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Alors que la pénurie d’emploi s’aggrave, l’administration prive les Réunionnais de travail
29 octobre 2009
Alors que le taux de chômage dépasse 37% à La Réunion, au moment où plus de la moitié des jeunes sont au chômage, l’Éducation nationale propose 1.000 emplois durables. Seulement 100 sont destinés aux Réunionnais.
L’actualité de mardi a vu la coïncidence de deux événements importants. C’est tout d’abord la conférence de presse de l’alliance des jeunes pour l’emploi et la formation à La Réunion. Cette organisation a révélé des propos tenus par le rapporteur UMP de la mission sénatoriale qui s’est récemment rendue dans l’Outre-mer : « le recteur de La Réunion nous a indiqué que l’Éducation Nationale procède à environ 1.000 embauches par an : mais 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole, alors que le territoire ne manque pas de diplômés. Il est vrai que la sur-rémunération de 1,53 attire les métropolitains ; et les jeunes sur place, qui ont moins d’ancienneté, voient ces arrivants passer devant eux… Nous n’avons pas la solution miracle mais nous avons des pistes, exiger la maîtrise de la langue créole par exemple ».
Ce jour là, la publication des dernières statistiques mensuelles du Pôle emploi et de "Informations rapides" de l’INSEE donnaient des éléments permettant de calculer le taux de chômage à La Réunion. Le Pôle emploi déclare plus de 120.000 demandeurs d’emploi à La Réunion, et l’INSEE estime la population active à 324.000, soit une augmentation de 2% en un an. Sur la même période, le nombre de demandeur d’emploi a augmenté de plus de 20% pour ce qui concerne le groupe des travailleurs privé d’emploi à la recherche d’un CDI à temps complet et inscrit au Pôle Emploi. L’INSEE précise également que 5.000 emplois ont été détruits dans l’économie réunionnaise entre les deuxièmes trimestres 2008 et 2009.
L’impasse d’un modèle
Ces données alarmantes montrent tout d’abord l’impasse dans laquelle se trouve le modèle économique à La Réunion. En 1974, le taux de chômage était de 25%, il est aujourd’hui de 12 points de plus. Cela signifie l’échec de toutes les politiques décidées par Paris au cours des 35 dernières années. Émigration et diminution du coût du travail n’ont pas permis de changer la donne, c’est bien la preuve que des réformes structurelles sont nécessaires. Elles passent par une réorientation fondamentale de notre économie, avec la création d’emplois en lien avec les orientations stratégiques que peut suivre notre pays en ce début de 21ème siècle. Autonomie énergétique, autosuffisance alimentaire, économie de la connaissance, valorisation du patrimoine culturel et naturel, développement de la pêche et des services à la personne sont des pistes lancées depuis déjà plusieurs années et validées par les candidats à la présidentielle. Elles ont été réaffirmées dans le cadre des États généraux par le document conjoint adressé au président de la République par le Conseil général et la Région. Elles sont plus que jamais d’actualité, comme en témoigne l’aggravation de la situation.
La loi offre une solution
Ces données révèlent également l’attitude négative de l’administration. Le nombre de jeunes réunionnais diplômés ne cesse de croître. Aujourd’hui, les taux de réussite au bac sont les même qu’en France, l’Université accueille 10.000 étudiants. Mais en 2007, ils étaient déjà 4.000 Réunionnais de niveau bac et plus à être au RMI. Car la pénurie d’emploi touche particulièrement les jeunes.
L’administration est un moyen pour ces jeunes de sortir de la précarité. De plus, avec l’augmentation de la population, des postes vont se créer dans la fonction publique, et en particulier dans l’Éducation nationale.
Mais force est de constater que les postes créés par la situation réunionnaise ne bénéficient pas aux Réunionnais. C’est ce que confirme la déclaration du recteur aux membres de la mission sénatoriale.
Et plus le nombre de jeunes au chômage augmente, moins il y a de postes. C’est ce que rappelle les jeunes professeurs des écoles admis sur la liste complémentaire.
Il est donc urgent de mettre en application d’autres règles de recrutement entrant dans le cadre constitutionnel du droit à l’expérimentation. Les circonstances sont exceptionnelles, et la loi permet d’apporter une réponse.
Que ferait Paris si la France comptait 10 millions de chômeurs, et si 90% des fonctionnaires recrutés à ce moment là dans son administration la plus importante venaient des autres États membres de l’Union européenne ?
Manuel Marchal
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