Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Un vendredi soir au Séchoir
11 septembre 2007

Si vous aimez le jazz, vous connaissez certainement Médéric Collignon ! Non ? C’est dommage, vous avez manqué l’unique occasion, offerte vendredi soir par la bien inspirée équipe du Séchoir, de découvrir à l’œuvre son quartet “Jus de Bocse”, pur concentré d’énergies musicales, melting savoureux des genres... Incroyable !
C’est Lo Griyo d’abord qui a ouvert le bal avec 45 minutes de voyage dans le pays des sons d’une batarsité maloyé. Tombé tout petit dans le chaudron de la musique, l’illusionniste Samy Pageaux-Waro a à nouveau fait vibrer la corde de nos émotions, en distillant ses mille et une résonances, comme autant de pistes musicales inexplorées, réappropriées, réinventées.
Lo Griyo en première partie
Kora, sanza, loop, percussions : jonglant, au propre comme au figuré, avec les instruments, les samples, déjouant nos sens, il nous a conduits, avec ses talentueux complices Luc Joly (Sabouk, Na esséyè) et Yann Costa, (Zong attitude) sur le chemin d’une poésie intuitive où authenticité et modernité nous ramènent à l’essentiel : le partage de la découverte. Luc Joly n’a pas hésité à emboucher deux saxos pour pousser plus loin l’énergie cuivrée de ce nouveau souffle musical qui vous contraint à l’apnée de la surprise, sans jamais vous figer. Récompensé lors du Sakifo par le Prix Alain Peters, Lo Griyo a demandé à Francky Lauret d’écrire un texte en hommage au parabolèr parti trop tôt et a invité ce “dalon” à le partager sur scène. Un moment de complicité évidente.
Jouer du violon avec sa voix
Ce fut ensuite au tour de Médéric Collignon et de son quartet de choc de prendre la relève. Ce cornettiste de poche, vocaliste, slameur, scatteur est un extra-terrestre génial débarqué sur la planète jazz. Ce touche-à-tout qui passe du style new-orleans, au reggae, au rap, à la pop, à la musique moderne, est “inétiquettable”, et c’est tant mieux. Il peut être bassiste avec son bugle, jouer du violon avec sa voix, utiliser des effets électroniques ou d’autres singularités du genre qui vous trompent l’oreille et vous laissent comme deux ronds de flan. On en perd son solfège. Mais attention, il sait où il va, le révolutionnaire du jazz français, même si son dada reste l’improvisation avec des complices sur scène (Franck Woeste au piano, Fender Rhodes, Frédéric Chiffoleau à la contrebasse et Philippe Gleizes, batteur illuminé) qui lui font une totale confiance et le suivent dans ses délires, les yeux fermés.
Après 15 ans de formation académique dans le classique, ses multiples rencontres jazzy, ses collaborations avec Louis Sclavis ou Andy Emler, un premier album en 2006 où il s’attaque avec succès à la relecture du célèbre “Porgy et Bess” de Gerswhin ont aiguisé la créativité de cette griffe conquérante. Il démultiplie les cordes de sa harpe et n’hésite pas à péter un câble vocal sur scène, s’attirant la sympathie et la complicité d’un public multi-âge, séduit par la performance.
Alors, bluffant, oui ! Ce vendredi soir au Séchoir était tout simplement bluffant. Cette scène conventionnée a parfaitement atteint ses objectifs de remplissage de salle, de contentage du public, est-ce pour autant de la culture populaire ? On ne sait pas trop ce que cela veut dire. Avant d’être populaires, les talents, les surdoués comme ceux qui ont, vendredi, médusé le public, doivent déjà avoir l’opportunité de se faire connaître. Faudra-t-il encore défiler pour libérer la culture ?
Stéphanie Longeras
Courrier des lecteurs
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