Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
11 août 2006

C’était un soir d’octobre 1991. Sous la tonnelle de la case de la mère Michaud à la Rivière des Galets, ses (déjà) nombreux amis étaient réunis. Ils avaient répondu à une bien agréable invitation chuchotée par Mamie, Ninine et Hervé, sous le sceau du secret à garder.
Chez les Michaud, le secret qu’il faut tenir caché, c’est sacré. Mais Mamie, comme elle saura toujours le faire, me l’avait soufflé : ce samedi d’octobre 1991, on allait lui montrer à Alain combien tout un quartier l’avait adopté. L’objectif était clair : il faudrait qu’il se souvienne toujours de son cinquantième anniversaire !
Je crois pouvoir dire que notre ami et camarade Alain Dreneau n’a pas oublié ! Non pas qu’il avait eu alors son demi siècle. Cela nous arrivera ou nous est forcement déjà arrivé. Il n’y a pas de quoi en faire tout un pataquès !
Ce que Alain n’oubliera sans doute jamais, c’est l’émotion qui habitait ce soir-là, chacune et chacun d’entre nous. C’est le sentiment que nous avions tous d’avoir été, chacun à notre simple niveau, un peu de ce qui avait un jour déclenché chez lui l’envie, une fois qu’il avait découvert notre île et son peuple, de s’y fondre pour désormais y vivre et partager les soucis et les incertitudes.
Ingénieur des mines de formation, il aurait pu frapper - qui ne l’aurait pas compris ? - à la porte d’une de ces grosses sociétés qui ont pignon sur rue ici autant qu’ailleurs. C’est ce qu’il avait fait quand, dans ses plus jeunes années, il habitait là-bas où il était né. Mais ici sur cette terre, dans ce pays dont il avait parfaitement compris qu’elle était île tournée vers le monde, mais là, dans cette ville et dans ce village tellement marqués de l’Histoire des luttes exemplaires passées et à encore mener, il pouvait accompagner mille combats et mille espérances...
Ce vendredi soir, sur un lieu pleinement symbolique, avec un peu moins de "secret à garder", c’est Alain qui nous a conviés autour d’un pot. Oh ! Qu’on se rassure : Mamie, Ninine et Hervé, mais aussi d’autres amis que la vie a mis au monde, sont toujours dans les coulisses. C’est dire que l’objectif reste, plus que jamais, qu’il se souvienne toujours de ce pot qui marque une autre étape de sa vie.
Ce soir, Alain va se rendre compte qu’un départ à la retraite sur le plan professionnel pour les gens de sa trempe, c’est la poursuite, mais encore plus trépidante, des mêmes engagements d’une vie. C’est l’appel des quartiers où l’habitat, réhabilité, a apporté l’espérance que l’on peut avancer. C’est la certitude que demain a ses exigences qu’il nous faut aujourd’hui comprendre et porter. C’est le besoin de regarder plus loin et donc d’être présent là où nous sommes.
J’ignore, Ami, comment on dit “bienvenue” à celui qui est là depuis bien longtemps et qui reste là pour encore tout le temps que le pays voudra. Tout au plus, on lui donne une tape sur l’épaule...
R. Lauret
Le monde a changé
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