Edito

Régionales : les places seront très chères

J.B. / 16 avril 2015

Une nouvelle majorité vient de s’installer au Conseil départemental. C’est une coalition de trois partis : UMP, UDI et Objectif Réunion. Ce regroupement de circonstance compte durer aux régionales puis aux législatives. Il n’a comme seul programme que d’essayer de gagner des élections. L’expérience montre que ce genre de construction ne résiste pas aux appétits de pouvoir des différents individus de la coalition. Deux exemples sont très frais et dans toutes les mémoires.

Souvenez-vous de Bello et de sa « machine de guerre » électorale proclamée à la une du « JIR » de l’époque. C’était quelques mois après les législatives de 2012, lors de la fondation de PLR à la salle Candin à Saint-Denis. PLR s’arrogeait alors pas moins d’une députée, huit conseillers généraux et trois maires. Tous s’étaient fait élire grâce aux communistes, et tous ont refusé de soumettre leur retournement de veste à la volonté du peuple. Le projet de société de PLR se fait toujours attendre. PLR a seulement fait parler de lui lors des élections, quand certains ont pris cette carte pensant qu’elle allait les pousser vers la victoire aux municipales. C’est le cas de l’adjoint du maire de St Benoit, Julie, poussé à la dissidence par un PLR impérial. Jean-Claude Fruteau s’en souvient encore. L’unité de cette coalition d’individus n’a même pas tenu jusqu’aux municipales avec une première scission dans sa propre direction : le maire Saint André. Entre les deux tours, Alamélou a largué Bello en pleine bataille. Ne restaient alors pour le PLR canal historique que les battus de Saint-Paul, Bello à leur tête. Un an après, les caciques du PLR ne sont pas élus aux Départementales. Que fera Bello en 2017 ? Va-t-elle rempiler pour atteindre 22 annuités ? La fin de PLR canal historique, transfuges du PCR, approche. Bien mal acquis ne profite pas à son propriétaire.

Les départementales ont aussi fait exploser un autre parti, lui aussi sans projet. Une coalition d’individus s’était regroupée autour de Thierry Robert qui octroyait le label LPA, entendez : la politique autrement. Autrement dit, l’action de vider les communistes du Conseil Municipal après en avoir bien profité pour se faire élire et se faire un nom. Ils se sont regroupés au mois de janvier à Saint-Leu et s’autoproclamaient premier parti de La Réunion. Pour faire quoi ? La réponse se fera éternellement attendre. Entre temps le verdict populaire est passé par là. Le peuple ne lui a donné que deux élus aux Départementales, sauvés par le gong vers 22 heures, le soir du 2e tour, c’est-à-dire après avoir essuyé un ballotage humiliant au premier tour. Un autre aspect de cette manière de faire la politique “autrement” s’est exprimée dès la première séance plénière du Conseil départemental : le LPA a capitulé en rase-mottes. Il s’est mis au service de la majorité de droite en votant pour sa candidate à la présidence. Personne ne le lui interdit mais venant après des déclarations tonitruantes contre la droite, il a donc fixé son avenir : supplétif de la coalition UMP-UDI-Objectif Réunion.

Mais pour ces derniers, les premières fissures apparaissent déjà. Puisque la principale préoccupation est de gagner des postes, la suite logique a été la bataille pour se partager les vice-présidences. Elle s’est prolongée le jour de l’installation du Conseil départemental, avec un élu claquant la porte car estimant avoir mal été servi. Et ce n’est pas fini ! Ils se déchirent maintenant pour la répartition des délégations…

Cela promet pour les régionales. En fonction de son résultat, la coalition UMP-UDI-Objectif Réunion aura entre 10 et 30 élus. Il faudra donc satisfaire ceux qui n’ont pas été conseillers départementaux, les petites communes lésées par la nouvelle assemblée départementale, sans oublier les conseillers régionaux sortants qui veulent le rester, et ceux qui ont trahi l’Alliance pour rejoindre la majorité. Lors de la dernière assemblée plénière de la Région, des élus que l’on entend jamais se sont exprimés pour attaquer l’Alliance. Le parfum des élections se rapproche et du côté de la coalition UMP-UDI-Objectif Réunion, les places seront chères. Une liste pourrait bien ne pas suffire pour satisfaire toutes les ambitions.

En effet, la position de Didier Robert est très fragilisée par le fait qu’il a déjà “payé”. Les maires et les conseillers départementaux sont déjà en place pour 6 ans. Ils n’hésiteront à surenchérir. Bonjour, l’ambiance unitaire.


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