Gilberto Gil

Chanteur engagé, en chansons et en actes

17 juillet 2006

Gilberto Passos Gil Moreira, mondialement connu sous le nom de Gilberto Gil, a dansé la samba le 1er janvier 2003 ! Comme des millions de Brésiliens, il fêtait l’investiture de Lula, le nouveau Président du Brésil. D’autant plus que le musicien est son nouveau Ministre de la Culture.
Gilberto Gil, 60 ans, recordman d’enregistrements discographiques avec plus de 70 albums à son actif, a fêté en rythme sa nomination au poste de Ministre de la Culture du premier gouvernement de gauche au Brésil depuis... longtemps !
Gil est un monstre de la musique brésilienne à l’instar de son complice Caetano Veloso avec qui il a connu l’exil en en 1967 aux grandes heures de la dictature au Brésil. Il est le chantre du "Tropicalisme", la "movida" brésilienne, instaurée par le poète Oswlado d’Andrade dans les années 20 pour résister (déjà) à la globalisation culturelle et qui prône une nouvelle création culturelle par "anthropophagie" ou assimilation.
Le premier grand succès du musicien, en 1968, était d’ailleurs un pur produit "tropicaliste", sous son propre nom, "Gilberto Gil". Gil, consacré par un Grammy Award en 1999, est un chanteur engagé, en chansons et en actes. Il s’est inscrit au Parti du mouvement démocratique brésilien dans les années 80, a été Secrétaire à la Culture de la ville de San Salvador. Ses chansons défendent la condition féminine, prônent l’écologie, les cultures noire et caribéenne.

(Sources SebiorPlanet)


Une vie, une œuvre, un engagement

Gilberto Gil est né à Salvador de Bahia, au Brésil, le 26 Juin 1942. Dès l’âge de 8 ans, il commence à jouer de l’accordéon et il est fasciné par les chanteurs des rues du marché de Salvador. À la fin des années 50, tout en poursuivant des études d’administration des entreprises à l’Université Fédérale de Salvador, il joue dans le groupe "Os Deasafina Dos". Il découvre Joao Gilberto et décide d’apprendre à jouer de la guitare et à chanter la bossa-nova. Il fait sa première expérience professionnelle dans le monde de la musique à travers la publicité, en composant des jingles.

Une ascension fulgurante

En 1964, Gilberto Gil fait partie de "Nós Por Exemplo", un spectacle de bossa-nova et de musique brésilienne traditionnelle dirigé par Caetano Veloso. En 1965, il part pour Sao Paulo où il participera à de nombreux concerts. Il est enfin reconnu en tant que compositeur quand la chanteuse Elis Regina enregistre une de ses chansons : "Louvaçao".
Gilberto Gil devient alors très populaire, notamment comme un des acteurs du Tropicalisme.
L’année 1966 est celle du début de la carrière en solo de Gilberto Gil avec la sortie de son premier single "Aquele Abraço". Le style développé par Gilberto Gil, mélange de bossa-nova, de samba, de rythmes folkloriques et de musiques anglo-saxonnes, est révolutionnaire. Si bien qu’il est arrêté par le régime dictatorial de l’époque au Brésil, tout comme Caetano Veloso, les 2 étant considérés comme dangereux et ayant une mauvaise influence sur la jeunesse brésilienne.
Gilberto Gil va donc émigrer en Grande Bretagne, où il aura la chance de travailler avec les plus grands artistes tels que Pink Floyd, Yes ou Rod Stewart.
En 1972, Gilberto Gil est de retour au Brésil. Il enregistre cette même année "Expresso 2222", un album qui comporte 2 titres qui auront beaucoup de succès : "Back in Bahia" et "Oriente". En 1973, il participe au Midem en France et enregistre "Ao Vivo" en 1974. Quelques mois plus tard, il publie "Gil and Jorge", un album composé avec Jorge Ben. En 1976, Gilberto Gil fait une tournée mondiale en compagnie des grands artistes brésiliens que sont Caetano Veloso, Gal Costa et Maria Bethania. Ensemble, ils vont enregistrer l’album "Doces Bararos".

La renommée mondiale

En 1978, Gilberto Gil joue aux États-Unis, et compose "Nightingale" et "Realce", des œuvres reconnues dans le monde du jazz. Il publie un double album live, "Gil en Montreux", enregistré pendant le Festival de Jazz de Montreux. Il va ensuite travailler avec le grand chanteur de reggae Jimmy Cliff. Ils feront une tournée triomphale au Brésil et vendront plus de 700.000 copies de leur version de "No woman, no cry" du chanteur jamaïcain Bob Marley.
C’est en 1981 qu’est publié "Gente precisa ver o luar", un des albums qui auront le plus de succès parmi les fans de Gilberto Gil. En 1982, il est de nouveau au Festival de Montreux, mais cette fois en compagnie de Jimmy Cliff. D’autres albums son publiés : "Um Banda Um", "Extra" et "Raça humana", un enregistrement fait avec les musiciens de Bob Marley, les Wailers.
En 1985, Gilberto Gil fête ses 20 ans de carrière musicale avec la sortie aux États-Unis de l’album "Dia Dorim Noite Neon". En 1987 sortira "Gilberto Gil Em Concerto", un album live enregistré lors d’un concert à Rio de Janeiro. Puis suivront "Parabolic" en 1992, "Acoustic" en 1994, enregistré avec Carlos Fonseca à la guitare, et Jorge Gomes à la batterie et à la mandoline. Gilberto Gil va publier de nombreux albums, et beaucoup de ses compositions obtiendront un succès planétaire, tels que "O Sol de Oslo" (en 1998) et "As Canções De Eu, Tu, Eles" (en 2000). Plus récemment, il enregistre en 2002 “Kaya N’Gan Daya”, un album hommage a Bob Marley.

Ministre de la Culture

En 2003 se produit un évènement très important au Brésil avec l’élection de Lula à la présidentielle. Celui-ci veut donner une orientation sociale à son gouvernement. La surprise viendra avec la nomination de Gilberto Gil comme Ministre de la Culture. Gilberto Gil militait pour le Parti Vert et avait donné son soutien à la campagne électorale de Lula et du Parti des Travailleurs.


Un artiste engagé

La nomination de Gilberto Gil en tant que Ministre de la Culture par Lula n’est pas un hasard : en 27 ans de carrière, ce musicien de renom a exploré toutes les facettes de la musique brésilienne, dont il a, avec d’autres, cherché à mettre à l’honneur la diversité. Et il n’a eu de cesse de mener des combats citoyens.
On peut dire que Gilberto Gil est un artiste engagé : il fut dans les années 60 l’un des piliers du mouvement "Tropicalia." Le tropicalisme fut une révolution artistique qui toucha presque tous les domaines, et que la dictature militaire alors en place vit d’un mauvais œil...
En 1969, Gil est exilé en Europe, comme le Bahianais Caetano Veloso. Il continue à enregistrer. Et ses chansons ont toujours reflété ses préoccupations citoyennes : ses paroles parlent d’écologie, de la condition féminine, ou de la culture noire... Gilberto Gil a aussi présidé de nombreuses associations pour le respect de la nature et de la faune brésilienne, comme l’ONG Ondazul. Il a lutté pour la conservation du patrimoine culturel et architectural de la ville de Salvador de Bahia, dont il a été Secrétaire à la Culture entre 87 et 88.
Cette nomination au poste de Ministre de la Culture sonne un peu comme une douce revanche de la génération contestataire des années 60-70, qui fut brimée par la junte militaire et qui aujourd’hui, par la personne de Gil, va seconder le Président Lula. Les nouvelles fonctions de Gilberto Gil ne l’empêcheront pas de continuer à exercer son activité de musicien : "Je peux travailler au Ministère du lundi au vendredi et donner des concerts le week-end", a-t-il expliqué après sa nomination.
Un choix également motivé par le fait que les 8.000 reals mensuels qu’il devrait toucher en tant que Ministre ne devraient pas lui permettre de continuer à faire vivre les 20 ou 30 personnes qui dépendent de son activité artistique. Il poursuit donc la tournée qui accompagne la sortie de son album hommage à Bob Marley "Kaya N’gan Daya."

(Sources M-la-Music)


o Chevalier...
Gilberto Gil a reçu en France la distinction de “Chevalier des Arts et des Lettres” des mains de Jack Lang en récompense pour toute sa carrière.

o Parabolique
“Parabolicamara” est certainement l’album le plus représentatif de la carrière de Gilberto Gil. Sorti en 1992, il célèbre les 25 ans de carrière de l’artiste et s’accompagna à l’époque d’une tournée internationale débutée par un concert donné sur la plage de Copacabana devant plus de 80.000 fans.

o Monsieur le Ministre
Gilberto Gil est depuis 2003 Ministre de la Culture du Brésil au sein du gouvernement de gauche du Président Lula.

o Gilberto Gil a été nommé Artiste de l’UNESCO
Il a d’ailleurs donné un concert à l’UNESCO en 2004 à l’occasion de la clôture de l’année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition.
Les Artistes de l’UNESCO pour la paix sont des personnalités internationales qui donnent, grâce à leur influence, leur charisme et leur célébrité une résonance particulière aux messages et aux programmes de l’UNESCO. Par leur expérience et leur engagement humanitaires, ils apportent une contribution très importante à la diffusion des objectifs de l’UNESCO dans les 4 champs de compétence qui sont les siens : l’éducation, la culture, la science et la communication/information.

o Concert pour la Paix
En 2004, il se produit sur scène lors d’un concert pour la Paix au Victoria Hall, dédié à la mémoire de Sergio Vieira de Mello ainsi qu’à celle de toutes les victimes de l’attentat contre l’ONU à Bagdad le 19 août 2003.

o Décoré
Gilberto Gil a été fait grand officier de la Légion d’honneur à Paris. le 1er octobre 2005 par son homologue français Renaud Donnedieu de Vabres.


Gilberto Gil chante Berlin et le foot

Le Ministre de la Culture brésilienne Gilberto Gil était à Berlin le 24 mai dernier pour lancer "La coupe de la culture 2006" (Copa da Cultura 2006), une série d’évènements qui se sont tenus à Berlin pendant la Coupe du Monde de foot, concerts, spectacles de dance, expositions.
Mais comme Gilberto Gil est musicien avant d’être Ministre, il en a profité pour composer une chanson "Balé de Berlim" où sont évoqués les Beckenbauer, Barbosa, Bobo, Bobby Charlton, Puskas, Bellini et Pelé. Une chanson sur Berlin, mais surtout sur le foot à Berlin.


De La Réunion au Brésil, avec Alain Lorraine

o “Cardonnel”

Le poète réunionnais Alain Lorraine (1946-1998) a souvent exalté les ressemblances et les liens entre La Réunion et le Brésil. En hommage au défunt journaliste-écrivain, dont on célèbre cette année le 60ème anniversaire de la naissance, et en cadeau de bienvenue à Gilberto Gil, “Témoignages” publie 2 poèmes d’Alain Lorraine qui illustrent cette exaltation.
Le premier est intitulé “Cardonnel” ; il est extrait du recueil “Tienbo le rein - Beaux visages cafrines sous la lampe” publié en 1974. Il évoque la venue à La Réunion en août 1969 du Père Jean Cardonnel, qui avait effectué un peu avant un séjour au Brésil. D’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre, le prêtre dominicain avait fait retentir le message de la “théologie de la libération”, où se sont retrouvés tant de fidèles réunionnais de Jésus-Christ le rebelle.

Un fou de Dieu
Sans feu ni lieu
Au commencement était le Verbe
Cardonnel à La Réunion
Midi d’un homme seul
Brésil à Gillot
Grésillent les étincelles du message
Tam tam sur les églises
Tam tam sur les prières
Tam tam sur la pesante trahison
De l’homme clerc

Tam tam sur ce peuple
premièrement étonné

Juillet guillotiné

Août en éclair
1969
Cardonnel en gris reparti
Témoignage du chrétien
Feu dans la nuit.

o “Nous pourrions être à Bahia de tous les Saints”

Le second texte d’Alain Lorraine où il salue la proximité entre La Réunion et le Brésil est intitulé “Nous pourrions être à Bahia de tous les Saints”. Il se trouve dans l’ouvrage publié en 2001 chez Actes Sud avec le soutien de la Région Réunion sous le titre “La Réunion, île de mille parts”. Des photos de Philippe Dupuich sont commentées par des poèmes d’Alain Lorraine. Là, il s’agit d’une pêche-bichiques à l’embouchure de la rivière du Mât.


Le contraste entre le blanc et le noir ne serait-il pas celui de ces pêcheurs brésiliens adoptant les défis du macumba* pour relier deux rêves d’un océan, d’un imaginaire ?
Il s’agit d’un grand relevé de pêcheurs de bichiques.
Ces alevins, ornements confidentiels de la cuisine traditionnelle, sont à saisir dans leur passage entre deux eaux.
Ici, l’affaire prend allure d’une confrérie assermentée.
Les bouches ouvertes des vouves et des filets, les silhouettes appliquées à la recherche des positions de galets, assurées d’être sur l’itinéraire de la remontée des bichiques vers les eaux douces.
C’est un métier d’art, de commerce et de saison.
La tonalité pacifique de la grisaille rend les armes et, derrière le rideau des nuages sombres, les reflets de lumière ensoleillent déjà la mer.
À l’aube d’un monde au long des rivages antiques.

(*) Macumba : cérémonie rituelle d’origine africaine.


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