Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
27 février 2009

Suite à notre article paru ce jeudi dénonçant la brutalité policière à l’encontre d’un jeune homme, un lecteur nous a demandé de publier ce récit dont il été « le témoin direct ». « Des faits avérés et aisément vérifiables s’il est vrai que les interventions des patrouilles policières ainsi que les identités des personnes interpellées, sans oublier les motifs, sont normalement scrupuleusement consignées dans un registre ».
Rue Saint-Jacques : mercredi 18 février. Des éclats de voix réveillent la tranquillité du quartier Saint-Jacques, endormi comme l’île tout entière, à cette particulièrement avancée de la nuit. (Minuit ?)
Pas le temps de jeter un coup d’œil au réveil, juste le temps de tirer les rideaux et de jeter un regard sur les causes de ce vacarme.
"Comment tu t’appelles ? Comment tu t’appelles ? Tes papiers ! Tes papiers ! Mais t’entends pas ou quoi ? Et ce téléphone ? Tu l’as volé, hein ? Avoue que tu l’as volé (...)", tonne une voix accusatrice et particulièrement énervée. L’auteur des propos, un policier, égrène un chapelet d’invectives que la décence nous interdit de reproduire à l’encontre de "l’Etranger".
Le jeune homme essaie de répondre. Mal au gré du policier : "Parle plus fort, c....", "T’es né où ?"
"Mayotte !", répond une voix apeurée et suppliante.
"Où sa ? J’entends pas, parle plus fort, fils de ..."
"Mayotte. Je suis né à Mayotte", répète le jeune homme, la voix étranglée par des sanglots.
"Mais, t’es pas d’ici alors ? T’es pas dans ton pays ici…, T’entends ? T’es pas chez toi ici !", insiste l’homme au profil européen.
"J’suis Français, monsieur. Je suis né à Mayotte".
"Non, t’es pas Français ! T’es qu’un sale nègre ! T’entends ? Un sale nègre ! Casse-toi. Rentre chez toi et qu’on ne te revoie plus !"
"Mon téléphone, rendez-moi mon téléphone, monsieur, s’il vous plaît...", supplie le jeune homme.
Ecœurée par cette scène, pas la force de regarder si "l’Etranger" a obtenu gain de cause.
En tout cas, deux choses sont sûres :
1) Obéissant aux injonctions du policier, il prend ses jambes à son cou et disparaît dans la nuit... blanche pour les victimes comme lui.
2) Au-delà de sa couleur de peau, il n’était pas un chien (comme il a été traité), mais bien un être humain et, à ce titre, avait droit au respect lié à sa dignité et à sa personne. Chose qu’un policier avait manifestement oublié et qu’aucun de ses collègues n’a osé "rappelé sinon à l’ordre, du moins à la Raison ou à la loi".
P.S. J’aimerais dire à ce jeune homme que s’il est appelé à témoigner, de ne pas avoir peur, de dire toute la vérité et, au besoin, de prendre contact avec le journal à qui je laisse mes coordonnées. Au cas où...
U. D.
Courrier des lecteurs
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