;phoniques entre le CMPP et les orthophonistes. Pointa le diagnostic, non arr&#234;t&#233;, de &#171; dysphasie s&#233;mantique pragmatique. &#187; Les orthophonistes avaient cherch&#233; sur internet ce que les termes pouvaient recouvrir. &#171; Certaines nomenclatures classent la dysphasie s&#233;mantique pragmatique parmi les autismes &#187;. Jean-Jacques r&#233;torque : &#171; Peu importe les mots qu'on colle aux difficult&#233;s d'Anne-Sofia, c'est une affaire de professionnels. En revanche, ce qui m'importe c'est que soit pris en compte l'&#233;ventail de ses difficult&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Jean-Jacques est tr&#232;s &#233;tonn&#233; de ce que la soci&#233;t&#233; fasse de l'&#233;vidence, de la tautologie, un terrain de luttes. Ce qui est vrai pour ses enfants l'est pour quantit&#233; de choses : le r&#233;chauffement climatique, la r&#233;forme des finances, la justice, etc. &#192; chaque fois qu'il pense &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, lui revient un montage de dialogues de s&#233;ries t&#233;l&#233; : &#171; -Eh, Steve, Steve, c'est &#224; toi tous ces boyaux qui tra&#238;nent par terre ?... &#8211;Oh, mon Dieu, sa t&#234;te a explos&#233; comme une past&#232;que ! ZAP ! -Oh, Mike, c'est si romantique ce ptit restau. -&#8230;.Et, je reprendrai bien de la past&#232;que pour le dessert&#8230; &#187; : dans lesquels, outre le zapping, ce que disent les personnages font redondance aux images : oui, on voit par terre les boyaux de Steve ; oui, les images montrent la t&#234;te qui a explos&#233;, comme elles laissent voir le d&#233;cor kitch et sirupeux de la gargote dans lequel le couple a pris place. L'horreur pour les gar&#231;ons, la guimauve sentimentale pour les filles. Non seulement les mots ne disent rien de plus que l'image, mais encore les mots ne signifient plus rien du tout, ils remplissent un vide, ils sont l'ornement de l'image. Encore faut-il consid&#233;rer ces images comme vagues, de pures apparences, des trucages. Socialement, plus c'est gros, moins le pouvoir d&#233;cisionnel semble le voir. Il va de soi que la recherche tautologique, la recherche du &#171; comment arriver &#224; dire ce qui est &#187; immobilise la r&#233;flexion. Et faute de surmonter ses probl&#233;matiques, la soci&#233;t&#233; s'y cramponne, avec une certaine complaisance, comme si le monde qui nous environnait se d&#233;finissait par ses &#233;cueils m&#234;me. Il est curieux de constater comme la soci&#233;t&#233; civile s'en tient &#224; une fa&#231;on de penser Ancien R&#233;gime, &#224; une philosophie &#224; la Voltaire, qui fait qu'il est n&#233;cessaire de se battre pour faire admettre une v&#233;rit&#233;, ce qui la d&#233;barrasse de toute herm&#233;neutique. Tant qu'elle ne d&#233;passera pas ce stade, la soci&#233;t&#233; aura toutes les peines du monde &#224; penser l'avenir. Et, ph&#233;nom&#232;ne renvoy&#233; &#224; l'intime, il semblerait qu'il faille se contenter de tourner en rond comme un fauve dans sa cage. Nietzsche ne voyait pas les choses autrement quand il affirmait que la folie, rare chez les individus, est la r&#232;gle dans les groupes, les nations et les &#233;poques. La folie de notre soci&#233;t&#233; a les traits de la neurasth&#233;nie, elle est dans la psychose de l'avenir ; les sympt&#244;mes : une hyperactivit&#233; vaine, la r&#233;p&#233;tition infinie, le d&#233;ni de r&#233;alit&#233;, le mensonge, et elle t&#226;che d'entra&#238;ner dans son naufrage chacun de ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au num&#233;ro de vendredi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No&#235;l en janvier (3)</title>
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&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a un film terrible, &#233;trange et beau : &#171; Cube &#187; qui parle de &#231;a. L'action, toute &#224; huis clos, se d&#233;roule &#224; l'int&#233;rieur de cubes embo&#238;t&#233;s &#224; la mani&#232;re d'un Rubik cube, labyrinthe de pi&#232;ces superpos&#233;es aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a un film terrible, &#233;trange et beau : &#171; Cube &#187; qui parle de &#231;a. L'action, toute &#224; huis clos, se d&#233;roule &#224; l'int&#233;rieur de cubes embo&#238;t&#233;s &#224; la mani&#232;re d'un Rubik cube, labyrinthe de pi&#232;ces superpos&#233;es aux mouvements mena&#231;ants, desquels les personnages doivent s'extraire. Le seul &#224; pouvoir trouver l'issue, pour renouer avec la lumi&#232;re, le seul &#224; &#234;tre sauv&#233; de la mal&#233;diction de la machine est un autiste. L'homme de Platon, le Christ de l'avenir, d'un monde qui se perd, ne saurait &#234;tre qu'autiste, car lui seul ne m&#234;le dans son action aucun int&#233;r&#234;t de type narcissique. Il est quelque part l'essentiel humain. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; travers ce film, Jean-Jacques retrouve cette notion difficile qu'il sent, &#224; propos de lui et de sa fille : celle de la beaut&#233; du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait que longtemps, le langage ne servait pas &#224; sa fille pour communiquer, sa maman mahoraise pensait qu'elle &#233;tait poss&#233;d&#233;e par l'esprit d'une tr&#232;s jeune enfant noy&#233;e qui n'avait pas atteint l'&#226;ge de la parole. C'&#233;tait parce qu'elle &#233;tait habit&#233;e par le djinn d'un nourrisson englouti qu'elle se trouvait emp&#234;ch&#233;e de grandir &#224; travers la parole, emp&#234;tr&#233;e. Les c&#233;r&#233;monies de patrosi ont pour fonction, de faire na&#238;tre par le rituel de la transe le nom de ce djinn dans le but de le soulager et de l'&#233;loigner. Jean-Jacques ignore si son &#233;pouse a trouv&#233; ce nom passeur, ils se sont s&#233;par&#233;s avant, tout comme l'immense majorit&#233; des parents d'enfants porteurs de handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 2&#232;me trimestre de sa moyenne section, la professeur &#233;voquait l'attitude de la petite, elle soulignait : &#171; dans sa relation avec les autres, elle est parfois d&#233;stabilisante &#187;, et ajoutait : &#171; Il faut aller la chercher dans son monde &#187;. Parce que son monde &#224; elle, c'est celui des f&#233;es et des lutins. Il est insaisissable. Elle habite un Oz sans tourment, un Oz imm&#233;diat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Jacques sait d'exp&#233;rience que les Esprits &#233;chappent aux grilles d'&#233;valuation des tests aux intitul&#233;s savants et r&#233;barbatifs qui ont &#233;t&#233; soumis &#224; son enfant : psychom&#233;trique, orthophoniste, psychomotricit&#233;, et que ceux-ci n'ont d&#233;cel&#233; aucun Esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces d&#233;marches l'ont amen&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer dans une dr&#244;le de for&#234;t dans laquelle il est ais&#233; de se perdre : la for&#234;t des acronymes : CRIA, TED, CAMPS, CMPP, PAI, MDPH, AEEH, et dans cette dr&#244;le de for&#234;t aux noms de labyrinthes, les petits cailloux, ce sont les pas de sa fille de laquelle il tient la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants autistes, ce sont des m&#232;res froides, d&#233;clarait Dolto, elle-m&#234;me maman du gras et de l'&#233;ternel b&#233;b&#233; Carlos ; l'homosexualit&#233; masculine, ce sont des m&#232;res castratrices, tranchait-on. Un rendez-vous fut pris chez un psychiatre pour enfants au Chaudron. Jean-Jacques est encore avec son &#233;pouse. &#192; l'heure du rendez-vous, ils sonnent. Hagiophone. Les parents d'Anne-Sofia ont du mal &#224; savoir quel est le bouton qui ouvre la grille, ce n'&#233;tait pas indiqu&#233;. Ils re-sonnent, ils se font mal recevoir par le sp&#233;cialiste. En salle d'attente, ils discutent, et concluent qu'il n'est pas question de laisser leur enfant entre les mains d'un psychiatre qui ne contr&#244;le pas ses nerfs. Ils repartent. Dans la voiture, appel du sp&#233;cialiste qui s'excuse tout en tentant de culpabiliser les parents. &#171; &#199;a suffit, raccroche &#187;, tranche Jean-Jacques en direction de sa femme qui l'interroge du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res gardes de nounou, la petite se tenait &#233;loign&#233;e de l'autre enfant. &#192; l'&#233;cole, elle refusait que certains de ses camarades la touchent, y compris pour se mettre en rang, elle r&#233;agissait par des cris. Quand sa demi-s&#339;ur est arriv&#233;e pour les vacances, elle lui tournait le dos, absorb&#233;e par ses jeux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Jacques vient la chercher &#224; l'&#233;cole, pour une s&#233;ance avanc&#233;e d'orthophonie, il la voit tourner en rond seule autour d'un pilier de la cour de r&#233;cr&#233;, pendant que les autres enfants par grappes s'amusent. Il pense aux man&#232;ges qu'il &#233;vite, parce que &#231;a n'en finit pas. Elle ne veut plus descendre, elle ne voudrait pas que &#231;a s'arr&#234;te. Elle tournerait tout le temps, petite &#233;toile gravitant dans sa galaxie. Quand il &#233;tait temps de partir, elle r&#233;agissait de mani&#232;re excessive, au point d'en devenir dangereuse. &#192; pr&#233;sent, elle g&#232;re un peu mieux la frustration. Petite, il la faisait tournoyer, elle riait aux &#233;clats, c'&#233;tait des jeux sans fin o&#249; il avait la d&#233;sagr&#233;able impression de n'&#234;tre qu'un jouet parmi d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens lui ont reproch&#233; de tenir trop son enfant dans les bras. &#171; Elle sait marcher, non ? &#187; &#171; Jalouse ! &#187;, avait envie de r&#233;pondre Jean-Jacques qui se d&#233;tournait ou refusait d'entendre. L'orthophoniste lui en fit aussi la remarque. Jean-Jacques r&#233;pondait : &#171; Qu'elle en profite, elle va grandir, quand elle sera trop lourde, je ne pourrai plus. &#187; Ces personnes ne voyaient pas l'int&#233;r&#234;t de cette attitude ; sur une situation atypique, elles projettent des crit&#232;res normatifs. Pour une enfant qui a du mal &#224; passer par le mode du langage, le toucher est une fa&#231;on capitale de communiquer ; pour une enfant qui a tendance &#224; s'enfermer dans ses jeux, c'est une fa&#231;on de l'attirer vers l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-4,73726' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No&#235;l en janvier (2)</title>
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&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'. &lt;br class='autobr' /&gt; Prenons le cas du psychologue scolaire, le lacanien de service, que Jean-Jacques a rencontr&#233; &#224; l'occasion de la deuxi&#232;me r&#233;union de l'&#233;quipe de suivi &#233;ducatif : le personnage ne lui parut pas le moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Prenons le cas du psychologue scolaire, le lacanien de service, que Jean-Jacques a rencontr&#233; &#224; l'occasion de la deuxi&#232;me r&#233;union de l'&#233;quipe de suivi &#233;ducatif : le personnage ne lui parut pas le moins merveilleux. Le sp&#233;cialiste des gamins &#233;tait venu avec sa mallette pleine de conclusions pr&#233;&#233;tablies : il n'&#233;tait pas bien qu'un p&#232;re puisse &#233;lever seul son enfant, il s'&#233;tait mis &#224; chevaucher &#224; mi-voix un discours chaotique sur le &#171; sexe &#187;, la &#171; loi &#187; et l' &#171; inceste &#187;, au point que Jean-Jacques y per&#231;u les traits du sorcier. Comme le marchand de jouets de Dickens qui fabriquait des joujoux pour que les enfants se blessent, il &#233;tait un sorcier grim&#233; en psychologue. Jean-Jacques n'avait pas trouv&#233; l'espace suffisant pour lui dire que, lui, il ne mettait pas le sexe au centre de son discours, mais la volont&#233;, et que pour l'inceste, il fallait &#234;tre deux. Il n'&#233;tait pas d'ailleurs compliqu&#233; &#224; deviner que la th&#233;orie des genres aga&#231;ait singuli&#232;rement Jean-Jacques, qu'il la tenait beaucoup plus comme une convention sociale destin&#233;e &#224; assurer la p&#233;rennit&#233; de l'esp&#232;ce et alimenter l'ardeur de consommation que d'une r&#233;alit&#233; spirituelle ou intellectuelle : finalement la seule qui ait de l'importance. &#171; Une diff&#233;rence biologique, et alors ? Pas bien davantage qu'il n'y en a entre deux individus du m&#234;me sexe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jean-Jacques, chaque probl&#232;me dans lequel s'enferment les Occidentaux, a sa solution dans une autre civilisation. La pens&#233;e chinoise, japonaise, indienne, africaine, pointent du doigt de mani&#232;re tr&#232;s claire les travers et les prisons de la pens&#233;e occidentale - ce que les Occidentaux, imbus d'eux-m&#234;mes, refusent d'admettre. Pour le coup, ce sont les m&#339;urs et la pens&#233;e am&#233;rindiennes qui, ici, ont raison. Jean-Jacques intrins&#232;quement ne se sent pas homme (&#224; l'oppos&#233; de la femme), mais p&#232;re. Modestement. C'est ce par quoi il s'identifie. &#171; Les hommes sont des femmes comme les autres &#187;, lan&#231;ait Woody Allen &#8211; Jean-Jacques ajouterait le plus s&#233;rieusement du monde : &#171; Et vice-versa &#187;. Mais ce qui lui semble le plus &#233;touffant dans la pens&#233;e occidentale, en mati&#232;re de psychanalyse, d'&#233;conomie, de politique, c'est le ton qu'elle emploie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeune papa, il avait &#233;t&#233; enchant&#233; de trouver un miroir fid&#232;le dans l'&#339;uvre de Shakespeare avec Prospero, le personnage de La Temp&#234;te, qui montrait infiniment de tendresse pour sa fille. Mais pas seulement : il en avait &#233;galement pour des &#234;tres qui ne n'&#233;taient pas forc&#233;ment humains, comme les Esprits. Jean-Jacques sait que l'une ne va pas sans les autres : qu'en toute petite fille il y a des Esprits, des lutins, des farfadets qui jouent dans les ascenseurs, qui s'amusent &#224; se poursuivre, et que ceux-ci se dissipent plus ou moins &#224; l'approche de l'adolescence. Par exemple, peut-on faire des c&#339;urs qui ressemblent &#224; des oiseaux, si on n'est pas habit&#233; par les Esprits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Anne-Sofia se balade, ne s'excuse-t-elle pas aupr&#232;s des plantes qu'elle bouscule d'un sinc&#232;re &#171; padon &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car si Anne-Sofia a aujourd'hui 6 ans, elle s'exprime encore avec difficult&#233;, elle d&#233;forme certains mots. Au d&#233;part &#171; girafe &#187;, c'&#233;tait &#171; ahaf &#187;, &#171; araign&#233;e &#187; : &#171; kay&#233; &#187;, &#171; escargot &#187; : &#171; cago &#187;, les &#171; m&#233;dicaments &#187; : des &#171; cacamen &#187;. Les strat&#233;gies mises en place par les orthophonistes, et le travail de l'&#233;cole, ont am&#233;lior&#233; la diction et la construction de la phrase. Elle se lance dans des phrases simples, tout en gardant son babil, comme s'il &#233;tait sa vraie terre int&#233;rieure. Et &#231;a ne l'emp&#234;che aucunement de d&#233;border de vie, d'&#234;tre p&#233;tillante d'intelligence et d'humour. Elle imite notre verbiage continuel en faisant une sorte de blablabla, un &#171; bibibi &#187;, pour regarder ensuite son p&#232;re et se marrer. Il y a, n'est-ce pas ?, beaucoup de vent dans ce que nous disons ! Jean-Jacques sait que la mention concernant le &#171; taux d'incapacit&#233; reconnu, compris entre 50 et 79 % &#187;, par la commission de la MDPH, la maison des personnes handicap&#233;es de La R&#233;union, signifie un pas grand-chose qui fait mesure de protection. Il en conna&#238;t de nombreux qui ont bac plus dix et qui sont handicap&#233;s du sentiment, du regard, de la relation, de l'empathie, qui sont parfois m&#234;me d'obscurs cr&#233;tins d&#232;s lors qu'ils sortent de leur strict champ d'&#233;tude (ce qui fait tout de m&#234;me 95% de leur existence). Nombreux sont ceux qui parlent haut et fort, qui en imposent et pour qui le discours est un masque. &#192; &#171; masque &#187;, si on change le S par la N (haine), qu'est-ce qu'il reste ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un renversement bizarre, Jean-Jacques soutient que la venue de cette enfant l'a fait na&#238;tre au monde. En ce sens qu'il s'est d&#233;couvert et reconnu handicap&#233; : &#171; handicap&#233; mental &#187;, ce qui explique qu'il n'a jamais pu s'adapter &#224; ses contemporains qu'il ne comprend absolument pas. Il se cantonne par habitude et par commodit&#233; &#224; donner le change. &#192; r&#233;pondre par la stricte attente que cr&#233;&#233; la question d'autrui. Les concours administratifs lui ont appris la fa&#231;on dont il fallait manier la culture : pas de sentiers perdus, pas d'imagination, ni d'illuminations. Il y a trouv&#233; une fa&#231;on d'&#234;tre a minima, une mani&#232;re de se prot&#233;ger. Or, il n'y a rien de &#231;a dans sa fille : elle incarne pour lui un niveau de vie sup&#233;rieur par la na&#239;vet&#233;, la franchise, l'honn&#234;tet&#233; dont &#224; chaque instant elle fait preuve. Des qualit&#233;s qui sont attach&#233;es &#224; ses pas. Anne-Sofia plaisante, jamais elle ne ment. Elle ne conna&#238;t pas l'hypocrisie, le mensonge ou la men&#233;e. Elle incarne la candeur avec une grande d&#233;licatesse. C'est un coquelicot dans une friche. Et un coquelicot, il suffit de le cueillir pour qu'il perde ses p&#233;tales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-3,73661' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(Suite au num&#233;ro de vendredi)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No&#235;l en janvier (1)</title>
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		<dc:date>2014-01-09T20:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Anne-Sofia, je vais appeler un crocodile, comme &#231;a : soit tu manges, soit c'est lui qui te mange&#8230; &#187; Elle objecte : &#171; O&#249; (il est) le crocodile ? &#187; Ouvrant la main droite, son papa projette sa paume ouverte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/" rel="directory"&gt;Conte de No&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;'No&#235;l en Janvier est un conte de No&#235;l d&#233;cal&#233;, plein d'humour et d'amour, sur la relation entre un papa et son enfant porteur de handicap, face aux menues incompr&#233;hensions de la soci&#233;t&#233;, avec une r&#233;flexion sur l'argent. Et bien s&#251;r une fin merveilleuse, comme tout bon conte de No&#235;l'.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Anne-Sofia, je vais appeler un crocodile, comme &#231;a : soit tu manges, soit c'est lui qui te mange&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle objecte : &#171; O&#249; (il est) le crocodile ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouvrant la main droite, son papa projette sa paume ouverte contre le visage de sa fille : &#171; Il est l&#224; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils rigolent, mais elle ne mange pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 3 ans, un nutritionniste du CHR lui conseillait de poursuivre et d'amplifier ce qui marchait, de doubler les doses de c&#233;r&#233;ales et de lait en poudre. Jean-Jacques avait vu son enfant hospitalis&#233;e s'en aller, recroquevill&#233;e qu'elle &#233;tait sur sa poitrine qu'elle ne voulait pas quitter, br&#251;lante. Les analyses la r&#233;v&#233;laient an&#233;mi&#233;e ; la petite passait d'une maladie &#224; l'autre, si bien que de retour &#224; la maison, il s'&#233;tait mis &#224; l'alimenter de force, &#224; la cuill&#232;re, puis &#224; la pipette. Au bout de quelques jours, elle refusa ce traitement, verrouillant sa m&#226;choire ou provoquant le vomissement, le r&#233;sultat &#233;tait le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles habitudes de nutrition sur la base de la proposition du nutritionniste avaient fait leur preuve, la petite avait remont&#233; la pente, en m&#234;me temps, Jean-Jacques le sentait bien, le danger &#233;tait d'enfermer l'enfant dans les souvenirs qu'il avait d'elle, parce que les difficult&#233;s sont plus marquantes que les succ&#232;s. Le rapport taille-poids la situe d&#233;sormais dans la moyenne basse des enfants de son &#226;ge, seulement elle se cantonne dans la r&#233;p&#233;tition. Parfois, elle ne veut pas d'un plat alors que son p&#232;re sait qu'elle a faim, elle peut accepter de prendre un aliment l'instant d'apr&#232;s. Jean-Jacques est amen&#233; &#224; lui proposer des choix : &#171; Tu veux &#231;a, ou &#231;a ? &#187;. Du fait qu'il est important d'ouvrir au maximum le bol alimentaire de la petite, Jean-Jacques a cherch&#233; &#224; diversifier les situations de repas : le samedi soir, ils s'installent dans la salle d'un restaurant chinois ; ils se d&#233;placent au barachois, en plein air, les vacances, quand le temps le permet ; sortie Pizza Kartier une fois la semaine, le saut&#233; de mines &#224; Run Traiteur, le tout, avec une r&#233;gularit&#233; rassurante et des d&#233;penses sp&#233;cifiques. Le fil rouge du nutritionniste demeure : si la petite n'atteint pas la mesure approximative, on passe au biberon de r&#233;serve. Un m&#233;decin scolaire, dans le cadre de la signature du PAI, l'avait aimablement aiguill&#233; : &#171; La succion, c'est du plaisir : ce n'est pas bon &#187;. Jean-Jacques &#233;tait honor&#233; du bon conseil, autant qu'il en &#233;tait stup&#233;fait. Il se retrouvait coinc&#233; dans ce que les linguistes appellent la distorsion du rapport objet-relation, &#224; savoir qu'il est malais&#233; d'attaquer sur le fond quelqu'un qui sur la forme vous t&#233;moigne de la sympathie. Et pourtant, les fumeurs, qu'est-ce qu'ils faisaient ? Lui n'avait pas remplac&#233; le pouce par la cigarette, mais il l'avait suc&#233;, son pouce jusqu'&#224; onze ans, &#224; la maison : ce devait &#234;tre un sacr&#233; vicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le puritanisme &#233;triqu&#233; lui donnait envie de fredonner le po&#232;me d'Obaldia (ainsi remani&#233;) : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;&#171; J'ai tremp&#233; mon doigt dans la confiture&lt;br class='autobr' /&gt;
Turelure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a sentait les abeilles&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a sentait les groseilles&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a sentait le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai tremp&#233; mon doigt dans la confiture&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis je l'ai suc&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Suc&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tellement suc&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que je l'ai aval&#233; &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Il songeait au petit h&#233;ros de la chanson : s'il avait suc&#233; le pot, que ce serait-il pass&#233; ? &#199;a serait tout de m&#234;me g&#233;nial un monde o&#249; tout se suce. Avec &#224; sa t&#234;te une sorci&#232;re qui aurait l'allure de la m&#233;decin scolaire, qui s'acharnerait &#224; d&#233;montrer que sucer est pervers, et qui emp&#234;cherait les gamins de tout sucer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une sorte de sc&#233;nario &#224; la Hansel et Gretel, avec des enfants qui ne pouvant plus d&#233;vorer se font d&#233;vorer par une vieille dame fam&#233;lique et mal&#233;fique, leur su&#231;ant le cortex. Il ne fait pas de doute pour Jean-Jacques, qui en trouve des indices partout, que nous habitons un conte. Plus on c&#244;toie les enfants, plus on se met, quoi qu'on y fasse, &#224; ressembler aux personnages de leur univers : sorci&#232;re, sorcier, roi, reine, prince, lutin, ou f&#233;e&#8230; C'est une attraction inexorable : dissimul&#233;e mais inexorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.temoignages.re/chroniques/conte-de-noel/noel-en-janvier-2,73604' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(Suite au num&#233;ro de mardi)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Charles Angrand&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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