Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
12 mars 2009, par

Comme on pouvait s’y attendre, la plupart des médias ont porté tous leurs projecteurs sur les incidents et affrontements survenus mardi après les manifestations du COSPAR (Collectif des Organisations Syndicales, Politiques et Associatives de La Réunion). C’est logique : quand la priorité est de vendre de la marchandise médiatique — plutôt que de contribuer à transformer le système socio-économique, culturel et politique dominant —, pas besoin de faire connaître les causes de ces événements…
Au lieu de concentrer toute l’info sur les "casseurs" et de les stigmatiser, pourquoi ne pas s’interroger sur ce phénomène ? Un jeune dont la vie est "cassée", car il n’a ni moyens ni raisons de vivre, car il est exclu d’une vie normale et qu’il voit l’autre monde gagner plusieurs milliers d’euros chaque mois, n’est-il pas doublement "cassé" ?
Quand des centaines de milliers de Réunionnais voient leur existence "grillée" chaque jour par un partage inégal des revenus et par le non-respect de leurs droits fondamentaux, et que dans le même temps ils voient le "feu d’artifice" de dépenses luxueuses auquel se livre l’autre monde, ils ont forcément une tentation : "mettre le feu" à ce vol dont ils sont victimes.
La première violence, celle qui fait le plus de dégâts, n’est-ce pas la casse sociale, c’est-à–dire la casse des droits sociaux les plus élémentaires, la casse de la cohésion sociale ? Est-il juste que les responsables de cette situation soient décorés et que les victimes en colère soient condamnées ?
On oublie trop souvent que la violence physique n’est pas la seule ; il y a aussi la violence morale, la solitude, le désespoir, la souffrance mentale ; mais la violence institutionnalisée que subit la partie de la population abandonnée semble trop souvent invisible par l’autre partie, celle qui vit bien. En réalité, on fait comme si ce désordre social quotidien n’existait pas.
Voilà pourquoi il est important d’analyser et de comprendre les explosions sociales ; ce qui ne veut pas dire les approuver ni les justifier. Mais analyser et comprendre pour agir et changer, afin de répondre à l’urgence sociale.
L. B.
Courrier des lecteurs
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