Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Festival international kréol de Maurice
4 décembre 2006

de Stéphanie Longeras, envoyée spéciale à l’île Maurice
La première édition du Festival International Kréol de Maurice s’est tenue à Port-Louis samedi et dimanche dernier. Deux jours dédiés à la valorisation des musiques, des langues et des cuisines créoles du monde, mais avant tout, et c’est là l’événement, à la reconnaissance d’un peuple et d’une culture créoles à Maurice. C’est un pas historique que franchit l’État qui prône aujourd’hui la construction d’une unité nationale.
Samedi matin au Centre Swami Vivekananda - grand espace dédié à l’expression artistique financé par l’Inde et situé sur l’ancien domaine colonial “Le Domaine Les Pailles” à Port-Louis - des centaines de Mauriciens (principalement des créoles) se sont retrouvés pour assister à l’ouverture officielle du Festival, qui a fait l’objet, chose exceptionnelle, d’une invitation rédigée en créole mauricien et de discours exclusivement en créole.
« On a besoin de changement »
Pour mieux comprendre la portée de cette manifestation, il est avant tout nécessaire de préciser qu’à Maurice, créole ne désigne pas comme à La Réunion celui qui est né dans l’île - et ce quelle que soit la terre de ses ancêtres, mais il renvoie au descendant d’esclave, au « kaf cheveux konyé », comme le distingue eux-mêmes les Mauriciens. La définition est d’autant plus importante qu’elle interroge sur la pertinence du concept de créolité à Maurice, comme l’a proposé le Docteur Arnaud Carpooran, lors de la conférence sur le thème “Ki kréolité”, animé par des conférenciers de Haïti, des Seychelles, de La Réunion et de Maurice, et qui a fait suite aux discours inauguraux.
Le Vice-Premier Ministre, Xavier Duval, Ministre du Tourisme, des Loisirs et des Communications externes a signifié que ce festival était l’occasion de réunir tous les créoles du monde, plaçant ainsi l’île Maurice dans un mouvement identitaire. « Cela désenclave la créolité, et plus important la population créole de Maurice ». Notant que les Seychelles organisent depuis 21 ans leur propre festival créole, l’île Maurice accuse selon lui, « un grand retard que le gouvernement souhaite aujourd’hui rattraper ». Alors que 18 millions de personnes se reconnaissent créoles dans le monde, le gouvernement mauricien estime qu’il doit valoriser le rôle qu’a joué la population créole dans sa construction, inciter aux partages de ses valeurs, à la reconnaissance de son savoir-faire culinaire et musical. Le gouvernement souhaite également que la langue créole, aujourd’hui le seul ciment de l’unité nationale, ne soit plus source de complexe, mais demeure le moyen d’exprimer avec fierté sa culture. « On a besoin de changement, la culture créole a besoin de retrouver ses valeurs », a affirmé Xavier Duval sous les applaudissements de l’assemblée. La représentation de la culture créole ne doit pas selon lui se cantonner à l’histoire esclavagiste, mais être l’expression du métissage. « Ce week-end doit permettre de casser tous les complexes et d’aborder avec fierté sa créolité. » Créolité comme référent d’un grand mouvement culturel unificateur.
« Nou refuz nou né enn nasion »
Le Premier Ministre Navin Ramgoolam a appelé quant à lui à une prise de conscience collective « de nos qualités, de la richesse de notre héritage créole ». On n’a pas encore assez réalisé ce qui nous rassemble, comme la langue créole... enfin quelque chose qui nous unie tous. » La soirée poétique organisait vendredi soir en amorce du Festival avait ainsi pour objectif de mettre en exergue la beauté d’une langue trop souvent considérée vulgaire, appelée même par certains Mauriciens “black shit of French”. « Une langue belle, aux expressions précieuses parfois intraduisibles, une langue qui s’est enrichie avec les apports d’autres cultures », a rappelé le Ministre qui bien qu’ayant suivi ses études en Grande Bretagne rappelle qu’il n’a jamais renié sa langue maternelle. La langue est bien le lien vivace avec l’histoire du peuplement de l’île Maurice, une histoire déniée au profit d’une autonomie culturelle de chaque communauté qui constitue l’île. « On dit Maurice multiculturelle, mais cette multiculturalité désunit sous le poids des cultures, des religions. Nou refuz nou né enn nasion. C’est au politique de faire changer les choses, de changer les mentalités, premières sources de divisions. Nous sommes sortis de différents bateaux mais aujourd’hui, nous sommes dans le même bateau. Se monter les uns contre les autres, c’est ce qui fait des dégâts extraordinaires. Il faut ouvrir sa fenêtre pour que tous les mouvements culturels entrent dans la maison. C’est ça qu’on doit faire à Maurice (...) préserver la culture ancestrale et s’ouvrir aux autres civilisations pour que le pays soit reconnu par exemple. » Le message est fort et interpelle l’assemblée qui, même si elle n’aura pas cerné tout le sens du concept de créolité, encore à définir à Maurice, attendait cette marque de reconnaissance. Les autres communautés de l’île n’étaient malheureusement pas représentées démontrant par là même, que le chemin vers l’unité mauricienne est encore loin, mais un premier pas est amorcé.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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