Retour sur 60 ans de combats de l’UFR

9e Congrès de l’UFR

8 avril 2019

Ancienne secrétaire générale de l’UFR, Graziella Leveneur a exposé les principales luttes menées au cours des 60 dernières années, et les perspectives de l’organisation.

Née en 1958, l’Union des femmes de La Réunion s’inscrit dans la vague de décolonisation qui touchait le monde. L’UFR vit dans ce contexte de lutte contre l’impérialisme, alors que La Réunion est toujours le pays de la misère, 250000 à 300000 personnes sur 450000 étaient alors dans la grande pauvreté. Le cyclone Jenny avait fait 16000 sans-abri.
Les revendications des fondatrices de l’UFR allaient au-delà du féminisme. Elles portaient sur la réhabilitation sociale des Réunionnais, car la promesse d’égalité de la loi du 19 mars 1946 n’était pas tenue. L’UFR revendiquait aussi le respect des libertés. Son premier communiqué dénonçait la fraude électorale.
Quand en juillet 1959, le général De Gaulle est venu rappeler aux Réunionnais qu’ils étaient Français, l’UFR dénonçait le scandale des contrôles des naissances. Ce fut le combat contre les avortements forcés, une époque rappelée par le livre « Le ventre des femmes » de Françoise Vergès, ainsi qu’un documentaire récemment diffusé à la télévision. Quand l’indépendance de Madagascar amena la France à rechercher d’autres moyens de faire émigrer les Réunionnais, l’UFR faisait part de sa solidarité avec les jeunes Réunionnais qui peuplaient les foyers de la SONACOTRA dépendant du ministère de l’Intérieur.
La lutte contre l’apartheid a été un autre combat marquant de l’UFR. Ce furent les mobilisations après le massacre de Sharpeville, celui de 1500 étudiants sur les 20000 qui manifestaient à Soweto en 1976. L’UFR s’est également dressée contre les dictatures en Amérique latine.

Un rôle pionnier

L’engagement politique et syndical est une constante de la majorité des militantes de l’UFR. Isnelle Amelin, première secrétaire générale de l’organisation, fut cosignataire du procès-verbal de création du PCR, en qualité de trésorière adjointe. L’Union des femmes fut un tremplin politique, avec Eloïse Lépinay, une des premières Réunionnaises élue en 1945, et Odette Mofy, précurseurs de l’entrée des femmes en politique.
Parmi les faits rappelés par Graziella Leveneur figure notamment la signature par l’UFR en 1968 du « Manifeste pour l’autodétermination et contre toute solution néo-coloniale », et ces prises de position estimant que la décentralisation inscrite dans la loi reste en-deçà de la revendication d’autonomie exprimée par l’UFR à sa création en 1958.

L’UFR jouait aussi un rôle d’avant garde en matière de droits des femmes. Cela se traduit par la célébration le 8 mars 1974 à La Réunion de la Journée des droits des femmes, un an avant la reconnaissance officielle par l’ONU, et 8 ans avant celle de la France. L’UFR fut également pionnière dans la lutte contre le harcellement sexuel, quand elle soutint une Réunionnaise qui eut le courage de porter l’affaire devant un tribunal dans les années 1980, ce qui provoqua la venue à La Réunion d’Yvette Roudy, alors secrétaire d’État aux Droits des femmes.
Graziella Leveneur souligne que ces 60 ans rappellent que l’UFR fait partie des organisations qui se sont rassemblées dans la résistance anti-coloniale, malgré quelques fissures qui n’ont pas remis en cause la convergence des luttes.

Pour une loi-cadre

En 2019, l’UFR continue de mener le combat pour une loi-cadre contre les violences faites aux femmes. La proposition de loi déposée par Huguette Bello en 2007 n’a pas pu être adoptée, et le dispositif entré en vigueur en 2010 reste insuffisant. Injustices et inégalités pèsent surtout sur les femmes. L’UFR participe aux questions de société, elle s’est impliquée dans la lutte contre l’homophobie, pour le mariage pour tous. L’UFR veut poursuivre sur cette voie : « accueillir les autres évolutions sociétales avec la même ouverture d’esprit et la même tolérance », précise Graziella Leveneur. Elle continue de combattre le racisme, le sexisme et le mépris de classe.

Trois orientations

Elle décline son action selon trois orientations.
Tout d’abord l’urgence climatique, où l’UFR se veut à l’avant-garde de l’éco-féminisme. Les femmes sont les premières victimes du changement climatique, de la pauvreté. Elle constate également que 20 ans après, « on voit revenir le spectre de l’incinérateur » à La Réunion.
Ensuite la lutte contre la montée des populismes, car les leçons apprises au cours du 20e siècle semblent être en voie d’oubli. C’est ce que rappelle notamment la volonté du gouvernement brésilien de vouloir commémorer l’anniversaire du coup d’État qui mit au pouvoir une dictature militaire dans ce pays. C’est la tentation du repli sur soi et La Réunion n’est pas à l’écart de ce phénomène, avec l’extrême droite reçue dans plusieurs Mairie.
Enfin, c’est la lutte contre les inégalités. Ces inégalités sont une menace pour la cohésion sociale et la démocratie dans un pays où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’UFR sera donc toujours dans les mouvements sociaux.
Et Graziella Leveneur de conclure : « Michèle Bachelet, direction de l’ONU Femmes a souligné que le 21e siècle sera celui des femmes et des filles. L’UFR continuera de marcher pour un monde meilleur pour tous ».

M.M.

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