« Un pas de plus qui les éloigne des citoyens »

7 janvier 2008

Les Français seraient-ils devenus à ce point versatiles qu’en l’espace de quelques mois, ils changeraient complètement d’avis pour voter une constitution qu’ils avaient rejetée le 25 mai 2005 avec près de 55% des voix - mais cette fois il est vrai par le truchement de la nouvelle assemblée qu’ils viennent d’élire, et qui déciderait en leur nom et en leur place ?
C’est ce que nous a laissé entendre le président Valéry Giscard d’Estaing lui-même, principal auteur du “Traité pour l’établissement d’une constitution pour l’Europe”, et qui nous livre son jugement sur le “traité simplifié” fébrilement mis au point par son successeur Nicolas Sarkozy. Pour lui, ce nouveau texte reprend point par point le précédent dont il garde toute la « substance ». La différence entre les deux « porte davantage sur la méthode que sur le contenu ». « Les outils sont exactement les mêmes, seul l’ordre a changé dans la boîte à outils », affirme-t-il dans une formule imagée. Contrairement à ce qui a été annoncé, il n’est pas du tout simple, bien au contraire, puisque « ce qui était difficile à comprendre sera devenu impossible à comprendre ». Le premier était déjà long, voire très long, celui-ci sera d’une « longueur supérieure ». Le premier était déjà ardu, le second sera proprement « illisible ». Et notre vénérable président d’enfoncer le clou : « C’est un pas de plus qui éloigne les institutions bruxelloises... des citoyens » !
L’étonnant, c’est l’absence de réaction de la part du principal intéressé et surtout l’inquiétante discrétion des médias qui n’osent même plus commenter une opinion qu’ils considéraient jusque-là comme des plus autorisées, celle de Valéry Giscard d’Estaing soi-même !
On s’acheminerait donc vers une élection dont on se plaît en haut lieu à souligner l’importance et pour laquelle les citoyens ne disposeraient pas d’une information suffisante. Ce qui représenterait déjà un net recul par rapport au référendum de mai 2005.
Mais après tout, au-delà de cette querelle d’initiés pour une question de susceptibilité où Giscard ne retrouve plus son bébé, ni l’un ni l’autre Traité constitutionnel ne suscite vraiment l’adhésion pleine et entière des peuples concernés, leur intérêt est ailleurs : il s’agit avant tout de remettre en état de marche cet ensemble hétéroclite qui s’appelle l’Union européenne, dans un sens bien précis : celui du tout marché mondialisé, en faisant fi des aspirations et des besoins réels de la population.

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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