Assemblée générale d’Agir Pou Nout Tout pour le pouvoir d’achat

Le ras-le-bol des Réunionnais

5 juillet 2008, par Edith Poulbassia

L’Assemblée générale extraordinaire d’Agir Pou Nout Tout a réuni près de 700 personnes hier au Bocage de Sainte-Suzanne. Après des témoignages et l’adoption de propositions pour améliorer le pouvoir d’achat, les Réunionnais ont décidé de porter leurs revendications auprès d’Yves Jégo à son arrivée en fin de semaine. La bataille ne fait que commencer.

Près de 700 personnes étaient réunies à l’Assemblée générale de l’association Agir Pou Nout Tout hier au Bocage de Sainte-Suzanne.
(photo E.P.)

De Saint-Pierre, Saint-Louis, Le Port, Saint-Denis, Bras-Panon, Saint-Benoît... Près de 700 personnes sont venues des quatre coins de l’île pour assister à l’Assemblée générale extraordinaire de l’association Agir Pou Nout Tout. Salariés, chômeurs, érémistes, retraités, jeunes, mères et pères de famille, tous sont venus pour exprimer leur accord avec les actions portées par Agir Pou Nout Tout, pour dire le ras-le-bol général face à la vie chère. Chaque Réunionnais a pu le dire à sa manière, avec ses mots, lors de ce sobatkoz. Pas de grands discours, mais une succession de témoignages, révélateurs des situations vécues par l’immense majorité des Réunionnais. Une fois le micro tendu à l’assemblée, ces hommes et ces femmes ne se sont pas fait prier pour prendre la parole. Leurs témoignages ont résonné comme autant de questions adressées à ce gouvernement qui prétend agir pour redonner du pouvoir d’achat à la population. Comme Jacques, Virgile, Hervé, les Réunionnais ne demandent qu’à être entendus. A travers les personnes qui se sont exprimées, c’est tout un peuple qui demande à ce que la réalité réunionnaise soit véritablement prise en compte. Bref, « arèt roul anou kari sou d’ri ».

I fo nout tout i mèt la min ansamb

Les interventions du public ont suscité des questions ou des propositions que l’association Agir Pou Nout Tout transmettra à Yves Jégo le 11 juillet (voir encadré p10). Elles portent sur la hausse des prix, sur l’insuffisance des revenus, sur le manque d’emplois, sur l’accès à la santé. Certaines des revendications ont été portées à l’Assemblée nationale par des élus, mais n’ont jamais obtenu de réponse. « Gélita Hoareau a demandé une aide pour les frais de gaz, surtout pour les plus pauvres. On ne voit rien venir. Et les chèque-voyage ? Yves Jégo en avait parlé. Ousa i lé ? », demande un habitant de Saint-Pierre. « Il faut qu’on prenne conscience que la situation est grave. Faut-il faire la révolution ou continuer comme ça ? », demande-t-il à la foule. Un autre, facture à la main, dénonce la pratique de prix excessifs. Il a payé 15 euros le kit obligatoire de Sécurité routière, le gilet et le triangle. En Métropole, soutient-il, 4 euros suffisent.
Les retraités se sont aussi exprimés, tous appellent les jeunes générations à se manifester. « Je touche 600 euros de retraite. Je n’ai pas droit à la CMU, j’ai 70 ans. On nous donne juste un petit chèque-santé. J’ai travaillé dur en tant qu’employée de maison, mon mari aussi. Le salarié nou la mèt dann la kès ! Beaucoup de retraités sont comme moi aujourd’hui. Le 6 du mois, ils n’ont plus rien. Et ils ont honte de le dire. I fo nout tout i mèt la min ansamb. Si nou bouz pa, gouvernman va di nou lé éré. Nou osi, alon », insiste la gramoun. « On est passé d’une société où on parlait de solidarité nationale à une société du paquet fiscal. Aujourd’hui, on prend aux pauvres pour donner aux riches », renchérit un autre retraité.
Une maman ose enfin prendre la parole pour raconter une anecdote, ou plutôt sa situation à chaque fin de mois, lorsqu’il ne lui reste plus que 10 euros pour acheter un sachet de riz et du lait pour son enfant. « Hier, je suis allée à Champion avec 10 euros pour acheter du riz et du lait. Eh bien, figurez-vous qu’un sachet de riz coûte 10 euros. Je suis obligée de demander des colis alimentaires pour survivre. Jusqu’à quand va-t-on continuer à mendier comme ça ? Je ne peux même pas acheter un paquet de yaourts pour mon enfant. J’espère que le ministre qui arrive va comprendre », conclut-elle. Comme pour cette maman, les colis alimentaires sont devenus une nécessité pour des milliers de familles. Un habitant de Saint-Louis révèle ainsi l’incapacité de son association à faire face, surtout lorsque 2.000 personnes viennent chaque semaine demander de l’aide. Les témoignages se sont succédé, avec à chaque fois un appel à la mobilisation de tous les Réunionnais.
Les 700 personnes présentes ont approuvé les 4 propositions d’Agir Pou Nout Tout pour l’amélioration des conditions de vie.

Edith Poulbassia


Ils disent « oui » aux propositions d’Agir Pou Nout Tout

« Vu la hausse des prix intervenant presque mois après mois à La Réunion, vu les revenus et les salaires insuffisants, vu le manque de solutions concrètes pour améliorer le pouvoir d’achat à La Réunion, et considérant la volonté des membres présents de voir leur condition de vie et celle de l’ensemble des Réunionnais s’améliorer », l’assemblée souhaite transmettre 4 propositions à Yves Jégo. Pour rappel, il s’agit d’appliquer une compensation aux montants du SMIC et des minima sociaux, comme l’Etat le fait pour les fonctionnaires. Agir Pou Nout Tout demande aussi « la suppression de la TVA et l’Octroi de mer sur les produits de la grande distribution », « la fixation d’une marge maximale pour les distributeurs » avec l’obligation d’afficher le double étiquetage (prix de base et prix de vente), « l’instauration d’une expertise afin de lutter contre le monopole sur la vente de produits tels que le carburant et les matériaux de construction » afin de savoir s’il existe d’autres sources d’approvisionnement pour faire baisser les prix.


Les questions des Réunionnais à Yves Jégo

Aux quatre propositions d’Agir Pou Nout Tout seront ajoutées toutes les remarques formulées par le public lors de cette assemblée. Pourquoi l’Etat ne revoit-il pas le prix du gaz ? Pourquoi ne pas casser le monopole du carburant ? Comment expliquer la différence des prix entre Maurice et La Réunion ? (essence : 1,19 euros à Maurice, 1,44 euros à La Réunion ; gasoil : 1,03 à Maurice, 1,15 à La Réunion). Qu’en est-il du chèque-voyage ? Quels moyens financiers peut-on mettre en place pour la formation ? Qu’attend-t-on pour baisser les prix des loyers ? Pourquoi ne pas revoir le montant des retraites ? Comment vivre à La Réunion avec 600 euros ? Ne peut-on pas aligner les prix sur ceux de la Métropole ? Quelle couverture sociale peut-on proposer aux personnes à faibles revenus, les personnes âgés et les jeunes ? La réforme des salaires des fonctionnaires outre-mer, n’est-ce pas une façon de laisser la population dans la misère ? Pourquoi l’Etat n’augmente-t-il pas le nombre d’emplois aidés ? Quelles mesures concrètes propose-t-il pour l’emploi des jeunes ? Quelles mesures l’Etat peut-il mettre en place pour accompagner les associations afin d’aider les plus démunis ? Comment remédier à l’explosion du prix du riz ? Les préoccupations des Réunionnais se résument en ces quelques questions.


11 juillet, « jour de résistance »

L’Assemblée d’Agir Pou Nout Tout va se poursuivre avec des réunions de quartiers. Objectif : organiser une grande manifestation pour accueillir le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, dès la matinée du 11 juillet, à la Préfecture ou à Gillot. « La présente Assemblée appelle au bon sens et à la solidarité du peuple réunionnais pour faire du vendredi 11 juillet 2008 un jour de résistance, déclare Max Banon. En effet, il est temps de faire front ! Mobilisons-nous et faisons de ce vendredi une journée sans achat. Par ailleurs, nous serons présents dans le jardin de la Préfecture ou à Gillot, à partir de 8 heures ».


• Maurice Gironcel, maire de Sainte-Suzanne

La moitié de la population connaît de grandes difficultés

Si le maire de Sainte-Suzanne a souhaité accueillir cette Assemblée dans sa commune, c’est qu’il apporte son soutien au combat mené par l’association Agir Pou Nout Tout. « J’ai rencontré beaucoup de personnes dans les réunions de quartiers. Des centaines de personnes, comme hier à Liberté-Bellevue. Partout, on me parle du problème de la vie chère. Ce sont surtout ceux qui sont aux minima sociaux, au RMI, RSO, ASS, AAH ou encore au minimum vieillesse. Comment des personnes peuvent-elles vivre avec moins de 700 euros par mois alors qu’elles ont travaillé pendant des années ? Comment peuvent-elles vivre en dessous du seuil de pauvreté, alors que la France est un pays riche ? 400.000 personnes ont droit à la CMU à La Réunion, c’est-à-dire que la moitié de la population connaît de grandes difficultés. Dans le même temps, en 2007, les plus grands patrons français ont augmenté leurs revenus de 58%. Et le SMIC vient d’augmenter de 0,9%, soit 8 centimes d’euros pour une heure travaillée. On veut dire au gouvernement que nous avons des propositions aujourd’hui », a-t-il insisté.

EP

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Messages

  • bonjour,

    voilà allocataire du RMI, l’ADI m’envoie dans quelques jours pour faire une formation afin d’améliorer ma situation de précaire, formation dispensée par une organisme et 70h de travail obligatoire et au noir, je me demande par ailleurs si l’on veut aider les précaires et/ou continuer à encourager le travail illégal.


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