Di sak na pou di

A toi, notre vieux Papa…

Courrier des lecteurs de Témoignages / 15 mars 2016

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Théophane Lauret

Si tu avais été toujours capable de te déplacer, sûr que tu aurais demandé à l’un de tes enfants de t’emmener ce samedi en ce lieu où sera célébrée la date anniversaire de la loi du 19 mars 1946 et où sera rappelé le contexte qui a permis que cet acte législatif fut possible.

Peut-être te rappelles-tu la part que tu as prise, sur le territoire de la commune des Trois Bassins, pour que l’élection de Raymond Vergès et de Léon De Lépervanche comme députés de La Réunion soit nette et sans bavure. Nous étions en septembre–octobre 1945. Avec tes camarades de là-haut, les Raphaël Massain, les Laurent Fontaine et les nombreux autres dont nous avons oublié les noms, tu menas tous les jours une campagne d’explication sur ce que le changement de statut de colonie en département apporterait à notre population et notamment aux plus pauvres. Tu acceptas de prendre les risques qu’une telle audace (« de l’insolence et de l’irrespect » disaient les conservateurs de cette époque) pouvait te coûter pour l’avenir si l’espoir qui animait les Réunionnais devait être déçu.

Raymond Vergès et Léon de Lépervanche – et donc leur projet porté par le Comité Républicain d’Actions Démocratiques et Sociales (CRADS) - connurent dans les urnes un triomphe à Trois Bassins, comme pratiquement partout dans l’île à l’occasion des élections législatives du 21 octobre 1945. Ce jour-là, ils étaient élus députés pour un mandat qui durerait 6 mois. Le temps pour eux, avec les élus de Martinique et de Guadeloupe Aimé Césaire, Léopold Bissol, Gaston Monnerville et Gerty Archimède, de préparer un projet de loi, projet qui fut voté par l’Assemblée Nationale le 19 mars, cinq mois et demi plus tard !…

Dans l’exercice quotidien auquel, depuis l’EPHAD de Roquefeuille où tu te trouves actuellement, tu te livres pour renouer avec certains de tes vieux souvenirs, sans doute ce samedi, si on en cause avec toi, remonteront les moments les plus intenses que tu vécus il y a 70 années de cela. Tu avais alors 29 ans et tu étais le jeune père d’une fille, née en 1943 de ton union avec Eva, notre maman décédée il y a un peu plus de 18 ans. Un mois plus tard naissait ton premier fils. Six autres enfants viendront par la suite.

Aujourd’hui, Papa, nous avons tous une belle pensée pour toi. Une pensée plus forte encore que celle qui nous anime chaque jour. Aujourd’hui, c’est un jour qui compte pour tous ceux et pour toutes celles qui, comme toi, vont bientôt franchir (ou l’ont déjà fait) le cap des cent ans. Bonne fête, à toi, Théophane Lauret, notre vieux Papa…

Un de tes enfants… au nom de tous les autres


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