25 % de chômeurs à La Réunion : une constante depuis plus de 40 ans

Publication de l’Enquête emploi 2018 de l’INSEE

9 avril 2019

Le résultat de l’Enquête emploi 2018 de l’INSEE en termes de taux de chômage s’approche à un point près de celui d’un rapport du Conseil général publié le 23 décembre 1974. Ceci rappelle l’incapacité du cadre actuel à régler le problème numéro un à La Réunion : faire respecter le droit des Réunionnais à un emploi à La Réunion. Ces 40 années d’errements découlent notamment de la déresponsabilisation des Réunionnais dans le domaine de la politique de l’emploi. D’où l’importance de réfléchir entre Réunionnais sur des moyens pour sortir de cette crise, et de les appliquer en toute responsabilité.

Vendredi, l’INSEE a présenté le résultat de son Enquête emploi 2018. L’INSEE constate notamment une aggravation de la situation de l’emploi. Le taux de chômage selon les critères du BIT était l’an dernier à 24 %, chiffre à la hausse par rapport aux années précédentes.

De plus, l’INSEE relève qu’en dehors des personnes dénombrées dans le calcul du taux de chômage, le « halo » composé de travailleurs qui ne sont pas classés dans la population active mais qui veulent occuper un emploi est en hausse. Il représente 12 % des Réunionnais en âge de travailler, et ce sont des personnes qui sont tellement découragées qu’elles ne sont pas considérées comme des chercheurs actifs d’emploi, et sortent donc des statistiques du chômage. L’INSEE note également que « la hausse du chômage et de son halo touchent particulièrement les jeunes Réunionnais de 15 à 29 ans. Ainsi, en 2018, les jeunes sans emploi mais qui souhaitent travailler sont plus nombreux que les jeunes en emploi (53 000 contre 43 000). »

Cette donnée confirme bien l’incapacité du cadre actuel à régler la question du chômage. Et ce n’est pas nouveau, ainsi que les propositions du PCR visant à dépasser le cadre actuel pour qu’enfin les Réunionnais disposent des marges de manœuvre nécessaires pour prendre des décisions afin de placer le pays sur la voie du développement.

25 % de taux de chômage en 1974

En effet, le 23 décembre 1974, le Conseil général présentait un rapport contenant les données principales suivantes : 25 % de la population active au chômage, plus d’un chômeur sur deux âgé de moins de 30 ans, 50 % d’augmentation des demandes d’emploi non satisfaites en un an. Cela signifie que ce rapport se situait alors au début de l’apparition du chômage de masse à La Réunion. Le Conseil général avait alors pris la décision de soutenir la revendication de la CGTR d’une indemnisation des travailleurs privés d’emploi, car à l’époque ce droit qui existait en France n’était pas appliqué à La Réunion, faute de respect de la loi d’égalité du 19 mars 1946.

Au cours du débat, Paul Vergès, conseiller général de Saint-Pierre, était intervenu. Voici le compte-rendu fait par « Témoignages » du 26 mai 1974 : « Tout ce que l’on demande va toujours dans la même voie. Les aides et les prestations diverses dues aux chômeurs permettront à leur famille de survivre. Mais ce seront encore des capitaux publics qui ne serviront pas au développement des secteurs productifs de notre économie. Au contraire ils continueront à accroître le déséquilibre. En quelque sorte, nous pansons une plaie avec des remèdes qui ne font qu’aggraver les maux dont nous souffrons ». « Aussi faut-il étudier une voie non européenne de développement de notre pays et partir de natre contexte réel pour avancer difficilement, mais avancer à tout prix ».

Le PCR proposait le développement

« Il n’est pas possible d’envisager le développement du pays sans une révision déchirante pour certains. Car il nous faut voir tout de façon absolument nouvelle. Nous ne pouvons pas continuer comme on l’a fait pendant vingt-huit ans. Si la vigilance du Conseil Général devait s’endormir après l’adoption de ces mesures sociales immédiates, ce serait le désastre. » « Tout doit être transformé mais tout se tient. II faut donc un plan global Nous sommes prê ts pour notre part à participer aux travaux de la commission d’un plan intérimaire. Mais notre objectif doit être d’abord le développement du pays et en aucune façon la gestion du sous-développement. II nous faut tout subordonner à cet objectif ». Paul Verges devait conclure ce discours qui avait porté le débat à un autre niveau par un appel grave : « Si nous ne nous efforçons pas d’utiliser très vite toute cette richesse fantastique que représente notre jeunesse, cette force de travail considérable et scolarisée, ce sont les jeunes sans emploi qui poseront eux mêmes brutalement cette question : Qu’avez-vous fait de ce pays ? »

« Qu’avez-vous fait de ce pays ? »

Force est de constater que depuis 1974, des mesures ont été décidées à Paris. Elles ont débouché sur des lois de programme, des lois d’orientation et même une loi sur l’égalité réelle. Par ailleurs, l’État a dépensé ces dernières années plus de 200 millions d’euros pour financer des « solutions d’insertion » sous forme notamment d’emplois aidés. Ce sont donc des milliards d’euros qui ont été consacré par la France au traitement social du chômage à La Réunion. Mais toutes ces sommes n’ont pas permis de faire reculer le chômage de masse qui s’est installé depuis le milieu des années 1970 à La Réunion, soit depuis plus de 40 ans.

Cet échec du système est lourdement payé par les Réunionnais. Il contraint plus de 40 % d’entre eux à vivre sous le seuil de pauvreté. Et près de 118.000 enfants vivent dans une famille pauvre. Le problème posé en 1974 est toujours d’actualité, ce qui souligne la succession de générations gâchées, pour lesquelles la seule alternative au chômage restait l’exil en France, un pays qui s’est bien éloigné du plein emploi depuis la fin des années 1970.

Ces jeunes qui vivent dans des familles où les deux parents sont au chômage, et où les grands parents n’ont connu que la précarité, sont bien en droit de poser cette question : « qu’avez-vous fait de ce pays ? ». Cela rappelle que le développement n’est pas possible dans le cadre actuel, d’où l’importance de discuter le plus largement d’un projet entre Réunionnais, afin qu’il serve de base à un plan de développement assumé et mis en œuvre par des Réunionnais responsables, avec comme priorité le retour du plein emploi à La Réunion après plus de 40 ans d’errements.

M.M.

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