Culture et identité

Le Père Étienne Osty s’y est mis généreusement et avec talent. Son ouvrage, "Si la paroisse de Saint-Paul n’était contée…", est à lire

Témoignages.re / 26 octobre 2011

Le petit frisson qui vous caresse tout le corps quand vous le prenez dans vos mains ne trompe pas. Il est des sensations qui ne laissent jamais indifférent l’amateur de belles choses. L’ouvrage est de qualité. Il est beau. Il est doux au toucher et à la vue. Cette toute première impression trouve confirmation lorsque vous l’ouvrez et le feuilletez et puis posez un regard plein de saine curiosité sur les textes et les quelques cent quatre-vingts photos qui les accompagnent. L’idée alors vous vient immanquablement : le voilà sans doute le cadeau que vous pourriez offrir à quelques-uns de vos plus proches dans quelques semaines… D’autant que, sous la signature du Père Étienne Osty et de Christiane Duban, c’est une belle histoire qui suit : l’histoire de la paroisse de Saint-Paul vous est ici contée, en attendant son 350ème anniversaire qui sera célébré dans une quinzaine d’années. Le cadeau : une chouette idée qui va permettre à l’agréable de se joindre à l’utile…
Dans sa belle préface qu’il faut absolument lire pour que vous ayez envie de la relire encore, Monseigneur Gilbert Aubry nous rappelle que « nous croyons être informés » quand, piégés - à l’insu de notre plein gré, nous faut-il en douter ? - par une modernité qui nous dirige, « nous nous polarisons sur ce qui capte notre intérêt immédiat dans une avalanche d’images, de sons, de bruits, de mouvements incessants ». En un mot, nous tance-t-il fraternellement, « nous vivons en surface… » Et de se souvenir avec nous d’octobre 1965 et des fêtes du tricentenaire du peuplement définitif de La Réunion organisée à Saint-Paul. À l’église, en l’absence de Monseigneur Georges Guibert en déplacement à Rome et en présence des plus hautes autorités de l’île, la messe solennelle est présidée par le Père René Payet. Lequel proclamera que « le peuple réunionnais n’est pas un peuple qui attend mais un peuple qui prétend ». C’en est trop pour un Michel Debré qui alors, se rappelle Gilbert Aubry, « se lève ostensiblement, se déplace et va discuter avec le Préfet sur la même rangée que lui mais un peu plus loin et au premier rang. On a frôlé « l’incident diplomatique » et l’affrontement entre l’Église et le pouvoir politique. La messe ira quand même jusqu’au bout ».
Monseigneur Aubry et le Père Osty me pardonneront le choix de cette anecdote qui ne résume pas à elle seule l’histoire de l’Église de Saint-Paul. Mais elle n’est pas seulement un hommage partagé à René. Car l’ouvrage tout entier déborde de témoignages qui nous indiquent que l’Église est en dedans de la société, qu’elle est mêlée à tout ce qui l’a touchée dans son passé lointain ou récent et qui la touchera encore demain, tant sur plan économique que culturel, social ou politique. De témoignages qui illustrent qu’à l’église, les populations y viennent, pas seulement pour prier, mais aussi pour contribuer à bâtir leur part de la vie de chaque jour. Et lire, pour mieux la connaître, l’histoire de la paroisse de Saint-Paul, c’est s’ouvrir les portes des autres paroisses de l’île. C’est surtout avoir une bonne approche de l’histoire d’une ville puisque, nous le dit encore et fort justement Monseigneur Aubry, « ce livre donne les jalons indispensables pour se faire une idée de la vie de la société saint-pauloise et de l’Église au fil du temps ».
350 ans de l’Histoire d’une paroisse, ça se prépare. Un ouvrage ambitionne de nous inviter à le faire nous aussi, en dehors des chemins officiels. C’est à retenir…

Raymond Lauret


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