Blocage des prix : de la haute démagogie !

5 mars 2007

Le Préfet vient de décider de bloquer les prix des denrées alimentaires de façon temporaire. A première vue, il faut se réjouir de cette mesure d’autorité. Mais à y réfléchir de plus près, c’est une mesure de pure démagogie. Premier point : faire respecter l’arrêté sera très difficile, puisque aucun relevé n’avait été fait le 24 février, date de référence. Second point : en ce qui concerne les légumes et fruits frais, ils ont d’ores et déjà disparu des étals et ne réapparaîtront, au plus tôt, qu’après le 7 mars, mais assortis de prix d’après-cyclone. Troisième point : faire semblant de protéger les consommateurs, ça fait bien dans le paysage, surtout pour un Etat qui se dit libéral, mais quid des producteurs ?
Imaginez que vous soyez à la tête d’un champ de 1.000 salades, qu’il a fallu semer, arroser, entretenir, et que Gamède ait tout détruit. Mais, vous avez pu "sauver" une centaine de salades en prenant quelques risques sous les intempéries. Est-il vraiment choquant qu’au lieu de vendre les 1.000 salades à 80 centimes, vous proposiez les 100 vendables à 3 euros pièce ? Au lieu d’encaisser 800 euros, vous allez encaisser au maximum 300 euros, et encore, à condition de tout vendre. La réalité est un peu plus complexe, car le circuit producteur-consommateur comporte souvent plusieurs intermédiaires.
Après tout, si des acheteurs "fortunés" sont prêts à payer le prix fort, pourquoi pas ? C’est une forme de solidarité directe en direction des agriculteurs sinistrés, qui vont devoir remplir des liasses de paperasses pour obtenir une hypothétique aide qui leur parviendra quand il n’en auront plus besoin.
Reste que ceux qui n’ont pas les moyens devront se passer de ces produits devenus temporairement "de luxe". Mais, au fait, n’en sont-ils pas exclus en permanence des produits "de luxe", les gens ayant des revenus modestes ? Sans que personne ne s’en émeuve. Ce qui n’empêche pas de les taxer lourdement en permanence avec octroi de mer et TVA ! Pour un ménage recevant 1.000 euros par mois, cette injuste fiscalité indirecte représente environ 1.200 euros par an. C’est là-dessus qu’il faut agir : ne nous trompons pas de cible.
Alors, laissons les quelques travailleurs de la terre qui ont pu sauver quelques pieds de salades ou de tomates nous les proposer au prix qu’ils veulent. Ceux qui le peuvent achèteront ces produits et feront œuvre de solidarité avec des concitoyens qui méritent toute notre admiration.

Charles Durand,
Le Brûlé - Saint-Denis


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