Charles Angrand : le point sur la correspondance adressée à Maximilien Luce (10) - Pierre Charles Angrand et Pierre Jules Lesouëf -

7 décembre 2017

La première biographie du peintre écrite par M. Lespinasse, celle-là même qui esquissait la figure du grand propriétaire foncier du voisinage sans jamais le nommer, évoquait le souvenir que laissa dans la famille du peintre l’occupation prussienne de 1871, “avec son cortège de réquisitions, d’exactions, prises d’otages éventuelles”. Se trouvait de nouveau escamoté le rôle que joua, durant le conflit, Pierre Jules Lesouëf.

Maire adjoint, rapportent Ferrer et Decarpentry, il fit pourtant en sorte que la présence de la force étrangère ne pesât pas trop sur les habitants : il avança l’argent nécessaire pour régler l’indemnité de guerre réclamée par les Allemands, dans le but d’alléger la dette des contribuables - ce qui explique sans doute les termes du courrier du 19 janvier 1911 à son camarade Luce par lesquels il présente Lesouëf comme un “ami depuis l’enfance”. Au retrait des Prussiens, Charles Angrand avait 17 ans.

L’historien M. Decarpentry, dans un courriel récent, me confirmait avoir connu des gens “décédés aujourd’hui - qui dans leur prime enfance avaient entendu parler par leurs parents ou grands-parents de Jules Lesouëf.” Selon la tradition orale, ajoute-t-il, il était un très brave homme à l’écoute des Criquetotais.

Rejoignant les conclusions tirées par la lecture de la correspondance de l’artiste, des tables municipales, et des données historiques, M. Decarpentry précisait ne pas croire du tout à une quelconque rivalité entre Pierre Charles Angrand et le sénateur. Si le père du peintre a pu être maire, c’est parce que les gens du village avaient du respect, de la reconnaissance envers un homme qui certainement leur avait rendu beaucoup de services. Il était l’un des leurs, parmi les meilleurs d’entre eux.

Aussi la question demeure-t-elle pleine et entière : pour quelles raisons Pierre Max Angrand, le neveu du peintre, et par suite M. Lespinasse ont-ils cherché à rayer de la vie de Charles Angrand le rôle - certes accessoire, mais bien réel - du notable Pierre Jules Lesouëf ?

Revenons-en aux dates. La première biographie du peintre écrite par son neveu Pierre Max, insérée dans “Les Néo-impressionnistes” de Jean Sutter, sort des presses en 1970.

L’ouvrage de M. Decarpentry, “Criquetot-sur-Ouville, de 1870 à nos jours”, qui reproduit les tables municipales et pose les bases des relations entre le père de l’artiste et Jules Lesouëf, est publié en 1981.

La 1ère biographie de M. Lespinasse paraît l’année suivante, mais fait fi des indications portées par M. Decarpentry.

La Correspondance rassemblée par M. Lespinasse voit le jour en 1988, et conforte l’escamotage de Jules Lesouëf de la vie d’Angrand (cf. articles précédents).

1990, décès de l’auteur de la 1ère biographie, Pierre Max Angrand (conseiller technique - pourrait-on dire - de M. Lespinasse).

La seconde biographie du peintre, par M. Lespinasse, publiée par Somogy en 2006, gomme la plupart des passages tendancieux et erronés de la précédente biographie - exit les mentions allusives à Pierre Jules Lesouëf, escamotage total donc - sans fournir d’explications pour autant.

Il nous reste plusieurs représentations de Pierre Charles Angrand par son fils :

- 2 portraits : l’un de face : “Portrait du père de l’artiste”, vers 1880, huile sur toile, 54x73 cm, exposé au Château-Musée de Dieppe en 1976 ; l’autre de profil : “Le Père de l’artiste”, huile sur toile, non signée, non datée, avant 1880, 54x65 cm, reproduit dans “Les Correspondances”.

- “Dans le jardin”, huile sur toile datée de 1885, 73x92 cm, Musée des Beaux-Arts de Rouen : le bêcheur.

- Une étude sur papier quadrillé de la même figure (carnet du peintre).

- Et le bêcheur au second plan des “Poules”, huile sur toile 53,5x65cm, signé et daté de 1884, collection Ny Carlsberg Glyptotek (Copenhague).

Non loin de Pierre Jules Lesouëf, qui repose dans le carré protestant, Charles Angrand est inhumé au cimetière monumental de Rouen (quartier V1 - rangée 4).

La dépouille de Pierre Charles, le père de l’artiste, repose au cimetière de Criquetot. Sur une pierre tombale à trois niveaux, sans croix, sont inscrits ces mots en majuscules solennelles : “Ici repose le corps de très estimée et regrettée personne, Pierre Charles ANGRAND, Officier d’Académie, Instituteur à Criquetot-sur-Ouville de 1848 à 1872, décédé maire de cette commune le 23 mai 1896, âgé de 67 ans. Priez pour lui.” En-dessous : “Ici repose sous cette pierre Marie Elisa GRENIER son épouse, Décédée à Saint-Laurent-en-Caux le 24 septembre 1905 dans sa 73e année entourée de respect et d’affection.” Ajout qui a certainement été le fait du peintre, de son frère et de sa sœur qui l’ont veillée jusqu’à sa mort. La présence de la mère de l’artiste se remarque sur de nombreuses toiles d’une époque et d’une facture postérieures à celles qui représentaient son père.

Jean-Baptiste Kiya

Dans la même rubrique

Charles Angrand : le point sur la correspondance adressée à Maximilien Luce (10) - Pierre Charles Angrand et Pierre Jules Lesouëf -
7 décembre 2017

Charles Angrand : le point sur la correspondance adressée à Maximilien Luce (9) - Pierre Charles Angrand et Pierre Jules Lesouëf -
30 novembre 2017

Charles Angrand : le point sur la correspondance adressée à Maximilien Luce (8)
23 novembre 2017

Charles Angrand : le point sur la correspondance adressée à Maximilien Luce (7)
16 novembre 2017

Questions à Daniel François et à Philippe Aquila sur l’éducation en Guyane (2)
9 novembre 2017

La Une

Pour la publication de toutes les offres de recrutement par Pôle emploi
13 décembre 2017

Corse : le décor est planté pour la discussion
13 décembre 2017

One Planet Summit : engagements financiers pour soutenir l’Accord de Paris
13 décembre 2017

20 décembre à Sainte-Suzanne pour se réapproprier notre histoire
13 décembre 2017

Fortes inégalités à Saint-Denis
13 décembre 2017

2017 Témoignages
Contact | RSS 2.0