Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
22 avril 2008

Nicolas Sarkozy qui soutenait en 2005 la très contestée loi sur les aspects positifs de la colonisation, se rend donc aux obsèques de l’auteur du Discours sur le colonialisme. Pourtant à Dakar en juillet 2007, le Président de la République prononçait un discours délibérément opposé à celui de Césaire : « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. »
Ironie de l’Histoire, il va ainsi rendre hommage à celui qui énumérait en 1950 les méfaits de la colonisation : « Entre le colonisateur et le colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies ».
A Dakar, on retint notamment du discours de Sarkozy ce passage condescendant illustrant parfaitement le “mépris” et la “suffisance” du colonisateur :
« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. » On sait ce que signifie de nos jours ce terme de “progrès” vanté par l’Occident : agrocarburant pour les automobiles des pays riches et émeutes de la faim pour ceux qui ont été spoliés de leur souveraineté alimentaire.
Césaire dès 1950 répondait par avance au discours de Dakar : dans ce passage stigmatisant l’idéal productiviste des puissances occidentales, il a des mots qui prennent ces jours-ci, une résonance toute particulière : « On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou ce cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d’économie naturelle, d’économies harmonieuses, et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières ».
Et quand Nicolas Sarkozy prône lors de ses vœux en janvier 2008 le passage à une « politique de civilisation », on peut se reporter à nouveau au Discours sur le colonialisme : « On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification ».
On n’a pas fini d’entendre la voix d’Aimé Césaire.
Jean-Pierre Marchau
(Saint-Denis)
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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