Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Billet philosophique
24 juin 2011, par

Comme le dit le surtitre de cette chronique hebdomadaire, elle est destinée à réfléchir ensemble, en Réunionnais et en citoyens du monde, sur les grands problèmes de notre peuple et de l’humanité. D’où l’intérêt de recevoir des contributions, critiques et suggestions d’ami(e)s de la philo sur ces questions. C’est le cas cette semaine, où nous avons reçu une information et des commentaires sur un sujet crucial en cette fin d’année scolaire : koué i ansèrv lékol ?
Une amie de "Témoignages", intéressée par le "billet philo" du vendredi, nous a envoyé un courrier pour nous signaler qu’« un magnifique film a été diffusé par la chaîne Réunion 1ère ce dimanche 19 juin. Intitulé " Le maître qui laissait les enfants rêver", ce film raconte la vie de l’instituteur progressiste français Célestin Freinet (1896-1966), qui s’est consacré à inventer une nouvelle manière d’enseigner. Une pédagogie qu’ont violemment combattue les conservateurs ».
Voici l’analyse de cette œuvre par notre amie : « Célestin Freinet réfléchit beaucoup à son travail et constate que ses élèves ne prennent aucun plaisir à étudier ; ils sont contraints par le système scolaire ; du coup, le savoir est pour eux un lourd fardeau. Cet enseignant recherche alors toutes les possibilités pour faire naître l’intérêt pour l’école, le dialogue entre les élèves, leur plaisir d’apprendre. Il bouleverse la disposition des tables de classe pour faciliter les échanges et n’impose pas de matière unique à étudier pour tous. Il met en place les jalons de la démocratie, où chacun a sa pierre à apporter et où finalement c’est l’autonomie de chacun et l’éducation à la responsabilité comme à la solidarité qui sont en marche ».
« Les rêves que font les élèves »
Notre amie ajoute : « Freinet propose aussi différents groupes de travail. Pour valoriser chaque élève, il se dit que chacun est fort d’une expérience et qu’il peut la transmettre : une recette de cuisine de sa grand-mère, une astuce de rangement… Il trouve divers moyens pour qu’aucun élève ne s’ennuie plus en classe.
Il propose du jardinage et des visites pédagogiques dans le village. Il fait venir une petite imprimerie à caractères en plomb et ses élèves impriment de tout : poèmes écrits par chacun, petites anecdotes… et même les rêves que font les élèves ; cela va déboucher sur une polémique grandissante, qui va aller jusqu’à l’arrêt de son enseignement et sa mutation ».
Une question très importante
Et notre amie de conclure : « De nombreux enseignants contactent Freinet pour avoir des informations sur son expérience. Des classes échangent avec ses élèves à travers des correspondances scolaires, des envois de colis de spécialités du pays.
Freinet n’adhère pas du tout au rôle classique de l’école primaire, qui est d’apprendre à se taire et à se résigner… Pour lui, il est urgent de former les citoyens libres de demain, capables de construire une société équitable, harmonieuse et solidaire. D’où cette interrogation : à quoi sert le système scolaire actuel à La Réunion ? ».
Cette question est très importante. C’est un des problèmes essentiels que les décideurs politiques devront prendre en compte dans les prochaines décennies, car c’est une des bases du développement durable de notre pays.
On connaît les réponses
En effet, comment peut-on en finir avec le modèle de développement barbare que nous impose Paris actuellement et en créer nous-mêmes un autre, si le système éducatif — comme l’appareil médiatique — continue à avoir pour fonction principale de perpétuer le système économique inhumain actuel ?
L’École à La Réunion cultive-t-elle la compétition entre les personnes ou la solidarité ? L’appât du gain ou le partage équitable des richesses ? L’égoïsme ou l’ouverture aux autres ? L’intérêt personnel ou le bonheur commun ? L’assimilation à la Gaule ou la valorisation des richesses culturelles spécifiques du peuple réunionnais ?…
On connaît les réponses. Mais nous savons que de nombreux enseignants réunionnais sont conscients des enjeux de cette problématique et se battent pour remettre en cause le système dominant afin de préparer leurs élèves à prendre en main l’avenir de leur pays. Pou sa mèm, bann marmay-la i koné akoz zot sava lékol… !
Roger Orlu
(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! [email protected]
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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