Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Témoignage
18 avril 2008

Aimé Césaire, son œuvre, sa pensée, sa poésie ont influencé nombre d’auteurs de par le monde. Tout près de nous, Francky Lauret, jeune poète et romancier réunionnais de 30 ans, est l’un d’eux. Il y a 10 ans, son premier recueil de poèmes “Négromancie” fait écho au cri de la négritude poussé par Césaire.
Est-ce que Aimé Césaire a influencé ton écriture ?
- Oui. J’écrivais avant d’avoir lu Césaire, mais la lecture de “Cahier d’un Retour au Pays natal” et du “Discours sur le Colonialisme” est ce que je pourrais considérer comme ma naissance d’auteur créole. Les premiers textes qui m’ont provoqué de puissants frissons, qui ont raisonné dans tout mon être, mon esprit, m’ont ouvert la voie d’une autre écriture.
Qu’est-ce qui a provoqué ces frissons ?
- C’est le chant de la Négriture, c’est sa parole qui a résonné en moi. Cependant, je ne me retrouvais pas entièrement dans la Négriture. Ça parlait pour moi, mais je ne pouvais pas totalement y adhérer du simple fait que je ne me considérais pas, à l’époque, comme un kaf. C’est plus tard que j’ai compris que j’étais kaf, créole et pas blanc. Il m’a fallu répondre à cette écriture. Elle m’a lancé, mais il a fallu que je me l’approprie.
Quelle est cette réponse ?
- “Négromancie”, mon premier recueil de poèmes édité en 98, qui, par son titre même, est une réponse évidente. Dans “Négromancie”, j’apporte une réponse à mon travail au cœur à cœur, au corps à corps avec la Négritude. Ma réponse ?... Je me range derrière la batarsité. Le sentiment, le ressentit, le vécu n’est pas attaché à la qualité de Nègre. Il me semblait au départ qu’il y avait une opposition beaucoup trop manichéenne qui ne prenait pas en compte la créolisation, mais finalement, négritude et batarsité riment ensemble. Son texte va même au-delà : il est universel. Il a parlé de négriture dans un contexte de décolonisation, d’affirmation des peuples noirs, mais au-delà, ils parlent à tous les peuples colonisés, à tous ceux opprimés. Ce que je peux dire assurément, c’est que la lecture de Césaire, comme pour beaucoup d’auteurs dans le monde, a été pour moi un réveil poétique, politique et identitaire.
Césaire est mort ? C’est une question.
- On dit que les grands auteurs ne meurent pas, qu’ils sont éternels. Mais physiquement, oui, Césaire est mort sans que je ne puisse le rencontrer. J’ai pu lui faire parvenir un exemplaire de “Négromancie” qui lui a été remis en main propre par Jacques Martial que j’avais rencontré il y a 4 ou 5 ans lors du dernier Festival Art Métis de Pierrefond. J’ai revu Jacques Martial deux ans après. Il m’a dit que Césaire a lu “Négromancie” et en a été très touché. Mon livre figure dans sa bibliothèque. Même si je ne l’ai pas rencontré, on s’est échangé des poèmes.
Propos recueillis par SL
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