L’accord d’Abidjan sur la migration en Libye inapplicable

Selon les personnes concernées

5 décembre 2017

De nombreux Libyens et des médias, notamment ceux proches du pouvoir, doutent de la possibilité de traduire sur le terrain l’accord signé à Abidjan durant le Sommet de l’Union africaine-Union européenne, tenu les 29 et 30 novembre derniers sur la crise des migrants clandestins en Libye, et destiné à atténuer les souffrances des centaines de milliers de personnes de plus de 25 nationalités africaines qui vivent aujourd’hui dans des dizaines de villes libyennes dont la majorité à Tripoli et ses banlieues.

Interrogé par la PANA, le professeur d’université Mohammed al-Bahloul a estimé que « l’accord d’Abidjan signé à la suite de la vidéo de 20 secondes diffusée par la chaîne américaine CNN n’est qu’une décision politique affective et ne va rien changer dans la situation de la migration clandestine en Libye, vieille de plus de 40 ans et ne va pas améliorer la situation de ces migrants poussés par les conditions dans leurs pays d’origine à traverser le Sahara pour prendre des embarcations de fortune ».

« Comment est-ce que cet accord, signé à la va-vite, peut-il réussir surtout si l’on sait que tous ceux qui l’ont rédigé à Abidjan ignorent totalement ce qui se passe sur le terrain en Libye et ce à cause de l’absence d’ambassades et missions diplomatiques en plus de l’incapacité du gouvernement d’entente libyen, reconnu sur le plan international, de gérer le dossier de la migration contrôlé par des milices armées hors-la-loi en Libye, en tant que pays de transit et d’accueil mais aussi dans les pays pourvoyeurs que dans les pays de destination sur la rive Nord de la Méditerranée », a-t-il ajouté.

Mesures prévues

Le Sommet d’Abidjan avait décidé de prendre une série de mesures urgentes pour mettre fin à ce qui est appelé des pratiques d’esclavage subies par les migrants en Libye, rappelle-t-on. Le président français, Emmanuel Macron, avait affirmé à l’issue du Sommet mercredi soir que l’Union européenne et l’Union africaine ainsi que les Nations unies « ont convenu de mener des opérations d’évacuation exceptionnelle dans les jours et semaines à venir » en faveur des migrants victimes des ventes aux enchères d’esclaves en Libye.

L’UA, l’UE et l’ONU ont décidé d’apporter un soutien plus important à l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM) afin d’aider au retour des africains désireux de regagner leurs pays d’origine, a-t-il ajouté, affirmant que ce travail sera exécuté dans les prochains jours en coopération avec les pays concernés. En plus de l’évacuation des Africains qui souhaitent quitter rapidement la Libye, M. Macron a parlé de la constitution d’une « force d’intervention » de police et de renseignements et des campagnes de sensibilisation pour empêcher les jeunes de migrer.

L’Union européenne avait annoncé vendredi qu’elle déploie en coopération avec les Nations unies et des organisations spécialisées, d’importants efforts pour exécuter l’accord signé sur la gestion de certains aspects de la migration clandestine en Libye. La porte-parole de l’UE à Bruxelles avait affirmé que l’accent sera mis sur les moyens qui permettent d’arriver aux centres de détention afin de rapatrier les migrants, ajoutant que la deuxième étape consiste à assurer la protection aux personnes nécessiteuses.

Pas une seule création d’emploi

L’écrivain et journaliste libyen, Ali Mujahed, a émis sur sa page facebook vendredi la crainte de voir « les décisions du Sommet d’Abidjan rester encre sur papier car elles ne sont pas dotées de mécanismes nécessaires et essentiels pour résoudre la crise de la migration même partiellement ».

Il a minimisé les campagnes de sensibilisation proposées par M. Macron pour empêcher les jeunes de migrer, affirmant que ces campagnes ne vont pas nourrir des millions de bouches affamées en Afrique et ne vont pas donner un seul emploi à des millions de chômeurs qui sont les principales causes qui poussent les migrants à fuir leurs pays malgré le fait qu’ils sont conscients des dangers auxquels ils vont être confrontés. Il a ajouté que la solution politique des souffrances des centaines de milliers de migrants consiste d’abord à aider la Libye à sortir de sa crise en poussant les parties en conflit à former un gouvernement d’union en Libye, en arrêtant les interventions étrangères dans les affaires libyennes et en stoppant à donner des refuges sûrs à tous ceux qui sont impliqués dans le pillage des finances publiques libyennes et les corrompus ainsi que les commerçants de guerre et trafiquants des migrants.

L’UE pas considérée comme sérieuse

« Ensuite, en lançant des projets de développement dans les pays émetteurs pour encourager les jeunes à rester sur place », a-t-il ajouté. M. Mujahed s’est demandé : « comment peut-on construire un bâtiment sans fondation », affirmant que les participants au Sommet d’Abidjan ont, sur la pression de l’opinion publique, mené une opération de « poudre aux yeux » en limitant les souffrances des migrants à 3.800 personnes qu’on doit évacuer dans une opération quasi-impossible, alors que personne ne connaît réellement le nombre de migrants présents sur le sol libyen, qu’ils soient ceux qui rêvent de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée ou les dizaines de milliers qui travaillent dans différents métiers depuis des décennies.

Ossam Fakini (38 ans, ingénieur de communication qui travaille dans une société internationale de téléphonie à Tripoli) a affirmé dans un entretien à la PANA qu’il emploie trois africains de différentes nationalités, deux l’aident dans des travaux d’entretien des téléphones et le troisième travaille dans le café et comme technicien de surface. Pour lui, l’Union européenne n’est pas sérieuse dans son intention annoncée d’aider à atténuer les souffrances des migrants en Libye, donnant l’exemple de la décision de la France d’accueillir 25.000 réfugiés sur plus de 2.000.000 de migrants qui vivent aujourd’hui en Libye, selon les statistiques officielles.

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