Emploi

Un mois de mobilisation pour les chômeurs et précaires

Le Collectif Emplois en Danger dénonce les effets des réformes gouvernementales sur les plus démunis

13 janvier 2004

Yannick Potier, Monica Govindin, Joëlle Patiram et Daniel Sautron, responsables du Collectif Emplois en Danger, appellent à l’action pour résister aux attaques du gouvernement contre le droit des Réunionnais à l’emploi. (photo Kalo)

Le Collectif Emplois en Danger (CED) tenait hier sa première conférence de presse de l’année, au Port. Après un bref résumé de ses actions menées en 2003, il a abordé les diverses réformes gouvernementales qui mettent en péril les familles réunionnaises les plus démunies.
C’est ainsi que Yannick Potier a rappelé les mesures prises "en cachette" par Mme Girardin.
En effet, le 5 septembre 2002, les Conseils régional et général avaient assuré le cofinancement d’emplois aidés sous réserve du maintien du financement de l’État. Le 18 du même mois, la ministre de l’Outre-Mer assurait, lors de son passage dans l’île, que « personne n’allait rester sur le bord du chemin ». Ce qui n’a pas empêché le blocus de la Direction départementale du travail, le 7 octobre de la même année.
Le 4 novembre 2002, une assemblée extraordinaire est organisée à la Région. Le président Paul Vergès annonce la mise en place de trois commissions et décide de relayer les propositions du collectif au gouvernement. À l’heure d’aujourd’hui, aucune réponse n’a été donnée par le gouvernement aux revendications unanime des élus et des jeunes en emploi précaire.

10.000 euros de moins par emploi-jeune

Toutefois, le collectif a pu obtenir, grâce à son action de terrain et à la pression faite sur les politiques soutenant le gouvernement, l’application de la convention pluriannuelle pour les associations et les collectivités.
Le Collectif Emplois en Danger déplore cependant que le montant fixé par la convention a été vu à la baisse, occasionnant par le fait un manque à gagner de 10.000 euros par emploi-jeune et pour la durée de la convention pluriannuelle, soit 3 ans. C’est, semble-t-il, au 12 janvier que cette baisse est devenue effective.
Déplorant la politique du "pa là èk sa" du gouvernement Raffarin, le CED affirme continuer sa lutte pour l’emploi et la dignité, et s’engage à mettre le pouvoir politique parisien et ses alliés locaux face à leurs responsabilités.

La diminution des C.E.S. et C.E.C. : une réalité

Daniel Sautron expose une facette de la politique de régression sociale, menée par le gouvernement Raffarin et « cautionnée par les partisans locaux de l’UMP, dont "Monsieur Légine", Jean-Paul Virapoullé ».
« Il y a quelques mois de cela, la menace sur les contrats aidés était présente. Sous la pression du Collectif Emplois en Danger et des principaux concernés, l’État a fait mine de faire machine arrière. Mais au final, il y a quand même eu une diminution du quota », souligne-t-il.
Le Collectif exige donc que le gouvernement rétablisse le quota, soit un quota identique à celui de l’année dernière, c’est-à-dire 13.300 contrats CES pour le premier semestre. Il déplore cependant qu’aucun quota n’a pour l’heure été attribué à notre île.
« N’est-ce pas du mépris envers le Réunionnais ? », interroge le porte-parole. Pour preuve, il indique que plusieurs mesures ont été prises en cachette. Entre autre, la diminution du taux de prise en charge des CES par l’État. « De 95%, on est passé à 65% », explique-t-il. Quant aux CEC, une diminution de la durée totale de travail a été décidée. Le contrat ne durera plus que 3 ans, contre 5 auparavant.
Daniel Sautron fait remarquer que « mèm su in zo mèg, gouvèrnman i ve tir la viann ». Il assure avec détermination que les mesures du gouvernement ne réussiront pas à venir à bout de la volonté du collectif de défendre les intérêts des plus démunis.
« Un CES, un CEC, c’est un minimum pour le Réunionnais pour survivre, et voilà que Mme Girardin, conseillée par Virapoullé, crée le minimum du minimum : le RMA », dit-il avant de passer la parole à Monica Govindin, conseillère générale.

Le R.M.A., « un dispositif précaire »

L’élue du Département rappelle que notre île compte 65.000 foyers de érémistes.
« Pendant longtemps, on a kidnappé le RMI des Réunionnais en les privant de 20% de leur revenu, cela pour la construction de logements sociaux qui ne sortaient pas de terre obligatoirement pour eux », s’insurge-t-elle.
Aujourd’hui, la démarche a quelque peu changé. « Le discours du gouvernement, ainsi que de certains élus locaux qui cautionnent ces actions, est : "i fo obliz azot travay". En résumé, les érémistes sont des fainéants aux yeux du gouvernement », poursuit Monica Govindin.
Et c’est ainsi que naquit le RMA (Revenu minimum d’activités). C’est un leurre selon le Collectif, puisque ce dispositif profiterait principalement aux entreprises qui percevront le RMI (Revenu minimum d’insertion) sans fournir aucune garantie au érémaste de déboucher sur un emploi pérenne.
La conseillère générale explique la position du collectif quant à ce fameux RMA :
« Le érémiste n’a aucune garantie d’insertion socioprofessionnelle, car le RMA est aussi un dispositif précaire. Le érémiste est à la merci de n’importe quel chef d’entreprise qui pourrait prendre la décision de faire supprimer le RMI, source de revenu vitale pour nombre de familles réunionnaises », remarque-t-elle.
Le chef d’entreprise doit par ailleurs présenter un plan de formation pour le futur érémaste. Le Collectif soulève alors diverses questions qui auraient été oubliées par le gouvernement, le gestionnaire du RMA, le Conseil général : comment présenter ce plan de formation pour le futur RMAste ? quel en serait le contenu ? qui le formerait ? qui paierait la formation ?
Et puis, reste à définir « qui décidera que Monsieur ou Madame X ou Y travaillent dans telle ou telle entreprise, et dans quelle ville. Et si la personne refuse, quel sera le recours ? », demande la conseillère générale.
Pour toutes ces raisons, le CED demande la transparence à travers la mise en place d’un comité de suivi du RMA, afin qu’aucune exploitation ou pression malveillante ne soit exercée.

5 érémastes pour le prix d’un SMIC

Monica Govindin, avec le Collectif, crie au scandale, « car une partie du salaire du RMA ne donne pas lieu aux cotisations sociales et de fait, n’ouvre pas de droits aux prestations de l’assurance vieillesse ainsi que l’assurance chômage ».
« En 2004, c’est nouveau, ça vient de sortir ; le Réunionnais ne pourra plus choisir où il veut travailler ; son travail s’appelle l’esclavage, chose que nous avons cru abolie en 1848. On nous obligera à travailler 20 heures, pas plus », poursuit-elle.
« On nous interdira de cumuler notre RMA avec un autre contrat. On devra travailler plus de 100 ans pour avoir la retraite entière. Un an de contrat vaudra un trimestre de travail normal », déplore la conseillère générale. « Le RMI sera menacé d’extinction. On attribuera un Revenu minimum d’activité pour un rendement maximum. C’est de la main-d’œuvre soldée. 5 érémastes, c’est le prix d’un SMIC. Et il faudra 2 années d’inscription en tant que érémiste pour avoir droit au RMA », confie Monica Govindin.
Pour tout cela, le Collectif Emplois en Danger annonce une forte mobilisation durant ce mois-ci. Des Réunionnais des quatre coins de l’île apporteront leur soutien au mouvement. La population réunionnaise sera informée des revendications du collectif et des entrevues seront organisées avec les politiques.
« Dès maintenant, la pression va monter. Nous allons faire comprendre que la rue doit être entendue », assure-t-il.

Soutiens à "Témoignages"
- R. P. (Saint-Paul) : 17,06 euros

- M. T. (Tampon) : 17,06 euros

- M. G. (Sainte-Suzanne) : 7,63 euros

- J. S.-M. (Saint-Gilles) : 10,01 euros

- G. G. (Sainte-Clotilde) : 12,20 euros

- E. H. (Saint-Pierre) : 10,53 euros

- R. D-L. (La Possession) : 7,63 euros

- J. Q. (Plaine des Palmistes) : 91,47 euros

- L. B. (Sainte-Suzanne) : 7,63 euros

- M. T. (Saint-André) : 7,63 euros

- S. B. (Saint-André) : 229,53 euros

- M. A. (Saint-Joseph) : 7,63 euros

- R. D. (Port) : 67,06 euros

- E. P. (Saint-Joseph) : 17,06 euros

- J. V. S. (Entre-Deux) : 17,06 euros

- A. B. (Entre-Deux) : 183,06 euros

- J. B. (Saint-Paul) : 77,06 euros

- M. B. (Le Tampon) : 17,06 euros

- C. L. T. (Saint-Louis) : 122,06 euros


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Témoignages - 82e année


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