Edito

L’intelligence, voilà l’ennemie

Geoffroy Géraud-Legros / 3 novembre 2010

C’est un scandale de taille qu’ont révélé les représentants de l’AJFER vendredi dernier. Preuve à l’appui, ils ont montré que la Direction de la Région, qui tient les cordons des bourses doctorales, s’oppose aux choix scientifiques des universitaires, et entend décider quels sont les sujets que les chercheurs doivent ou ne doivent pas traiter. Choix éminemment politique : l’un des refus opposés par la Région portait sur une thèse consacrée à « l’identité réunionnaise », pourtant assortie d’un « avis très favorable » par la commission de spécialistes. Rien de bien surprenant : on connaît les opinions de la majorité régionale en la matière, et, en plus de 7 mois, on a pu juger sur pièces ses efforts pour promouvoir notre identité.

« Heeeuh » : c’est en ces termes, on s’en souvient, que Jean-François Sita, vice-président de la Région chargé de la Culture, avait décrit les grandes lignes de son programme. Quant au passé, il fallait, disait-il, « arrêter de pleurer et cesser de se plaindre ». Ce qui veut dire : à la trappe l’histoire de l’esclavage, qui domine la moitié de l’histoire de notre île. A la trappe la mémoire de l’engagisme. Sans parler, bien entendu, des luttes sociales du XXème siècle, de la décolonisation du 19 mars 1946, des luttes pour le respect de toutes les cultures de La Réunion, les luttes pour l’égalité et pour le développement.

Pour l’UMP au pouvoir à la Région, promouvoir l’identité réunionnaise, c’est surtout promener des avions remplis de batteurs d’carré de Montélimar en Adélaïde, avec dans leurs bagages deux-trois bonbons piments, deux-trois bouteilles lo rhum, un brin de fanfare et quelques accords de Fareyrolles. Point final. Le scandale des bourses doctorales aura — hélas — apporté une clarification supplémentaire : M. Frédéric Cadet, qui a publiquement assumé la décision du Conseil régional, a beau se donner des allures d’intellectuel cosmopolite et de gentleman de la Culture, il est finalement un adepte zélé de l’idéologie du « heuuuh » et du néant culturel imposée par Jean-François Sita.

Comment s’en étonner ? L’approche de la Direction de la Région n’est que pure transposition de la politique sarkoziste en matière de Culture et de Recherche, assénée à coup de « réformes » pourtant refusées en bloc par la communauté savante. Elle se résume en une formule : dégrader la connaissance en lui imposant un étroit contrôle politique. Parce que, pour l’Élysée comme pour les occupants de la pyramide inversée, le savoir est une menace, et l’intelligence l’ennemie.

G.G.-L.



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Messages






  • bien dit GG !
    mais quelles étaient les pratiques antérieurement à cette majorité ? histoire que l’on compare ?

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  • Nicolas de Launay de La Perrière

    merci pour ton message sur ce forum. Pour répondre à ta question, les avis des commissions de spécialistes ont étés systématiquement suivis par la Région au cours de la mandature précédente.
    Il y a donc bien une rupture dans la pratique. Ayant été moi-même membre d’un laboratoire CNRS, élu de surcroît au conseil scientifique de Paris-Dauphine pendant deux ans, je vois dans cette ingérence la conséquence logique d’une démarche impulsée au plan national, qui vise à placer la recherche sous contrôle politique.

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    • Merci Geoffroy, pour cette précision fort utile et ô combien instructive !
      Cela permet aux détracteurs de l’ancienne majorité, de se faire une opinion.

      Faut il appeler les aspirants doctorants à venir manifester devant la Région ?
      Faut il demander à la Région la compétence et la capacité de ceux qui décident dans cette commission "politique" .. ?

      Seule l’action engendre le résultat, seule la médiatisation permet (hélas ?) d’insuffler un début d’action !

      Les décisions de cette commission peuvent elles faire l’objet de recours ?

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