Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Hommage à sept martyrs réunionnais (1949-1978)
31 janvier 2009

Entre 1949 et 1978, soit une trentaine d’années, sept Réunionnais ont trouvé la mort dans des conditions dramatiques et scandaleuses, victimes des violences néo-coloniales. Pour leur rendre hommage et pour que nous n’oublions jamais ces tragédies vécues par leurs familles et leurs proches, notre ami Eugène Rousse, un des piliers de la mémoire historique réunionnaise, a rédigé un petit ouvrage qui sera publié prochainement et dans lequel il raconte dans quelles circonstances ces sept martyrs réunionnais ont perdu la vie.
À partir d’aujourd’hui, dans chaque édition de ’Témoignages’ du samedi, nous allons publier des extraits de ce document avec une brève présentation de ces sept martyrs. Voici le premier d’entre eux : Marcel Dassot.
L’année 1949 a été marquée à La Réunion par des événements d’une exceptionnelle gravité, qui ont conduit les démocrates de l’île à constituer à Saint-Denis un “Comité de défense des libertés républicaines” (CDLR). Parmi ces événements, il y a l’énorme scandale électoral qui éclate à Saint-Louis le 20 mars 1949. Contre toute attente, le juge Lambert rend le 11 octobre 1949 un verdict d’acquittement général des fraudeurs, qui provoque la consternation de tous les républicains de l’île.
Après un tel verdict, les murs et les chaussées du chef-lieu se couvrent d’inscriptions : « Révoquez le juge Lambert ». La police se mobilise alors en vue d’identifier les auteurs de telles inscriptions.
C’est dans le cadre de ces recherches, qui s’effectuent souvent la nuit, que le manœuvre maçon Marcel Dassot est arrêté à la sortie du cinéma Plazza et conduit au commissariat de police, le 15 octobre 1949, peu avant minuit. Là, l’inspecteur Jolivet, arrivé dans l’île un an plus tôt, se charge d’interroger le jeune ouvrier réunionnais, âgé de 21 ans, qui est orphelin de père et de mère.
M. Jolivet n’hésite pas à recourir à des brutalités pour arracher des aveux à Marcel Dassot, qu’il suspecte d’être l’auteur d’inscriptions visant le juge Lambert. Manifestement, le policier se trompe puisque le jeune dionysien ne sait ni lire, ni écrire. Mais suite à ces brutalités, quelques heures après son retour à son domicile de la rue Monthyon, Marcel Dassot meurt d’un traumatisme crânien.
L’émotion et la colère suscitées par une aussi brutale disparition, ainsi que les conditions dans lesquelles elle est survenue, conduisent le Parquet à diligenter une enquête, au terme de laquelle il est clairement établi que l’inspecteur Jolivet est responsable de la fracture du crâne qui a provoqué le décès de l’ouvrier dionysien. Alors qu’il aurait dû normalement être jugé par la Cour d’Assises de La Réunion, il comparaît le 1er avril 1950 en correctionnelle, où le juge Lambert lui inflige une condamnation de principe : deux ans de prison avec sursis. La hiérarchie du policier se bornera à le rappeler à Paris.
Eugène Rousse
Un contexte dramatique
Après l’abolition officielle du statut de colonie de La Réunion, le peuple réunionnais a dû se battre pour obtenir l’application du principe d’égalité avec les Métropolitains, affirmé dans la loi Vergès-Lépervanche du 19 mars 1946. Ce combat a duré une cinquantaine d’années dans le domaine des droits sociaux. Et le Parti Communiste Réunionnais, dont nous célébrons cette année le cinquantenaire, y a joué un rôle essentiel.
Cette lutte pour faire respecter les droits et la dignité des Réunionnais fut donc longue et parfois très difficile. Un très grand nombre de militants et sympathisants communistes ont été victimes de violences, d’humiliations et de répressions de toutes sortes, dans le cadre d’un pouvoir totalitaire. Celui-ci a organisé et cautionné pendant des dizaines d’années des licenciements abusifs, des fraudes électorales massives et violentes, des expulsions arbitraires, des poursuites illégales et des condamnations injustes, tout en violant le droit à l’information libre et pluraliste des Réunionnais et en bafouant leur liberté d’expression.
C’est dans ce contexte souvent dramatique que se sont déroulées les tragédies vécues par les sept martyrs réunionnais de 1949 à 1978.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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