Dernier ajout : 17 mai.
"C’en est trope !" est une chronique littéraire hebdomadaire qui a pour volonté de faire le lien entre l’actualité et la littérature. Le trope en rhétorique désigne les figures qui détournent les mots de leur sens propre : métaphore, ironie, ou comparaison... "C’en est trope !" car la littérature, la bonne, est métaphore ironique de la Vie. Mais le trope dit et ne dit pas, il est et n’est pas : il dérobe toujours, car en philosophie, il est l’argument qui démontre l’impossibilité d’atteindre la vérité.
“La Révolte des Tirailleurs sénégalais (Cayenne, 24-25 février 1946)” représente une remarquable étude, à plus d'un titre, d'abord parce que le tableau de la Guyane de 1946 tant au niveau politique qu'économique y est finement rendu, au moyen d'une langue riche et nuancée, remarquable ensuite parce qu'il n'existe pas d'autre ouvrage à ma connaissance traitant de cette révolte qui occasionna un véritable traumatisme chez les Cayennais, (...)
Nous préférons le bonheur à l'image du bonheur. Mais nous préférons encore l'image du bonheur que nous nous forgeons à celui qu'on tente de nous imposer. Il s'agit de la construction des nuages. Voyez ceux qui se forment au-dessus de la forêt amazonienne. Il suffit de prendre la RN 1 qui part de Cayenne et qui mène à Macouria ; passé le pont du Larivot, observez, le long du trajet droit et plat qui borde en savanes le front des grands bois, ce qui se noue et ce qui (...)
« Aimez-vous les histoires ? - Plus que ma vie », répond un personnage. Il y a une pièce de théâtre de Gripari qui a pour nom Papa Grognon dont l'argument est le suivant : il s'agit d'un enfant mort qui attire son grand-père dans l'au-delà. Les enfants sont là pour nous aider à mourir. L'enfance semble sortir tout droit du cerveau de Montaigne pour qui « Vivre, c'est apprendre à mourir ». Mais pour cela, il nous faut repasser par la case départ, (...)
Très tôt les hommes ont établi une carte du ciel ; pourtant il leur était défendu de s'y déplacer. Ne pouvant s'y mouvoir, ils l'ont rêvé. Ainsi naquit l'Oiseau de Prévert destiné à s'envoler dans le ciel de la Poésie, et que le lecteur retrouve tout au long de “Paroles” (1945). Vu ici, il disparaît là, on revoit son ombre ailleurs. C'est toujours le même : l'amour-oiseau, sans cesse envolé, celui qui emporte la fleur, celui à qui on ôte (...)
Je l'ai lue, il y a longtemps — à moins que je ne l'aie rêvée. La nouvelle a pour titre “Le critique d'art”, entre parenthèses : “Le Naufrage du Titanic”. Critique artistique du critique d'art, le chien qui se mord la queue. L'action se déroulait pendant le naufrage du Titanic. On le sait, les musiciens n'ont pas cessé de jouer. Persistance de l'art. Il y a celui qui se dépêche de terminer son assiette avant (...)
Prenez la fable de La Fontaine de l'ours et du jardinier (ou « l'Amateur de jardins »), escamotez-en la fin. Ça donne, résumé : Un jardinier et un ours étaient devenus les meilleurs amis du inonde. Ils mangeaient ensemble, se promenaient ensemble, faisaient la sieste ensemble. Un jour que le jardinier dormait, l'ours veillait sur le sommeil de son ami. Une mouche vint à se poser sur la joue du jardinier. L'ours était furieux à l'idée qu'une mouche put (...)
Ça aurait pu se fondre dans l'histoire de l'oeuf mystique. Car, sur une île plus qu'ailleurs, nous sommes dans l'Oeuf, en une sorte d'enfermement -pas d'autre échappatoire que d'en peindre l'intérieur, que d'en recomposer l'espace du dedans. Une Utopia. Roger Gilbert Lecomte, « phrère simpliste » du jeune Vailland, était l'auteur de la réflexion « Nous sommes une poignée de dix... Donnez-moi seulement cent étudiants et je (...)
Ce qui se présente d'emblée, dès le prologo, comme un livre de burlas, un livre facétieux, s'affirme en même temps recueil de peligros y adversidades, de « périls et de revers »... En ce sens, comment expliquer que le narrateur qui se donne lui-même comme personnage principal du récit, donc Lazare de Tormès, pauvre gueux, picaro, l'homme à la morte chance, pauvre comme Job (lazrar signifiant souffrir, et la laceria la misère), et que selon toute vraisemblance, il n'a (...)
Un haïku tracé à la pointe du pinceau sans lever la main. Le papier de riz presque transparent qui l'accueille sourit. Les pliures délicates en font maintenant une fleur d'origami. Déposé sur le miroir du lac, on souffle un peu pour qu'elle s'éloigne. La fleur-papier, peu à peu, boit l'eau. Le poème se dissout, se répand, s'efface, tandis que la fleur, gonflée d'eau, s'enfonce et disparaît dans les calmes profondeurs. Le matin est transparent, (...)
C'était en 1983, à moins que ce ne fut en 1985, je le tiens d'amis normaliens Guy Barbulesco, Luc Fessier, ou peut être bien du poète Sourdillon, Schiano — ma mémoire tremble ! —, alors que je corrigeais inlassablement un article, une copie, que je révisais un cours, lisais un essai sur L'Emploi du temps de Butor, Le Château de la colère de Barricco, Greenaway, Perrec, Perrault, non, sur la Douat des Anciens égyptiens, dans un de ces interminables RER de la (...)
On se prend à rêver. Que donnerait on pour trouver, à la place des « Je veux faire une promenade avec une femme 25 35 ans » sur Badoo ou des « J'aime : femmes » de Netlog, quelques vers demi teintes comme ceux que déposa Charles Cros dans Le Coffret de santal : « ... Je voudrais une sœur,/ Une femme rêvant avec moi, côte à côte,/ Frissonnante, croyant qu'elle fait une faute,/Et nous nous aimerions d'un amour immortel,/ Sans stores de voiture et sans chambre (...)
Curieusement, “L'Embarquement pour Cythère” du peintre Antoine Watteau daté de 1718 fait écho à “La Diseuse de Bonne Aventure” de Georges de La Tour composée presque un siècle avant. Dans les deux cas, on risque de quitter le havre de Vénus et de Narcisse, un problème lexical se posant dans les deux tableaux : l'embarquement est en réalité un embarquement non pas pour Cythère, mais de Cythère, comme le conclut l'historien d'art Micheal Levey ? (...)
Tout le monde connaît cette histoire, elle est plus qu'actuelle. C'est le bébé qu'on se refile avec l'eau du bain, le partage des richesses, la cherté de la vie, le rond-point de Gillot bouché mercredi. La voici. Il est dit que chaque semaine, le roi Salomon rendait la justice sous un grand arbre. Un jour, deux femmes vinrent le voir. Elles se disputaient un bébé. L'une disait : « Cet enfant est à moi ! », l'autre répondait : « Non, c'est mon (...)
« L'Afrique est invisible », répondait Hervé Joncour, le commerçant voyageur du roman d'Alessandro Barricco, “Soie”, à la question : « Comment elle est, l'Afrique ? ». Invisible parce qu'aveuglante. Le Nigérian Ben Okri ne s'y était pas trompé quand il écrivit ce livre remarquable qui retrace l'histoire d'un homme invisible qui part autour du monde à la recherche du secret de la visibilité. Car le toubab, le zoreil, n'a pas (...)
1987, déjà, Jean-Jacques Goldman chantait : « Elle a fait un bébé toute seule/Elle a choisi le père en scientifique/Pour ses gènes... ». Et c'était très bien, ça a même fait un tube. Aujourd'hui, telle choisit en catimini un géniteur en fonction des diplômes et du profil internet, pour attribuer l'enfant qu'elle porte au mari qui en sera le père. Elle ne veut pas d'un autre enfant handicapé. Le rire mauvais de l'Histoire retentit, le rêve eugéniste (...)
Ce qui est étonnant dans “La Partie de Cartes” de Georges de La Tour (i635), ce n'est pas tant la présence de l'autre que son refus. La tromperie consiste à faire mine que l'autre est absent (et à veiller à ce qu'il le reste), qu'il n'existe pas, à le rayer de l'existence, ou, pour être plus exact, à ne garder de lui que ce qu'il n'est pas : l'argent chez La Tour, l'illusion de l'amour et l'idiotie (...)
Le Guyanais Gaston Monnerville a eu beau se démener, on fermait à Cayenne pour rouvrir à Saint-Denis. Le masque changeait de tête, pas les façons de penser. En métropole, à peine disparu, rouvrait en outremer le bagne français ; il s'était mis à avoir ses enfants. La même histoire recommençait, à l'envers, avec des gosses. L'artisan promoteur se nommait Michel Debré, un débarqué qui, derrière des formules clinquantes, « créole d'un jour, créole de toujours », étouffe (...)
Dessin de Pancho dans France-Guyane : deux toucans discutent sur une branche. Le premier dit : « Les tirs d'Ariane n'ont aucun impact important sur l'environnement ». L'autre répond, tendant le cou : « Comment ? ». Entre les deux, l'espace de la com' et de la réalité. Et puis, curieusement, on se dit que, dans la forêt du dessin et des mots, les volatils ont des sourcils terriblement expressifs. La rédaction du magazine américain le “New (...)
Parcellaire, interrompu sont les mots qui s'imposent. C'est comme si vous n'arriviez pas à lire, car à chaque fois s'interpose entre vous et le texte que vous lisez votre propre image. Ça a tout l'air de perles tombées d'un collier brisé : phrases extraites d'une œuvre immense et perdue, dont l'auteur même ne se souviendrait plus. Belletto en sait quelque chose, Adrien Le Bihan aussi, à qui on doit ces développements aphoristiques : « (...)
La comédie que se donne l'Homme à lui-même n'a pas de fin. Les anecdotes historiques plus ou moins riches d'enseignements que nous propose Didier Chirat procurent aux lecteurs l'impression d'entrer dans l'histoire comme on pouvait entrer en pleine nuit dans la Rome de Néron : éclairés par des cadavres brûlants. C'est tout le passé de l'humanité qui brûle ainsi de ce feu grotesque. On y profane les tombeaux, décapite les morts, fouette la mer, (...)
L’Az Do Fèr La Réunion : avec l’AJFER, le journal des jeunes Réunionnais dans Témoignages.
Edito
Le respect des principes
C’en est trope
Éléments pour une histoire de la Guyane
Libres propos
Lettre à Valérie Fourneyron, notre Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative…
Alon filozofé
Nora la filo a lékol pou bann marmay ?
Point de vue
Du travail
Chronique de Raymond Mollard
Ubu roi, rue de Grenelle
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