Sucre : le Brésil inquiète

Discussions entre l’Union européenne et le Mercosur

16 août 2017

Alors qu’à La Réunion la campagne sucrière bat son plein, c’est également le cas au Brésil qui a déjà exporté plus de 7,7 millions de tonnes de sucre depuis le début de la coupe. La reprise des discussions entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) inquiète 4 organisations européennes de fabricants de sucre et d’éthanol.

En date de juillet 2017, la dernière note de conjoncture de FranceAgriMer analyse le marché du sucre pour le mois d’avril 2017. Elle reflète également l’inquiétude du secteur au sujet de l’après-quota. En effet, l’Union européenne mène des discussions commerciales avec des pays exportateurs de sucre dont le Brésil. La note de conjoncture précise ceci :

« L’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) ont renoué officiellement, lundi 17 mai, leurs négociations en vue d’un accord commercial de libre-échange. L’accord suscite toutefois des interrogations et inquiétudes, une fois toutes les barrières douanières supprimées. Celles-ci concernent pour l’essentiel nos produits agricoles sensibles : notamment l’éthanol et le sucre et peut-être plus encore, dans les régions ultrapériphériques, les sucres spéciaux et le rhum. 4 organisations européennes : le CEFS (fabricants de sucre), la Cibe (betteraviers), ePure (producteurs d’éthanol) et l’Effat (syndicats de l’alimentation et de l’agriculture) ont appelé le 3 juillet, dans un communiqué, les négociateurs de l’UE à ne pas faire au Mercosur de « concessions sur le sucre et l’éthanol » ; les 4 organisations s’insurgent contre le fait que le secteur brésilien du sucre et de l’éthanol, qui bénéficie déjà de concessions commerciales bilatérales de la part de l’UE, demande un accès supplémentaire et substantiel au marché européen pour ces produits ».

Tendance à la baisse du cours mondial

Pour le sucre, les derniers chiffres publiés par FranceAgriMer donnent la situation suivante : le Brésil dispose d’un contingent de 330.000 tonnes. Depuis le début de l’année, 264 usines ont produit plus de 11 millions de tonnes de sucre. Une bonne partie de la production est exportée. En juin dernier, le Brésil a exporté 3,13 millions de tonnes de sucre dont 453.222 tonnes de sucre blanc. Au cours des trois premiers mois de la campagne sucrière au Brésil, ce pays a vendu à l’étranger pour 7,73 millions de tonnes de sucre, contre 6,31 millions de tonnes de sucre l’an dernier pour la même période.

Par ailleurs, la tendance du cours mondial est à la baisse. Après avoir dépassé 450 euros la tonne pour le sucre brut, et 500 euros pour la tonne de sucre blanc en octobre 2016, les cours sont respectivement de 260 euros et 330 euros.

Dans l’Union européenne, le prix du sucre couvert par le quota était de 497 euros la tonne de sucre blanc en mai 2017. Pour la production hors quota, le prix moyen le même mois était de 346 euros la tonne de sucre blanc. Rappelons que jusqu’au 1er octobre, le prix d’intervention de l’Union européenne est fixé à 404 euros la tonne de sucre blanc. Ce prix plancher disparaîtra avec la fin des quotas.

Stratégie industrielle

L’inquiétude des organisations européennes de producteurs de sucre souligne que les difficultés sont loin d’être terminées. La fin des quotas signifie d’une part une concurrence accrue entre les Européens, car les sucreries pourront désormais produire sans limite. C’est donc « la main invisible du marché » qui fixera le prix. Le marché européen n’étant pas extensible, une offre plus importante tirera les prix vers le bas.

La crainte des Européens vient de la concurrence venue du Brésil. À lui seul, ce pays est capable d’exporter en une année une quantité de sucre représentant plusieurs fois la consommation de l’Europe. L’Union européenne est un des marchés les plus solvables du monde. C’est donc la possibilité pour les producteurs brésiliens de vendre leur sucre à un meilleur prix qu’aujourd’hui, tout en étant capable de proposer un tarif inférieur à leurs concurrents européens.

Il est à noter que des industriels ont décidé de jouer sur plusieurs tableaux. Tereos est en effet un des premiers producteurs de sucre de canne au Brésil. Si le marché européen s’ouvre davantage au sucre brésilien, Tereos ne sera pas perdant.

Discussions globales

Le résultat de ces discussions est donc à suivre attentivement. Une des revendications des producteurs de sucre de canne de La Réunion et des Antilles est l’exclusion de cette marchandise des accords commerciaux de l’Union européenne. Ces accords ne portent pas seulement sur l’agriculture mais également l’industrie et les services. Si l’Union européenne refuse d’ouvrir plus ses portes au sucre du Brésil, le Brésil pourrait tout aussi bien acheter des avions en Chine ou aux États-Unis plutôt qu’aux Européens, ce qui constituerait un manque à gagner et des emplois en moins en Europe.

Ces discussions engagent également l’avenir de la production sucrière à La Réunion, sans que les Réunionnais puissent y défendre leurs intérêts. Ce sont en effet les négociateurs de l’Union européenne qui ont mandat pour agir au nom de tous les États membres. L’accord qui sera signé s’imposera donc à tous ces États et donc à La Réunion.

M.M.

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