De la connaissance historique à l’engagement créatif

Billet philosophique

8 décembre 2017

Parmi les richesses de la pensée créole réunionnaise à cultiver, nous retiendrons cette semaine les liens très intéressants créés par plusieurs chercheurs et écrivains entre l’histoire et la poésie. Il y a bien des enseignements à en tirer…

Ces derniers jours, il y a eu de nombreuses rencontres à La Réunion pour faire connaître à la population les savoirs classiques et les nouvelles découvertes de chercheurs sur l’histoire de l’esclavage chez nous comme dans le monde entier. Ainsi, de vendredi dernier à aujourd’hui à Saint-Denis, s’est déroulé le 8e Festival des Révoltés de l’Histoire, organisé par l’association Protéa de l’historien Bruno Maillard, consacré cette année au thème : ‘’Esclavage, Histoire et mémoires’’, avec pas moins de 15 projections de films documentaires, suivies de débats très constructifs « afin de nous armer plus solidement encore contre cette ‘’immonde étreinte’’ toujours présente ».

Ce festival, marqué aussi par 7 conférences-débats et par 8 séances scolaires, a été riche en échanges notamment sur « la solidarité entre les esclaves et leurs amis marons » et « l’importance de l’organisation politique du maronage », comme l’ont dit des historiens. Il en fut de même à d’autres rencontres, comme celle du 30 novembre avec l’association Kartyé Lib sur la préservation du « domaine Juliette Dodu, patrimoine du peuple réunionnais » ; ou celles du 5e Grand Séminaire d’Histoire des Outre-mer mercredi à l’Université du Moufia et jeudi à la médiathèque Aimé Césaire de Sainte-Suzanne, organisé par l’association Historun de Paul Canaguy.

« Mes cris »

Durant ces deux journées, fut souligné à quel point « malgré les violentes contraintes juridiques, matérielles et physiques intrinsèques aux sociétés esclavagistes, ces femmes et ces hommes ont su sauvegarder leurs droits tout en nous transmettant un patrimoine matériel et immatériel d’une richesse exceptionnelle ». L’importance de valoriser ce patrimoine fut aussi évoquée mercredi à Lespas Leconte de Lisle à Saint-Paul, où Les Amis de l’Université ont organisé une conférence très intéressante avec l’historienne Monique Risso sur le thème ‘’Traites négrières et recherches historiques’’ et où un historien a regretté la destruction du projet de Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise lancé par Paul Vergès à la Région avant 2010.

Il se trouve qu’à l’occasion de ces rencontres sur l’histoire de l’esclavage, des poètes réunionnais ont pris la parole pour tisser des liens entre notre connaissance historique et l’engagement créatif pour transformer notre société. C’est le cas du poète et slameur Jean-Yves Bertogal, dit JYB, animateur du Festival des Révoltés de l’Histoire, qui montre vraiment dans ses œuvres et prestations à quel point le mot ‘’poésie’’ signifie
en grec ‘’création’’ et qui nous dit : « Gardien de l’Histoire de mon peuple, je ne saurai cacher mes cris ».

« Un monde plein d’amour, de justice et de joie »

D’autres œuvres poétiques liées à notre Histoire ont été évoquées durant cette semaine de commémoration, comme par exemple ce mardi à Saint-Paul lors d’un hommage à Jean Albany, né en 1917, décédé en 1984 et inhumé à La Saline-les Hauts. « Auteur du mot ‘’créolie’’, il nous a légué une œuvre importante depuis ‘’Zamal’’, son premier recueil de 41 poèmes en français édité en 1951, jusqu’au ‘’Petit Glossaire de la langue créole’’ qui fait référence ». Cet hommage a commencé avec la projection du film ‘’Mon île était le monde’’ réalisé par Jacques Baratier avec le concours d’Alain Gili en 1992 et il s’est terminé avec de belles prestations d’artistes réunionnais comme Henry-Claude et Marie-Armande Moutou, Pierrette Payet et un jeune chanteur qui perpétue aussi des textes de Jean Albany en chansons, Olivier Cadet. Nous conclurons ces réflexions en citant un autre créateur réunionnais, le cinéaste et écrivain Karl Kugel, qui a réalisé en 1997 à l’Île du Mozambique le Jardin de la Mémoire dans le cadre de la Route de l’Esclave et de l’Engagé dans l’Océan Indien portée par Sudel Fuma, et qui a présenté mardi dernier à l’École Supérieure de l’Art à La Réunion des photos réalisées depuis une trentaine d’années sur divers crimes contre l’humanité, comme l’esclavage, le nazisme, la chasse aux migrants, etc. Des projections historiques accompagnées de beaux poèmes nous incitant à nous engager pour créer « un monde plein d’amour, de justice et de joie » (‘’Le chiffon rouge’’ de Michel Fugain, 1977).

Roger Orlu

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