Grève à “l’Oiseau Bleu”

Le patron reconnaît les inégalités de salaires

29 septembre 2006

Les 6 chauffeurs des cars Moutoussamy en grève depuis lundi ont connu la première avancée dans leur mouvement hier matin, quand le PDG des cars l’Oiseau Bleu, Nicolas Moutoussamy, a rencontré Joël Dalleau, le permanent de l’Union interprofessionnelle régionale-CFDT, mandaté pour négocier un protocole d’accord. Une plate-forme d’entente s’est dégagée de la rencontre.

Une première réunion de négociation a eu lieu jeudi matin, dans la grève que suivent depuis lundi 6 chauffeurs de la compagnie l’Oiseau Bleu. Elle a débouché sur un accord de principe, sans prise de décision. Les parties doivent se revoir pour la signature. "Le plus tôt possible", disent les salariés ; samedi matin, selon le planning retenu par le PDG, Nicolas Moutoussamy.
Les propositions à l’étude portent sur une prime de 25 euros pour les chauffeurs qui sortent le dimanche. Ils sont en moyenne 5 par dimanche à faire ainsi des "extras"... non rémunérés, tandis que la société engrange au bas mot 3.000 euros par week-end - près de 150.000 euros dans l’année. De quoi s’acheter un bus neuf, rien que sur les rentrées touristiques ! Mais le personnel reste calé sur des salaires minimum, dont la Direction a admis qu’ils souffraient de réelles inégalités puisque la préparation d’une grille des salaires a été évoquée pour le 2ème semestre 2007. Le salaire minimum d’un chauffeur de bus à La Réunion est de 980 euros, quand celui garanti par la Convention collective nationale est de 1.500 euros net avec les primes (1.590 euros brut, sans primes) - et 1.800 euros à la RATP. Les chauffeurs des "Cars jaunes" sont payés un peu plus (1.125 euros, net) et d’autres, qui font le transport scolaire, sont payés "selon la tête" 1.150 euros net. Donc tout le monde est perdant, même ceux qui bénéficient des "largesses" du patron. "L’ancienneté, ça n’existe pas !", disent 2 grévistes, dont le salaire n’a pas bougé depuis 3 ans.
La Direction s’est opposée en revanche à la prime de lavage pour les chauffeurs, niant tout versement discriminant à certains chauffeurs. "C’est payé en main propre" insistent les grévistes, sûrs de leur fait. "On ne pourra rien prouver, mais c’est connu de tous ici".
L’autre point positif est que les grévistes pensent, par leur mouvement, avoir évité un licenciement, commué en "mise à pied disciplinaire" d’une durée que le syndicat souhaite limiter à 4 jours. "C’est à la discrétion de l’employeur", dit Joël Dalleau. Ceux des grévistes qui sont en CDD ne se font en revanche aucune illusion sur la pérennité de leur contrat. Après avoir attendu la Direction jusqu’à 17h15 hier, les salariés sont rentrés chez eux. Ils seront de nouveau en piquet de grève aujourd’hui, en attendant la signature.
Cette grève a posé la question des conditions de travail des chauffeurs, en l’absence d’un cadre juridique qui, de fait, autorise des pratiques que les salariés jugent "déviantes", voire dangereuses. Ils se demandent comment il est possible que des chauffeurs, au volant d’un cachalot la nuit, puissent se trouver dans un car de transport scolaire en journée. Même en l’absence de convention collective, les normes de la FIMO (Formation initiale minimum obligatoire, après le permis) réglementent depuis 2001 le temps de conduite de chaque chauffeur, ainsi que ses temps de repos : pas plus de 9h de conduite par jour, 10h maximum et pas plus de 2 fois par semaine, 6 jours sur 7 ; et un minimum de 11 heures de repos entre 2 "plages" de conduite de 9 heures. Mais de toute évidence, même ces "normes-péi" ne sont pas respectées.

P. David


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